Desjonquères Editions

  • Narrant sur des modes très variés, du burlesque au tragique, la naissance et les premières années d'un enfant naturel sans nom et sans fortune, puis ses amours avec la fille d'un richissime lord anglais pendant la guerre franco-anglaise de 1776-1783 et les années sombres de la Révolution française, L'Enfant du carnaval, publié en 1796, a connu trente ans de franc succès. C'est l'un des premiers romans populaires français, et l'amorce, par son rythme effréné d'aventures à jet continu, des romans de Paul de Kock et de Ponson du Terrail.Dans ce roman truculent, à rebondissements multiples, le burlesque, le picaresque sont mis à contribution en même temps que le pathétique et le dramatique.Pigault-Lebrun, montreur d'images, nous offre également les portraits hauts en couleurs de nombreux types sociaux de la bourgeoisie de province et du peuple de Paris.

  • « ... J'entrai dans la boutique. Il ne me restait plus de curiosité pour la marchande ; mes yeux étaient fixés sur la poupée. » Ainsi naît la fascination qu'éprouve un jeune homme pour une figure féminine miniature, une poupée si parfaite qu'on la croirait vivante. En réalité, elle l'est, c'est une sylphide qui a pris cette apparence et qui fera son initiation amoureuse.Ce roman à l'érotisme délicat et pervers nous propose une véritable pédagogie du plaisir différé à l'opposé du libertinage de conquête.

  • Amoureux fou de Milady Juliette Catesby, pourquoi Milord d'Ossery, la veille de son mariage, disparaît-il pour en épouser une autre ?Voici l'énigme que Juliette ne sait résoudre et l'offense qu'elle ne veut pardonner lorsque Milord d'Ossery - veuf - revient vers sa première maîtresse avec autant de passion que s'il n'avait jamais changé !Plaisirs d'amour et souffrances d'amour vont alterner de façon très heureuse au cours d'un échange de lettres entre Juliette Catesby et son amie Henriette Camplay.En somme, que des êtres incompréhensibles l'un pour l'autre se fascinent, se poursuivent et cherchent à s'unir, voici les données d'une énigme heureusement assez insoluble pour que l'avenir du roman demeure pour longtemps assuré.Diderot dans sa correspondance a fait l'éloge des Lettres de Milady Juliette Catesby : « La seconde lecture m'a fait encore plus de plaisir que la première. Cet ouvrage aura du succès. Je vous conseille de le donner et de l'avouer. »

  • Lorsqu'en 1790 il prend envie à Rivarol de « faire le dénombrement des grands hommes de chaque espèce qui d'une paisible monarchie ont fait une si brillante république », il se montre à la hauteur des circonstances et met tout son talent de critique, sa verve inimitable, son sens du trait au service de son projet.
    Voici, dans l'ordre alphabétique, 136 personnages de la Révolution « croqués » par ce pamphlétaire de génie en quelques phrases acérées et impertinentes. Les plus obscurs côtoient les plus célèbres, la médiocrité des uns nivèle la gloire des autres.

  • Un amour fou, immense, fusionnel, troublé par les méprises, contré par les intrigues, traversé par les coups du sort : tel est le. ressort des aventures de Fanny et de Cleveland. Leur rencontre s'est faite au fond d'une grotte d'Angleterre où le héros, bâtard de Cromwell, a fui le tyran. Leur passion les jette dans un enchaînement d'aventures inouïes, auxquelles Prévost, conteur inlassable, a le don, comme Alexandre Dumas, de faire croire. Actions généreuses et sombres machinations, enlèvements, duels, expéditions maritimes, rencontres, reconnaissances, l'invraisemblable, pris dans la trame du quotidien, est le climat naturel de Prévost. Dans la grande machine romanesque, tous les personnages sont emportés par une intrigue irrésistible. Unissant à une confession poignante un souffle épique, le récit de Prévost exprime l'inquiétude profonde de chaque homme, sa nostalgie d'émotions infinies. Son roman est aux lettres ce que les opéras de Haendel sont à la musique : il en a la vaillance, les immenses douleurs, la géniale démesure.

  • Satiriques et polémiques, les Dialogues de Lahontan annoncent avec vigueur les grands débats philosophiques des Lumières. Religion, politique, justice, moeurs : rien n'échappe à la critique de Lahontan. Le contraste entre le Sauvage et l'Européen met en cruelle évidence les vices de la civilisation.Le « Mais comment peut-on être Huron ? » que l'explorateur français est tenté de s'écrier suscite finalement l' interrogation : « Mais comment peut-on être Européen ? » Après Lahontan, le Vieux Continent ne cessera plus de se poser la question.

  • Charles Pinot-Duclos a vécu sous la Régence. Dans les Mémoires pour servir à l'histoire des moeurs du XVIIIe siècle il peint les moeurs de la société qui l'entoure, à cette époque déliée où l'esprit était vif, apte à saisir toutes les faces les plus diverses de la mobile vérité. De là ce perpétuel feu d'artifice de paradoxes, de sophismes, d'impertinences, d'irrespects.Dans cet ouvrage plein de finesse et d'intelligence (« L'âme seule fait la physionomie, la nature ne donne que les traits ») Charles Pinot-Duclos nous conte, dans la meilleure tradition du roman psychologique, inaugurée par madame de La Fayette, continuée après lui par Laclos et Stendhal, ce que Sainte-Beuve appelait les modes de sensibilité de l'époque.

  • Les Réflexions sur Lekain et sur l'art théâtral offrent un témoignage précieux sur l'art de l'acteur, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.
    Son auteur, François-Joseph Talma (1763-1826), le comédien français qui a joui de la plus grande célébrité depuis Molière, rend ici hommage à un autre très grand acteur, Louis Lekain (1729-1778), le tragédien favori de Voltaire. En évoquant le talent de son illustre aîné, Talma expose sa propre conception « révolutionnaire » du théâtre, du décor, de la diction, du rôle respectif de la sensibilité et de l'intelligence dans le jeu dramatique. Ses réflexions dessinent le cadre dans lequel vient s'inscrire, pour longtemps, tout discours critique sur le jeu de l'acteur.
    Au-delà de l'image du comédien, ces Réflexions tracent le portrait emblématique de l'artiste entre classicisme et romantisme.

  • Les Mémoires et aventures d'un homme de qualité - entendons d'une âme noble - sont le premier roman de l'abbé Prévost. Dès sa parution en 1728, il fascina ses contemporains et assit sa renommée.C'est l'histoire d'une destinée tragique. Ayant perdu les siens et son héritage, le héros, chassé sur les grand-routes d'une Europe en proie aux convulsions des guerres, tombe aux mains des Turcs. Outre une tolérance inconnue en sa patrie, il découvre sur les rives du Bosphore l'éblouissement de l'amour sous les traits de Selima, qui perd bientôt la vie en lui donnant une fille. Celle-ci élevée, il renonce au monde.Dès cette première oeuvre apparaissent les thèmes majeurs de Prévost : l'aventure, l'exotisme, la passion, la hantise de la mort, et par-dessus tout la « qualité » d'une âme : capable d'un amour sans réserve, le héros manifeste une grandeur qui l'élève au-dessus des coups du sort.Cet étonnant récit explorant les labyrinthes du monde intérieur à travers l'histoire secrète, les rêves, les refoulements et les angoisses d'un être, inaugure une oeuvre immense, interrogation métaphysique sur la nature et le bonheur.

  • Les « adorables lettres de Ligne à la marquise de Coigny » sont, dit Sainte-Beuve, des « bulletins de féerie et d'enchantement ». Elles sont la relation pétillante, à bâtons rompus, du fameux voyage de Crimée effectué en 1787 par Catherine II en compagnie de l'empereur Joseph II d'Autriche, de Potemkine, des ambassadeurs des grandes puissances européennes, du prince de Nassau...Tout un monde fastueux et chamarré revit dans ces missives où le prince de Ligne note « les dernières magnificences de l'Europe », Catherine II « réunissant le luxe asiatique à celui de Louis XIV, des Grecs, des Romains et des Mille et une nuits ».

  • 1789 : en quelques mois un monde qu'on croyait éternel s'écroule. Les uns applaudissent, les autres crient au complot. Sénac, lui, veut comprendre.Observateur privilégié de la crise de l'ancien régime, il refuse de tenir les langages tout faits des partis et veut atteindre la signification profonde de ce qui se passe. La Révolution qui brise ses ambitions et le jette sur le chemin de l'exil, il en voit les principes et les causes dans les mutations de la société française, dans l'épuisement du système monarchique.Royaliste sans complaisance pour les privilégiés de l'Ancien Régime, il s'interroge sur la nécessité de la Révolution et cherche à être digne de ses modèles : Machiavel et Montesquieu.

  • Souvenirs amoureux d'un homme de quarante ans, Les Confessions du comte de *** occupent une place importante dans la tradition du roman de moeurs, du roman mondain et du roman de séduction. Duclos a su y écrire un chapitre de l'histoire des démêlés qui opposent et réunissent, d'un bout à l'autre du dix-huitième siècle, le couple inévitable du coeur et de l'esprit : le coeur du comte est bon, mais se laisse égarer par un esprit léger. Un roman plein de cette vivacité qui seule a du prix pour ses personnages, vivacité du style, de l'ironie, de l'esprit qui jamais ne pèse.

  • Le sopha est un roman libertin au décor oriental emprunté aux Mille et une nuits.Le narrateur, condamné par décret divin à se réincarner dans des sophas successifs, assiste à une bonne dizaine d'aventures féminines, tour à tour plaisantes, heureuses ou catastrophiques ; il en profite pour dévoiler toutes les ruses de la fausse vertu, de l'hypocrisie mondaine ; l'instinct, la vanité, la fantaisie mènent le jeu ; le libertinage érotique, l'immoralisme apparent et l'impertinence donnent à l'oeuvre son parfum de scandale.Avec Crébillon Fils, pour le plaisir du verbe, le coeur se fait esprit.

  • En écrivant La nuit et le moment, Crébillon Fils, le peintre achevé de la rouerie masculine, a signé son chef-d'oeuvre.Un libertin y guette sa proie. Nous sommes séduits par l'habileté diabolique de sa stratégie amoureuse. Sa fureur de conquête viendra-t-elle à bout de toutes les ruses dont une femme du XVIIIe siècle dispose avant que de se rendre ?Dans le second conte Le hasard du coin du feu, Crébillon Fils nous fait spectateur du très joli badinage d'une coquette et d'un roué. Ce tableau, par petites touches impertinentes et spirituelles, porte sur un sujet très sérieux : il s'agit pour Célie de détourner à son profit l'amour que le Duc porte à sa meilleure amie... !Crébillon Fils a tracé avec infiniment d'esprit et de délicatesse les raffinements, les nuances et jusqu'aux grâces de nos vices : « Un autre talent que j'ai est d'ouvrir une porte plus doucement que personne et de marcher avec une légèreté incompréhensible... » fait-il dire au jeune libertin.Ce clair regard de conteur, cette légèreté séduisante, c'est le rire de l'esprit.

  • 1789 : en quelques mois un monde qu'on croyait éternel s'écroule. Les uns applaudissent, les autres crient au complot. Sénac, lui, veut comprendre.Observateur privilégié de la crise de l'ancien régime, il refuse de tenir les langages tout faits des partis et veut atteindre la signification profonde de ce qui se passe. La Révolution qui brise ses ambitions et le jette sur le chemin de l'exil, il en voit les principes et les causes dans les mutations de la société française, dans l'épuisement du système monarchique.Royaliste sans complaisance pour les privilégiés de l'Ancien Régime, il s'interroge sur la nécessité de la Révolution et cherche à être digne de ses modèles : Machiavel et Montesquieu.

  • Les Mémoires de Louvet tiennent une place originale parmi les Mémoires sur la Révolution. Mêlé de près à l'aventure révolutionnaire, Louvet, député girondin, adversaire résolu de Robespierre, raconte avec la vivacité de style qui lui a servi à peindre Les Amours du chevalier de Faublas l'aventure à travers une France hostile des Girondins proscrits après le 31 mai 1793.Avec une précision concrète qui fait de ces Mémoires un témoignage irremplaçable, Louvet décrit l'expérience vécue et directe de sa fuite avec quelques compagnons, d'une ville à l'autre, d'un bourg à l'autre... sa vie d'homme traqué par la Terreur.C'est une tranche d'histoire, qu'il nous livre. Voici un tableau de la province en cette année 93 : l'Ouest et la Gironde, mais aussi sur la route du retour, le Périgord, le Limousin, les pays de Loire pour aboutir aux portes de Paris.Ce récit est sans doute celui qui rend le plus immédiatement sensible l'atmosphère de chaque instant pour un homme engagé dans les événements, décrété d'arrestation, et qui savait qu'il serait guillotiné s'il était reconnu.

  • Chassée de son pays, la Pologne, l'héroïne traverse une Europe à feu et à sang et frôle les pires violences. Livrée aux hasards de l'errance, condition de vie des émigrés, ses aventures révèlent le cheminement souterrain de la perversité qui donne son titre au livre : souffrances, persécutions, arrestations, évasions, traitements odieux. Puis l'auteur opère une mutation du roman noir proprement dit à la science-fiction. La littérature de la fin du XVIIIe siècle s'interroge avec passion et angoisse sur les possibilités et les limites de la science. Révéroni nous convie à un défilé de fantasmes côtoyant sans cesse les gouffres noirs où Sade entraîne ses lecteurs.

  • On ne sait d'où viennent ces êtres mythologiques qui tombent amoureux des humains ; invisibles les sylphes flottent entre réalité et imaginaire dans les récits merveilleux qui se multiplient au XVIIIe siècle.Voluptueux, insaisissable, le sylphe, ou son double féminin la sylphide, apparaît bien souvent comme une machine de séduction dont le secret se trouve dans les rêveries amoureuses des hommes et femmes livrés à eux-mêmes. Le siècle des Lumières exprime à travers leurs figures charmantes ses doutes sur l'unité du physique et du moral, du sensible et de l'imaginaire.Cette anthologie de onze auteurs permet de suivre un siècle et demi d'évolution des moeurs et des valeurs amoureuses, de la France de Louis XIV à celle de Louis-Philippe.

  • Prince rose, enchanteur de l'Europe, prince chéri : jamais les qualificatifs flatteurs ne firent défaut à celui que Goethe appelait « l'homme le plus gai de son temps », dont les Contes immoraux sont les confessions librement transposées.Au fil de ses amours, qui de ville d'eau en ville d'eau, entraînent le lecteur au travers de l'Europe, l'auteur observe ses semblables et le monde avec un détachement sarcastique. La légèreté d'esprit et de ton du récit recouvre une conception dédramatisée, tolérante de l'amour, aussi éloignée des émotions des « âmes sensibles » que du cynisme des libertins de Laclos : c'est l'oeuvre d'un homme pour lequel le sentiment amoureux aura en définitive compté plus que tout.

  • L'histoire de Pygmalion, amoureux d'une statue que Vénus transforme en une femme vivante, avait été racontée par Ovide dans ses Métamorphoses. Ce mythe a été repris au XVIIIe siècle dans un grand nombre d'opéras, d'opéras comiques, de comédies, de parodies, de transpositions dans le monde moderne.Ces adaptations très variées, dont les plus intéressantes sont réunies dans notre recueil, reflètent l'esprit du XVIIIe siècle français dans sa diversité, son goût du plaisir et de la fête, sa réflexion sur les problèmes de l'éducation, ses hypothèses sur la formation du moi et de sa relation avec l'autre , sa pensée critique en matière de métaphysique et de religion.

  • La première Mission jésuite française s'établit en Chine au tout début du XVIIIe siècle. Introduits à la cour de Pékin et dans tout l'Empire du Milieu, les pères entreprirent de révéler à l'Europe un univers à la déconcertante et fascinante étrangeté. Sorte de reportage sur la Chine, leurs lettres, officielles ou privées, captivèrent pendant tout un siècle le public cultivé, auquel elles prodiguaient une profusion d'aventures exotiques, d'images nouvelles et d'idées originales. Passionnant Montesquieu, Voltaire et tous les Philosophes, elles jouèrent un rôle primordial dans l'évolution des mentalités au siècle des Lumières. Elles séduisent encore par l'ampleur et la diversité des sujets traités. Rites, modes de gouvernement, moeurs, coutumes, sciences, arts, techniques : il n'est rien que les jésuites ne relatent de cet immense Empire. D'une incontestable valeur littéraire, leurs lettres constituent un document passionnant sur la Chine de jadis, mais aussi sur un Occident avide de s'élargir aux dimensions du monde.

  • « Aventuriers de Dieu » d'une culture et d'une curiosité sans bornes, les jésuites, qui avaient établi au Levant la plus ancienne mission française, sillonnaient au XVIIIe siècle les provinces de l'empire ottoman : Turquie, Liban, Syrie, Palestine. Leurs lettres sont autant de reportages ethnographiques et pittoresques sur ces régions encore mystérieuses. Avec un sens aigu de l'observation, les jésuites enquêtent sur les coutumes, les moeurs, les croyances, les rites d'une mosaïque de peuples. Splendeur d'une procession chrétienne, bariolage d'une caravane cheminant vers La Mecque, rien du quotidien n'échappe à la curiosité de ces esprits qui, avant tout humanistes et chrétiens, sont fascinés par les vestiges des civilisations antiques et remplis de ferveur face aux sites de la Bible. En se faisant l'écho des rivalités qui déchirent sourdement populations et religions, ces lettres offrent un précieux témoignage sur le passé récent d'une région qui allait devenir le théâtre d'affrontements inexorables.

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