Eric Verdeil

  • Cet ouvrage présente l'histoire de l'urbanisme de Beyrouth entre la période de l'indépendance et le début de la guerre civile libanaise. Il met l'accent sur l'ambitieuse présidence réformiste de Fouad Chéhab, moment fondateur de la construction de l'État au Liban, souvent invoquée, admirée, regrettée, parfois aussi décriée pour ses échecs et ses ambitions déçues, notamment dans le domaine social et urbanistique. Cette période mérite d'être analysée pour elle-même plutôt que comme un âge d'or, une parenthèse ou la cause des malheurs qui l'ont suivi. L'urbanisme fut une des utopies de l'époque. Ce livre s'efforce de restituer l'originalité de cette période dans un cadre plus large, celui de l'urbanisme dans les pays arabes accédant à l'indépendance. Il insiste sur la dimension politique des projets urbains et sur leur contribution à la construction d'un État moderne, garant du développement. Ces plans firent face à l'opposition de forces sociales multiples, allant des habitants mal logés aux spéculateurs fonciers. Il en résulta de nombreux renoncements : Beyrouth est largement restée, à cette époque, une ville en plans. Une place privilégiée est accordée aux professionnels de l'urbanisme, architectes et ingénieurs, qui se reconnurent et s'investirent dans ce projet mais l'infléchirent aussi par leurs conceptions modernistes et élitistes. Face aux experts français, comme le Père Lebret ou Michel Écochard, les professionnels libanais s'imposèrent dans les administrations et les conseils et prirent en charge la conception des plans et leur réalisation. Ils construisirent un imaginaire aménageur qui perdura par delà le temps de la guerre pour hanter les projets et contre-projets de la reconstruction.

  • Offrir une vision nouvelle du territoire libanais et mettre en évidence ses transformations depuis une trentaine d'années : tel est le projet de cet atlas, produit d'une collaboration franco-libanaise. L'ouvrage repose sur une large collecte d'informations spatialisées à une échelle fine ; sa cartographie riche et inédite permet d'appréhender les dynamiques complexes à l'oeuvre dans un pays qui, souvent, semble défier la compréhension. C'est donc une lecture originale du territoire libanais qui est proposée, indissociable d'une réflexion sur l'insertion du Liban dans la mondialisation et l'évolution de son rôle dans l'ensemble moyen-oriental. Les troubles qui secouent le Liban depuis 2005 sont une nouvelle expression de sa situation de noeud des tensions régionales et des difficultés que rencontre sa construction nationale et étatique. La période de la guerre et celle de la reconstruction ont provoqué des mutations territoriales majeures : déplacements de population, urbanisation, dégradation de l'environnement, réorganisation de l'économie. Beyrouth, divisée et endommagée par la guerre civile, a été largement reconstruite et sa domination sur l'économie du pays s'est renforcée. Mais les clivages régionaux, signes de la différenciation socio-économique et des divisions confessionnelles, marquent toujours l'organisation du pays, constituant un facteur persistant de la fragmentation politique, que l'émergence récente de nouvelles collectivités territoriales n'a pas contrecarré. La guerre de l'été 2006, dont cet atlas présente un bilan cartographique, illustre la fragilité du pays, pris dans des calculs géopolitiques qui le dépassent et obligent ses gouvernants comme ses habitants à reconstruire sans cesse leurs territoires.

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