Langue française

  • Les puissances d'en bas sont dangereuses à proportion de leur force d'attraction. Les lieux que le diable fréquente apportent délassements et distractions en tous genres mais les lumières éblouissantes de la fête cachent aussi d'insondables ténèbres. Marie Stuart constitue, à cet égard, la parfaite incarnation d'une royauté vouée à la diabolisation. Telle quelle est décrite par ses adversaires, la « Vénus écossaise » incarne le double visage de la douceur et du péché, tandis que la Vénus ironique mise en scène par Chaucer n'est plus garante des seules délices : elle ouvre aussi les portes de l'enfer et de l'amour tourné en dérision. Marlowe affirmera avec panache le paradoxe d'une tyrannie délicieuse, celle de la fureur héroïque de Tamerlan. Mais c'est avec le docteur Faust, qui choisit la magie et l'utopie de sa libido sciendi qu'il montre comment les délices de départ se changent en enfer. Qu'il s'agisse de Marie Stuart ou de la duchesse de Malfi, de la Vénus antique revue et corrigée par Chaucer ou encore de la Jeanne d'Arc de Shakespeare, les délices comme les enfers sont souvent incarnés par les figures du féminin dans l'Angleterre de la Renaissance. Marlowe reste l'exception avec cette nouvelle figure du tragique qu'est l'ambitieux foudroyé, personnage aussi flamboyant qu'autodestructeur, ambigu, imprévisible, et donc éminemment moderne.

  • « Du vivant de Shakespeare, et longtemps après son décès, de nombreux témoignages évoquent l'acteur, l'entrepreneur de théâtre, l'écrivain, parfois avec envie, le plus souvent avec amitié et admiration. Aucun n'émet le moindre doute quant à la paternité de ses oeuvres. C'est seulement deux siècles et demi plus tard que commence l'ère du soupçon. Par un étrange renversement de perspective, « gentle Shakespeare » est devenu aujourd'hui « le médiocre homme de Stratford », vil spéculateur, illettré, usurpateur d'une oeuvre qu'il aurait été bien incapable d'écrire.En cette année 2016 où l'on commémore le quatre-centième anniversaire de la mort de Shakespeare, le 23 avril 1616, de nouvelles voix dissidentes se font entendre pour proclamer à la suite de Delia Bacon, Edward Looney ou Abel Lefranc, que le dramaturge connu sous ce nom et célébré dans le monde entier serait en réalité John Florio, fils d'un immigré, auteur de manuels de langue italienne, d'un dictionnaire anglo-italien, mais aussi et surtout traducteur des Essais de Montaigne. Les deux propagateurs de cette thèse, Lamberto Tassinari, journaliste et professeur émérite de philosophie à l'université de Montréal et Daniel Bougnoux, universitaire médiologue et spécialiste d'Aragon, prennent l'occasion de cet anniversaire pour faire la promotion de leurs livres et de leur thèse commune.Le présent ouvrage apporte la réponse de spécialistes français, anglais et américains face à un point de vue qui leur semble gravement méconnaître les réalités historiques caractérisant l'écriture et la condition théâtrales à l'époque élisabéthaine. Leurs regards croisés sur ces deux ouvrages, sans nier que subsistent d'importantes lacunes dans la biographie de Shakespeare, même si on en sait plus long sur lui que sur la plupart de ses confrères, grâce à un grand nombre de documents incontestables, entendent à leur tour verser au dossier quelques données dûment vérifiées.Alors Shakespeare, un « mensonge » qui n'aurait que trop duré, ou, au contraire, valeur sûre de l'Angleterre éternelle ? »« Au lecteur d'en juger ! Dominique Goy-Blanquet est professeur d'université. Son dernier livre est intitulé Côté cour, côté justice : Shakespeare et l'invention du droit (Classiques Garnier, 2016). François Laroque est professeur d'université. Il vient de publier un Dictionnaire amoureux de Shakespeare (Plon, 2016) »Contributions de : Roger Chartier, James Shapiro, François Laroque, Daniel Bougnoux, Christophe Camard, Jonathan Frances, Lois Potter, Jacques Darras, Gisèle Venet, Dominique Goy-Blanquet, Henri Suhamy, Paul Edmonson et Stanley Wells, Richard Wilson.

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