Metailie

  • Après L'Ethnologie de la chambre à coucher et celle de la porte, l'auteur nous invite à nouveau à nous regarder nous-mêmes dans une de nos occupations les plus répandues lorsque l'on parle du travail aujourd'hui, à savoir : être au bureau.

    Du moine bénédictin au jeune cadre contemporain, de la société du bureau de Napoléon au bureaucrate kafkaïen, du pupitre du copiste au nomadisme numérique du co-working, ce livre est un voyage dans ce qui fait du bureau et du travail sédentaire le centre du développement de nos sociétés modernes.

    Toujours avec humour, sensibilité et une connaissance encyclopédique, Pascal Dibie, en ethnologue, nous fait remonter dans notre histoire et réussit, sans que l'on se rende vraiment compte, à nous faire prendre conscience de la complexité réelle et déterminante de nos vies assises : une aventure de plus de trois siècles partagée au quotidien par cinq milliards de personnes dans le monde (oui, dont vous) !

  • Qui n'a jamais ri de sa vie ? Même sans le vouloir cette turbulence passagère qui affecte tous les hommes et les femmes est avec les larmes la preuve intangible que nous sommes bien reliés affectivement entre nous sur des modes très particuliers.

    David Le Breton, continuant son anthropologie du corps, s'attaque ici aux «corps de rire» qui se déploient souvent à nos dépens, mais il montre qu'ils sont parfaitement inscrits dans des moments de l'histoire et de nos histoires personnelles et qu'ils forment des parenthèses nécessaires dans nos quotidiens devenus lourds et difficiles. C'est «par le rire que le monde redevient un endroit voué au jeu, une enceinte sacrée, et non pas un lieu de travail», nous assure le poète Octavio Paz, et c'est bien ce que David Le Breton nous montre dans sa magistrale démonstration où rien de ce qui touche au rire n'est ignoré.

    De nos sociabilités multiples et rieuses en passant par la police du rire, l'ironie, la dérision, les rires d'Orient, l'humour, les folklores obscènes et même les sms, tout nous amuse ou tout peut être tourné en dérision.

  • Nos existences parfois nous pèsent. Même pour un temps, nous aimerions prendre congé des nécessités qui leur sont liées. Se donner en quelque sorte des vacances de soi pour reprendre son souffle. Si nos conditions d'existence sont sans doute meilleures que celles de nos ancêtres, elles ne dédouanent pas de l'essentiel qui consiste à donner une signification et une valeur à son existence, à se sentir relié aux autres, à éprouver le sentiment d'avoir sa place au sein du lien social. L'individualisation du sens, en libérant des traditions ou des valeurs communes, dégage de toute autorité. Chacun devient son propre maître et n'a de compte à rendre qu'à lui-même. Le morcellement du lien social isole chaque individu et le renvoie à lui-même, à sa liberté, à la jouissance de son autonomie ou, à l'inverse, à son sentiment d'insuffisance, à son échec personnel. L'individu qui ne dispose pas de solides ressources intérieures pour s'ajuster et investir les événements de significations et de valeurs, qui manque d'une confiance suffisante en lui, se sent d'autant plus vulnérable et doit se soutenir par lui-même à défaut de sa communauté.

    Dans une société où s'impose la flexibilité, l'urgence, la vitesse, la concurrence, l'efficacité, etc., être soi ne coule plus de source dans la mesure où il faut à tout instant se mettre au monde, s'ajuster aux circonstances, assumer son autonomie. Il ne suffit plus de naître ou de grandir, il faut désormais se construire en permanence, demeurer mobilisé, donner un sens à sa vie, étayer ses actions sur des valeurs. La tâche d'être un individu est ardue, surtout s'il s'agit justement de devenir soi.
    Au fil de ce livre, j'appellerai blancheur cet état d'absence à soi plus ou moins prononcé, le fait de prendre congé de soi sous une forme ou sous une autre à cause de la difficulté ou de la pénibilité d'être soi. Dans tous les cas, la volonté est de relâcher la pression.

    Il s'agit ici de plonger dans la subjectivité contemporaine et d'en analyser l'une des tentations les plus vives, celle de se défaire enfin de soi, serait-ce pour un moment. Sous une forme douloureuse ou propice, cette étude arpente une anthropologie des limites dans la pluralité des mondes contemporains, elle s'attache à une exploration de l'intime quand l'individu lâche prise sans pour autant vouloir mourir, ou quand il s'invente des moyens provisoires de se déprendre de soi. Les conditions sociales sont toujours mêlées à des conditions affectives. Et ce sont ces dernières qui induisent par exemple les conduites à risque des jeunes dans un contexte de souffrance personnelle, ou qui font advenir la dépression, et sans doute la plupart des démences séniles. Si souvent les approches psychologiques occultent l'ancrage social et culturel, celles des sociologues délaissent souvent les données plus affectives, considérant les individus comme des adultes éternels, n'ayant jamais eu d'enfance, ni d'inconscient, ni de difficultés intimes. La compréhension sociologique et anthropologique des mondes contemporains peut ressaisir la singularité d'une histoire personnelle en croisant la trame affective et sociale qui baigne l'individu et surtout les significations qui alimentent son rapport au monde. Telle est la tâche de ce livre.

  • Tout humain normalement constitué sait qu'une vie sans douleur est impensable mais, de là à ce qu'elle soit chronique, il y a une marge que David Le Breton explore magistralement.

    L'examen des itinéraires personnels de «douloureux chroniques» auquel se livre l'auteur montre que, si elle abîme profondément l'existence de nombre de patients, d'autres trouvent au fil du temps un soulagement ou un compromis, mais paradoxalement elle protège certains patients d'autres souffrances plus redoutables encore.

    Il est temps, dit David Le Breton, que l'on développe davantage une médecine de la douleur centrée sur l'expérience intime des personnes afin de les aider, sinon à guérir, à accomplir une «réinvention de soi», autrement dit une réorganisation radicale de leur existence avec et autour de cette douleur chronique à tous les niveaux de leur quotidien, autrement dit à «tenir».

    Dans cette enquête passionnante qui nous concerne tous de près ou de loin, le sociologue explore, consulte, interroge autant ceux et celles qui vivent cette douleur inexpliquée que les soignants qui essayent de juguler ce mal chronique.

  • Du silence

    David Le Breton

    Comment peut-on survivre lorsqu'on a été prénommé Hannibal par un père historien ? Vaincu dès le départ, notre héros, lui aussi historien, n'a jamais été à la hauteur des rêves de son géniteur. Chassé de l'université, il a sombré dans l'alcoolisme et la lamentation paranoïaque. À la mort de son père, il hérite de trois boîtes au contenu hétéroclite. Au milieu des journaux intimes et des souvenirs de l'enfance se cache le début d'un plan machiavélique qui va pousser Aníbal vers des personnages excentriques et d'anciennes amours. Névrosé, plein de ressentiment, entraîné vers des aventures inattendues, Aníbal découvre la duplicité des tours que joue parfois la génétique. Il se retrouve alors plus proche de son père qu'il ne l'a jamais été de son vivant. Sa colère cède la place à l'empathie tandis que tout nous donne à penser que ce que nous haïssons le plus est peut-être la vision de ce que nous n'arriverons pas à être. Un roman original où un sens du comique exceptionnel se déploie dans des plans et des rythmes variés, une littérature rare. Un plaisir de lecture absolument délectable.   « Un héritage piégé donne naissance à un grand roman qui se développe entre la vérité maquillée qu'on adore et la vérité sans éclat qui retient les ombres. Deux territoires, un même paysage : éblouissant, vraiment, messieurs les lecteurs. »                           La Nueva España

  • Qu'est-ce qu'une porte ?
    Dans sa définition même elle implique l'existence d'un "dehors", autrement dit de ce qui est "hors de la porte". Nous y sommes : la porte est d'abord vue de l'intérieur de la maison par celui qui s'y inscrit. A partir de là tout est à penser : le dedans, le dehors, l'ouvert, le fermé, le bien-être, le danger, et c'est pour elle que nous nous sommes institués, nous les hommes, en grands paranoïaques autant qu'en dieux et en techniciens ! Pas un lieu où nous avons voulu dormir que nous n'avons barricadé, pas un champ que nous n'avons borné, pas un temple que nous n'avons chargé, pas une famille ni une ville que nous n'avons protégées. Nos portes sont partout, issues étroites ou portes monumentales.
    Des Magdaléniens d'Etiolles à la porte d'Ishtar à Babylone quelle folie nous a prise? Portiques grecs, arcs de triomphe romains, Jésus qui prêche aux portes, L'enfer qui s'en invente, notre imaginaire de la porte se construit petit à petit. On arme les châteaux de pont-levis et de symboles, on enclot les femmes et puis on fait des Entrées solennelles, on s'invente des étiquettes autant pour les hommes que pour les livres. On dresse partout des barrières jusqu'à inventer les frontières. La ville s'avance, la société se discipline, se numérote, s'invente des règles qu'elle affiche aux portes : prestige, convenances, mort, on peut tout lire à la porte de nos vies. Le folklore s'est emparé des seuils, a nourri nos croyances et nos étranges rites de passage. Nos semblables d'un ailleurs proche ou lointain n'ont pas fait moins : jnouns et serrures veillent en Afrique pendant qu'en Chine on calcule encore l'orientation des ouvertures et qu'à chaque porte se joue l'équilibre de l'univers entier. En Amazonie la porte est en soi alors qu'en Océanie elle est un long chemin d'alliance.
    La porte est pour chacun un bonheur et une inquiétude quotidiens tout simplement parce que, de tous nos objets du quotidien, elle représente un monde inépuisable de pensées.

  • Une anthropologie de la voix consiste dans ce paradoxe de ne plus écouter la parole mais la qualité de sa formulation, ses vibrations sonores, affectives, ses singularités. Non plus s'arrêter sur le sens des mots mais sur la tessiture de la voix. Détachée de la parole, la vocalité se donne comme émission subtile d'un corps, elle nous touche, nous bouleverse ou nous irrite, elle est d'emblée un lieu de désir ou de méfiance. Objet de fantasme, elle suffit parfois à susciter l'amour ou la haine envers une personne inconnue entendue seulement à distance à la radio ou au téléphone. Aucune science n'en épuise l'interrogation, même si l'acoustique, la phonétique ou la linguistique essaient de la résorber dans leur savoir. Elle fuit de partout, elle ne se laisse pas circonvenir. L'émotion liée à l'écoute d'une voix ne tient pas à ses propriétés acoustiques mais à son impact sur le désir de celui qui écoute. Il en va de même du visage, les deux éléments les plus intimes, les plus singularisés de l'humain et ceux qui se dérobent le plus. En donnant chair au langage, la voix le donne à entendre. Quand elle disparaît la parole s'efface aussi car elle n'existe pas sans la voix qui lui donne corps.
    La voix qui nous importe ici est celle de la vie quotidienne, celle qui fait sens et dont l'influence marque nos existences.
    Il s'agit ici de frayer le chemin à une anthropologie sensible et d'explorer le mi-dire de la voix.


    David LE BRETON est professeur de sociologie à l'Université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et du laboratoire URA-CNRS " Cultures et sociétés en Europe ". Il est l'auteur, entre autres, de Anthropologie de la douleur, Du Silence, Eloge de la marche, La Saveur du monde, Mort sur la route (roman noir) et Expériences de la douleur.


    Annexe :
    Sommaire de l'ouvrage Eclats de voix (une anthropologie des voix) Introduction Chapitre 1 : La voix comme signe d'identité Entre corps et souffle, la voix - La voix comme création du monde - Voix et lien social - Le sexe de la voix - Unicité de la voix - Jeux d'identité, jeux de voix - La voix comme révélation - Affectivité - Ambiguïté des caractérologies vocales.

    Chapitre 2 : De l'acheminement de la parole au dernier souffle Entrer dans la voix - Les rites de la voix - L'enveloppe protectrice de la voix - Mues - Les discordances du miroir sonore - Enfants sauvages.

    Chapitre 3 : Bris de voix Cris - Trop de voix - Bégaiement - Voix brisées - Silences - Épuisement de la voix - Inconscient de la voix - Handicap de la voix.

    Chapitre 4 : La voix sourde L'enfant sourd et l'entrée dans la voix - Le débat entre oralisme et langues des signes - La voix sourde comme altérité.

    Chapitre 5 : Désirs de voix La voix et le désir - jouissance de la voix, l'opéra - Lyrisme des chants sacrés - Les castrats ou l'amour de la voix - Chanter - Trouver sa voix - La voix du mépris - La voix de son maitre - Voix d'ailleurs.

    Chapitre 6 : La voix qui se tait Une voix qui se tait - La voix en deuil - Retenir la voix - La voix artificielle.

    Chapitre 7 : Les arts de la voix Puissance de la voix - Oralités - La voix en scène - Conteur - Théâtre - Radio - Paradoxes des voix de cinéma - Conférence.

    Ouverture Bibliographie

  • La relation douleur-souffrance est au coeur de cet ouvrage. Il porte sur l'expérience de la douleur, sur la manière dont elle est vécue et ressentie par les individus, sur les comportements et les métamorphoses qu'elle induit. Il s'agit d'être au plus proche de la personne en s'efforçant de comprendre ce qu'elle vit à travers les outils de l'anthropologie. Le propos consiste justement à dégager les liens entre douleur et souffrance, et parallèlement à comprendre pourquoi certaines douleurs sont dénuées de souffrance, voire même associées à la réalisation de soi ou au plaisir. La douleur recherchée ou vécue à travers les conduites à risque ou les scarifications est d'une autre nature que celle qui affecte le malade, par exemple. Le sportif de l'extrême ou simplement le sportif en compétition ou à l'entraînement est un homme ou une femme qui accepte la douleur comme matière première de ses performances, il cherche à l'apprivoiser, à la contenir, il sait que s'il ne se "rentre pas dedans" il fera piètre figure.

    L'auteur traite d'une douleur qui implique la souffrance dans la maladie ou les séquelles de l'accident ou de la torture, puis analyse une douleur souvent proche du plaisir ou de l'épanouissement personnel, il s'efforce de comprendre l'ambivalence du rapport à la douleur. La douleur est une donnée de la condition humaine, nul n'y échappe à un moment ou à un autre, une vie sans douleur est impensable. Elle frappe provisoirement ou durablement selon les circonstances. Mais, la plupart du temps, elle est sans autre incidence qu'un malaise de quelques heures aussitôt oublié dès lors qu'elle s'est retirée. Elle renvoie toujours à un contexte personnel et social qui en module le ressenti. La souffrance est la résonance intime d'une douleur, sa mesure subjective. Elle est ce que l'homme fait de sa douleur, elle englobe ses attitudes, c'est-à-dire sa résignation ou sa résistance à être emporté dans un flux douloureux, ses ressources physiques ou morales pour tenir devant l'épreuve. Elle n'est jamais le simple prolongement d'une altération organique, mais une activité de sens pour l'homme qui en souffre. Si elle est un séisme sensoriel, elle ne frappe qu'en proportion de la souffrance qu'elle implique, c'est-à-dire du sens qu'elle revêt. Entre douleur et souffrance les liens sont à la fois étroits et lâches selon les contextes, mais ils sont profondément significatifs et ouvrent la voie d'une anthropologie des limites.

  • Betty Mindlin est arrivée en mai 1979 chez les Suruí, le long de la BR-364 qui relie Cuiabá à Porto-Velho, alors qu'ils conservaient encore intactes leurs coutumes et leur système traditionnel. Lors de ce premier séjour, elle a rencontré un paradis.
    On pourrait dire que les habitants du paradis l'ont trouvée à leur goût. Pas un jour où elle ne fut demandée en mariage malgré la protection et la prude affection du chaman Náraxar. C'est là, à l'abri des ocas, grandes maisons communautaires, entre les corps invitants de l'intérieur et les fantômes de l'extérieur, enveloppée par un choeur de rires amicaux, entre invites, jalousie, menace, cajoleries et petits travaux de la vie quotidienne, qu'elle apprend tout de ses hôtes et se découvre dans sa vérité de femme blanche et de mère éloignée des siens. Au long de sept voyages, elle connaît avec eux la guerre contre les trafiquants de diamants, la modernisation et la découverte du travail salarié...
    Ces carnets, qui couvrent ses séjours entre 1979 et 1983, même et surtout parce qu'ils ont été revisités, retravaillés pour mettre en scène les gens et les mythes, sont soutenus par des observations anthropologiques rigoureuses mais jamais encombrantes dont la pertinence s'impose au regard de cette ethnologue enjouée, choisie et adoptée par "ses Indiens préférés".
    Betty Mindlin, curieuse et gourmande, fait du lecteur son compagnon de voyage et nous raconte ce monde différent avec une simplicité, une vitalité et une acceptation de l'autre exceptionnelles.

  • VÉRITABLE HISTOIRE ET DESCRIPTION D UN PAYS HABITÉ PAR DES HOMMES SAUVAGES NUS, FÉROCES ET ANTHROPOPHAGES SITUÉ DANS LE NOUVEAU MONDE NOMMÉ AMÉRIQUE INCONNU DANS LE PAYS DE HESSE AVANT ET DEPUIS LA NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST JUSQU'A L'ANNÉE DERNIÈRE.

  • Désir d'extrême, dépassement de soi, culte du corps : la course à pied est un sport populaire et démocratique qui ne cesse d'attirer de nouveaux adeptes. Les marathons en tout genre explosent, de l'épreuve de l'extrême à la célébration collective, avec musique et flonflons, le marché de la chaussure connaît une croissance exponentielle... le running est partout !

    Dans ce livre visionnaire, doté d'une nouvelle introduction, Martine Segalen, coureuse et ethnologue, décrit ce nouveau rituel à travers l'analyse d'un certain nombre de courses «historiques» (marathon de New York, de Paris) en parallèle avec la course à pied dans des sociétés traditionnelles comme les Tarahumaras ou les Bororos.

    Combinant approche sensible et démarche ethnographique, Martine Segalen montre que courir est une forme de liberté qui sert à reconquérir à la fois son corps, la ville et la communauté. Être coureur, c'est être moderne !

  • Il y a la forêt du flâneur, du fugitif, celle de l'indien, la forêt du chasseur, du garde-chasse ou du braconnier, celle des amoureux, des ornithologues, la forêt aussi des animaux ou de l'arbre, celle du jour et de la nuit. Mille forêts dans la même, mille vérités d'un même mystère qui se dérobe et ne se donne jamais qu'en fragments. " Tout comme il y a un paysage, un son, une saveur, un parfum, un contact, une caresse, pour déplier le sentiment de la présence et aviver une conscience de soi. David Le Breton explore les sens, tous nos sens, comme pensée du monde. Cette fois l'anthropologue se laisse immerger dans le monde afin d'être dedans et non devant. Il nous montre que l'individu ne prend conscience de soi qu'à travers le sentir, qu'il éprouve son existence par des résonances sensorielles et perceptives. Ainsi tout homme chemine dans un univers sensoriel lié à ce que sa culture et son histoire personnelle ont fait de son éducation, chaque société dessinant une " organisation sensorielle " qui lui est propre.

    Percevoir les couleurs est un apprentissage autant que d'entendre ou de voir. Toucher, palper, sentir dans l'étreinte ou la souffrance, c'est faire affleurer la peau et la pensée dans la concrétude des choses, c'est aussi se sentir, goûter et parfois même être dégoûté. L'auteur se fait explorateur des sens et n'omet rien de nos attirances et de nos rejets. Proposant que l'on réfléchisse désormais au " Je sens donc je suis " , il rappelle que la condition humaine avant d'être spirituelle est bel et bien corporelle.

  • Les récits publiés ici proviennent de 6 peuples indiens de la province amazonienne du Rondonia, parlant des langues différentes et vivant selon des traditions différentes, qui sont entrés en contact avec la société brésilienne il y a seulement 50 ans.
    Les fils conducteurs du recueil sont les thèmes éternels : la recherche de l'amour, la séduction, la jalousie, le plaisir, les affrontements entre les hommes et les femmes, les mères et les filles... Les formes et les développements inespérés de ces histoires, le talent des conteurs, la créativité et la liberté du langage donnent au texte une fraîcheur et un humour délectables.
    Le portrait d'un univers riche et inconnu de peuples millénaires.
    Un authentique bonheur de lecture.

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  • Les funérailles constituent un cadre social particulier avec ses règles et ses codes. Il y a le mort, la famille et ceux qui enterrent. Julien Bernard a répondu à une offre d'emploi proposant d'être " porteur de cercueil pour les cérémonies funéraires ". C'est ainsi qu'il a fait profession de croquemort au sein des pompes funèbres. Faisant parallèlement des études de sociologie, il note au jour le jour son approche et la réalité de ce terrain à la fois central et à part dans notre culture.
    Comment s'intégrer à une équipe de travailleurs de la mort, comment, entre la compassion, l'engagement, l'humour noir et l'obligation au protocole, arrive-t-on à développer et à porter un regard objectif sur cet étrange et nécessaire travail social qui se constitue " par le bas " grâce à des mécanismes de coordination effective entre les individus sociaux.
    Depuis la rencontre des familles jusqu'à la tombe ou le crématorium en passant par la délicate prise en charge des corps, ces professionnels de la mort apprennent à gérer leurs émotions. Véritables grammairiens du " soutien ", ces hommes qui nous enterrent sont aussi les metteurs en scène et les acteurs de nos funérailles durant lesquelles ils essaient de " mettre en sens " la mort et de maîtriser la balance de l'énergie émotionnelle et collective que libère toute perte humaine.
    Attentif à ces " points de frottement " très particuliers que sont les dernières confrontations entre les proches et le mort, l'auteur réussit ce tour de force de nous faire pénétrer dans l'univers méconnu de ces travailleurs dont l'art consiste à se glisser un temps dans cet entre-deux, à la fois avec une proximité suffisante pour comprendre ce qu'ils ressentent et une distance sociologique nécessaire pour nous permettre de saisir sans nous épouvanter le quotidien maîtrisé du croquemort.

  • La surprise, le coup de foudre amoureux, le chagrin, la peur, la colère, la joie, la compassion, nous faisons tous en tout lieu et à tout âge l'expérience d'émotions plus ou moins intenses qui nous marqueront pour la vie. Julien Bernard, toujours attentif aux frontières de l'humain, s'intéresse à ces «points de frottement» qui souvent nous dominent jusqu'à nous paralyser, quand ils ne nous mettent pas en action.

    C'est par elles que nous nous inscrivons affectivement dans le monde naturel et social, par elles que nous nous positionnons face aux autres et que nous développons notre rapport au monde.

    Ressentir des sentiments implique l'hétérogénéité des réalités subjectives et quantitatives qui nous entourent, d'où la difficulté méthodologique que rencontre le sociologue pour les saisir et les étudier. L'enjeu consiste à analyser en amont les déterminismes qui en seraient à la base et, en aval, la dynamique irrésistible que leur expression introduit.

    Devenue une science à part entière incontournable dans les pays anglo-saxons, la «sociologie des émotions» est aujourd'hui un enjeu de premier plan pour les sciences sociales. Nos systèmes de communications ont évolué au point de devenir centraux dans la vie de chacun et nous sommes désormais inscrits dans une «société émotionnelle» pour une longue durée où désormais les sentiments devenus valeurs marchandes se font concurrence bien au-delà de nos personnes.

  • - " Je t'ai réveillé ? demande Martine.
    - Non, j'ai eu une sensation bizarre. - Ah, toi aussi tu l'as ressenti ! - Quoi donc ? - Tu ne trouves pas que l'atmosphère est un peu électrique, qu'il se passe des choses ? - Peut-être... je ne sais pas, mais ce qui est sûr c'est que quelque chose m'a réveillé. - Eh bien, moi, mon esprit-guide m'a réveillée pour me dire qu'il fallait quitter la maison. " Serge Dufoulon, ethnologue, dont la mère et la soeur ont quitté Marseille pour l'Australie où elles se sont établies comme voyantes, nous introduit à l'univers du chamanisme moderne.
    Cette " ethnologie de l'intérieur " lui permet de dépasser les poncifs habituels concernant les voyantes et de mettre à jour les procédés et les rituels de cette profession. Sous la forme originale d'un récit sous-tendu par une approche ethnologique rigoureuse, étayée par les textes canoniques sur le chamanisme, l'auteur ne juge pas, il donne à voir.

  • Il en va des prêtres comme des époques. Maurice Gruau, ordonné en 1955, est un de ces prêtres que le Concile Vatican II et le mouvement de 1968 ont particulièrement bouleversés. Comment faire quand on parle araméen, grec, latin, que l'on a fait une thèse sur Origène, que l'on aime le rock, la peinture contemporaine, et que l'on a décidé de rester "Curé de Campagne" ? Il reste la psychanalyse et les sentiers ouverts par le Christ et éclairés par Lacan. Naissance d'un vieux prêtre - dont on ne boudera pas le titre - est le récit de vie de cette génération. Maurice Gruau sous forme de petits chapitres nous fait voir comment d'un gamin né à Château-Gontier, élevé à Paris, replanté en Mayenne puis dans l'Yonne, est sorti ce vieux prêtre à nouveau parisien qu'il est devenu.
    Le prêtre appartient à une institution mais demeure un mystère à lui-même au point que les événements qui jalonnent sa vie ont tous un goût de transfiguration et restent liés à un mystère qui trouve sa résonnance dans cet étrange ministère à vie. Il y a ici du Bernanos qui, mieux que les thèses des théologiens, essaye de redire l'absolu inclassable de toute foi :
    "Les étapes que je vais tenter de décrire m'ont conduit, pour rester fidèle à la parole séductrice de Jésus de Nazareth, à habiter quantité de lieux nouveaux : après le marché aux chevaux de Vaugirard, le séminaire de Laval, le lycée du Sacré-Coeur de Mayenne, les presbytères de Connée, du Bourgneuf et d'Ernée, l'évêché de Laval, l'Université de Haute-Bretagne, une douzaine de paroisses bourguignonnes, l'Université Paris VII, le journalisme avec Dimanche en paroisse et Aujourd'hui Dimanche, l'aumônerie des prisons, la gérance d'une cordonnerie et d'une fabrique de cakes, la présidence d'un groupement régional de salles de cinéma et celle d'une association vouée à l'informatique, une fraternelle amitié avec nombre de francs-maçons, un amour pourtant interdit, de profondes et durables amitiés, l'affection de plus jeunes qui m'adoptèrent comme leur frère, leur père, leur parrain ou leur grand-père et d'autres encore. Tous ont contribué à la naissance du vieux prêtre atypiquement fidèle que je suis aujourd'hui."

  • Lola Kiepja, dernière descendante des Selk'nam (que leurs ennemis appelaient Ona) est morte en 1966 ; avec elle disparaissait le dernier témoin direct d'une haute culture et d'une antique société. Anne Chapman a effectué de nombreuses missions en Terre de Feu, chez les Selk'nam, entre 1964 et 1999. Aujourd'hui encore elle entend la voix de Lola psalmodier un chant pour Lune, la mythique matriarche bientôt vaincue par le Soleil et ses alliés les hommes. A travers Lola et les travaux de l'anthropologue allemand Gusinde, tous disparus aujourd'hui, c'est le "secret" du Hain qu'elle cherche à reconstituer.
    Premier théâtre au monde assure-t-elle, en tout cas théâtre et rituel unique au monde, qui a disparu avec les Selk'nam, le Hain consistait en un jeu de rôles très dangereux pour les humains tant du côté des acteurs que des spectateurs qui y participaient.
    Sur la scène du Hain, inversement symétrique du domicile céleste de Lune où elle reçoit les esprits des chamans qui lui rendent visite pendant l'éclipse, on voit surgir et s'opposer nus sur la neige des esprits masqués souterrains et célestes chargés d'une incroyable puissance qui infligent aux jeunes initiés des épreuves cruelles et dégradantes qui doivent les conduire à la maturité.
    En révélant la complexité et la richesse de ce monde aboli, l'ethnologue montre ce qui a été perdu avec sa disparition, avec son génocide, et fait prendre conscience de l'atteinte qui a été portée à l'humanité tout entière.

  • Peu à peu émerge sur l'écran de télévision l'image floue de la mère disparue ; passée au ralenti, la bande magnétique laisse entendre la voix de l'Esprit; au Brésil Victor Hugo dicte son oeuvre à un médium; la tombe d'Allan Kardec croule sous les fleurs...
    Le dialogue avec les morts, la communication avec les Esprits, codifiée au siècle dernier dans le spiritisme, sont toujours vivaces mais cachés dans la France d'aujourd'hui. Les médiums continuent à recevoir les messages de l'au-delà. Guérisseurs, peintres ou écrivains automatiques ils réunissent les vivants et les morts. Mais aujourd'hui ils inventent et utilisent des machines pour capter la voix des Esprits et faire apparaître leur visage.
    Christine Bergé enquête en ethnologue sur des phénomènes troublants.
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  • Présente les résultats d'une enquête menée pendant un an par une équipe d'ethnologues, dans le cadre du groupe Anthropologie des sexes et de la vie domestique de l'Université de Lyon II. Les chercheurs ont constaté que, dans ce champ aussi, se manifestaient les changements de notre société.

  • Toute recherche est une aventure, c'est ainsi que Daniel Friedmann, chercheur en sociologie au CNRS, met en perspective l'itinéraire de recherches entamées dans les années 1978 qui s'achèvera en 1994.
    A la manière d'un Woody Allen, l'auteur fait ressortir le burlesque des situations et montre de façon paradoxale comment l'objet de la recherche, les découvertes et les acteurs forment à la fin un tout dont le chercheur ne sort jamais indemne. Il rencontre Carl Rogers et la constellation parapsychanalytique, participe à des marathons de bioénergie, écoute l'odyssée désopilante d'" Anna la perdue " dans les communautés utopiques d'alors, en même temps que lui-même fréquente assidûment son psychanalyste...
    Il s'interroge entre Esalen Institute et l'auto-anéantissement symbolique d'Althusser tuant sa femme pour être renvoyé du PCF, sur l'effet des psychothérapies de masse dans les changements individuels. A la fin, il s'engage dans une recherche magistrale sur le monde des Falachas et leur installation en Israël qui donnera Les Enfants de la Reine de Saba : Les juifs d'Ethiopie, histoire, exode, intégration.
    L'aventure de Daniel Friedmann est celle de la première génération de chercheurs psycho-Rock'n roll qui a laissé la personne faire irruption dans le champ de la science et a su s'arranger de cette autodérision soixante-huitarde qui, un temps, a rendu les sciences humaines vraiment humaines.

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