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  • Ceci tuera cela ; image, regard et capital Nouv.

    On ne compte plus les critiques de l'ère numérique. Mais elles ont en commun de ne pas voir la nouveauté d'un monde où, pour la première fois, le capital et la technologie se confondent absolument, obéissant à la même croissance exponentielle, avec la même visée de tout réduire à un objet de calcul.

    Ainsi le regard humain est-il devenu pour le capital la matière première la plus recherchée. Surtout depuis que la production et la reproduction des images sont redéfinies par la révolution que représente l'instantanéité de leur distribution. Aussitôt produite, toute image peut être immédiatement diffusée par n'importe quel possesseur de smartphone - autrement dit, tout le monde.

    En une dizaine d'années, la distribution s'est imposée au coeur d'une nouvelle économie du regard, où il n'est aucune image qui ne soit en même temps objet de profit et moyen de contrôle.

    Il en résulte une complète reconfiguration de notre perception. N'existe plus que ce qui est rendu visible par la technologie. Rien n'échappe à cette dictature de la visibilité, qui nous empêche de voir à quelle modélisation nos vies sont continuellement soumises, en fonction d'algorithmes envahissant tous les domaines, scientifique, politique, esthétique, éthique, érotique... Persuadés d'être de plus en plus libres, nous nous sommes bâti la plus inquiétante prison d'images.

    Comme d'autres ont autrefois réussi à sortir du labyrinthe qui les retenait en en reconstituant les plans, notre seule chance est d'essayer de comprendre quelle sombre histoire se trame entre image, regard et capital. En dépend le peu de liberté qui nous reste.

  • Au football, mettre la balle au centre permet de relancer l'action. En politique, c'est l'inverse : nous n'aimons pas centrer. En revanche, nous suivons sans broncher le une-deux entre la droite et la gauche, le débordement populiste par les ailes, les tirs directs du referendum et les coups de boule du coup d'État. Pourtant, il faut l'admettre : depuis 1789, on a joué au centre plus souvent qu'on croit et qu'on nous l'enseigne.

    De Mirabeau à Macron en passant par Ferry, Queuille, Barre ou Bayrou, cet essai visite le parent pauvre des discours et des études sur notre vie politique : la centralité, si souvent raillée par les prétendus esprits forts, mais toujours vivace dans une France contemporaine qu'on croit, à tort, si éternellement révolutionnaire et divisée qu'elle ne peut pas donner à la position médiane une légitimité populaire et une onction de souveraineté.

    Pendant plus de deux siècles, pourtant, des hommes ont joué à contre-pied de « la » droite comme de « la » gauche, du conservatisme étroit, du progressisme délirant ou de l'appel au peuple vengeur. Loin d'être des mollassons ou des vaincus d'avance, ils ont été des volontaires du bien commun et de l'intérêt général qui ont mouillé le maillot pour gouverner au mieux plutôt que d'imposer des solutions partisanes et bellicistes. Ils ont montré qu'en politique, le droit et la raison, l'équité et la solidarité ne sont pas toujours à la merci des idéologies casquées, du bloc contre bloc, des fronts vite disloqués, des majorités impotentes et des alternances sans projet. Voici leur histoire.

  • Ce livre soeinscrit dans le prolongement direct du précédent, La Mémoire, loehistoire, loeoubli, dont il explore loeune des pistes laissées ouvertes : celle de la reconnaissance.

    Ce thème, il le parcourt dans ses diverses acceptions, en partant pour cela de ses divers répertoriés par les dictionnaires : la reconnaissance comme processus doeidentification (je reconnais cette table) ; se reconnaître soi-même (je me reconnais le même quoehier ou quoeil y a vingt ans même si joeai changé) ; la reconnaissance mutuelle (je vous reconnais dans votre différence, et même, je vous suis reconnaissant).

    Paul Ricoeur fait le pari que cette diversité lexicale noeempêche pas la constitution doeune philosophie unifiée de la reconnaissance, philosophie qui fait jusquoeici complètement défaut et que Ricoeur est le premier à tenter.

  • « Écrire sur l'après-Weinstein, du point de vue américain et français. Analyser deux cultures, cousines et à bien des égards incompatibles. Préférer l'histoire longue, des origines lointaines aux perspectives d'avenir, à l'histoire courte et pagailleuse livrée par les médias. Esayer de comprendre ce qui constitue un événement historique et ses enjeux. Revenir sur les polémiques autour de la liberté d'expression, de la morale et de l'art, en particulier dans le cinéma. C'est la grande ambition de ce petit livre.
    Je mesure les risques d'écrire un livre d'intervention en pleine actualité. Je les assume parce que je crois que contribuer à la conversation démocratique vaut mieux que de rester dans son coin. »

  • Nous mesurons tout, aujourd'hui, des volumes de transactions à la bourse aux taux de cholestérol, de la densité de l'air en particules fines au moral des ménages. Mais plus nos sociétés se livrent à cette frénésie de mesures, moins elles se révèlent aptes à respecter la mesure, au sens de juste mesure. Comme si les mesures n'étaient pas là pour aider à garder la mesure mais, au contraire, pour la faire oublier. Au point où nous en sommes, il serait urgent de revenir de cet aveuglement. Mais pour cela, les exhortations ne suffisent pas : il faut d'abord mettre au jour la matrice intellectuelle qui induit cette cécité - faute de quoi, tous les efforts pour remédier à nos maux demeurent vains, et risquent de nous conduire plus sûrement à l'abîme.
    Ce livre s'attache à décrire et comprendre par quelles voies, au cours des derniers siècles, nous avons perdu la mesure. Et aussi ce sur quoi nous pourrions nous fonder pour la retrouver. Si les penseurs modernes ont généralement méprisé les questions d'échelle, de taille, considérées comme en dessous de leur dignité, il serait temps de comprendre que la taille n'est pas un simple paramètre, qu'il serait loisible de faire varier à volonté, mais qu'elle change tout. Qu'il s'agisse de nos rapports à la nature, de la politique ou de l'éthique, il est impératif d'en tenir compte si l'on entend mener une vie authentiquement humaine, et éviter que tout soit détruit.

  • « Les États-Unis sont en proie à une hystérie morale : notre sport national sur les questions de race et de genre qui rend impossible tout débat public rationnel. La gauche américaine a délaissé la persuasion démocratique pour s'engager à cor et à cri dans la dénonciation hautaine. La gauche européenne elle aussi est à la recherche d'un nouvel élan, et certains suivent avec intérêt ce qui se passe outre-Atlantique. Mon livre s'adresse tout particulièrement à eux. Je veux les mettre en garde et les convaincre que la politique identitaire est un piège qui, à la fin, ne servira que la droite qui a bien plus l'habitude d'exploiter les différences. Après la lutte des classes, après un flirt avec l'insurrection armée, après le rêve romantique du tiers-mondisme et face aux défis de la mondialisation, il est grand temps que la gauche redécouvre les vertus de la solidarité républicaine. »   M. L.



    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson

  • Apprendre, qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'est-ce que cela suppose ? Par quelles voies cela passe-t-il ? A ces questions, l'école contemporaine apporte une réponse catégorique : l'école traditionnelle s'est trompée, elle a voulu transmettre des connaissances détenues par un maître en les inculquant à des élèves passifs. Cette pédagogie de l'imposition ne marche pas. Il faut lui substituer une pédagogie active faisant de l'enfant l'acteur de la construction de ses savoirs.
    Nous sommes au moment où cette réponse se révèle aussi fausse, dans sa demi-vérité, que la philosophie antérieure.
    Tout est à reprendre. C'est le problème fondamental de l'école d'aujourd'hui, plongée dans une incertitude complète sur la nature de l'opération qu'il lui revient d'effectuer.
    C'est le problème que ce livre s'efforce d'éclairer. D'abord, en dégageant les origines historiques de ce nouveau modèle pédagogique. Ensuite, en en montrant par plusieurs exemples les limites. Enfin et surtout, en instaurant une réflexion sur cette expérience primordiale dont les adultes refoulent le souvenir : la difficulté d'apprendre, qui ne se sépare pas de la nécessité d'une transmission. A quelles conditions, de quelle manière, par quels dispositifs, une telle transmission est-elle possible ? Il ne s'agit pas ici d'apporter des solutions toutes faites, mais de contribuer à dessiner le cadre d'une entreprise nécessaire de refondation.

  • Depuis maintenant trois ans, Albert Jacquard fait tous les jours une émission de cinq minutes à France-Culture, intitulée « le regard d´Albert Jacquard », dans laquelle il discute brièvement une question d´intérêt général. Son souci est toujours le même : essayer de produire davantage de lucidité, ne pas se contenter des idées toutes faites, récuser la logique exclusivement marchande qui préside à toutes les décisions, réintroduire partout la dimension humaine.
    Nous avons opéré pour ce livre une sélection de quelques-uns de ces textes, de façon à présenter une sorte de panorama complet des grands thèmes de sa pensée : la science, l´avenir de l´humanité, l´imposture économiste, les rencontres, l´engagement citoyen.
    Chaque texte comprend deux ou trois pages.

  • Les crieurs publics semblent aujourd'hui faire partie du folklore. Ils évoquent le bon temps des communautés de proximité, au point que, non sans nostalgie, la fonction renaît ici et là. Au Moyen Âge, les crieurs avaient en revanche un rôle crucial. Chargés de porter la parole des autorités, le roi, le seigneur ou la ville, ces hommes du « petit peuple » parcouraient les routes, les rues et les places pour annoncer et lire à haute voix les ordres et les règlements, lancer les convocations et donner l'alerte.
    Au lieu de faire des crieurs de simples agents administratifs, ce livre défend une thèse : les crieurs publics sont une figure clé de la politique médiévale. Il fait ainsi de la proclamation en place publique un moment central du gouvernement médiéval. C'est à travers la figure d'un de ces crieurs, Jean de Gascogne, valet de la ville de Laon dans le second xve siècle, que chemine la démonstration. Le défi porte ainsi sur la capacité de l'historien a restituer, au plus près, les pratiques et les expériences de ces crieurs, des gens de peu pour comprendre la possibilité de déploiement d'un véritable espace public, qui laisse place à la critique. Chemin faisant, En place publique restitue les expériences possibles de vie des humbles au Moyen Âge, de ceux qui laissent si peu de traces. Jusqu'où peut-on aller pour retrouver les voix du peuple ?

  • Axel Kahn a été membre du Comité national d'éthique de 1992 à 2004. C'est dire l'importance que la réfl exion sur la morale occupe dans la vie et l'oeuvre de ce biologiste dont les prises de position sont bien connues, notamment son refus, pour des raisons éthiques, du clonage thérapeutique.
    Interrogé par le philosophe Christian Godin, il avance ici plus loin qu'il n'a jamais été sur la nature et les fondements d'une morale sans Dieu, sans transcendance, mais non moins soucieuse de règles et de normes que les morales traditionnelles.

  • L'élection de Barack Obama a profondément modifié l'image de l'Amérique dans le monde légué par George W.
    Bush. Mais est-ce que le changement d'homme entraînera forcément un changement de politique ? Est-ce que la superpuissance américaine dont George W. Bush a démontré combien elle pouvait être agressive peut se révéler aujourd'hui plus douce ? C'est à cette question essentielle que ce livre, pour la première fois, tente de répondre en s'appuyant sur une étude minutieuse de la personnalité de Barack Obama, de son discours, de l'équipe qui l'entoure, et des choix de politique internationale qu'il a été amené à prendre depuis son entrée en fonction en janvier 2009.
    Dans cet ouvrage, Zaki Laïdi montre que l'objectif d'Obama est double : sortir l'Amérique de l'emprise du 11 Septembre qui l'a conduite à voir le monde de manière manichéenne, et réhabiliter le leadership américain dans le monde sur la base du principe suivant : admettre que l'Amérique ne peut plus, à elle seule, régler les problèmes mondiaux mais refuser que ces mêmes problèmes se règlent sans elle. Obama n'a certainement pas renoncé à ce que les États-Unis demeurent la première puissance du monde. Mais il sait aussi que, pour maintenir cette position, ils doivent davantage composer avec le monde, au risque de s'en isoler. Ceci étant, il ne faut sous-estimer ni la continuité de la politique américaine, qui comme toute politique d'un grand État ne peut pas changer du jour au lendemain, ni les innombrables contraintes politiques qui attendent l'administration américaine de l'Afghanistan au Moyen-Orient, en passant par l'Iran et l'Irak.
    Zaki Laïdi signe ici le premier ouvrage consacré à la politique étrangère de Barack Obama.

  • Les crises qui, depuis 1990, ont régulièrement affecté l'économie mondiale n'ont jamais freiné l'expansion de l'industrie du luxe, au contraire même. En 2000, on estimait le marché du luxe dans le monde à 90 milliards d'euros. Dix ans plus tard, ces chiffres ont doublé. Mieux : quand, à l'industrie du luxe proprement dite (mode, beauté, joaillerie, etc.), on ajoute les oeuvres d'art, la décoration intérieure ou les jets privés, les estimations récentes évaluent le marché à environ 1 000 milliards d'euros.
    Mais alors, qu'entend-on désormais par « industrie du luxe » ? Quelles réalités nouvelles le luxe englobe-t-il ? Car une inconnue, qui échappe à l'industrie des objets, s'ajoute à l'ensemble, un domaine d'expériences tel que les vols autour de la Terre, les voyages et les restaurants de luxe, qu'on peine à assigner à un secteur plutôt qu'à un autre.
    Dans la logique de sa thèse sur la vaporisation de l'art, avancée dans L' Art à l'état gazeux (Stock, 2003), Le nouveau luxe met en avant une esthétisation croissante de nombreux domaines de l'existence, qui vont du corps au design, en passant par l'environnement urbain. Yves Michaud décèle un mouvement similaire pour le domaine du luxe, celui-ci ayant désormais moins pour mission d'offrir des objets tout court que des objets qui produisent de l'expérience ou qui sont, eux-mêmes, des expériences.

  • Entre hannah arendt, juive allemande émigrée aux états-unis et auteur d'une des oeuvres de philosophie politique les plus importantes du xxe siècle, et mary mccarthy, américaine, romancière à scandale, adversaire forcenée du maccarthysme et femme aux multiples hommes, quoi de commun ? une amitié au long cours, que traduisent ces lettres où il est question de tout : de kennedy, du vietnam, de de gaulle et de mai 68, mais aussi de la france, de camus, de jean daniel et du nouvel observateur, des églises gothiques et de günter grass, etc. la philosophie n'en est pas absente, et l'on trouvera par exemple d'intéressantes précisions sur la parution du livre controversé d'hannah arendt, eichmann à jérusalem.

  • Il n'y a pas d'humanité sans échange entre les hommes, cela ne fait aucun doute. C'est pourquoi le partage, le troc et le commerce ont joué depuis les origines un rôle si essentiel dans l'édification des sociétés humaines. Jusqu'au XVIIe siècle, on a généralement pensé que l'on pouvait garantir conjointement la satisfaction des besoins individuels et des besoins collectifs.
    Mais quand la pensée libérale est née, au XVIIIe siècle, elle s'est fondée sur une conception pessimiste de la nature humaine : les êtres humains sont fondamentalement égoïstes et ils visent avant tout la maximisation de leur profit.
    Comment une société d'êtres égoïstes peut-elle défendre l'intérêt général ?
    À partir de là, deux courants du libéralisme économique se sont opposés, celui pour lequel les vices privés conduisent à eux seuls aux vertus publiques et celui qui juge indispensable l'intervention d'un régulateur garant du bien commun. Axel Kahn explique comment le succès, dans les années 1980, de la première ligne, a plongé le monde dans la crise ; il fait le pronostic que, sans réhabilitation du concept d'intérêt général, cette crise sera fatale au libéralisme.

  • « Une civilisation qui oublie son passé est condamnée à le revivre. C'est forte de cette maxime, énoncée au début du xxe siècle par le philosophe américain George Santayana, que notre civilisation a instauré et institutionnalisé la mémoire de l'extermination des Juifs d'Europe. Mais voici que surgit, pour cette civilisation, un problème inattendu : non pas l'oubli du crime, mais l'oubli de tout le reste. Hitler hante notre actualité, et du passé désormais personne d'autre, ou presque, ne surnage. Aujourd'hui le malfaiteur suprême est en passe de siéger seul sur le trône de la mémoire.
    Dans cette société de l'accusation perpétuelle et de l'expiation tapageuse qui arraisonne à tour de bras les fameuses heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, je me prends parfois à rêver d'une mémoire sans oriflamme ni destrier, d'une mémoire pédestre, modeste, discrète, silencieuse ou qui ne fasse pas d'autre bruit que les pages que l'on tourne dans le colloque singulier de la lecture.
    Comment parler de la Shoah sans tout mélanger ni sacrifier les exigences du jour ? Quelles leçons tirer de cet événement proprement incroyable ? Comment penser le mal, la radicalité du mal, la banalité du mal, l'industrialisation du mal, sans abandonner au mal tout l'espace de l'immortalité ? Ces dialogues que voici sont nés de ces interrogations et de ce scrupule. » Alain Finkielkraut Sont rassemblées ici, sur une vingtaine d'années, les principales émissions consacrées au nazisme et au génocide des juifs faites par Alain Finkielkraut. Ensemble historiquement significatif, car ce sont les grands livres sur le sujet qui sont ici discutés, avec leurs auteurs la plupart du temps. On sera sensible, en lisant cet ouvrage, à l'évolution de l'historiographie sur le sujet, à la mutation des grandes questions qui nous occupent depuis les années 1990. En outre, ce livre constituera, au fil des pages, une contribution sans précédent d'Alain Finkielkraut lui-même à la question du génocide.

  • Un an après le vote de la loi sur le foulard islamique, il convient de faire le point. Fallait-il voter cette loi ? A-t-elle réglé les problèmes ? Deux auteurs bien connus ont choisi d'en débattre : Alain Touraine, sociologue, a fait partie de la commission Stasi dont le rapport a été à l'origine de la loi ; Alain Renaut, professeur de philosophie politique, est connu pour ses prises de position en faveur d'un multiculturalisme raisonné.
    Ils partagent les mêmes valeurs républicaines. Mais ils divergent sur les moyens à employer pour faire face à la montée du fondamentalisme musulman, sur les moyens de reconnaître les droits des minorités culturelles, sur le rôle de l'école. Alain Renaut est fondamentalement opposé à la loi et, d'une façon générale, très critique à l'égard de la politique française en matière de reconnaissance de la diversité culturelle. Alain Touraine continue de défendre la loi sur le foulard, dont il pense qu'elle a servi à marquer un cran d'arrêt dans la pénétration des fondamentalistes.

  • Sur la façon dont la déportation des Juifs a été reçue par les médias français et par l'opinion publique, on a écrit beaucoup de choses sans y être allé voir de près.
    C'est ce qu'a fait Didier Epelbaum, qui a dépouillé tous les journaux des années 1944 et suivantes, épluché les dépêches de l'AFP, écouté les bandes enregistrées des informations, lu tout ce qui a paru alors.
    Contre toute attente, il en ressort que, dans un premier temps, en 1944, les journaux français ont bien « couvert » l'événement et ont rendu compte de sa spécificité juive. Puis, c'est un grand blanc. Il n'est plus question, en 1945, que des déportés
    « français », résistants, conformes à la légende d'une France tout entière dressée contre l'envahisseur.
    Pourtant, les dépêches de l'AFP donnaient tous les renseignements dont on aurait eu besoin, notamment au moment de l'ouverture du camp d'Auschwitz. Mais rien ne filtre dans la grande presse, où il n'est question que des « bons » déportés. Pour donner plus de poids à sa démonstration, l'auteur a également enquêté sur la façon dont les médias
    ont relaté le génocide du Rwanda. Edifiant.

  • La décision de faire figurer dans les manuels d'histoire une mention sur le rôle « positif » de la colonisation, puis la mise en accusation de l'historien Pétré-Grenouilleau pour son livre sur les traites négrières, au nom de la « loi Taubira », ont mis au jour le très difficile problème posé par les lois qui prétendent statuer sur des questions historiques. La première de cette espèce ayant été la « loi Gayssot », faisant du négationnisme à l'égard de la Shoah un délit. Un collectif d'historiens prestigieux, présidé par René Rémond, ont signé une pétition demandant l'abrogation de ces textes de loi et la restauration de l'entière liberté de recherche. Cette pétition a eu des effets immédiats : outre la réaction enthousiaste de Bruno Gollnisch, lui-même sous le coup d'une accusation de négationnisme, elle a suscité une seconde pétition, récusant l'amalgame entre toutes ces lois et insistant sur la nécessité de conserver la loi Gayssot.

    Ce problème est au carrefour de plusieurs questions tout à fait actuelles : - les revendications mémorielles et le besoin de reconnaissance des minorités ; - la qualification de crimes contre l'humanité de délits autrefois passibles de prescription ; - la question de savoir jusqu'à quel point l'enseignement d'Etat est libre ou s'il doit être encadré. C'est sur tout cela que René Rémond tâchera de faire le point, avec la mesure et le sens des responsabilités qu'on lui connaît et qui lui a valu de présider plusieurs commissions « difficiles ».

  • Le monde ne cesse de devenir plus complexe, à mesure qu'augmentent le nombre des acteurs et les réseaux d'interdépendance, à mesure aussi que se multiplient les défi s planétaires : défi s énergétiques, menaces de l'hyperterrorisme, révolutions technologiques, etc. Dans ce monde de plus en plus « épais », qui ou quoi maîtrisera le pouvoir ? Comment les décisions seront-elles prises ? En fonction de quoi ? Après l'ascension des États-Unis, allons-nous vivre l'ère de la prépondérance asiatique oe
    Dans ce livre, François Heisbourg s'eff orce de dessiner ce que pourrait être le monde de demain, un monde pas forcément moins brutal que le précédent, mais où la brutalité sera moins aisément décisive. Comprendre et gérer l'épaisseur du monde est désormais le défi auquel nos sociétés et leurs dirigeants ont à faire face.

  • Le propos du livre est de traiter, au moyen des ressources contemporaines des
    sciences sociales, les grandes affaires qui ont, en leur temps et de faon
    durable dans l'histoire, divis une socit, occup le devant de la scne,
    mobilis ses enjeux politiques, intellectuels et symboliques. La liste des
    sujets claire le propos :
    * le procs de Socrate,
    * le scandale des Bacchanales,
    * la fabrique d'un saint au Moyen ge,
    * les affaires des favoris, d'Enguerran de Marigny Jacques Coeur,
    * l'affaire Boniface VIII,
    * les scandales de libertinage,
    * Voltaire et les affaires Calas et du Chevalier de La Barre,
    * l'affaire Rousseau-Hume,
    * l'affaire Dreyfus,
    * les affaires ditoriales pendant la guerre d'Algrie,
    * l'affaire Pinochet, la profanation du cimetire de Carpentras,
    * le terrorisme comme cause, ou la Fraction Arme Rouge,
    * l'affaire de Minimata. Pollution et empoisonnement au Japon.


  • La question de la sensualité met les socialismes à l'épreuve : la poser, c'est s'interroger sur les formes et les limites de l'émancipation commune. Telle est l'hypothèse peu orthodoxe qui sous-tend cette enquête au long cours où deux siècles d'histoire des socialismes français sont passés au crible des plaisirs des sens. Depuis les harmonies sensuelles de Charles Fourier jusqu'au socialisme gouvernemental et pâlot d'aujourd'hui, une tension joue en permanence : d'un côté, dominant, un socialisme anguleux adepte de l'ascèse militante ; de l'autre, minoritaire, un socialisme tout en rondeurs qui intègre la bonne chère, la fête et l'amour à son programme.

    Les Fruits défendus visite les fronts multiples du débat sur la sensualité. On y rencontre Pierre-Joseph Proudhon et Léon Blum, Claire Démar et Jeannette Vermeersch, Marcel Sembat, Roger Vailland et François Mitterrand ; on y tourne les pages de L'Atelier ou de L'Humanité ; on y rejoint dans leurs combats les militants de la SFIO ou du MLF ; on y découvre la retraite de Ménilmontant, les milieux libres de la Belle Époque ou le restaurant des Lipp ; on y suit ceux qui se régalent d'une douzaine d'huîtres et ceux qui ferraillent contre les séductions de l'amour charnel. Au terme du parcours, c'est une autre histoire des socialismes qui se dessine.

  • Une opinion largement partagée nous dit chaque jour que nous sommes tous des bourreaux en puissance, et que, placés dans des circonstances extraordinaires, nous pourrions être capables du pire.
    Pour le savoir, Didier Epelbaum s'est demandé comment les régimes qui ont commis les grands génocides (arménien, juif, cambodgien, tutsi) s'y sont pris pour recruter leurs bourreaux. Selon quelle méthode ont-ils choisi les hommes indispensables à leurs projets génocidaires ? Ont-ils puisé au petit bonheur dans l'immense réservoir de l'ordinaire humain, ou bien ont-ils ciblé leurs choix sur des catégories ou des personnalités particulières ? Autrement dit, ont-ils été capables de fabriquer des Eichmann ou des Duch à partir de l'homme moyen ?
    Ce livre montre indiscutablement que des processus très sévères de sélection ont en fait présidé à ces choix et donc que, non, les bourreaux génocidaires ne sont pas vous ou moi.

  • Le monde actuel, avec ses défis (terroristes, nucléaires, écologiques, épidémiologiques), ses crises (Moyen-Orient, Ukraine), ses acteurs en quête de puissance ou de revanche (Chine, Russie), ses has been en quête d'un nouveau destin comme l'Europe à la recherche d'elle-même, est né de la matrice qu'a été l'effondrement de l'URSS et le triomphe en trompe-l'oeil de l'hyperpuissance américaine. François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies, explique, à travers des exemples puisés en partie de sa propre expérience, comment est né le monde d'aujourd'hui. Si les transformations de notre monde font partie du vécu de chacun, les histoires secrètes qui les ont précédées ou accompagnées le sont beaucoup moins : elles permettent de mieux comprendre le « comment du pourquoi » de la réalité à laquelle notre pays est aujourd'hui confronté.
    Chaque élément est mis en scène par une anecdote, généralement inédite, souvent secrète.
    Parmi bien d'autres : comment la Troisième Guerre mondiale a été évitée pendant la crise de Cuba grâce au sang-froid d'un marin soviétique ; comment l'attentat de la rue Marbeuf a tué à Paris alors que tout était connu depuis la veille ; comment l'auteur a empêché la livraison des Exocet pendant la guerre des Malouines ; comment la Mata Hari américaine s'est livrée à son art dans la France de Mitterrand, etc.

  • Il y a un malheur français, bien spécifique à ce pays : pourquoi sommes-nous les champions du monde du pessimisme et du mécontentement de nous-mêmes ? Pourquoi vivons-nous notre situation, notre place dans l'Europe et le monde, comme un malheur incomparable ?
    Marcel Gauchet aborde ce problème d'une façon originale, en procédant d'abord à un vaste examen historique, qui le conduit aux xviie-xviiie siècles, jusqu'à la période immédiatement contemporaine. Au passage, l'auteur analyse en profondeur le règne de De Gaulle et celui de Mitterrand, l'un et l'autre matriciels pour comprendre notre présent.
    Puis Marcel Gauchet s'attaque aux ressorts de la société française d'aujourd'hui, dont il dissèque les maux : pourquoi la mondialisation et l'insertion dans l'ensemble européen sont-ils ressentis en France avec une particulière inquiétude ? Pourquoi le divorce entre les élites et le peuple prend-il chez nous ce tour dramatique ? Quelle responsabilité incombe aux dirigeants dans la montée de ce qu'on appelle, sans y réfléchir, « populisme » ? Quel rôle joue, dans le marasme français, le néo-libéralisme auquel Mitterrand a converti la France sans le dire ?
    Enfin, l'auteur montre que nous sommes aujourd'hui au plein coeur d'une période d'idéologie, d'autant plus pernicieuse qu'elle n'est jamais repérée pour ce qu'elle est, mais toujours confondue avec le cours obligatoire des choses : il s'agit de l'idéologie néo-libérale, qui va de pair avec la dépolitisation de nos sociétés.

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