L'Eclat

  • Günther Anders, Hannah Arendt, Hans Jonas, Emmanuel Levinas, Karl Löwith, Herbert Marcuse, Leo Strauss, Eric Weil ... Non sans quelque paradoxe, la philosophie sociale, politique, métaphysique de l'après-guerre a été largement représentée par des penseurs allemands ou formés en Allemagne, qui avaient la particularité d'avoir été des étudiants de Martin Heidegger et d'être en même temps d'origine juive. Ce volume, issu d'un colloque international tenu à Paris en 2012, a voulu les penser ensemble pour la première fois et étudier sur quel fond historique et intellectuel cette double spécificité a été possible. Quelle dette chacun d'entre eux a-t-il pu contracter à l'égard de ce maître commun et quelle distance ont-ils pu prendre (ou ne pas prendre) par rapport à lui après la Seconde Guerre mondiale ? Un double questionnement qui permettra d'écrire une nouvelle page de la philosophie ­allemande, qui pourrait bien être aussi une page de la philosophie juive au XXe siècle.

  • D'Ignaz Goldziher, admis à la grande université Al-Azhar du Caire, à Hermann Vambéry qui, déguisé en derviche, gagna Samarkande à pied, à la recherche des origines ouzbèkes ­supposées de la langue hongroise, les savants juifs des XIXe et XXe siècles eurent un rapport privilégié avec l'Orient, entendu comme l'espace dans lequel s'est déployée la culture arabo-musulmane, mais qui désigne aussi l'ensemble des pays extérieurs à la loi chrétienne, comme en attestent les travaux des indianistes Sylvain Lévi ou Theodor Benfey. « Passeurs d'Orients », donc, ils participent activement d'un mouvement fondateur d'une science nouvelle, originellement philologique, mais aussi science des religions, que les clivages du second XXe siècle auront tôt fait de qualifier de "colonialiste", quand il s'est agi, surtout, d'en dégager la dimension singulière, au regard d'un Occident désorienté. À travers les plus grandes figures de l'orientalisme, le volume, issu en partie d'un colloque qui eut lieu au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme de Paris en 2012, retrace l'histoire et les implications de cette relation particulière et en dénoue les malentendus idéologiques et politiques.

  • Si l'oeuvre de Franz Rosenzweig (1886-1929) est mieux connue en France depuis les travaux pionniers d'Emmanuel Levinas, puis de Stéphane Mosès, et la traduction de son grand oeuvre, L'Étoile de la Rédemption, par Alexandre Derczanski et Jean-Louis Schlegel en 1982, des pans entiers de sa pensée restent encore à découvrir. La publication d'une partie des Actes d'un colloque international, tenu à Paris en 2009, permet d'insister plus particulièrement sur les figures du « Nous » et des « Autres », à la fois dans leurs implications politiques - annonçant une "philosophie de l'altérité" -, mais aussi intimes, tout particulièrement à travers les extraordinaires correspondances philosophiques et amoureuses qu'il a entretenues avec Margrit "Gritli" Huessy et Eugen Rosenstock, et dont témoigne le dialogue inédit entre le corps et l'âme, dédié à Gritli, qui clôt ce volume.

  • Pendant longtemps, les historiens ont considéré que le Maghreb avait "bénéficié" d'un choc culturel venu d'Occident, qui avait révolutionné ses modes de vie et de pensée et l'avait fait basculer dans la modernité. Le cas de la Tunisie aux XVIIIe et XIXe siècles permet de relativiser cette thèse en montrant comment une double influence des Lumières orientales et occidentales a permis le développement d'une vie publique et culturelle où les communautés juives et musulmanes, écartées également du pouvoir colonial, ont pu vivre dans un dialogue constant jusqu'à l'aube des affrontements idéologiques du XXe siècle. Des chercheurs français, tunisiens et israéliens ont ainsi participé à ce volume, fruit d'une rencontre qui eut lieu à la Sorbonne en avril 2003.

  • Qu'est-ce qu'une civilisation et se définit-elle dans les limites d'un territoire ? En quoi la notion est problématique et ne doit-on pas plutôt parler de `la' civilisation, en opposition à toute entité qui ne placerait pas en son coeur la pérennité des valeurs d'humanité ? S'applique-t-elle, en outre, à cet étrange phénomène qu`est le judaïsme, identifié tout à tour comme «peuple», «religion», «confession», «nation», ou «culture»? Peuple sans terre pendant plus de vingt siècles, religion dont le Dieu est en exil, confession qui n'a pas le culte du prosélytisme, nation étrangère au coeur des nations, culture plurielle au miroir des cultures qui l'accueillent, le « judaïsme comme civilisation » ne s'affirme-t-il pas dans l'exil et comme « civilisation de la diaspora » avant que dans sa lettre même? À cet entrelacs de questions complexes répondent, par autant d'autres questions, les auteurs de cet ouvrage collectif, fruit de trois colloques du Collège des études juives de l'Alliance israélite universelle, à l'occasion du 150e anniversaire de cette institution.

  • Au cours des deux derniers siècles, la France a eu vocation à être une terre d'accueil pour les différentes vagues d'immigration des populations contraintes à l'exil économique ou politique. Les vagues successives de l'immigration juive entre le XVIIIe et le XXe siècle ont permis que se constitue ce qui est aujourd'hui la plus importante communauté d'Europe. Ce volume retrace l'histoire de cette immigration, dont on a tendance quelquefois à oublier les conditions difficiles, mais également du rôle que purent jouer les institutions juives quant à l'accueil et l'intégration de ces populations, à une époque de laïcisation de la société. Il regroupe les contributions d'un colloque organisé à Paris fin 2009, à l'occasion du bicentenaire de la Casip-Cojasor, fondation caritative juive créée en 1809.

  • Spécialiste du judaïsme maghrébin dans lequel il est né, Jacques Taïeb (1932-2011) a consacré de nombreux travaux à mieux faire connaître la destinée de ces communautés, prises dans la tourmente de l'Histoire, balancées entre les langues et les appartenances sociales et politiques, et qui contribuèrent largement à dessiner les contours d'une méditerranée plurielle, balayée par les grands exodes qui ont suivi les décolonisations. Disparu en 2011, ses collègues et amis ont voulu lui rendre hommage à l'occasion d'une journée d'études organisée par la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie, dont il fut le co-fondateur, et en partenariat avec l'Alliance israélite universelle et la Société des Études Juives aux travaux desquelles il collabora régulièrement. Se dessine alors, à travers ce volume, un "être juif au Maghreb" tel qu'il a pu s'élaborer au cours des vingt-quatre siècles de présence des Juifs sur les terres qui vont de la Cyrénaïque (l'actuelle Lybie) aux rives chérifiennes de l'Atlantique.

  • La question des «Lois mémorielles» renvoie à celle, plus englobante, de la mémoire elle-même et de notre responsabilité à l'égard de l'Histoire. Elle remet au premier plan l'injonction biblique: Zakhor ! «souviens-toi». Qu'en est-il du "devoir" de mémoire ? Comment et pourquoi rapporter à une question morale une problématique qui fonde notre capacité à comprendre et à faire notre Histoire ? N'est-ce pas aller trop loin que de déclarer que «notre siècle a inventé le devoir de mémoire» quand il semble à chaque instant amnésique de ce qui l'a constitué ?

  • André Neher (1914-1987) fut l'une des grandes figures du judaïsme français d'après-guerre, et son oeuvre abondante, comme son engagement, marquèrent durablement des générations de lecteurs. Depuis ses travaux sur la prophétie (Amos, chez Vrin) ou l'Ecclésiaste (Notes sur Qohélét, chez Minuit) en 1950, ou encore sur le silence de Dieu après Auschwitz (L'Exil de la parole, au Seuil), dans les années 70, Neher a renouvelé le questionnement juif de la modernité et a contribué pour une grande part à une renaissance des études juives en France. Ce volume collectif, qui contient un inédit de Neher, devrait permettre de remettre à l'honneur un grand penseur du judaïsme, doublé d'un véritable écrivain. Il rassemble un choix de communications prononcées lors de différents colloques sur l'oeuvre de Neher, ainsi qu'un inédit du philosophe italien, Massimo Cacciari.

  • La personnalité du grand rabbin Zadoc Kahn, né à Strasbourg en 1839 et qui disparaît en 1905 à la veille de la promulgation de la loi sur la Séparation des Églises et de l'État, accompagne tous les grands moments du judaïsme français dans la seconde moitié du XIXe siècle. Depuis ses différentes entreprises culturelles, dont la plus célèbre est la coordination d'une nouvelle traduction de la Bible qui fait encore autorité, jusqu'à ses prises de position religieuses, en faveur d'un judaïsme ouvert sur le monde, ou politiques, lors de l'affaire Dreyfus, Zadoc Kahn jette les bases d'un franco-judaïsme en dialogue avec l'État, qui s'épanouira en France au début du XXe siècle avant la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale. Ce volume, issu d'un colloque tenu à l'occasion du centenaire de sa mort, s'attache à montrer les multiples facettes de l'une des grandes figures et des plus emblématiques du judaïsme français.

  • Quelle place peut occuper le rire dans une oeuvre de création sur la Shoah? La transmission de sa mémoire par l'humour est-elle envisageable? Toute écriture sur le sujet ne peut éluder la mise en garde d'Adorno selon laquelle «écrire un poème après Auschwitz est barbare». Mais un demi-siècle plus tard, l'art reprend ses droits pour (re)dire, avec ses propres mots, que «cela ne doit plus jamais arriver». Et le rire resurgit alors comme «écho de la délivrance du joug du pouvoir». Il résonne dans les oeuvres de Kertész, Gary, Hilsenrath, Tabori, Becker, Schindel ou Rabinovici, renouant avec une tradition littéraire qui en faisait une arme contre l'ignominie; il s'affiche, plus problématique encore, quand le cinéma ou la BD s'en mêlent. Un «rire réconcilié », mais traversé par la catastrophe, qu'interrogent les chercheurs, écrivains, cinéastes et dessinateurs rassemblés ici.

  • À la « question juive » du XIXe siècle est venue se substituer ou s'ajouter au XXe siècle, la «question d'Israël», suscitant dans les milieux politiques et intellectuels des clivages surprenants et des revirements quelquefois inattendus. La création d'Israël a ravivé une série de problématiques qui ont modelé la politique contemporaine: Etat/communauté, laïcité/religion, orient/occident, etc. Dès avant 1948, les intellectuels français ont largement discuté de ces questions, depuis les débats entre le franco-judaïsme et le sionisme jusqu'aux prises de position contrastées d'un Louis Massignon ou Maurice Blanchot, de Jean-Paul Sartre ou François Furet, d'Albert Cohen ou Chris Marker, d'Annie Kriegel ou Alain Badiou, dont les revues d'idées se firent l'écho. Entre les condamnations et les enthousiasmes, les incompréhensions et les fidélités, ce sont les « aventures » de ces prises de position et polémiques qui sont présentées dans cet ouvrage collectif, issu de deux colloques tenus à l'Université de Tel-Aviv en 2007 et 2008.

  • Entre la fin du XVIIIe et le milieu du XXe siècle, les judaïsmes de France et d'Allemagne prendront des formes nouvelles qui auraient pu augurer d'une inscription durable dans les sociétés d'accueil. «Franco-judaïsme» et «judaïsme allemand» témoignent, chacun à leur manière, d'une volonté d'émancipation et d'intégration que balayera la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale. À travers l'analyse de phénomènes comme l'émigration ou l'antisémitisme, du rôle de la presse juive ou de rituels tels que le mariage, ce volume, élaboré par de jeunes chercheurs doctorants français, allemands, anglais et américains, propose une histoire comparée de ces communautés pour définir les grandes lignes de ce qui aurait pu se constituer comme un judaïsme européen.

  • Se définissant lui-même, dans une lettre inédite à son ami Claude Roy , «juif ... non pratiquant... non croyant ... français par l'état civil ... par la culture ... par les sentiments ... marxiste ... communiste ... anti-impérialiste ... tunisologue ... "patriote tunisien"... enraciné dans sa terre natale...», Paul Sebag (Tunis 1919-Paris 2004) reste indissociablement lié à l'histoire de la Tunisie, depuis ses premiers travaux de sociologue dans les années 1950, jusqu'à ses plus récentes publications historiques autour du judaïsme tunisien et de la ville de Tunis à partir de 1990. Son action en faveur de l'indépendance lui fera prendre part à l'organisation de la nouvelle université tunisienne, et tout particulièrement du département de sociologie, où il enseignera jusqu'en 1977, date de son arrivée à Paris. Ce volume collectif à l'initiative de la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie se veut un hommage à la fois à l'homme "au simple sourire", au professeur rigoureux et à l'infatigable érudit qui a marqué durablement plusieurs générations de chercheurs et d'étudiants.

  • La cabale se veut «réception» - c'est le sens littéral du mot - et transmission d'un sens mystique du texte biblique. Elle émerge en Provence au Moyen Âge et se réclame d'une tradition orale millénaire. Concentrée sur le Livre et sa "lettre", elle prend le judaïsme à bras le corps et pénètre les cercles les plus divers de la pensée méditerranéenne, irradiant vers d'autres traditions qui reprendront et modifieront à leur tour ses formes et ses méthodes. Retracer alors le parcours des «réceptions de la cabale», depuis Pic de la Mirandole ou Johann Reuchlin, initiateurs de la cabale chrétienne, jusqu'à Rabbi Yehuda Halevi Ashlag et les cercles cabalistes de Jérusalem, en passant par les Lumières juives ou les cercles judéo-soufis de Lausanne, revient à redessiner la carte de la diffusion des idées européennes à l'aune d'une tradition paradoxale dont la divulgation, pourtant, n'épuise jamais le secret, comme a pu l'écrire Gershom Scholem, l'un de ses plus éminents spécialistes.

  • Berlin naît au XIIIe siècle, en même temps que s'y installent les premiers Juifs. Sept siècles de présence au cours desquels la communauté juive s'inscrit dans le paysage de la ville au point de faire corps avec elle, jusqu'à l'avènement du nazisme. Pourtant, dès l'après-guerre, c'est à Berlin (Est et Ouest) que reviennent quelques Juifs allemands, et c'est à Berlin qu'émigre une grande partie des Juifs de Russie après 1989. C'est encore à Berlin que séjournent nombre de jeunes israéliens qui font le choix d'un nouvel exode. Comment expliquer cet attachement à la ville? Que dire de cette « relation d'amour et de désespoir » qui lie les Juifs à Berlin? Comment comprendre l'aura dont jouit cette ville, par-delà les générations, par-delà l'histoire, par-delà les ineffaçables souffrances? Les études de ce volume tentent d'y répondre en interrogeant l'architecture et l'urbanisme, la littérature et la musique, la pensée et l'histoire.

  • Depuis la parution de Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal en 1963, la notion centrale du livre de Hannah Arendt a fait l'objet de très nombreuses polémiques et discussions, dont quelques pièces sont données ici en appendice. Mais aujourd'hui, cinquante ans après le procès Eichmann, des historiens, des analystes, des écrivains et des philosophes engagent un débat posthume avec l'auteur du « rapport », autour des destins de cette « banalité du mal », qui a certes permis de méditer les écrits et les dires des exécuteurs et des victimes, mais n'a pas évité la banalisation problématique des bourreaux, transformant des criminels exterminateurs en « hommes ordinaires ». Demeure ainsi la question de savoir comment la banalisation de la « banalité du mal » a pu jouer contre le sens de la formule d'Arendt, et dans quelle mesure elle n'a pas provoqué, à son tour, d'autres «maux de la banalité » dans le regard de nos contemporains sur l'Histoire.

  • Qu'il écrive en allemand, en français ou hébreu, Stéphane Mosès nous fait pénétrer dans les univers des auteurs qu'il aborde, toujours par la porte dérobée. Qu'il s'agisse de Kafka ou de Walter Benjamin, de Scholem ou d'Emmanuel Levinas, la connaissance intime qu'il a de leurs oeuvres respectives est rendue par une extraordinaire clarté et lucidité d'interprétation. C'est à cet exégète de la modernité que rendent hommage ici ses plus chers amis et collègues, dans un volume qui retrace aussi l'itinéraire d'une vie aux retours multiples.

  • Né à Troyes-en-Champagne, Rachi, acronyme de Rabbi Chelomo fils d'Isaac (1040-1105), accompagne la lecture des oeuvres maîtresses du judaïsme depuis près de dix siècles. Son commentaire exhaustif de la Bible et du Talmud est un guide sans équivalent pour tous ceux qui veulent en approfondir la lecture, et une source d'informations d'une extraordinaire richesse sur le judaïsme médiéval en France et sur son rayonnement. En outre, ses apports à la connaissance du français du Moyen Âge et ses conceptions d'un judaïsme ouvert sur le monde font de lui une figure exemplaire de l'"humanisme juif".Réunis à l'occasion du 900ème anniversaire de sa disparition par l'Institut Universitaire européen Rachi, les auteurs de ce volume se sont attachés à éclairer d'un jour nouveau les aspects multiples de son héritage.

  • «Une étrange et magique rencontre...» C'est ainsi qu'Amedeo Bertolo définit dans son introduction la convergence - entre la fin du XIXe et la moitié du XXe siècle - de deux traditions que l'on aurait tendance à considérer comme étrangères l'une à l'autre. Mais il suffit d'évoquer les noms de Bernard Lazare, de Gustav Landauer, de Franz Kafka, de Gershom Scholem, d'Emma Goldman et de tant d'autres pour prendre conscience à la fois de la réalité complexe d'une telle rencontre, mais aussi de sa richesse, qui a influencé durablement à la fois le mouvement ouvrier international, les expériences communautaires en Argentine, aux Etats-Unis ou en Israël, mais également, en retour, le judaïsme moderne, ouvrant la voie à ce qu'il convient d'appeler sa version "laïque". Ce volume, issu d'un colloque tenu à Venise en 2000, retrace l'histoire de cet "anarcho-judaïsme" ou "judéo-anarchisme", de ses figures emblématiques et des débats qu'il a suscités, notamment lors de la création de l'État d'Israël, autour de la question du nationalisme.

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