Sciences humaines & sociales

  • "On ne nait pas femme, on la devient."


    Telle est la phrase que Simone de -Beauvoir aurait écrite si, fille de l'école, elle n'avait assimilé les règles concoctées à partir du xviie siècle pour donner au "genre le plus noble" la place qu'il occupe aujourd'hui dans la langue française.


    Contestée dès l'origine, longtemps négligée, imposée pour finir par des -institutions puissantes, cette entreprise a commencé d'être démantelée dans les pays francophones depuis une quarantaine d'années. Petit à petit, d'une -controverse à l'autre - et elles sont particulièrement vives en France -, la démasculinisation du français a ainsi fait des progrès notables : les titres de "chancelière" ou de "présidente du conseil", les mots "pharmacienne", "autrice", "compositrice" ont à nouveau droit de cité dans la langue.


    Le travail se poursuit désormais plus largement avec le langage inclusif, qui intègre des exigences propres au temps présent, visant à réaliser l'égalité entre tous les êtres humains. Ce livre donne à la fois les bonnes raisons -d'approfondir cet effort, et les moyens simples qui sont à notre portée pour le soutenir.

  • Le long effort des grammairiens pour masculiniser le français a suscité de vives résistances chez celles et ceux qui, longtemps, ont parlé et écrit cette langue sans appliquer des règles contraires à sa logique. Initiée au XVIIe siècle, la domination du masculin s'est imposée à la fin du XIXe siècle. Depuis, on apprend à l'école que "le masculin l'emporte sur le féminin"...

    Ce livre retrace l'histoire d'une entreprise à la misogynie affirmée ou honteuse, selon les époques. Il nous convie à un parcours plein de surprises où l'on en apprend de belles sur la "virilisation" des noms de métier, sur les usages en matière d'accords, sur l'utilisation des pronoms ou sur les mutations "trans" subies par certains mots en vertu de la "loi du genre".

  • Quel positionnement stratégique choisir à l'égard de l'État : avec, sans ou contre ? Manifester pour l'extension des droits du mariage pour toustes, s'organiser pour se défendre contre les violences sexuelles sans la police et la prison ou fonder une communauté autarcique sur une île déserte très loin d'ici ? Comment faire ?



    L'État, après avoir pourtant pris soin de bien séparer espace privé et espace public, s'immisce dans nos intimités avec la plus parfaite indiscrétion.

    De quoi l'État se mêle-t-il ? Comment et pourquoi va-t-il fourrer tantôt la main droite de la répression, tantôt la main gauche de l'action sociale dans nos identités de genre et nos sexualités ? Existe-t-il seulement un grand corps qui relie ces deux mains ? Il pourrait s'agir d'une fiction montée de toutes pièces, d'un discours de pouvoir ou encore d'une relation sociale et politique matérialisée. Car cette figure change dans le temps et dans l'espace, et, selon les circonstances, elle s'avère soit utile pour la critique, soit au contraire elle devient intimidante et bloquante pour l'action collective.

    Ce recueil invite à la discussion sur les compréhensions queers/féministes de l'État et les stratégies à en déduire pour s'émanciper.



    Avec des contributions de Cornelia Mser, Davina Cooper, Rada Ivekovi, Perinne Lachenal, Birgit Sauer, Marion Tillous, Jana Tschurenev.

  • Le point zéro à partir duquel la révolution se propage est celui où de nouveaux rapports sociaux s'imaginent et se créent, déclenchant une onde qui gagne de proche en proche et renverse les structures de la domination. Ce point zéro, soutient Silvia Federici, est localisé dans la sphère privée, site de la reproduction sociale - celle de la main-d'oeuvre et de sa force de travail.



    Écrits entre 1974 et 2012, les textes réunis dans ce recueil s'articulent précisément autour du concept de reproduction, développé par un courant du féminisme marxiste dont Silvia Federici se réclame aux côtés de Mariarosa Della Costa, Selma James et Maria Mies. Elles sont parties d'un constat

    : tache aveugle de la théorie marxiste, le travail domestique non rémunéré, essentialisé, est la partie cachée de l'iceberg de l'accumulation capitaliste.



    D'où la revendication du salaire ménager, portée dans les années 1970 par le Collectif féministe international puis, au fil des ans, l'élargissement de la réflexion à la restructuration des rapports de classe. Le «

    nouvel ordre mondial

    » du néolibéralisme, la crise de la dette et les politiques d'ajustement structurel, les délocalisations



    industrielles ont créé une nouvelle division sexuelle et internationale du travail qui précarise la vie de populations entières et impose aux femmes du «

    Sud

    » d'assumer une part croissante du travail reproductif nécessaire au «

    Nord

    ». L'analyse de la guerre économique ainsi engagée contre les femmes appelle les féministes à combattre ce nouveau colonialisme pour rouvrir la perspective politique de l'émancipation en l'associant à la défense des biens communs.











    Née à Parme, en Italie, militante féministe depuis les années 1970, Silvia Federici travaille aux États-Unis. Son essai, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive a été traduit en français en 2014 (Éditions Entremonde).

  • "De la maternelle au baccalauréat, l'école est mixte, les enfants sont élevés ensemble, sur des programmes communs, avec des examens communs. Il est révolu le temps où, pour obtenir le certificat d'études, les filles devaient subir une épreuve de couture et les garçons de travaux manuels. À la majorité, qui est la même pour tout le monde, il n'y a plus en France de service militaire. Tous les citoyens de plus de dix-huit ans ont le droit de vote et paient leurs impôts de la même manière. L'instauration, en 2013, du mariage pour toustes a supprimé le dernier bastion où la différence des sexes pouvait faire sens: aujourd'hui, nos concitoyens et concitoyennes se marient avec la personne de leur choix, à l'exception de leurs consanguins. Ainsi, dans de multiples composantes de la vie publique la République se passe très bien de connaître le sexe des individus. Pourtant, on le fait toujours figurer à l'état civil. Au nom de quoi?"
    Lancée lors d'une morne campagne présidentielle, l'idée fit son chemin. Et si cet hurluberlu d'Ulysse Riveneuve avait raison? Si le grand problème de l'égalité femme-homme tenait à un si petit détail? À la fixation sur une identité sexuée au demeurant accessoire et sans pertinence pour les actes de la vie civile...
    Les médias avaient besoin de nouveau grain à moudre, ils se jetèrent sur la proposition. Et c'est ainsi que les dirigeants politiques et les médecins, juristes, féministes, virilistes, philosophes et psychanalystes, religieux de tous bords et anonymes de tous poils s'engagèrent passionnément dans le débat, et que le vieux pays, arraché à sa morosité, ouvrit au monde la voie de l'égalité universelle.

  • À la veille du 8 Mars 1979, Khomeiny appelle les femmes à se voiler dans les lieux publics. En signe de protestation, les Iraniennes envahissent par milliers les rues de Téhéran et d'autres grandes villes du pays : elles refusent de renoncer à leur liberté. En France, Simone de Beauvoir prend position en leur faveur au nom de l'universalité des droits des femmes.

    Dès les années 1960, l'écrivaine est connue des milieux iraniens francophones. Dans les années 1970, ses écrits commencent à être traduits en persan. Pourtant, sa pensée reste confidentielle. Aujourd'hui, les choses ont bien changé. Son image sert de médium à une jeunesse éprise de liberté pour dire à la fois son vécu, ses rêves et ses désirs.

    Dans notre voyage en Iran, sur les traces de Simone de Beauvoir, nous plongerons au coeur des questions que l'islamisme nous pose sur l'identité culturelle et religieuse dans son rapport au social et au politique. Questions brûlantes de notre époque où les mouvements néoconservateurs puisent leur force dans l'exacerbation des appartenances identitaires.

    La diabolisation de la liberté et de l'égalité est au centre de leur propagande.

  • Instauré dans les années 1960 par les autorités sportives internationales, le test de féminité vise à distinguer les « vraies femmes » des autres. Quels autres ? Des hommes qui s'immisceraient en catégorie « Dames » pour y remporter des victoires faciles ? Les annales du sport ne gardent pas trace d'un tel cas. En revanche, bien des sportives ont été interdites de compétition car elles ne remplissaient pas les critères censés définir la féminité.


    Ces derniers ont varié au cours du temps : la féminité fut d'abord certifiée sur la base d'un examen gynécologique, puis chromosomique, puis hormonal. Mais la conformation anatomique des organes sexuels est parfois jugée « ambiguë », il existe d'autres formules chromosomiques possibles que « XX » et « XY », et des femmes certifiées « normales » à la suite d'un examen anatomique ou d'une analyse chromosomique peuvent avoir des taux de testostérone supérieurs à la moyenne.


    Le travail d'Anaïs Bohuon cerne une évidence qui embarrasse les autorités sportives : les caractéristiques sexuées s'expriment selon des modalités diverses et la partition des individus en deux catégories de sexe seulement est une fiction idéologique. Son livre révèle aussi que cette vision de la féminité a partie liée avec une histoire politique : celle de l'opposition entre l'Est et l'Ouest, du temps de la Guerre froide, et celle qui organise le partage inéquitable entre pays du Nord et du Sud. Dans le monde du sport, les « vraies femmes » restent conformes à l'idéal occidental de la féminité. La suspicion se porte sur « les autres », qui s'écartent de ce stéréotype.

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