le Rocher de Calliope

  • Les articles du présent ouvrage font suite à la VIIe rencontre du réseau thématique de recherche et de formation à la recherche des Universités de Cracovie, Lille 3 et Wroclaw qui s'intéressa à l'image qui persiste en traduction de l'Autre.
    L'écrivain s'empare d'une réalité extérieure, parfois extrêmement spécifique, pour la transformer au gré de ses fantasmes et de son art. Le traducteur aborde cette présentation proposée de l'Autre par l'Autre, ou par Un Autre, tandis qu'il est plus ou moins bridé par la réceptivité de la culture à laquelle il appartient lui, le passeur, et par la logique interne de la langue d´arrivée. Ne doit-il pas trouver les mots pour créer dans sa langue des faits de vie naturellement absents ? Faire oeuvre d'imagination pour contourner les obstacles d'une expression artistique d'autant plus complexe qu'elle est talentueuse ? Trouver en langue cible les équivalents des subtilités uniques de la langue source ? Ainsi contraint à la rigueur et à la créativité, quelle image de l'Autre le traducteur propose-t-il à son lecteur, un lecteur qui, pourtant, n'a d'intérêt que pour l'auteur et l'oeuvre de ce dernier, une oeuvre venue d'ailleurs ?

    Ouvrage coordonné par Maryla Laurent.

  • Les articles du présent ouvrage font suite à la 10e rencontre du réseau thématique de recherche et de formation à la recherche des Universités de Wroclaw, de Cracovie et de Lille 3 qui aborda la traduction comme une création (Je suis une page de littérature, Barthes, 1986) et le traducteur comme un « réécrivain » (le terme est de Claude Demanuelli, 2003). Autant dire qu'elle se préoccupa de la fluidité de l'écriture, de l'équilibre du tout et des parties de l'oeuvre dans sa totalité, du souci de plaire à un public nouveau dans un respect optimal du texte de départ.
    Pour ce faire, elle garda présent à l'esprit le propos de Michel Ballard : « La qualité d'une traduction ne peut simplement se juger à l'aune de l'écart par rapport à la langue de départ ou de la littéralité maximum, mais bien plutôt à l'aune de l'essence du texte ».

    Ouvrage coordonné par Maryla Laurent.

  • Qu´en est-il de la littérature française en traduction ? Quels livres en lit-on dans la lointaine Mongolie, dans la très proche Belgique lorsqu´on ne connait pas le français ? Plus d´une vingtaine de chercheurs répondent à cette question et à de nombreuses autres. Ils expliquent aussi la virtuosité qu´exige la restitution des contraintes formelles de Georges Perec en hébreu, la difficulté qu´il y a à préserver, en polonais, l´élégance de Le Clézio, l´oralité d´Anna Gavalda, ou, en italien la poétique surréaliste de Robert Desnos. Et que dire des infortunes d´Amélie Nothomb ! L´ indispensable respect du contexte, la symbolique si difficile dans ses non correspondances d´une langue à l´autre, l´hétérogénéité culturelle sont étudiées en prenant pour exemple des auteurs comme Maupassant, Prévert, Van Crugten. Les articles parlent aussi de la réception des Bienveillantes en Allemagne, des Particules élémentaires en Pologne, de l´originalité des éditions de Queneau en Grande-Bretagne, de Marguerite Yourcenar en Finlande.


    Une place importante est accordée aux changements intervenus depuis la réunification de l´Europe. L´entrée en économie de marché de l´ancien bloc de l´Est a profondément modifié la politique éditoriale. Un pays comme la Lettonie doit faire des choix difficiles dans une littérature française trop importante pour ses moyens éditoriaux. Les prix littéraires prestigieux influent, évidemment, sur la décision de publier un auteur plutôt qu´un autre, mais que devient le patrimoine littéraire jamais traduit ? Entre notoriété et absence, la littérature française souffre de plus en plus du déclin de la langue française. Pourquoi préfère-t-on traduire la bilingue Nancy Huston en italien à partir de la version anglaise plutôt que de la française ? Le théâtre conserve une timide présence hors de France, quelques revues étrangères persévèrent à promouvoir les auteurs français, mais les traducteurs ayant une bonne connaissance du français et de la culture française commencent à manquer. Le statut du traducteur change, lui aussi. De plus en plus nié comme un amoureux de la langue étrangère et un auteur dans la sienne, le traducteur doit lutter contre l´invisibilité qui lui est imposée. La qualité des traductions s´en ressent.


    En 1940, un officier polonais prisonnier des soviétiques racontait À la recherche du temps perdu à ses compagnons d´infortune, le soir, dans le froid. En 1951, à Riga, le « Groupe français » était condamné à de longues années de relégation en Sibérie pour son amour de la littérature française. La littérature française en traduction autorisait la liberté de l´esprit.
    Qu´en est-il de la différence française aujourd´hui ? Demain, traduirat-on encore la littérature d´une langue « vernaculaire » européenne dans une autre ?

  • En Pologne, 2012 fut proclamée Année Janusz KORCZAK. Ainsi s´agissait-il de rappeler qu´en 1912, cet éducateur visionnaire avait créé un centre pour enfants en difficulté dont le fonctionnement était particulièrement innovant : la Maison de l´Orphelin. Quatre-vingts ans avant la rédaction de la Convention Internationale des droits de l´enfant (CIDE), cet établissement, très vite surnommé « la République des Enfants », sensibilisait ses pensionnaires à leurs droits et à leurs responsabilités.

    2012 était également le rappel d´un événement tragique, celui d´un jour d´août 1942, où l´orphelinat avec ses deux cents pupilles, ses éducateurs et son directeur fut transféré par les nazis du ghetto de Varsovie au camp d´extermination de Treblinka.


    Henryk GOLDSZMIT, plus connu sous son pseudonyme de Janusz Korczak, fit tout ce qui était en son pouvoir pour nous faire prendre conscience que l´enfant est une personne à part entière, dont le bonheur dépend de la bonne volonté et de la compréhension du monde qui l´entoure. Homme de conviction, Korczak affirma avec force que les enfants ne diffèrent que très peu des adultes - la différence intervient dans le domaine des émotions. Plus qu´une célébration d´anniversaires, 2012 se posait donc comme la proposition de jeter un regard pertinent sur l´héritage universel d´un militantisme en faveur du respect de l´enfance que nous laissa cet être d´exception. Le présent ouvrage renouvèle l´éclairage porté sur son oeuvre de précurseur.

  • En refermant ce volume revient à ma mémoire une phrase du livre de Boris PAHOR, Pèlerin parmi les ombres : « Ils viennent ici fouler un sol véritablement sacré et s´incliner devant les cendres de leurs semblables dont la présence muette marque dans la conscience populaire une borne inamovible de l´histoire humaine. » N´est-ce pas également ce que font les différents textes ici présentés ? Ils sont le témoignage de violences subies dans différentes parties du monde - Slovénie, Portugal, Chine, Russie... Les mots font écho aux souffrances et aux horreurs vécues, qui ne doivent pas être oubliées. Ils sont passeurs de témoins et sont autant de bornes de l´histoire humaine. Ces mots permettent à leurs auteurs d´exorciser les fantômes. Mais les mots peuvent-ils traduire toute la souffrance ? La mort tragique de Primo Levi est là pour nous interroger.

    Le département du Nord, en lien avec ses homologues belges, va fêter les 300 ans du traité d´Utrecht (1713). En 2014, de nombreux événements vont marquer le centenaire de la Première Guerre mondiale. Célébrations, manifestations mais aussi écrits participent du devoir de mémoire. Ils permettent de ne pas oublier une Histoire marquée par de nombreux conflits... et par-delà ce passé historique, tous les éléments de la mémoire de notre département, à commencer par son passé économique et sa mémoire ouvrière. La littérature permet de retrouver les différentes facettes de notre vécu où la souffrance a sa part.

    La ville d´Hazebrouck est donc fière d´accueillir pour la deuxième fois, en l´année de son centième anniversaire, Boris PAHOR.

    Retenons du Berceau du Monde, qui ouvre ce recueil, un message d´espérance et une proclamation de la vie.



    FRANÇOISE POLNECQ Adjointe au maire d´Hazebrouck chargée de la Culture, du Patrimoine culturel et du Tourisme Vice-présidente en charge de la Culture du département du Nord

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