Stock (réédition numérique FeniXX)

  • Depuis septembre dernier, des voix inaccoutumées se font entendre sur Europe N° 1 : celles des enfants et des adolescents de 8 à 17 ans qu'on a jamais l'habitude d'écouter. En général sur les ondes ce sont les adultes qui parlent pour eux, mineurs de 18 ans à qui la loi en France ne reconnaît aucun droit, surtout pas le droit de parler. Sur Europe un éducateur, Bertrand Boulin, et deux journalistes, Jean-Michel Desjeunes et Philippe Alfonsi leur ont donné pour la première fois la possibilité de s'exprimer librement sur tous les sujets sur lesquels on parlait à leur place : la famille, l'école, la sexualité, la drogue, le divorce des parents, les fugues, etc. Et ils ont parlé et quand les enfants parlent ça fait du bruit. Les uns ont crié leur désespoir, les autres ont raconté leurs expériences et leurs joies. Et l'on s'est aperçu que les enfants avaient quelque chose à dire, quelque chose à nous dire, chose inouïe dans une société où l'on parle si souvent de l'enfance pour mieux l'ignorer et en étouffer l'esprit. Et l'on s'est aperçu que les enfants sont soumis à l'autorité absolue de leurs parents, professeurs, juges, qu'on les dit irresponsables (mais à partir de 13 ans ils sont pénalement responsables, contradiction de la loi !), qu'ils sont ballotés entre les parents en cas de divorce, placés contre leur gré, etc. Ces milliers de témoignages ont donné l'idée aux réalisateurs de l'émission de rédiger un projet de Charte des Enfants et de le soumettre aux autorités administratives, aux législateurs. Ce livre est fait de trois parties : 1° les témoignages les plus significatifs d'enfants et d'adolescents (et aussi d'adultes et d'éducateurs), parole étrange, bouleversante, incroyable. 2° le projet de Charte des Enfants. 3° et une réflexion des auteurs et en particulier de Bertrand Boulin sur l'ennui et le désespoir des enfants, qui ne comprennent plus la signification de leur vie et adoptent des conduites marginales. Un document original, à méditer et qui ne peut laisser aucun adulte indifférent.

  • Il y a toujours des hospices de vieux ne prétend pas traiter l'ensemble de la politique française du troisième âge, mais il en décrit deux cas particuliers : l'« hospice » de vieux de Nanterre et d'Issy-les-Moulineaux (Corentin-Celton). Toutefois, à travers ces cas particuliers, ce livre illustre de la façon la plus criante toute une politique : ségrégation et caporalisation de la partie du troisième âge qui n'a pas assez de moyens économiques ou de relations pour échapper à l'internement asilaire. Bernard Ennuyer et Michèle Troude ne sont pas des théoriciens, ils connaissent les établissements dont ils parlent. Si leur livre est nourri de chiffres et d'informations, il est surtout plein de la vie concrète des « vieux » et des « vieilles », de leur solitude, de leur détresse. Si leur ton est volontairement retenu, ils ne cachent pas un cri d'indignation devant le sort qui est réservé aux pensionnaires des hospices. Ce livre se lit comme un roman, mais un roman tragique, une véritable descente aux enfers. Nous espérons, qu'à la façon dont Chronique des Flagrants Délits publiée également dans Stock 2 fit prendre conscience du scandale d'une juridiction hâtive, Il y a toujours des hospices de vieux sera à l'origine d'un grand mouvement de contestation du système asilaire.

  • Ce livre est un pamphlet mais un pamphlet solidement nourri de faits. Il montre que notre société tout en exploitant l'image commerciale de l'enfance méprise profondément l'enfant. L'enfant est méprisé dès sa conception à travers la femme qui le porte ; dès sa naissance à travers la mère, qu'elle travaille ou non au dehors. La femme enceinte est soumise à toutes sortes de vexations et d'intimidations patronales. La garde de l'enfant pose des problèmes insolubles. Ni les crèches ni les nourrices ni les nurses ni les employées de maison ni les jeunes filles au pair ne sont une réponse à ce problème. Les écoles maternelles sont surchargées et souvent inadaptées. Le congé du mercredi ou les petites vacances sont une croix pour les mères. Dès que l'enfant est malade un peu gravement c'est l'enfer de l'hospitalisation abusive où la mère est considérée comme une gêneuse. En résumé, l'enfant n'a pas sa place dans la société urbaine ni l'habitat ni la rue ni les transports ne sont conçus pour lui. Il est un gêneur, il n'a pas d'espace à lui, on le pourchasse dans les quelques squares où il pourrait s'ébattre, on le chasse des hôtels, des studios et des meublés. Sans parler de la diminution de niveau de vie qu'il représente pour sa famille et que ne compensent pas les allocations familiales et remises d'impôt. A travers ce bilan, le langage officiel sur l'enfance apparaît pour ce qu'il est : une farce, une hypocrisie. L'indignation d'une mère et une moisson de témoignages et de faits concrets rendent cet ouvrage captivant.

  • Insurrection chrétienne. Ces deux mots jurent, tellement nous avons identifié le Christianisme avec la soumission, le respect de l'ordre, de la loi et de la morale. Le père Jean Cardonnel, dominicain, nous rappelle que le christianisme est d'abord insurrection, refus de l'ordre établi, liberté par rapport à la loi et à la morale et qu'il ressemble beaucoup à la révolution. C'est l'anti-Bruckberger.

  • Les Assises nationales du socialisme, auxquelles ont participé, les 12 et 13 octobre 1974 à Paris, quinze cents délégués venus de toute la France, militants du Parti socialiste, du P.S.U., d'organisations syndicales, populaires et familiales, ont posé - selon l'expression de François Mitterrand - « les fondements du grand parti des socialistes ». En confrontant ainsi sa réflexion doctrinale et sa pratique militante, la gauche socialiste a pu franchir une étape décisive sur la voie de son unité et de son renouvellement. Ce livre, où sont rassemblés le projet de société Pour le socialisme, les rapports des carrefours militants et les interventions des délégués, constitue donc à la fois un indispensable outil de référence et un document historique, que les participants des Assises du socialisme présentent à toute la gauche et à l'ensemble des Français.

  • Un livre de plus sur les travailleurs immigrés ? Et en pleine crise encore ! Au moment où l'immigration se ralentit, où le chômage est le problème important... - Oui, un livre de plus, mais un livre différent, sur un sujet peu connu, peu développé jusqu'ici : l'histoire politique des travailleurs immigrés, sa liaison avec la vie politique des pays d'origine, son organisation en France ; les luttes propres des travailleurs immigrés, en même temps que leur participation à la lutte des classes France. Livre d'histoire donc, et d'analyse - mais c'est aussi un livre d'actions, un livre, d'actualité. Les travailleurs immigrés ont un rôle stratégique d'autant plus important aujourd'hui que la crise est plus aiguë, que la division entre les travailleurs est une arme plus redoutable aux mains de l'État et du patronat. La réflexion sur l'histoire politique de l'immigration débouche ainsi sur une réflexion plus large : qu'est-ce que la solidarité prolétarienne ? Qu'est-ce que l'internationalisme aujourd'hui ? Quel rôle jouent-ils et doivent-ils jouer dans la stratégie révolutionnaire ? Ce livre ne prétend pas apporter des réponses définitives. Son but est d'informer et surtout de faire réfléchir, réagir, agir.

  • Pendant des siècles la justice a été rendue dans le silence, devant un peuple béat ou terrorisé. Si depuis quelques années le mystère se dissipe, si l'institution judiciaire redescend peu à peu du ciel sur la terre, c'est en partie grâce au Syndicat de la Magistrature. Le premier mérite de celui-ci est d'avoir brisé le silence, d'avoir pris la parole. Et comme toujours, la parole qui fuse après avoir été longtemps retenue est révolutionnaire. Les magistrats syndiqués - plus d'un quart des magistrats français - ne se satisfont pas d'une critique moralisatrice du fonctionnement de la justice. Ils veulent davantage : agir à l'intérieur de l'appareil judiciaire pour imposer le changement par une nouvelle pratique. Mais déjà apparaît cette évidence : démythifier la justice et tenter de la rétablir là où elle n'existe qu'en apparence conduit à une remise en question de la société tout entière. C'est pourquoi l'apparition du Syndicat de la Magistrature constitue sans doute l'un des phénomènes les plus importants de notre histoire politique récente.

  • État de siège est un dossier. C'est le dossier du dernier film de Costa-Gavras, le dossier aussi de l'affaire qui l'inspira. Les spectateurs du film quand ils liront le livre pourront se persuader de la triste réalité des faits. Les lecteurs du livre voudront voir le film. Tous comprendront que de tels faits ne menacent pas seulement l'Amérique du Sud. Le livre et le film se répondent, ce sont les deux faces du même acte politique.

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