La Découverte (réédition numérique FeniXX)

  • Les générations ont beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes. Privilégiées ou sacrifiées par l'Histoire, elles forgent leur identité au contact des événements politiques, des mutations économiques, sociales et culturelles qui marquent leur jeunesse. Dans ce livre passionnant, synthétisant un grand nombre d'enquêtes sociologiques et d'opinion, Bernard Préel brosse l'histoire des générations récentes et celle de leurs relations. Relations complexes où se jouent, souvent sur fond d'incompréhensions et de conflits, des questions centrales : la transmission des valeurs et du patrimoine, les relations au sein du couple et de la famille, le rapport au travail et à la consommation. Le choc des générations propose ainsi à chacun de se confronter au portrait de sa génération. Dans cette fresque vivante, souvent drôle, Bernard Préel réserve une place particulière aux enfants du baby boom, Il montre en effet que, depuis leur révolte, en Mai 68, les rapports entre les générations se sont brutalement inversés. La jeunesse moderne - la génération Gorbatchev et, plus encore, la génération internet - ne se contente plus, en effet, de se rebeller. Elle dicte désormais sa loi aux générations précédentes et, en particulier, à celle de ses parents qui, obsédés par la peur de vieillir, s'approprient la culture jeune de leurs enfants. Avec le risque qu'un jour prochain, ces derniers instruisent le procès de leurs parents, enfants gâtés des Trente Glorieuses.

  • En Afrique, au Moyen-Orient ou dans les républiques de l'ex-Union soviétique, des organes de presse sont directement utilisés pour lancer des appels à la haine et à la violence. Devant la montée de ces médias de la haine, Reporters sans frontières, une organisation de défense de la liberté de la presse dans le monde, a envoyé des journalistes dans une dizaine de pays, pour enquêter.

  • Le tiers monde est - et sera longtemps encore - rural, malgré la forte urbanisation qu'il connaît depuis une vingtaine d'années : en l'an 2000, un habitant sur deux vivra dans les campagnes, et assurera l'alimentation des villes. C'est dire l'importance à venir des campagnes dans l'économie du tiers monde. Mais celui-ci est multiple : quoi de commun entre les zones désertiques du Sahel et la pampa argentine, entre les hauts plateaux andins et les rizières de l'Asie du Sud-Est, entre le Nord-Est brésilien et la Chine ? L'auteur connaît bien ces différentes situations, et mène dans ce livre une étude comparative et prospective des enjeux économiques, sociaux, culturels et environnementaux qui se nouent dans les campagnes. Deux réalités accablent ces continents : la pauvreté, sans cesse grandissante des paysanneries, et la fragilisation des solidarités villageoises. Jacques Chonchol propose, pour faire échec à la pauvreté, de revaloriser l'aspect rural, d'encourager une industrialisation appropriée aux campagnes et aux paysans, de favoriser l'émancipation des femmes qui sont à la base des cultures, de rétablir les nécessaires équilibres avec l'écosystème. Mais ces diverses propositions doivent être resituées dans leur contexte, et c'est pourquoi l'ouvrage effectue, chapitre après chapitre, un véritable tour du monde. Le déficit alimentaire, les problèmes fonciers, l'intervention de l'État, l'enseignement agricole, l'influence du modèle occidental de développement, les structures familiales, l'échange inégal ville/campagne, etc., différent d'une région à une autre. La ville, la modernité, la division internationale du travail, lancent de véritables défis aux communautés rurales. Les réponses sont à formuler et à mettre en oeuvre dès aujourd'hui.

  • La modernité déferle sur notre monde, elle nous envahit pour notre salut ou pour notre infortune. Elle est devenue une référence presque obsessionnelle pour les hommes d'État du tiers monde, comme pour les dirigeants soviétiques ou chinois, pour les eurocrates, comme pour les chefs d'entreprise, pour les stratèges nucléaires, comme pour les théologiens, pour les gens de médias, comme pour les experts en ingénierie sociale, pour les vendeurs de lessive, comme pour les urbanistes. C'est ce moment planétaire que le présent essai tente d'analyser, en prolongeant la réflexion proposée il y a six ans dans De la modernité. La modernité-monde s'inscrit, et se met en scène, dans des lieux de modernité, des lieux dont l'image fortement symbolique ouvre ici chaque chapitre et introduit ses analyses : Hongkong et Beaubourg, les stades géants et la forêt amazonienne en feu. Notre modernité-monde est là et bien là. Il y a ceux qui aiment, ceux qui sont plutôt révulsés, ceux qui réfléchissent, ceux qui ne se résignent pas au grand lâchez-tout, ceux qui sont prêts à s'adapter avec réalisme, ceux qui s'acharnent à chercher une issue, une alternative... De la modernité, que faut-il avoir le courage de remettre en cause, ainsi notre gaspillage, notre profusion, nos privilèges face à la misère du monde ? Et que faut-il plutôt s'efforcer de maîtriser lucidement, notamment dans le domaine des innovations technologiques ? J'espère communiquer au lecteur ma conviction que la première question est au moins aussi importante que la seconde.

  • Pour la population juive de France pendant l'Occupation, il fallait, soit se conformer à une législation assassine, soit désobéir et courir les risques de la clandestinité. L'auteur est historien et fut animateur de la résistance juive communiste pendant la guerre.

  • Effectuant une analyse critique des principales propositions pour l'emploi des responsables politiques français (Balladur, Chirac, Seguin, Barre...), l'auteur, inspecteur du travail, et membre du Parti socialiste depuis 1994, plaide pour une politique différente. dont il dresse les grandes lignes.

  • Reconstruire un pouvoir politique : réaliser cet objectif conditionne tout progrès de société. Or les partis politiques qui visent à exercer le pouvoir d'Etat ne se posent pas encore la question. En sollicitant les commentaires, reproduits ici, d'une dizaine de personnalités d'horizons très divers, l'auteur montre que le débat est possible et peut être fructueux.

  • Face aux déchaînements d'horreur en Algérie, l'opinion internationale semble tétanisée. Beaucoup d'observateurs disent : on ne comprend pas, on ne sait pas ce qui se passe vraiment. [...] Le rapport de Reporters sans frontières - Algérie, la guerre civile à huis clos - dénonce l'étrange inaction du pouvoir dans la recherche des assassins de journalistes, l'impitoyable censure qu'il exerce sur la presse, et l'interdiction de fait qu'il a imposée de toute enquête indépendante sur les violences ; le rapport de mission de la FIDH - La levée du voile : l'Algérie de l'extrajudiciaire et de la manipulation, établi à partir de témoignages particulièrement accablants recueillis sur place, montre que la lutte légitime de l'État algérien contre le terrorisme est menée, depuis 1992, en violation complète des conventions sur les droits de l'homme dont il est pourtant signataire (pratique généralisée de la torture, séquestrations arbitraires et disparitions, exécutions sommaires, milliers de prisonniers d'opinion, exactions encouragées des milices, etc.) ; - le rapport de l'organisation américaine Human Rights Watch - Algérie, des élections à l'ombre de la violence et de la répression - revient, à l'issue d'une mission sur place, sur les conditions très particulières des élections législatives du 5 juin 1997 (exclusion de certains opposants, censure, climat de violence, etc.) ; - et, enfin, le rapport d'Amnesty International - Algérie : la population civile prise au piège de la violence - analyse les exactions des groupes armés d'opposition, le rôle singulier des milices d'autodéfense armées par le pouvoir, le mur du silence construit par ce dernier pour entraver les enquêtes indépendantes, et l'indifférence de l'opinion internationale. Un ensemble de textes sans équivalent, qui ne permettra plus de dire : On ne savait pas.

  • Dans ce livre d'entretiens, Michel Charzat, maire du XXe arrondissement de Paris explique à Claude Neuschwander, consultant auprès des collectivités locales et des organisations de l'économie sociale, que la démocratie locale, école et creuset de l'autonomie, est le moyen nécessaire, sinon suffisant pour stimuler un nouvel appétit de démocratie chez nos concitoyens.

  • Il est maintenant évident pour tous que la hausse des prix du pétrole organisée par les Etats-Unis en novembre 1973 marque le début d'une crise mondiale plus ample et plus profonde que celle de 1929. Elle sert aujourd'hui d'alibi aux dirigeants des grands pays industriels pour écraser davantage le tiers monde, faire accepter aux travailleurs un programme d'austérité et régler entre eux le problème d'une nouvelle division internationale du travail. La compréhension et l'analyse des origines de la dynamique et du développement de la crise sont devenues indispensables pour agir et modifier l'évolution des événements. Ce livre se propose d'en aborder l'étude. Une introduction de Noam Chomsky permet d'abord de placer la crise européenne dans le cadre général des affrontements entre grandes puissances et des rapports entre l'Europe et les Etats-Unis. Il contient ensuite une analyse détaillée des instruments utilisés dans le cadre du nouvel affrontement interimpérialiste à la fois sur le plan agricole et industriel, les firmes multinationales (par Yann Fitt), sur le plan monétaire (par André Farhi), et sur le plan scientifique et technique (par Jean-Pierre Vigier). L'intérêt de ce livre se situe aussi dans le fait que l'analyse qui le fonde définit les issues possibles à la crise mondiale actuelle : guerre, révolution, fascisme, capitalisme d'Etat. Il permet surtout au lecteur de se situer par rapport à ces issues et par rapport aux prochaines échéances de la vie sociale et politique.

  • 21 millions de travailleurs ont dépensé en 1971 leur énergie sous des formes diverses : en transformant la matière, en dirigeant la production, en permettant le rassemblement des capitaux, en commercialisant des marchandises, en soignant des malades, en enseignant les mathématiques, en acheminant le courrier... Peut-on prendre une mesure d'ensemble de l'utilisation finale de cette énorme dépense de forces humaines ? A quels usages économiques et sociaux ont été consacrés les différents produits du travail de ces 21 millions d'actifs ? A quelles grandes fonctions de la vie économique et sociale ces énergies humaines ont-elles été affectées, et dans quelles proportions ? Combien de travailleurs, quels travailleurs ont consacré leur énergie à fournir les biens de luxe ? A accroître les patrimoines immobiliers ? A arrondir les fortunes privées ? Combien de travailleurs, quels travailleurs, ont été nécessaires pour assurer à chacun de quoi refaire ses forces, jour après jour ? Et la main-d'oeuvre mobilisée par l'Etat, à quoi, à qui sert-elle au bout du compte ? Les besoins de chaque classe sociale s'enracinent dans ce que la vie professionnelle a de plus profond ; en retour, la demande qui en résulte oriente le travail humain et contribue à donner à l'appareil de production son allure générale : une population active taillée, en définitive, à la mesure des exigences des classes les plus puissantes. A partir des données de la comptabilité nationale et sur la base des méthodes des comptabilités sociales en temps de travail, les auteurs de « La petite bourgeoisie en France » remettent en chantier l'analyse des classes sociales. La question posée : Qui travaille pour qui  ? n'est pas une question gratuite, ce n'est pas non plus un chapitre supplémentaire à ajouter à la sociologie des inégalités dans notre pays. C'est une façon d'analyser les liens entre la production et la consommation, l'économique et le social telle que soient mis au jour les rapports obscurs mais profonds qui relient l'appareil de production au sens large et les classes sociales, telles qu'elles existent en France aujourd'hui.

  • « Pour les militants révolutionnaires qui l'ont voulu et préparé, le mois de mai 1968 n'est que l'affleurement d'un processus permanent de luttes, qu'un jalon posé, qu'une répétition générale où les forces d'avant-garde à peine sorties du giron stalinien ont fait leurs premières armes. Pour eux, Mai est aussi l'occasion de vérifier ou de mettre à jour la théorie révolutionnaire. Comprendre, par-delà les tentatives d'explications sociologiques, le rôle du mouvement étudiant et de son avant-garde, entrevoir ce qui était possible en mai (la constitution d'un double pouvoir) et ne put s'y actualiser, se préparer, politiquement et organisationnellement, à donner à mai les lendemains qu'il mérite, ce sont les tâches des militants... »

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Libérer les femmes ! C'est la mode nouvelle. Qui ne veut - ou dit vouloir - les libérer, aujourd'hui ? Du gouvernement, qui nomme une secrétaire d'État à la Condition féminine, à la presse à la mode, tout le monde s'y est mis, la concurrence est dure. Marie-Claire publie sur six pages un reportage sur l'avortement. À la pompe à vélo. Déclare vouloir dédramatiser le problème. Le Mouvement pour la libération de l'avortement et la contraception est battu sur son terrain ! La secrétaire d'État parle bien haut de la bonne volonté des hommes au pouvoir, fait grand bruit de quelques injustices subies jusque-là en silence. Tout est bon pour laisser croire aux femmes qu'« on » les a comprises et pour les réconcilier, du coup, avec ce qui les opprime plus fortement que jamais mais cette fois, de manière mieux dissimulée. Le processus de désublimation répressive, qu'analysait Marcuse il y a dix ans, s'accélère au rythme de la crise du système capitaliste. Le profit idéologique est immédiat. Peu importe que les faits ne suivent pas, les esprits s'occupent de cette effervescence concertée. Les articles-choc de tel ou de tel magazine féminin - aujourd'hui Marie-Claire, hier Elle, demain lequel ? - s'insèrent bien évidemment dans cette manipulation. Les traitant d'urgence, ils couvrent les fissures du masque qui craquait et renouvellent les supports de l'aliénation, dont les mécanismes permanents continuent d'agir, souterrains et solides. Cerner ces mécanismes permanents est le but de cet ouvrage. Démêler comment, pour maintenir quelques invariants de base, où l'ensemble du système politique, économique et social trouve son intérêt, les magazines féminins développent toute une stratégie de clôture et d'étouffement, alors qu'ils prétendent au contraire aider les femmes. En fait, ils s'adaptent à leur révolte, l'incorporent même, pour certains... au standing culturel - toute femme « évoluée » est quelque peu et nécessairement « révoltée » -, renouvellent les images de l'exploitation pour mieux la perpétuer.

  • Lorsqu'après Diên Biên Phu la France signa avec le gouvernement provisoire de la République vietnamienne dirigé par Ho Chi Minh les accords de Genève, on pouvait espérer que le respect de ces accords, notamment des élections générales sur l'ensemble du territoire vietnamien, conduirait à une détente durable et à une politique solide de « coopération » avec la France. Près de dix ans ont passé : le bilan dressé ici est terriblement négatif. Renonçant au rôle que lui assignaient avec clarté les Accords de Genève, la France a « passé la main » aux USA. Ceux-ci ont instauré un « régime néo-colonialiste modèle » dirigé en apparence par M. Diem, mais en fait de plus en plus directement par les Américains engagés dans une nouvelle « croisade anti-rouge » : ainsi se sont créées les conditions objectives d'une renaissance de la guérilla. C'est aujourd'hui une véritable « guerre non déclarée » qui se livre au Sud-Vietnam. Quelles en sont les raisons et quel en est l'enjeu ? Qui est M. Diem, et qu'est-ce que le « Front de Libération du Sud-Vietnam » ? Où vont les Américains dans leur « bastion », et la France n'a-t-elle pas encore un rôle à jouer au Vietnam ? Telles sont les questions auxquelles, en historien et en économiste, répond Nguyen Kien.

  • La langue française - écrite ou parlée - est malade : les enfants ne savent plus lire ni écrire, l'orthographe se perd, la France compterait même deux millions d'analphabètes... Qui n'a entendu ces lamentations, devenues aujourd'hui lieux communs ? Elles expriment un profond désarroi devant l'évolution de notre langue. C'est pour tenter de mieux la comprendre que les auteurs - cinq linguistes, membres de l'Association pour la recherche et l'expérimentation sur le fonctionnement du français (APREF) - ont écrit ce livre. Ils présentent ici les résultats d'enquêtes approfondies sur quelques points particulièrement sensibles : la lecture à l'école et les formes d'expression que l'institution scolaire néglige, les véritables difficultés de la lecture (30 % des Français seulement savent vraiment lire !), la diversité et les formes du français des travailleurs migrants, le rapport des non cultivés au beau langage et au discours abstrait. Dans tous ces domaines, les auteurs apportent des informations originales qui passionneront tous ceux que préoccupe le sort de la langue française. Ils montrent que le handicap - quand il existe - n'est pas là où on l'attendait. Et que le poids des normes linguistiques et sociales imposées par ceux qui savent parler joue un rôle trop souvent sous-estimé. Ce livre est aussi un plaidoyer pour une révolution dans les esprits : les priviligiés du langage devraient d'abord apprendre à écouter et à lire les autres, dans toute leur diversité, à ne plus corriger ce qui n'a pas besoin de l'être.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Demba Diallo, avocat de Bamako, a été successivement délégué de la Guinée aux Nations Unies, puis chargé de représenter le Mali dans diverses grandes Conférences internationales au cours des dernières années. De formation et de conviction marxistes, il a voulu, avec ce livre, redéfinir dans leur sens théorique comme dans leur application pratique des mots en apparence simples mais dont il a été fait trop souvent usage, en Afrique comme ailleurs, de façon inconsidérée : indépendance et socialisme, par exemple. Reprenant les expériences vécues des grandes luttes pour l'indépendance (les révolutions soviétique, chinoise, vietnamienne), précisant les principes qui définissent un véritable État socialiste (s'appuyant notamment sur les travaux du Cercle Taleb-Moumié et de la revue Partisans), il veut ainsi donner, et en premier lieu aux militants africains eux-mêmes, des bases solides et claires qui leur permette de construire cette Afrique qui est aujourd'hui, de manière cruciale, en question.

  • Être juif, est-ce seulement naître juif ? Le génocide hitlérien a donné une réponse historique à cette question. Des Juifs français, hongrois, polonais, roumains pouvaient croire, avant les camps d'extermination nazis, qu'ils se confondraient s'ils le voulaient avec les autres citoyens de leur pays. Les nazis, qui ont détruit l'espace culturel des communautés juives de l'Europe de l'Est et désigné tous les Juifs comme membres d'une race unique, ont, par l'action exterminatrice, créé un événement-matrice à partir duquel se reconstitue l'unité historique des survivants. Le sionisme revendique, par l'existence de la terre « retrouvée », un moyen de survie collectif dont la formulation idéologique est sans doute antérieure au nazisme, mais dont la réalisation politique concrète n'aurait pu aboutir sans le génocide. Israël est-il aujourd'hui l'État du peuple juif tout entier ? La Diaspora est-elle vouée à disparaître ? Le peuple « errant », qu'on pouvait croire à vocation minoritaire, se veut-il désormais majoritaire dans sa totalité ? N'y aurait-il plus de Juif que sioniste ? Richard Marienstras suggère autre chose : un fonds culturel, une histoire, des traditions, une volonté collective de se perpétuer - bref, un lien qui rattache entre eux des Juifs français, hongrois, polonais, américains... et dont une part passe sans doute par Israël. Mais combien ne se reconnaissent pas pleinement, tant s'en faut, dans la réponse qui veut que tout peuple devienne un État-nation ? Dire, écrire cela aujourd'hui, alors que se trouve mise en question l'existence de l'État d'Israël et celle du peuple palestinien n'est pas aisé. Pour l'avoir dit et écrit, Richard Marienstras a été critiqué aussi bien par les sionistes que par certains groupes d'extrême-gauche, et c'est aux uns et aux autres qu'il s'adresse : « Si l'on me demande aujourd'hui : "Faut-il aider les Tziganes (ou les Catalans, les Basques, les Bretons, les Indiens, les Slovènes, les Juifs, les Arméniens...) à survivre en perpétuant et en approfondissant leurs différences ?" je dirai qu'il le faut. Je ne chercherai pas à savoir - car il y a trop de haine et d'arrogance dans une telle curiosité - si ce groupe est un peuple, une nation, une tribu, une classe, une caste, une secte, un fossile ou un vestige. Ni si l'obstination qu'il met à s'éterniser convient au progressisme du moment. Les cultures ne sont pas des toupies. Il me suffit que le groupe existe, qu'il travaille à maintenir, à renouveler, à recréer son identité, et qu'il ne le fasse pas exclusivement en parasite. La volonté de vivre n'a pas à prouver son droit à la vie. C'est la volonté de détruire, c'est l'acquiescement à la mort qui doivent désormais fournir leurs preuves. »

  • Depuis plus de dix ans qu'associations, groupements et commissions gouvernementales se sont donnés pour objet la lutte anti-bidonville, le nombre des familles vivant en bidonvilles dans la région parisienne a augmenté de 20 % si l'on compare les deux recensements officiels, 1966 et 1970 (ce dernier publié dans la presse en 1971). Le 23 avril 1971, une nouvelle fois, un enfant a brûlé vif dans une de ces baraques. Devant une telle situation, toutes les formes d'aides apportées aux immigrés, dans la mesure où elles ne privilégient pas la revendication du logement, concourent à masquer l'étendue de ce problème et son importance primordiale. Les travailleurs étrangers, eux, ne s'y trompent pas. Entre la période où furent réalisés les enregistrements rassemblés dans ce livre et maintenant, la prise de conscience de leur exploitation s'est encore plus nettement affirmée. La reconnaissance de leur droit au logement ne doit désormais plus relever d'« actions généreuses » mais doit s'inscrire dans le cadre d'une nouvelle politique sociale du logement en France.

  • Dès leur indépendance, les États-Unis s'étaient donné pour tâche d'inscrire dans la réalité américaine un idéal démocratique et universaliste. Pourtant la nation naissante écartait d'emblée les Noirs et les Indiens réservant ainsi à certains groupes ethniques privilégiés le bénéfice de ses institutions et de ses richesses. Ce livre étudie à travers l'histoire de certaines minorités la politique des États-Unis vis-à-vis des groupes qui ont été appelés à former la nation américaine : exclusivisme, appropriation des richesses, recherche d'une homogénéité nationale au prix du rejet des cultures allogènes. Vivre en marge, pour les minoritaires américains, c'est être relégué dans des réserves réelles ou symboliques, hors du circuit des richesses du pays, dans l'impossibilité de prendre pleinement part à la compétition que prétend leur offrir le capitalisme américain ; c'est être maintenu par la discrimination au bas de l'échelle économique et sociale ; « vivre en marge » c'est aussi être exclu de la « démocratie américaine » et se voir refuser l'accès à une culture détenue par la majorité. C'est être dépouillé de sa propre culture par le mépris qui lui est opposé. Mais ceux auxquels le nativisme et les idéaux uniformisateurs n'ont laissé de choix qu'entre l'assimilation ou l'exclusion mettent aujourd'hui en question les normes qui les excluent. Quelles que soient leur prise de conscience et la forme de leur combat, les minoritaires d'origine européenne, orientale, africaine ou aborigène réclament tous l'égalité inscrite dans les grands textes américains, une égalité qui passe par le droit à la différence et par la dignité retrouvée.

  • Ce livre répond à un souci : informer. Il faut, en effet, se souvenir de la campagne de presse qui a été menée par une certaine partie des médias : « avocat du diable », « avocat gauchiste aux manières efféminées et couvert de femmes », « ce qui accuse l'avocat de Baader ». Aussi avons-nous pensé nécessaire de rendre public le dossier de l'affaire. On y trouvera notamment mandats d'arrêt, réquisitoires, toutes les accusations qui ont été portées contre lui, les réponses de la défense et les décisions de la Chambre d'accusation. Enfin, nous avons jugé bon de replacer le déroulement de « l'affaire Croissant » dans son contexte : nous avons tenté de faire une brève analyse sur la situation des libertés en Allemagne et les réactions en France. En possession des éléments du dossier, les jugements de chacun seront alors fondés non plus sur la vision déformée qu'a voulu en donner une partie de la presse, mais sur les faits eux-mêmes. De plus, ce livre ne veut pas être un requiem, ni un enterrement, il veut être un élément d'information et de réflexion pour tous ceux qui sont attachés au respect des libertés. Il veut être un instrument de lutte et, plus particulièrement, de la lutte qui nous préoccupe aujourd'hui : celle menée pour la vie et la liberté de Klaus Croissant.

  • Ce livre réunit en un seul volume deux études parues dans la collection "Cahiers Libres" en 1965 et en 1967. L'auteur est algérienne musulmane ; née dans le Constantinois et élevée dans un milieu oulémiste dont son père, proche ami de Ben Badis, fut un brillant animateur, elle a fait des études supérieures de sciences et enseigne dans un lycée d'Alger. Elle a écrit « La Femme algérienne » alors qu'avec son mari, algérien, elle animait le magazine féminin de la radio d'Alger. Partant du projet de dresser un tableau de la condition féminine réelle en Algérie, au moment même où son "évolution" était à l'ordre du jour, elle devait susciter, à la publication de ce premier livre, des réactions diverses, en Algérie comme à l'étranger : approbations, encouragements, discussions, polémiques et même injures violentes... Le deuxième livre, « Les Algériennes », est né de l'expérience de cette confrontation. Fadéla M'Rabet y analyse à nouveau la nécessité d'une "évolution" de la situation de la femme algérienne : elle examine ce que recouvre cette notion d'évolution, par rapport aux traditions et à la personnalité arabo-islamique, et elle revient avec plus de force encore que dans le premier livre sur la réalité présente et ses conséquences : les mariages forcés, les suicides, les abandons familiaux, à l'heure du planning familial et de l'instauration du nouveau code de la famille.

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