Diane Chauvelot

  • médecin psychiatre, psychanalyste de surcroit, l'auteur est une dame âgée. Suite à une chute malencontreuse, elle se démet l'épaule. Rien de plus banal, sauf que, de diagnostics erronés en fausses réparations (opérations, prothèses, greffe, etc.), la patiente va se trouver prise dans une spirale : non seulement elle va être l'objet et la victime de pratiques médicales aussi péremptoires qu'incertaines, mais elle va être la proie d'une bouffée délirante (d'origine toxique) qui l'amènera aux portes de la psychose, et dont elle ne sortira, avec difficulté, que grâce à l'aide de quelques amis. Un document clinique rare et précieux : la description de l'intérieur , par une femme professionnellement avertie, de l'émergence et de l'efflorescence d'une bouffée délirante. L'auteure interroge là les conditions de possibilité sociales et institutionnelles de cette émergence délirante.
    Diane Chauvelot est psychiatre, psychanalyste (Paris).

  • « SA FIN SEMBLE DONNER RAISON À SES DÉTRACTEURS. Lacan s'y est montré méchant, tricheur, passant à l'acte avec violence. Faut-il en conclure que c'était là le fond du bonhomme, toujours voilé par la courtoisie ? Quelle différence, en tout cas, avec la mort de Freud, après sa si terrible maladie. Mort discrète, mort voulue.Quoi qu'il en soit, Lacan sera toujours, pour moi, l'objet d'une infinie gratitude et d'un infini respect. Au cours de toutes ces années, je n'ai jamais émis le moindre jugement sur Jacques Lacan. Je ne vais pas commencer. Je n'ai d'ailleurs jamais su s'il avait une opinion sur moi, parmi toutes ses ouailles, et encore moins laquelle.Le plus personnel des jugements dont il m'ait fait part c'est : "Vous devriez prendre comme emblème le lierre ; la fidélité est un de vos points de base. Vous savez bien : je meurs où je m'attache..." De fait, il est certain que si je tiens encore le coup, c'est parce que, comme les vieux lierres, je reste bien accrochée au monolithe facétieux qu'il a été. »

  • L'auteur rapporte dans cet ensemble d'articles quelques traces de la chasse qui a guidé toute sa vie d'analyste : une traque originale, une chasse non coutumière - même pas la chasse au Snarck - mais celle des preuves de l'existence de l'inconscient. Celui-là qu'on n'entend pas quand il vous parle et qu'on ne voit pas quand il vous fait des signes, mais dont, toute sa vie, on perçoit les effets sans arriver à le cerner sérieusement, celui-là, une carrière de psychanalyste le désigne comme aussi omniprésent que le soleil dans un ciel d'août. Il a été - tout le long de ces années où ont été écrites ces lignes - à la fois présent par ses traces et sans relâche dépisté au-delà d'elles, tant dans la vie quotidienne que dans les cures et les expressions artistiques : rien n'a été négligé dans cette enquête policière, jusqu'à la nécessité de la référence à la logique mathématique, seule à cerner la vérité. Une expérience privilégiée, encore que non enviable, a permis enfin une confrontation sans témoin, sans décor, sans arrangement entre la psychanalyste plongée dans un coma profond et son propre inconscient. Ce moment, heureusement exceptionnel, a couronné ce long dépistage, l'inconscient finissant par se dévoiler à celui aveugle, sourd, insensible et paralysé qui, retrouvant la vie, retrouvera avec les souvenirs de sa vie artificielle les traces, les marques, les signifiants - bref les preuves de l'incroyable omniprésence de l'inconscient chez l'être parlant.

  • A chaque pas que l'on fait vers Frédéric Nietzsche, on trouve sa soeur Elisabeth. Il était intéressant de retracer l'histoire de cette femme en essayant d'en trouver la cohésion et l'unité et de dévoiler ainsi le rôle inflexible et invariant d'un inconscient qui a surdéterminé cette aventure passionnante et révoltante. On découvre une petite provinciale sans culture et sans talent, pieusement élevée dans sa famille de pasteur, ne trouvant satisfaction à son snobisme naissant que dans la fréquentation de son frère, déjà brillant et iconoclaste. Ce sera donc le premier homme de sa vie, et elle poussera leur intimité jusqu'à s'installer avec lui dans une vie quasi conjugale. Ses rares ouvrages n'étant appréciés que de quelques érudits, Elisabeth envisage de lancer une belle affaire d'édition: elle va remanier ces écrits abscons et irrévérencieux à ses yeux, en faire une masse littéraire qui sera sa propriété; elle va les mettre au service du nouveau Führer qui est justement en quête d'un auteur sérieux susceptible de donner des assises philosophiques à son idéologie.

  • Ce petit récit en forme de méditation sur le grand âge est l'oeuvre d'une "vieille dame indigne", prise dans un patient et difficile travail d'entraînement au repos. Il a été motivé par un rêve si bouleversant que la dame en question, a jugé malhonnête de laisser un tel rêve à vau-l'eau et qu'il fallait s'y attaquer. Ce rêve a été le coup de tonnerre par lequel l'inconscient imposait une entreprise toujours négligée : débrouiller un "noeud ardent" qui avait résisté à toute une vie de psychanalyste. La vieillesse, un temps pour l'auto-analyse ?

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