Langue française

  • À quelles conditions un ex-combattant peut-il être amené à renoncer à son ennemi, à comprendre les raisons de son ancien adversaire, à le considérer comme un égal, à entretenir des relations cordiales ou amicales et/ou à développer avec lui une nouvelle relation sur la base d'intérêts partagés ? La question de la réconciliation, qui n'en finit pas de travailler nos sociétés, est au centre de ce magnifique livre de sociologie politique que Lætitia Bucaille consacre à la comparaison des récits que lui ont faits des vétérans des conflits sud-africain et franco-algérien. En Afrique du Sud, elle a longuement interrogé des militants de l'ANC qui se sont opposés au régime d'apartheid, et des membres des forces de l'ordre qui l'ont défendu entre 1960 et 1994. En Algérie et en France, elle a interviewé des militants du FLN et des membres de l'OAS. Pourquoi ces deux zones géographiques ? Parce que les guerres d'Afrique du Sud et d'Algérie se rejoignent dans une triple dimension : l'enjeu du conflit renvoie à la nation dans la mesure où les protagonistes s'affrontent pour une conception antagoniste de celle-ci ; le conflit est aussi une guerre coloniale au cours de laquelle des mouvements de libération nationale cherchent à détruire les rapports de domination institutionnelle, politique, économique et sociale en vigueur ; enfin, le conflit est une guerre civile dans la mesure où les membres d'une même communauté politique s'affrontent entre eux.

  • Sami, Najy, Bassam et les autres, les héros de ce livre, sont les sans-grades, les fantassins de la cause nationale palestinienne. Ils vivent soit en Cisjordanie, à Ramallah, dans le camp de réfugiés de Balata, ou à Bethléem, soit dans le territoire de Gaza. Combattants de la première Intifada de 1987 à 1994, ils ont soutenu les négociations entre l'OLP et Israël, approuvé la reconnaissance de l'autonomie palestinienne et la formation de l'Autorité palestinienne dirigée par Yasser Arafat.
    Leur vie n'en a pas été transformée pour autant : une sécurité relative s'est imposée pendant quelques années, mais la paix s'est égarée. Les tensions sociales et politiques entre Palestiniens ont redoublé et la perspective d'un accord définitif s'est une fois encore éloignée le 28 septembre 2000, avec la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des mosquées à Jérusalem. Celle-ci signait la naissance de la seconde Intifada, l'Intifada al-Aqsa. Haine et violence embrasaient Israël et les territoires occupés, et emportaient Sami, Najy, Bassam et les autres...
    Lætitia Bucaille éclaire d'un jour nouveau les difficultés du processus de paix, la tentation de la guerre et la radicalisation de tous. Elle révèle les déceptions, les frustrations, les refus, les objectifs et les espoirs de la société palestinienne aidant à comprendre les raisons d'un conflit qui semble ne jamais finir et, malgré tout, les possibilités d'une paix à venir.

  • L'islam de France a cessé de se faire discret. Les jeunes générations désirent lui faire une place et, à travers lui, affirmer leur identité, dénoncer les discriminations, voire contester un modèle de société.
    L'engouement religieux et le communautarisme menacent-ils pour autant les libertés individuelles, la cohésion sociale et la paix ? Guerres et attentats menés au nom du fondamentalisme ne sont pas propices à l'analyse raisonnée ; c'est à elle pourtant que prétend cet ouvrage. Ni angélisme ni alarmisme du côté des auteurs, plutôt une analyse des faits à partir d'enquêtes de terrain et de témoignages. On y croise des étudiantes voilées, des entrepreneurs, des mères d'élèves de quartier sensible, des jeunes actifs de retour d'un pèlerinage à la Mecque, des délinquants rejoignant un islam rigoriste, des jeunes repérés par la Protection judiciaire pour « radicalisation ».
    Les écouter, prendre au sérieux leurs opinions, comprendre leur cheminement et interroger leurs rapports à la société et à la République, voilà des clés pour éclairer le jugement, combattre quelques idées fausses et mieux vivre ensemble.

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