Christophe Prochasson

  • La République, c'est d'abord une histoire. Quelques grandes dates en ponctuent le cheminement. La République, ce sont des idées, des actes, des luttes, des façons d'être et de faire. Rassemblées en cinq grandes thématiques (la politique, la culture, le social, les relations extérieures et les inachèvements), les dates qui composent cet ouvrage restituent le squelette d'une histoire toujours en cours au regard d'une triple promesse : la liberté, l'égalité et la fraternité. C'est à la lumière de ces grands principes intangibles que ce recueil qualifie des dates « républicaines », de la Révolution française à nos jours. Quelques grands textes qui ont aussi fait l'histoire de la République en France précisent ce qui fut beaucoup plus qu'un « modèle » : une épopée.

  • L'histoire aime faire des héros des intellectuels qui s'opposent au pouvoir, laissant dans l'ombre la contribution parfois majeure de ce qu'on pourrait appeler les «  intellectuels de gouvernement  ».
    Et pourtant, nul n'imagine que le pouvoir puisse s'affranchir de la contribution du savoir.
    Historien, puis recteur de l'Académie de Caen, et enfin conseiller du président de la République François Hollande pour l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche, Christophe Prochasson a fait personnellement l'expérience de cette délicate articulation entre science et action publique, idéal de neutralité théorique et engagement au service de l'Etat. Il en dresse dans ce livre un bilan exigeant, convaincu que la société politique doit demeurer (ou, dans certains cas, redevenir...) une société de savoir si elle veut assurer la justice.
     
     
    Spécialiste de l'histoire politique de la France, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet, Christophe Prochasson a été élu président de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

  • « La question morale est devenue l´un des aspects, et non des moindres, de la question sociale. Pour le pire et le meilleur, on peut même s´attendre à ce que la première s´installe à la place de la seconde.
    De la même façon que la question sociale prit progressivement, au cours du XIXème siècle, les teintes chatoyantes de la politique, la question morale est en train d´absorber, sous nos yeux, toute la politique, son langage comme son horizon, ses ressorts émotionnels comme son répertoire d´actions collectives. On l´a vue surgir au centre de la dernière campagne présidentielle de 2007 durant laquelle s´affrontèrent d´ailleurs moins deux morales que deux moralismes. Porté tout à la fois par les deux adversaires du second tour, à gauche Ségolène Royal, à droite Nicolas Sarkozy, le discours sur de prétendues " valeurs ", où se mêlent dans le plus grand désordre l´égalité, la fraternité, le travail, la famille voire l´économie de marché et le contrôle des frontières, tend à éliminer les controverses d´idées.
    Faut-il s´en réjouir, faut-il le déplorer ? C´est à quoi s´emploient à répondre les pages qui suivent en s´appuyant sur l´histoire. » Un essai original et musclé, qui éclaire l´actualité par l´histoire dans une langue aussi fluide que rigoureuse.

  • Historien à l´oeuvre puissante, universitaire d´institution, citoyen engagé dans la politique de son temps, journaliste : François Furet (1927-1997) a été tout cela à la fois. Le modèle même de l´intellectuel français, en somme, comme le XXe siècle en a connu d´illustres.  Les convulsions de ce siècle, ses tragédies et ses espoirs, ont été la toile de fond de toutes les réflexions de François Furet. Qu´il s´agisse de ses travaux fondateurs sur la Révolution française à l´aube de sa carrière, de son activité de commentateur de l´actualité dans France Observateur puis dans Le Nouvel Observateur, ou de son dernier grand livre consacré à l´illusion communiste, Le Passé d´une illusion, François Furet n´a cessé en fait de s´efforcer de déchiffrer l´énigme qu´aura été le siècle dans lequel il a vécu. Ce siècle, il l´a parcouru à grandes enjambées, sans rien négliger de ce qu´il a comporté d´important, autant sur le plan intellectuel que sur le plan politique.  Ses livres ont été abondamment lus et commentés, ils ont d´ailleurs donné lieu à des interprétations opposées. Mais le récit de sa vie restait à faire ; il n´est pas moins éclairant ni moins passionnant que l´oeuvre, et il jette sur elle un singulier éclairage. Car, et c´est peut-être l´apport principal de cette biographie, de la vie à l´oeuvre de François Furet, et de son oeuvre à sa vie, la fécondation aura été la règle.

  • Esiècle. Il prend enfin en charge les incohérences d'un temps qui vit le retour des conformismes esthétiques et des conservatismes politiques les plus décisives pour notre modernité.

  • La France " fin-de-siècle " est loin d'être, contrairement à des clichés qui ont la vie dure, joyeuse et insouciante. La Belle époque est celle d'une société qui travaille dur, épargne et vit chichement. C'est le temps de l'inquiétude et du nihilisme. Des anarchistes et des grèves ouvrières. De l'affaire Dreyfus et de scandales politico-financiers. C'est une France hésitante entre l'industrie et l'artisanat, la ville et la campagne, la foi catholique et la laïcité, la rente et le profit, l'Empire et ses départements, etc. Pourtant, c'est elle qui enfante L' intellectuel, personnage complexe, exigeant et parfois exaspérant. En Europe, Nietzsche, Dostoïevski, Unamuno et, en France, Barrès, Gide et Claudel constatent, comme l'écrit ce dernier, que " le monde n'est pas infini, il est inépuisable ". Ce faisant, ils contestent la scientificité de la science, la rationalité de la raison et fondent leur système et leur art sur le moi, le désir, l'instant, l'opposition, l'aventure personnelle, l'acte " gratuit ",etc. Face à ces " immoralistes " volontaire, les divers académismes imperturbablement se manifestent en publiant qui un roman social, qui une philosophie de la certitude ou en peignant une nature morte aussi fidèle que possible. Christophe Prochasson, pour mieux nuancer son tableau d'une époque si contradictoire, nous guide dans les salons où l'on fait - et défait - l'art du temps, dans les revues où se publient les avant-gardes, dans les théâtres où le coquin cotoie la satire, dans les instances politiques et universitaires où s'élabore la pensée et où s'affrontent les idéologies. Ces créateurs enjambent le siècle avec la vigueur de leur jeunesse, la puissance de leur individualité et la conviction que les sentiments l'emporte sur la raison. Ils sont survoltés, y compris pour certains, dans leur désespoir : ce sont bien les années électriques.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1991)

  • Qu'est-ce que le socialisme français ? Et, plus précisément, qu'est-ce que le socialisme français vu par les intellectuels et sorti de l'histoire du mouvement ouvrier ? Une idée aux contours et aux contenus flous. Tel est le point de départ paradoxal de l'essai, aussi stimulant que fourmillant de notations, écrit par Christophe Prochasson. Car, depuis un long siècle, les intellectuels de ce pays ont consacré à la question du socialisme articles, discours et ouvrages. Ce livre raconte donc l'odyssée d'une idée, en accordant deux démarches intimement liées. La première vise à replacer le socialisme dans la longue durée ; la seconde s'attache à remettre en cause l'existence même d'une doctrine unique sur une séquence aussi prolongée que celle courant des journées de 1848 à nos jours. Cette enquête sur les rapports entretenus par les intellectuels et le socialisme en France met au jour des comportements qui éclairent sur la nature des liens unissant les citoyens à la vie politique. En parcourant la galerie des intellectuels - de Saint-Simon à Régis Debray en passant par Péguy ou Durkheim - , en examinant les débats qui obsèdent cette tribu - le bonheur du peuple, la nature de la démocratie, les rapports avec les pouvoirs, la science, la religion ou l'art - l'auteur écrit l'histoire du siècle des intellectuels et de leur combat pour donner vie à une idée.

  • Paris 1900

    Christophe Prochasson

    Et si Paris, comme d'autres métropoles de légende, vivait surtout d'images ? Si la culture pouvait construire l'espace ? C'est cette hypothèse que voudrait tester ce livre pour l'un des moments les plus forts de la capitale : les années 1890-1910, qui voient surgir la tour Eiffel, naître le métropolitain, tandis que triomphent, sur la scène, Feydeau, Courteline et Rostand. Comment ne pas être frappé par la multitude de textes, littéraires, journalistiques, scientifiques ou touristiques, qui s'emparent de Paris pour en bâtir le mythe ?
    Mais il y a plus ici qu'un simple miroir où Paris se contemple. En examinant le jeu des relations sociales, qui est celui des élites d'une capitale se piquant de ne vivre que de culture, on saisit le poids d'un spectacle qui offre, à tout moment, l'espace renouvelé de ses représentations. Chacun tient son rôle, s'appuie sur ses amis ou ses clientèles. Paris est un théâtre.
    La métaphore n'est pas sans vertu pour comprendre l'intimité du fonctionnement de la vie culturelle à Paris. En investissant les coulisses du petit monde parisien, on saisit mieux les mutations de la culture des élites face à la montée en puissance d'une civilisation de masse et les réponses de ces élites aux défis de la massification. Un débat où la grande ville moderne intervient de façon prépondérante.

  • Nouvelle histoire de la France contemporaine1. La Chute de la monarchie (1787 1792), M. Vovelle2. La République jacobine (10 août 1792-9 Thermidor an II), M. Bouloiseau3. La République bourgeoise (de Thermidor à Brumaire, 1799-1815), D. Woronoff4. LÉpisode napoléonien. Aspects intérieurs (1799-1815), L. Bergeron5. La France napoléonienne. Aspects extérieurs (1799-1815), R. Dufraisse et M. Kérautret6 et 7. La France des notables (1815-1848)1. Lévolution générale, A. Jardin et A.-J. Tudesq2. La vie de la nation, A. Jardin et A.-J. Tudesq8. 1848 ou lApprentissage de la République (1848-1852), M. Agulhon9. De la fête impériale au mur des fédérés (1852-1871), A. Plessis10. Les Débuts de la IIIe République (1871-1898), J.-M. Mayeur11. La République radicale ? (1898-1914), M. Rebérioux12. Victoire et Frustrations (1914-1929), J.-J. Becker et S. Berstein13. La Crise des années 30 (1929-1938), D. Borne et H. Dubief14. De Munich à la Libération (1938-1944), J.-P. Azéma15 et 16. La France de la IVe République (1944-19858)1. Lardeur et la nécessité (1944-1952), J.-P Rioux2. Lexpansion et limpuissance (1952-1958), J.-P Rioux17 et 18. La France de lexpansion (1958-1974)1. La République gaullienne (1958-1969), S. Berstein2. Lapogée Pompidou (1969-1974), S. Berstein et J.-P Rioux19. Crises et alternances (1974-2000), J.-J. Becker avec la collaboration de P. Ory20. La France du XXe siècle. Documents dhistoire, présentés par O. Wieviorka et C. Prochasson

  • À la fin du XIXe siècle est née une figure, bientôt étayée par l'aventure dreyfusiste : l'intellectuel de gauche. Libéral par tempérament, social par raison, il est farouchement hostile à tout ce qui violente la liberté de l'esprit. Il est souvent homme de passion et entretient avec la politique des liens tout affectifs. Il peut s'engager avec enthousiasme dans les causes où la justice et la vérité lui semblent menacées. Il signe alors des pétitions, témoigne dans des procès, s'enflamme dans des meetings. Mais ce jeu-là n'est pas vraiment le sien. Il préfère distiller sa pensée dans des revues, enseigner au peuple la culture qui l'émancipera ou procéder à l'élaboration de constructions théoriques dans le silence de quelque cénacle au profit du socialisme dont il dénonce souvent la misère théorique. Par-dessus tout, il n'est pas sectaire, même s'il demeure ferme, campé sur quelques principes. La Première Guerre mondiale puis la Révolution russe, en redistribuant les cartes idéologiques, bouleversèrent les comportements politiques. L'une et l'autre assurèrent l'émergence d'un autre modèle, esquissé dès les années 1910 : l'intellectuel partisan. Les termes de l'échange culture/politique basculèrent au profit du second ordre qui devait désormais tout commander. Les états d'âme n'étaient plus de ce monde moderne qui associait tout choix politique aux ordres de la vie et de la mort. La guerre fut au centre de bien des débats, et d'elle naquit la plus pure métaphysique. Il fallait choisir son camp. Ce nouvel intellectuel de gauche, influencé par les types antagonistes, fasciste et communiste, eut son heure de gloire et sa théorie après la Seconde Guerre mondiale. C'est l'histoire que relate cet ouvrage.

  • Les historiens se sont très tôt penchés sur le déroulement et les suites de la Première Guerre mondiale, conflit qui a orienté le destin du XXe siècle tout entier. Les armistices de 1918, les traités de paix et le complexe écheveau territorial qui s'en est suivi, les après-guerres et leurs dynamiques de reconstruction ont ainsi suscité une abondante littérature, aussi remarquable que nécessaire. Elles ne disent pas, cependant, comme les peuples et les nations sont sortis de la Grande Guerre. Une équipe internationale d'historiens, placée sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau et Christophe Prochasson, interroge dans ce livre le monde de l'après-1918 : pays vainqueurs (France, Grande-Bretagne, États-Unis...), pays vaincus (Allemagne, Autriche, Hongrie), pays libérés (Belgique, Roumanie, Yougoslavie), pays engagés dans de nouveaux conflits, civils ou territoriaux (Russie, Pologne, Turquie, Grèce), enfin colonies et dominions. L'histoire de l'après-1918 est celle d'une démobilisation. Démobilisation effective des combattants et des économies, mais aussi démobilisation culturelle des sociétés : il fallut, après plusieurs années d'investissement collectif dans le conflit, reprendre les relations avec les ennemis d'hier et organiser le retour aux normes, elles-mêmes ébranlées par près de cinq années de guerre. À cela s'est ajoutée une dimension morale, voire psychique, où les commémorations ont joué leur rôle : celle du deuil, collectif, ou familial, de nations touchées par la mort de masse, et celle du traumatisme chez les victimes, militaires ou civiles. À la limite, on ne peut exclure que bien des contemporains du conflit ne soient jamais « sortis » de la Grande Guerre.

    Traduit par Gérard Marino, Elsa Vonau, Guillaume

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