Les Belles Lettres éditions

  • Un casque bleu chez les Khmers rouges : journal d'un soldat de la paix, Cambodge 1992 Nouv.

    Pour sa première mission extérieure, le capitaine Guillaume Ancel, 27 ans, débarque en mai 1992 au Cambodge, pays ravagé par vingt années de guerre. Avec les soldats de la mission de paix de l'APRONUC (Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge), il s'agit de faire appliquer les accords de Paris, en commençant par désarmer les factions. Plus facile à dire qu'à faire. Guillaume Ancel découvre un pays semé de mines et plongé dans le chaos. Le tiers de sa population a disparu, en grande partie durant le génocide perpétré par les Khmers rouges. Sa mission : rencontrer certains de leurs chefs pour les amener à déposer les armes. Lui, en tant que négociateur n'en porte pas. Chef de patrouille, il est à la tête de soldats de « l'armée du monde » venus de Chine, d'Amérique, du Népal, d'Italie ou d'Uruguay. Le récit de la collaboration de ces hommes, au coeur des ténèbres, est une des lumières de ce livre. Un casque bleu chez les Khmers rouges est aussi un témoignage sans concessions, comme les précédents ouvrages de l'auteur sur ses missions en ex-Yougoslavie ou au Rwanda. Guillaume Ancel ne tait ici ni les travers ni les dérives, parfois terribles, de ceux qui sont venus faire la paix.

  • Steven Moore a dix-sept ans quand il s'engage dans la Garde nationale de l'Iowa, l'unité militaire de réserve américaine. Six ans plus tard, en 2010, le lycéen devenu étudiant en littérature à l'université de l'Iowa est déployé en Afghanistan, au poste frontière de Torkham avec le Pakistan, puis dans une vallée reculée des montagnes de l'Hindu Kush, à quatre-vingt kilomètres du dangereux Korengal. Dans Et plus on restait là-bas, Steven Moore raconte cette longue mission, interroge les récits que font naître les guerres et la nécessité d'exprimer ce qu'on y a vécu, quand on est resté là-bas si longtemps. Pendant ses sept années passées dans l'armée, Moore, chef d'équipe, va apprendre à être un soldat-citoyen. Entre 2004 et 2011, il alternera cours à l'université et entraînement au centre de la Garde nationale, intervenant en opération lors des terribles inondations qui ravagèrent l'Iowa en 2008, puis ce sera l'Afghanistan. Comment réconcilier la vie civile et la vie militaire ? Comment vivre dans cet entre-deux, en étant à la fois soldat et étudiant, et se forger une identité qui permette de vivre ces contraires ? Et plus on restait là-bas est un récit haletant, fin, original, qui va à l'encontre des images que l'on se fait des soldats et de leurs combats ; c'est une réflexion de premier plan sur la responsabilité de l'écrivain de guerre.

  • Ils sont neuf officiers de la Légion étrangère à avoir pris la plume pour raconter la dernière décennie de combat de cette unité de légende. Pour la première fois, le lecteur accompagne les hommes au képi blanc en Afghanistan, en Guyane, en République centrafricaine, au Mali. « Monsieur légionnaire » était partout où la France a décidé de se battre. De l'entraînement aux combats les plus âpres, c'est le quotidien de ces hommes venus du monde entier pour servir une autre patrie que la leur qui est retracé ici, au plus près du terrain. Durant ces dix dernières années, certains d'entre eux ont eu rendez-vous avec la mort. Ils venaient du Népal, de Serbie, d'Afrique du Sud, de Slovaquie souvent avec une certaine idée de la France mais surtout attirés par le mythe de cette troupe unique au monde, sa devise - honneur et fidélité - et aussi le « baroud » que célèbre leur chant « La lune est claire ». C'est à eux que leurs camarades légionnaires ont voulu rendre hommage en écrivant ce livre.

  • À chaque étape du « désastre [...], j'étais à une place bien en vue ». Dans son journal, inédit en France, Evelyn Waugh (1903-1966), révèle avec une ironie féroce les coulisses de l'armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale. Il tirera également de la drôle de guerre qu'il a menée sa célèbre trilogie romanesque Sword of Honour, avec Hommes en armes, Officiers et Gentlemen et La Capitulation. À 36 ans, il n'a pas été facile pour l'écrivain catholique de servir comme officier dans l'armée britannique. Mais guerre ou pas, il reste le même contempteur de l'univers qui l'entoure. L'entraînement des premiers jours ? « De nombreux jeux dégradants conçus pour nous maintenir de bonne humeur mais qui, en réalité, vont à l'encontre de la dignité naturelle de l'homme. » Envoyé d'une unité à l'autre, il participe à des opérations militaires variées et insolites. D'abord, en 1940, l'expédition avortée de Dakar aux côtés des Français libres menés par le général de Gaulle. Puis l'évacuation catastrophique de la Crète par l'armée britannique. Enfin, c'est une longue mission dans les Balkans avec l'improbable Randolph Churchill, fils du Premier Ministre, auprès de Tito et de ses Partisans durant laquelle les deux hommes survivent au crash de leur avion, un des nombreux épisodes d'une relation tumultueuse. Entre deux départs, dîners arrosés en compagnie de l'establishment londonien dans la capitale écrasée par les bombes, décrits avec le même cynisme décapant. Durant ces cinq années de guerre, Waugh poursuit, jour après jour, sa critique insolente de la vie sociale britannique et de l'un de ses plus fiers fleurons, l'armée.

  • André Hébert est le pseudonyme d'un jeune Français parti combattre durant quinze mois l'État islamique aux côtés des Kurdes de Syrie. Dans Jusqu'à Raqqa, lieu de la dernière bataille menée avec ses camarades du YPG, « les Unités de Défense du Peuple », dans la capitale des djihadistes, il livre le premier témoignage, essentiel, sur ce conflit. À la lecture de ce journal de guerre, on plonge dans la vie quotidienne, âpre, de ceux qui mènent la lutte contre Daech et dans la férocité des combats qui les opposent. Mais Jusqu'à Raqqa est aussi un manifeste politique. Celui de ce militant internationaliste qui choisit en 2015 de risquer sa vie pour ses idées : « Je m'exprime en tant qu'activiste révolutionnaire, internationaliste, marxiste, soutenant la cause kurde. » Ils sont 700 volontaires venus du monde entier - dont une trentaine de Français - à vouloir reproduire au Kurdistan syrien le combat des Brigades internationales en Espagne et c'est aussi à eux qu'André Hébert veut rendre hommage. Une poignée de soldats au milieu d'une armée composée de Kurdes, d'Arabes, de Kurdes yézidis et de Turcs. Beaucoup meurent dans une guerre où les voitures piégées, les kamikazes, les mines artisanales font autant de ravages que les armes classiques. Après avoir été brièvement emprisonné à Erbil, au Kurdistan irakien, ce sont les policiers de la DGSI qui le cueillent à son domicile parisien alors qu'il va repartir en Syrie participer à l'hallali contre Daech. Déterminé, André Hébert poursuit en justice l'État français et parvient à rejoindre une deuxième fois la zone des combats. Jusqu'à Raqqa. Dans ses ruines, il participe aux derniers et furieux affrontements contre des djihadistes qui n'ont plus rien à perdre et vont faire payer chèrement leur défaite.

  • Au lourd secret qui entoure le véritable rôle de la France et de son armée lors du génocide des Tutsi au Rwanda, Guillaume Ancel oppose la vérité de ses carnets de terrain, témoignage des missions auxquelles il a participé durant l'opération Turquoise. La fin du silence est aussi le récit du combat mené par cet ancien officier pour faire savoir ce qui s'est réellement passé durant cet été 1994 et « rendre hommage, dignement, aux centaines de milliers de victimes rwandaises que nous n'avons pas su empêcher. » Officier de la Force d'action rapide, détaché au sein d'une unité de la Légion étrangère, le capitaine Ancel mène avec ses hommes des opérations d'extraction de personnes menacées. Sous couvert d'une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais dont elle a formé l'armée. Il décrit les errements de l'armée française, ballotée au gré de décisions politiques dont les motivations sont toujours tenues secrètes, les archives officielles restant inaccessibles. Ce témoignage dévoile également certains épisodes méconnus de cette opération « humanitaire » durant laquelle l'armée française a tué. Parfois pour défendre, parfois pour des raisons moins avouables.
    Ancien lieutenant-colonel, saint-cyrien, Guillaume Ancel a rejoint en 2005 le monde des entreprises. Il est l'auteur de Vent glacial sur Sarajevo dans la collection Mémoires de guerre aux Belles Lettres (2017). Préface de Stéphane Audoin-Rouzeau.

  • Inédit en France, le livre d'Eugene B. Sledge, Frères d'armes, est considéré comme le témoignage de référence sur la guerre du Pacifique par les historiens et les cinéastes. Sledge a vingt ans quand, avec ses camarades de la 1re division des Marines, il débarque sur la petite île de Peleliu, où vont se dérouler de furieux combats contre les troupes japonaises. Ce sera ensuite l'assaut sur l'île d'Okinawa, dont la conquête va coûter 50 000 hommes, tués ou blessés, aux Américains, 25 000 autres étant évacués pour stress post-traumatique. De la compagnie de Sledge, ils ne seront que 26 à survivre. Surnommé « Sledgehammer » (la massue), le jeune marine est en première ligne, servant d'un mortier de 60 mm, et tient son journal de guerre en prenant des notes sur une édition de poche du Nouveau Testament, base de son livre publié en 1981 qui connaît un succès immédiat. Personne n'a décrit comme Sledge l'enfer de la guerre du Pacifique. Il ne cache rien des combats d'extermination qui se livrent et des effets destructeurs de cette violence inouïe sur les jeunes soldats américains. Car entre les marines et les Japonais, la haine est totale, « une haine brutale, primitive, aussi caractéristique de l'horreur de la guerre dans le Pacifique que le sont les palmiers et les îles ». Ken Burns a consacré un épisode à Eugene B. Sledge dans sa série documentaire sur la Seconde Guerre mondiale et son livre a inspiré la série télévisée de Tom Hanks et Steven Spielberg The Pacific.

  • Joe, le pilote, vient de Caroline du Sud. Bill, le bombardier, d'Idaho, Allan, le navigateur est de l'Indiana, Al, le mitrailleur, du Middle West, Abner le mécanicien est californien. Au total, ils sont neuf jeunes gars, la vingtaine, personnages du livre Bombes larguées - inédit en France - de John Steinbeck. Réunis en 1942 sur une base américaine, ils vont apprendre, comme tant d'autres, à dompter un Boeing B-17 Flight Fortress, monstre volant à bord duquel ils iront bientôt raser l'Allemagne ou atomiser le Japon. Près de 80 000 d'entre eux mourront dans le ciel, un des taux de perte les plus élevés de l'armée américaine.
    Monter à bord avec ces jeunes aviateurs, témoigner de leur rencontre, de leurs origines et de leur formation, John Steinbeck l'a accepté d'emblée quand Roosevelt lui-même lui a proposé de jouer les propagandistes. « Nous faisions tous partie de l'effort de guerre. Nous avons marché avec lui, nous nous sommes faits ses complices», témoignera à la fin de sa vie le prix Nobel de littérature. Il a quarante ans en cette année 1942 qui voit enfin la guerre basculer du côté des Alliés, avec les succès militaires obtenus à Midway, Guadalcanal, Stalingrad, bientôt en Afrique du Nord. Steinbeck sillonnera le ciel d'Amérique avec ces jeunes hommes durant plusieurs semaines. 20 000 kilomètres passés dans le ventre de la bête trépidante, accompagné de son photographe, John Swope du magazine Life, qui immortalise le quotidien des aviateurs et dont les superbes photos en noir et blanc illustrent cet ouvrage.

  • Premiers bombardements à Madrid, 1937, derniers feux de la guerre au Panama en 1990. Entre ces deux dates, la journaliste américaine Martha Gellhorn a couvert les plus grands conflits, récits rassemblés dans son livre La Guerre de face, inédit en France, texte chéri des grands reporters. Ses premières armes en Espagne, elle les fait aux côtés de son futur mari, Ernest Hemingway. Ils se sont rencontrés quelques mois plus tôt à Key West et ont aussitôt filé faire la guerre. Choc pour la jeune femme de 28 ans, de la bonne société de Saint-Louis (Missouri), à la carrière journalistique déjà bien remplie. C'est là qu'elle attrape le virus de cette guerre qu'elle détestera toute sa vie. « Tu es une correspondante de guerre sur le front ou une épouse dans mon lit ? » lui lance « Papa », exaspéré, quand, en 1943, elle part suivre l'avancée de l'armée américaine en Italie. Ils divorcent en 1945 et Martha Gellhorn, des combats sur l'île de Java à ceux du Vietnam en passant par la guerre des Six Jours, va devenir l'une des meilleures reporters de sa génération et une grande figure de la presse américaine. Son recueil de reportages The Face of War est publié en 1959 et réédité à plusieurs reprises. Devenue presque aveugle, luttant contre un cancer, Martha Gellhorn se suicide à Londres en 1998, à l'âge de 89 ans. Martha Gellhorn (8 novembre 1908 à Saint-Louis, Missouri- 15 février 1998 à Londres), journaliste et écrivain. Pierre Guglielmina est le traducteur des grands noms de la littérature anglo-saxonne. Il a récemment traduit dans la même collection Dépêches du Vietnam de John Steinbeck (2013).

  • La vie, la guerre et puis rien est un témoignage essentiel sur le conflit du Vietnam. Oriana Fallaci débarque à Saigon en novembre 1967 comme correspondante du journal l'Europeo. Elle est la seule journaliste italienne à couvrir cette guerre lointaine. Ses articles connaissent un immense succès et sont traduits dans le monde entier. Son courage devient légendaire, son culot et son franc-parler aussi. La guerre, Oriana Fallaci l'a connue enfant quand elle faisait partie du réseau de résistance antifasciste créé par son père, mais c'est la première fois qu'elle enfile le treillis du reporter de guerre qu'elle portera ensuite sur de nombreux autres fronts. À peine rentrée du Vietnam en 1968, elle est blessée de trois balles dans le dos pendant le massacre de Tlatelolco à Mexico, dix jours avant l'ouverture des Jeux Olympiques. « J'ai compris pourquoi on dit que cette guerre est complètement différente de toutes les autres, elle n'a pas un front précis, le front est partout », écrit-elle. Attentats, représailles, offensives menées en pleine ville comme durant celle du Têt à la fin du mois de janvier 1968, Oriana Fallaci ne se contente pas de raconter les événements, elle dit aussi son dégoût profond de cette guerre et de toutes les autres, renvoyant dos à dos ses responsables. Le livre vaut aussi pour la description des rapports de la petite confrérie de journalistes qui tentent de suivre le conflit au plus près. 70 d'entre eux y laisseront leur vie. Oriana Fallaci est morte en 2006.

  • Carnet de guerre d'un officier en première ligne lors du siège le plus long qu'ait connu une capitale à l'époque contemporaine, Vent glacial sur Sarajevo est un témoignage sans concession sur l'ambiguïté de la politique française durant le conflit en ex-Yougoslavie. Cette « capitale assiégée que nous n'avons pas su protéger », Guillaume Ancel la rejoint en janvier 1995 avec un bataillon de la Légion étrangère. Sarajevo est encerclée depuis déjà trois ans et sa population soumise aux tirs quotidiens des batteries d'artillerie serbes. L'équipe du capitaine Ancel a pour mission de guider les frappes des avions de l'OTAN contre elles. Des assauts sans cesse reportés, les soldats français recevant à la dernière minute les contre-ordres nécessaires pour que les Serbes ne soient jamais inquiétés. Sur le terrain, les casques bleus français comprennent qu'on ne leur a pas tout dit de leur mission et se retrouvent pris au piège. « Six mois d'humiliation » résume Guillaume Ancel qui dresse un constat sévère des choix faits par le gouvernement d'alors. En témoignant de l'opération à laquelle il a participé, il raconte ces hommes, ces situations, cette confusion et le désarroi qui, jour après jour, ronge ces soldats impuissants. Ancien officier de la Force d'Action Rapide, saint-cyrien, Guillaume Ancel a participé notamment à l'intervention de l'ONU au Cambodge en 1992, à l'opération Turquoise en 1994, pendant le génocide des Tutsis au Rwanda, et aux missions en ex-Yougoslavie en 1995 et 1997. Il a quitté l'armée de terre en 2005 pour rejoindre le monde des entreprises.

  • La « vie dans la tombe » est, dans la liturgie orthodoxe, l'hymne du Vendredi saint, déploration funèbre dans l'attente de la Résurrection. Pour Stratis Myrivilis, c'est l'enfer des tranchées durant la Grande Guerre. Publié à Mytilène en 1924 et remanié par l'auteur jusqu'en 1956, La Vie dans la tombe a été traduit dans une dizaine de pays, dont la France (1933) mais dans une édition amputée ne rendant pas compte de cette oeuvre majeure, une des plus célèbres de la littérature grecque moderne. Le livre se présente comme le journal intime d'un jeune Grec de Mytilène (Lesbos), Antonis Cotsoulas, engagé volontaire sur le front d'Orient. Il retrace ses épreuves et son évolution intérieure, de l'élan juvénile initial à la désillusion d'un patriotisme lucide teinté d'antimilitarisme. Si l'auteur, pour ménager sa liberté d'expression, recourt aux artifices de la fiction, il n'emploie jamais le mot « roman ». Son livre est avant tout un témoignage d'un réalisme extrême sur la vie quotidienne dans les tranchées. On y croise tous les desservants de cet « abattoir international en folie » (Céline), gradés arrogants ou humbles héros, déserteurs ou victimes résignées. Ce monde d'en-bas a pour contrepoint rêvé le paradis perdu de Mytilène, avec sa lumière, les parfums de sa flore, ses couleurs et ses rivages. Au service de son oeuvre, Myrivilis forge une langue neuve, un « démotique » proche de la langue orale, ponctué de régionalismes expressifs, de créations verbales pures qui, par son sens du rythme, s'élève à la hauteur d'une prose d'art. Cet irrécusable document est aussi un manifeste littéraire.

  • C'était un révolutionnaire, un vrai. Mort les armes à la main à 34 ans, dissous dans la jungle argentine. Le témoignage de Jorge Ricardo Masetti, le « commandant Segundo », compagnon de route et ami d'Ernesto Che Guevara et de Fidel Castro était resté inédit en France. Mémoires d'une guerre qui enflamma une génération et s'achève trois ans après sa mort : le 9 octobre 1967, il y a tout juste cinquante ans, le corps du Che est exposé, criblé de balles, à l'hôpital de Vallegrande, de l'autre côté de la frontière, en Bolivie. C'est lui qui avait envoyé Jorge Ricardo Masetti allumer la révolution si loin de Cuba. Les deux hommes sont morts pour elle. Le jeune journaliste argentin débarque dans la dictature sanguinaire de Batista en mars 1958. Il parvient, au terme d'un périple épique dans les montagnes cubaines à y décrocher la première interview radiophonique de Fidel Castro, chef du Mouvement du 26 juillet et de son fidèle adjoint, le Che. Bouleversé par la répression aveugle de la dictature, il bascule dans le camp révolutionnaire dont il devient un personnage incontournable. Dans Ceux qui luttent et ceux qui pleurent, Jorge Ricardo Masetti livre un témoignage capital sur l'épopée castriste. Un récit saisi sur le vif, une chronique nerveuse de la révolution. Fondateur et directeur de l'agence de presse internationale Prensa Latina, le missionnaire de la révolution, artisan du rapprochement avec le FLN en Algérie, prend les armes en 1964, pour ouvrir le second front choisi par le Che. C'est la fin de l'aventure. Son corps n'a jamais été retrouvé. Armelle Vincent est journaliste, elle a publié avec Juan Martin Guevara, Mon frère, le Che (2016), traduit en dix langues.

  • « Je quittai Hong Kong en février 1956 (...) J'étais fatigué du monde des renseignements, j'avais raté la guerre en Indochine, je pensais en savoir assez sur les insur-rections et je voulais tester certaines de mes théories. » Dans Pacification en Algérie, ouvrage inédit en France, le lieutenant-colonel David Galula, théoricien majeur élevé au rang de « Clausewitz de la contre-insurrection » par les stratèges américains, raconte sa conquête, par petites touches, des populations de Kabylie, préalable indispensable à la destruction des organisations politico-administratives du FLN. Un récit subtil et un témoignage indispensable sur ce conflit.

  • Pour la première fois, un officier français ayant combattu en Libye et en Afghanistan livre son témoignage sur ces deux conflits. Le capitaine Brice Erbland, chef de mission et pilote d'hélicoptère de combat Tigre, machine ultra sophistiquée à la puissance de feu dévastatrice, dévoile dans ce livre son journal de guerre. Dans les griffes du Tigre nous emmène des montagnes d'Afghanistan aux missions de destruction des forces kadhafistes sur le littoral libyen. Engagé à la pointe des combats sur ces deux théâtres d'opérations de l'armée française, les sentiments de Brice Erbland ne sont pas différents de ceux des autres auteurs que Les Belles Lettres ont choisi de publier dans la collection ""Mémoires de guerre"": il y a la peur, le courage, la douleur de perdre des camarades, celle de quitter les siens mais aussi le terrible moment où du haut du ciel, on tue sa cible quand elle s'encadre dans la lumière verte du viseur, avant que les flammes du canon ne la détruisent.

    Brice Erbland est âgé de 32 ans. Saint-Cyrien, pilote d'hélicoptère d'attaque dans l'Aviation légère de l'Armée de terre, il est tout d'abord engagé en Afrique puis part en Afghanistan et en Libye au cours de l'année 2011. Deux fois décoré pour les combats qu'il a livrés sur ces théâtres, il a également été fait chevalier de la Légion d'honneur pour son action en Libye. Marié et père de quatre enfants, il est passionné d'art et de musique.

  • Automne 1917. Trois cents officiers et sous-officiers français débarquent à New York. Les États-Unis ont déclaré la guerre à l'Allemagne et ces vétérans des tranchées ont pour mission de former leur jeune armée, encore inexistante mais qui, bientôt, dominera le monde. C'est l'aventure de ces hommes, méconnue en France comme aux États-Unis, qui est racontée ici. Jean Giraudoux, Joseph Kessel, Jean Norton Cru sont les témoins de cette épopée. Le commandant Jean Malye, grand-père de l'auteur, fait partie de ces soldats. Professeur et écrivain, il a été secrétaire de Maurice Barrès et, par passion pour l'Irlande, membre du Sinn Fein. Ce sont ses traces et celles de ses camarades que l'auteur a suivies jusqu'en Amérique. À la tête d'un groupe de sept hommes, Jean Malye rejoint la Louisiane et son principal centre d'entraînement, Camp Beauregard, encore en construction, où il découvre vingt mille de ces jeunes sammies, férus de charges héroïques mais qui comprennent mal les raffinements techniques de la guerre de tranchées qu'on est venu leur apprendre. La mission de ces combattants chevronnés n'est pas seulement d'instruire les soldats du corps expéditionnaire américain. Ils doivent aussi, d'un bout à l'autre de l'Amérique, porter haut la parole de la France et recueillir des informations sur cette armée qui va aller se forger sur les champs de bataille du continent. Mais aucun d'entre eux n'aurait pu imaginer ce qui va se passer au Camp Beauregard.
    François Malye est grand reporter au Point. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages et dirige la collection « Mémoires de guerre » aux Belles Lettres.

  • « Je suis un pacifiste extrême, je hais jouer au soldat. » En août 1916, à 50 ans, Herbert George Wells part pourtant faire « le tour du Front ». Comme la majorité des grands écrivains britanniques - Rudyard Kipling, Sir Arthur Conan Doyle, Ford Madox Ford -, il a répondu à l'appel du War Propaganda Bureau créé dans les premières semaines de la guerre et chargé de la manipulation de l'opinion. « Ainsi nous passons, la plupart du temps en automobiles qui bondissent sur les routes de la guerre, comme un nuage de témoins, chacun témoignant à sa propre manière », écrit-il dans La Guerre et l'Avenir, livre qui n'avait pas été réédité depuis sa première publication à la fin de 1916. Le périple guerrier du grand écrivain britannique débute par l'Italie et le terrible front de l'Isonzo avec ses âpres combats de montagnes. Puis c'est la France, dévastée, avec ses villages « qui ne sont plus que des déserts de trous d'obus ». Écrivain politique fasciné par le progrès technique, inventeur de la science fiction (La Machine à remonter le temps, La Guerre des mondes, L'Homme invisible), H. G. Wells livre un récit de reporter de guerre où se mêlent portraits de guerriers, ravages des batailles, mais aussi armes futuristes et visions d'avenir sur l'organisation du monde, quand le fracas des armes aura cessé. Mais de ces pérégrinations sur les barrières de feu, de ce tour du front, Wells rapporte aussi des digressions étonnamment prémonitoires. Entre les lignes, c'est le siècle des génocides que cet auteur prolifique annonce. Traduction de l'anglais par Cecil George-Bazile. Préface d'Olivier Weber.

  • En Afghanistan, un tireur d'élite abat un homme. Trois mois plus tard, en France, son visage revient le hanter. Il commence à lui parler. Un officier psychologue rapatrie contre son gré un soldat dont les mains tremblent si fort qu'elles n'arrivent plus à tenir un fusil. Un caporal infirmier soigne la blessure par balle d'un Afghan sur lequel il pense avoir tiré la veille. Un sergent maître chien démissionne et se forme au massage aux pierres chaudes et aux bols tibétains pour répandre la paix dans le monde. Pendant ce temps, un caporal-chef enfile ses gants blancs. Il va rendre visite aux familles et leur annoncer que leurs maris et fils sont décédés. Dans La Guerre et après... neuf militaires français racontent leurs missions en Afghanistan, au Mali et en Centrafrique. Ce qu'ils ont fait, ils n'ont jamais osé le dire à personne. S'ils acceptent de témoigner ici, c'est pour rendre hommage à leurs camarades morts au combat, donner du sens à ce qu'ils ont enduré et partager les questions qu'ils se posent sur l'existence. Ce livre raconte ce que font les militaires français en notre nom, nous, dont le quotidien n'est plus fait de guerre. De l'aventure, des tragédies, des histoires d'amour, de camaraderie, des trahisons, du sexe et des larmes. La guerre révèle les recoins les plus inavouables de l'âme humaine. Pauline Maucort est journaliste (France Culture, RFI). Depuis 2008, elle s'intéresse aux traces que laisse la guerre sur ceux qui la font. Elle est l'auteure de documentaires, reportages et fictions radiophoniques diffusés dans Sur les Docks, Les Pieds sur Terre, Une vie une oeuvre, et La Vie Moderne (France Culture).

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