Eliane Viennot

  • "On ne nait pas femme, on la devient."


    Telle est la phrase que Simone de -Beauvoir aurait écrite si, fille de l'école, elle n'avait assimilé les règles concoctées à partir du xviie siècle pour donner au "genre le plus noble" la place qu'il occupe aujourd'hui dans la langue française.


    Contestée dès l'origine, longtemps négligée, imposée pour finir par des -institutions puissantes, cette entreprise a commencé d'être démantelée dans les pays francophones depuis une quarantaine d'années. Petit à petit, d'une -controverse à l'autre - et elles sont particulièrement vives en France -, la démasculinisation du français a ainsi fait des progrès notables : les titres de "chancelière" ou de "présidente du conseil", les mots "pharmacienne", "autrice", "compositrice" ont à nouveau droit de cité dans la langue.


    Le travail se poursuit désormais plus largement avec le langage inclusif, qui intègre des exigences propres au temps présent, visant à réaliser l'égalité entre tous les êtres humains. Ce livre donne à la fois les bonnes raisons -d'approfondir cet effort, et les moyens simples qui sont à notre portée pour le soutenir.

  • L'âge d'or de l'ordre masculin

    La France, les femmes et le pouvoir | 1804-1860

    Quatrième étape d'une étude magistrale sur La France, les femmes et le pouvoir depuis le ve siècle, ce volume explore les six premières décennies du XIXe siècle. D'un empire à l'autre, en passant par le retour de la monarchie et celui de la République, la période a vu se consolider la domination des hommes sur les femmes à un point jamais atteint jusqu'alors en France. Entreprise difficile et conflictuelle, dans une société où la question de l'égalité des sexes était débattue depuis la fin du Moyen Âge, et où tant de femmes en avaient fait la démonstration.

    D'où le déploiement sans précédent de constitutions, de lois, de mesures règlementaires, de théories pseudo-scientifiques, de discours historiques délibérément muets sur les femmes, mais aussi de violences verbales, physiques et symboliques destinées à asseoir le nouvel ordre et à confiner le sexe dit " faible " dans les emplois les plus déqualifiés, loin des lieux de pouvoir et d'excellence. Le tout sans parvenir à désarmer celles et ceux qui pensaient qu'une autre société était possible, et qui, exploitant toutes les failles du système, se donnèrent peu à peu les moyens de changer la donne, pour que l'égalité, la liberté, ne restent pas le bien des frères.

  • Les droits de l'homme contre les femmes. Poursuivant sa grande enquête au coeur de l'exception politique française, Eliane Viennot aborde ici, après L'invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle) et Les résistances de la société (XVIIe-XVIIIe siècle), la période cruciale qui va de la Révolution à l'Empire. Par l'étude de nombreux documents d'époque, elle montre que les femmes de ce temps, habitées par des modèles d'héroïnes que l'Ancien Régime n'avait cessé de célébrer, se sont investies dans la " régénération de la patrie " avec un enthousiasme identique à celui des hommes, qu'elles ont revendiqué haut et fort l'exercice des mêmes droits et qu'elles ont bien souvent réussi à convaincre leurs proches. Mais que les hommes au pouvoir, nourris de l'idéal rousseauiste de la " séparation des sphères " autant que d'Histoires de France vidées de toute référence faite aux femmes, n'ont eu de cesse de renforcer le " privilège masculin " - et cela quels que soient les désaccords existant entre eux. Mettant fin à des pouvoirs féminins séculaires, réservant la citoyenneté et les améliorations du système scolaire aux seuls hommes, ne pensant qu'à conforter leurs positions en légiférant sur le divorce et l'héritage égalitaire, travaillant à un Code civil garant des puissances paternelle et maritale, s'activant à faire taire les contestataires, ils ont jeté les bases d'un ordre masculin qui, sous couvert d'égalité, de liberté et de modernité, perdurera jusqu'à la fin du XXe siècle en essaimant dans une bonne partie du monde.

  • Le long effort des grammairiens pour masculiniser le français a suscité de vives résistances chez celles et ceux qui, longtemps, ont parlé et écrit cette langue sans appliquer des règles contraires à sa logique. Initiée au XVIIe siècle, la domination du masculin s'est imposée à la fin du XIXe siècle. Depuis, on apprend à l'école que "le masculin l'emporte sur le féminin"...

    Ce livre retrace l'histoire d'une entreprise à la misogynie affirmée ou honteuse, selon les époques. Il nous convie à un parcours plein de surprises où l'on en apprend de belles sur la "virilisation" des noms de métier, sur les usages en matière d'accords, sur l'utilisation des pronoms ou sur les mutations "trans" subies par certains mots en vertu de la "loi du genre".

  • Qu'est-ce qu'être une femme ou un homme ? Ce que nous pensons « féminin » ou « masculin » l'est-il bien ? Est-ce conjoncturel, culturel, ou bien profondément inscrit dans nos corps et plus ou moins intangible ? Ces questions se posent de nos jours dans un contexte radicalement nouveau : celui de la remise en cause globale de la domination masculine, celui des recherches foisonnantes que cette contestation a engendrées, celui des politiques publiques qui tentent de mettre en oeuvre l'égalité des sexes. Autant d'approches qui viennent bousculer les idées reçues et les pratiques sociales. Le domaine de la recherche scientifique n'échappe pas à ces tiraillements. Les études se sont multipliées depuis une trentaine d'années et aboutissent aux mêmes constats : l'inégalité entre femmes et hommes formate inconsciemment nos esprits, agissant jusque dans les opérations conçues comme les plus « scientifiques », les plus « objectives », quand elle ne conduit pas à de véritables blocages du fonctionnement de la pensée. C'est à l'exploration de ces questions que nous invite ce livre iconoclaste, auquel ont travaillé des spécialistes venus d'horizons très divers - des « humanités » aux sciences de la vie, en passant par le droit, les arts, la primatologie...

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