ABRUPT

  • L'espagnole

    Simone Weil

    • Abrupt
    • 15 May 2018


    Ce recueil de textes de Simone Weil, écrits entre 1936 et 1938, témoigne de son expérience de la guerre d'Espagne. Simone Weil, l'Espagnole, n'a pas hésité à se rendre à Barcelone pour soutenir, au risque de sa vie, la cause d'un peuple pour lequel elle avait une affection sincère. L'Espagne fut la terre qui vit s'affirmer la force de caractère d'une femme prête à mourir pour ses convictions, elle fut malheureusement aussi le lieu où Simone Weil découvrit les affres de la guerre civile, les dérives des mouvements révolutionnaires, la médiocrité des hommes lorsqu'ils se confrontent au pouvoir. Dans le journal de son expérience du front, au-delà de son caractère historique, un style lapidaire laisse entendre une littérature qui se place sur la brèche. Les textes qui suivent le Journal d'Espagne donnent quant à eux un certain écho à la désillusion de Simone Weil tant face à la lâcheté politique qu'à l'inhumanité de ses camarades. Ce recueil se termine sur un article plus théorique, Ne recommençons pas la guerre de Troie, qui souligne le danger de l'utilisation de termes brumeux, d'entités vides : démocratie, capitalisme, communisme, liberté, etc. Les mots n'ont pas de contenu lorsqu'ils fourvoient les peuples et les précipitent dans le sang et dans la haine. Elle rejette catégoriquement les discours abstraits qui mettent en ordre de marche. Simone Weil y oppose une volonté de déconstruire les mécaniques du pouvoir et de son corollaire, le prestige du pouvoir. En ces textes, s'exprime toute la singularité de son humanité, faite d'intransigeance et de cohérence, de raison et de nuances, qui se place invariablement du côté des classes opprimées.
    Ce recueil contient les textes :
    - Journal d'Espagne
    - Fragment de 1936 (« Que se passe-t-il en Espagne ? »)
    - Lettre à Georges Bernanos
    - Réflexions pour déplaire
    - Faut-il graisser les godillots ?
    - La politique de neutralité et l'assistance mutuelle
    - Non-intervention généralisée
    - Ne recommençons pas la guerre de Troie

  • 1933, l'histoire bascule, Simone Weil interroge : « Allons-nous vers la révolution prolétarienne ? » Sans renoncer au combat, la philosophe déploie dans ce texte crépusculaire un pessimisme critique qui augure les ténèbres à venir. Simone Weil dissèque l'impossibilité d'émancipation face à des régimes bureaucratiques qui oppressent les masses, face à l'ouvrier broyé par la machine, cantonné à un rôle de soumission à la société. Au coeur des remous de l'époque, elle met dos à dos l'URSS de Staline et le fascisme naissant du Troisième Reich, refuse les positions trotskistes, et laisse entendre, malgré une certaine fatalité, une voie possible au travers de l'idée anarchiste de souveraineté des travailleurs, et non de celle du travail au mépris des travailleurs. Par cette organisation horizontale du travail, elle écarte l'idée de défaite, et recherche par tous les moyens possibles la lutte au nom de tout ce qui fait « la valeur de la vie humaine ».

  • De ce petit livre on pourrait dire qu'il gomme et dégomme les grands hommes, mais ce n'est pas ça. Il donne et redonne plutôt.
    Il donne une place à des femmes écrasées par lesdits grands hommes et dont on ignore même les noms. Il redonne les noms de grandes femmes qui ne se sont pas laissé écraser.
    Il donne de la voix aussi. Le plus loin possible de l'autorité et de la « culture-phallus ». Au plus près des êtres et de la nature-ventre. Avec.

  • Crevel, Cénotaphe

    Marc Verlynde

    • Abrupt
    • 18 May 2019

    La tradition littéraire du tombeau paraît mal enterrée. Peut-être. Crevel, Cénotaphe en pastiche non tant la dévotion que le désir d'un portrait posthume, vivant. D'où l'idée de dresser un cénotaphe pour Crevel, cette présence indissociable du surréalisme, ce visage de sa vague de rêve mais aussi ce dandy suicidé, écrivain révolté et engagé. Dans cette brève évocation à la dérive, dans un désordre voulu pour laisser apparaître les images et les strates d'une personnalité contradictoire, Marc Verlynde fait de ce cénotaphe la représentation d'une viduité, d'un portrait du poète partout où le corps échappe. Loin de la biographie, de l'essai universitaire, Crevel, Cénotaphe est un portrait-puzzle, collage de citations ou d'emprunts, pour laisser perdurer le fantôme sensible de l'auteur de Mon corps et moi, du Clavecin de Diderot ou encore de si décisifs articles sur Dalí.

  • Dalí n'est pas un rhinocéros, il est la surréalité, et la surréalité est la « réalité rendue à son devenir, réalité se dépassant elle-même et destinée à se dépasser sans cesse elle-même. L'homme qui doit, selon l'expression familière, savoir sortir de lui-même, comment y parviendrait-il, sans faire sortir les choses d'elles-mêmes ? »
    Un livre double face pour se précipiter au coeur de la surréalité. Deux faces, deux textes : Dalí ou l'anti-obscurantisme et Nouvelles vues sur Dalí et l'obscurantisme.

  • Trésors et trouvailles

    Joséphine Lanesem

    • Abrupt
    • 16 September 2019

    Cheminement parmi des collections classiques ou insolites - de voix, de noeuds, d'éponges, d'origami... - qui racontent autant l'objet collectionné que le sujet collectionneur. La trouvaille devient trésor, la matière inerte révèle sa magie muette, la vie s'enchante, discrètement, de joies mineures. Manière de créer un monde dans le monde, à sa mesure. D'esquiver le non-sens par une curiosité renouvelée. D'oublier la duplicité des mots et la disparition des êtres dans la persistance modeste des choses. Les objets restent. On peut leur faire confiance. Passeurs entre les vivants et les morts, ils figurent le lien qui vient à manquer. Mais si on leur accorde trop de place, ils commencent à s'animer d'une vie propre...

  • Mémoire vive

    Pierre Ménard

    • Abrupt
    • 9 October 2019

    Ce texte en prose est une mémoire vive, une suite d'épiphanies. Sensation d'un récit qui se dessine fait de boucles, de spirales et de courbes. Non pas suites sans principes de construction mais entrelacements complexes. Couleurs, formes, collages, accidents s'inscrivent dans une dynamique du décloisonnement. Une tension entre le discontinu des fragments et le mouvement qui unifie l'ensemble, qui en détache des morceaux pour les travailler, les étudier sous tous les éclairages possibles, suspendre le cours d'une phrase, en retourner le cheminement, en déformer la logique, en fragmenter le sens, en désaccorder la syntaxe et avec elle toute linéarité, privilégiant les écarts de sens et d'images. Le texte est le montage de poèmes pris dans le réel, dont les fragments sont considérés comme surface de travail, espace à explorer.

  • sur la N113
    entre deux ronds-points occupés
    dans la douceur du printemps occitan
    un cri un chant une prière
    contre l'enfer néolibéral patriarcal colonial

  • Habitacles

    Jérôme Orsoni

    • Abrupt
    • 24 August 2020

    Écriture par anticipations. Écriture pour habitacles. Pour habiter. Un espace masqué qui se découvre en avançant. Et soi en habitacle de ce qui s'y présente. La découverte simple. Point de mire. Simple en désirs. Simple voulant dire clair, la clarté étant l'instrument de la transformation - de soi, du monde, du langage. Y remettre de l'être, et y habiter en parallèle. Et rester fidèle - habitacles sans arrêt. Avec quelque chose en plus. Plus de sens. Plus de vie. De l'air entre les pensées. De l'espace. Comme par la grâce d'une idée fixe.

  • Le monument infini

    Collectif

    • Abrupt
    • 15 May 2018


    Cet essai n'est pas un poème, il n'a rien non plus du songe, il se place en l'oeil qui le lit comme une prière chamanique où retentissent des abstractions, s'enchevêtrent des concepts en un tournoiement qu'il veut sans fin. Le tutoiement distant mais aimant de ce texte à la science-fiction accompagne un appel à la transformation de la vision portée sur le réel. Il invite à la réflexion sur l'acte de bâtir, non dans sa technicité mais dans son essence mystique. Le geste qui martèle la pierre pour construire le foyer a pour le collectif Dimension Ruine l'allure d'un mantra politique. Dans cette remise en cause de ce qui nous semble anodin, la constance d'une verticale et d'une horizontale, de l'angle droit qui les réunit, se trouve un aveu de défaite des combats sociaux, un renoncement à la modernité, et dans la contemplation des gravats ontologiques d'une époque, Dimension Ruine murmure une proposition concrète : un monument sans fin. Ce bâtiment semble vouloir conquérir l'espace, il a l'apparence de la prospective, mais lance surtout un défi au lecteur : qu'est-ce que la question ? Celle sociale de l'être lorsque l'humain s'apprête à marcher vers le cosmos, quelle est-elle ?

  • L'incendie est clos

    Otto Borg

    • Abrupt
    • 7 July 2018

    La poésie se fait 99 fois la glaciation en l'urbain, ses campagnes tues. 99 fois la parole qui ne dit pas comment survivre. Mais qui se promène aux alentours de ce qui empêche

  • Les petites cosmogonies

    Christine Jeanney

    • Abrupt
    • 14 October 2020

    Cosmogonie est un mot rond, mais ce n'est pas un mot rétréci. Le monde y est bien plus grand que les récits qui le façonnent, mais, à bien y regarder, les cosmogonies parcourent nos heures de gestes simples, se multiplient dans l'instant de nos silences. Elles vont petites et foisonnantes à la rencontre des vies qui les contemplent.
    Éloge du doute et de la nuance, l'écriture s'y jette comme le risque qui va à la brisure. De petites cosmogonies pour dire l'attention qui s'en retourne invariablement à ce qui «doit» être moindre. Cahots et soupirs y cherchent une manière d'être au monde. Le déploiement d'une cosmogonie, aussi fragile soit-elle, demeure une tentative : l'appel à faire brèche.

  • La langue de la girafe

    C. Jeanney

    • Abrupt
    • 28 January 2019

    La langue de la girafe est une écologie poétique du langage, un art du moindre. Dans ce texte dont la trame se structure telle une tapisserie, l'image appartient à l'errance, elle dérive le long des mythes, interroge l'acte même du faire.
    « Le monde est rempli de textes, plus ou moins intéressants ; je n'ai aucune envie de lui en ajouter un de plus. » Cet ouvrage de C. Jeanney prend au mot l'affirmation de Kenneth Goldsmith et fait oeuvre de patchwork.
    C. Jeanney y a récolté les voix qui oscillaient autour d'elles, le verbe du quotidien, des paroles radiophoniques aux mots éphémères du passant, et les a assemblées en un collage de la langue.
    La façon dont ces mots s'assemblent imite l'appareil photographique qui collectionne le fugace. Elle provoque l'émergence d'une sorte d'infra-sens, d'une texture narrative qui laisse surgir des messages souterrains à la langue.
    Les mots sont déjà présents dans le réel, foisonnants et bariolés, le plus souvent ignorés, ils flottent insensément, et La langue de la girafe tâche de voltiger dans leur collecte protectrice. La langue s'exprime pleinement par elle-même. Elle ne souhaite pas sa réinvention, mais invite à l'infini de sa recomposition.

  • « L'homme n'est pas un loup pour l'homme, il est une tombe. » L'usine ferme ses portes, et son spectacle, et ses poussières d'homme qui volettent insensément, qui se meurent souvent, renaissent en d'autres oppressions. Une prose fragmentée, sans entame ni fin, qui gratte la rouille, quête la dialectique.

  • La nuit de la bouche

    Etienne Michelet

    • Abrupt
    • 16 September 2019

    La nuit est une bouche, toutes les nuits sont le corps de l'autre, et dans la bouche, il y a la nuit qui se traverse, le goût des nuits qui souffle et les ombres et les ciels, de la bouche à la bouche, le corps de l'autre qui se cristallise, sa nuit qui s'en va à la rencontre.

  • Blandine volochot

    Lucien Raphmaj

    • Abrupt
    • 30 January 2020

    Échappée de son impossible laboratoire spatial, Blandine Volochot est une tentative poétique d'écrire la critique fiction de deux univers mutés l'un en l'autre. Mais plutôt qu'une traduction belle infidèle des concepts et idées de Blanchot et de Volodine, Blandine Volochot est une créature rebelle s'émancipant dans son chemin poétique où, en douze chapitres, en plusieurs morts, en plusieurs amours, en péripéties et en aberrations elle se révolutionne dans tous les sens.
    Lire et délire. Rêver et proposer des alternatives poétiques et critiques. Passer de l'essai à l'essaim. Satelliser la critique en fiction. Proposer des lectures comme des lignes de fuite. Ce sont autant de rayons de l'étoile désastrée qu'est Blandine Volochot.

  • Le pèse-nerfs

    Antonin Artaud

    • Abrupt
    • 28 May 2020

    Fouiller la moelle ou la langue, jusqu'à mettre les nerfs à vif. Ne jamais rien y expier, mais chercher le néant pour se chercher soi-même. Décomposer les intérieurs de la parole. Et assassiner l'esprit, pour que la vie même se rétracte en un unique point d'une unique durée, et que se déploient seules « la douleur perpétuelle et l'ombre, la nuit de l'âme ».

  • Vent d'ouest

    Pier Lampás

    • Abrupt
    • 5 November 2020

    à Marseille
    sur le chantier de requalification urbaine
    de la Place Jean Jaurès

    nous nous vengerons des siècles et nous casserons des verres

  • Balzac est une offrande à nos crimes. Il porte les métamorphoses de Trompe-la-Mort jusqu'au coeur de nos grognements. Nous errons sur la brèche, mais nous n'errons pas seuls. Le spectre de Vautrin tantôt nous guide, tantôt nous fait vaciller, toujours cherche à nous faire voir l'absolu de nos révoltes.
    La lumpenlittérature est l'art de lire l'avenir parmi nos haillons, elle est la divination qui quête une théorie du renversement.

  • Contre la mort

    Joséphine Lanesem

    • Abrupt
    • 26 November 2020

    Suivre les pas d'Orphée, devenir son ombre, son souffle, emprunter sa voix. Aller contre la mort, à sa rencontre, tout contre. Des hautes forêts de Thrace aux marais soufreux des enfers, de la source qui enfanta Eurydice à la rive qui donna naissance à l'orphisme.
    Orphée, un nom qui définit la poésie, et dont la destinée se résume au déchirement : déchirer la langue, fouiller sa déchirure, à la manière de sorciers jugeant du foie de leurs victimes, déchirer la chair, pour chercher le désir absent ou réifier ses rêves.
    Initiation aux arcanes de l'intériorité, à notre propre obscurité. Formule de l'éternité qui luit sur les lamelles enfouies dans les tombes. Paroles du fond des âges qui résonnent jusqu'ici et maintenant, nous obligeant à nous retourner, à faire face à la fatalité.
    Mystères : une série autour du mythe, dont le sens ne s'épuise pas, non parce qu'il serait illusoire et au final absent, mais parce qu'il est mobile et multiple. La réécriture est une résurrection.

  • Toucan fantôme

    Etienne Michelet

    • Abrupt
    • 15 March 2021

    Toco le toucan, oiseau prophylactique, n'a d'autre espoir que de sortir l'Enfance des catacombes. Toco veut sauver l'enfant Rosalia Lombardo, morte d'une pneumonie en 1920 à l'âge de deux ans, et dont le corps momifié est encore aujourd'hui exposé dans les catacombes des Capucins à Palerme. Mais avant que le toucan se penche sur Rosalia, le temps est au règlement de compte, puisque l'époque est aux momies. L'oiseau ne sera pas le jouet de l'humain, de sa taxidermie fétiche, il volera et volera sa langue, y déposera le délire au plus près du verbe. Le toucan saura se faire psychotrope sublingual, pour révéler ce qu'il reste d'avant les mots, ce qu'il y reste encore de joie.

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