Encre Marine

  • Ce livre s'attache à réfléchir sur la révolution informationnelle, qui s'impose autour de nous dans son évidence massive (informatisation, internez, mobiles et smartphones, etc).
    Il s'agit d'une part de se demander en quoi et jusqu'à quel point elle mérite vraiment d'être regardée comme une révolution, d'autre part de réfléchir sur ce qu'elle modifie peut-être quant à l'idée même de la technique. Le chapitre introductif présente une telle enquête. Pour répondre à cette question, le livre commence par essayer de décrire notre rapport à la chose computationnelle, aux ordinateurs, à l'internet, et au monde à travers les uns et les autres.
    Une véritable phénoménologie de l'expérience du computationnel est proposée dans le second chapitre du livre. Puis, dans un troisième chapitre, on essaie de dégager la figure nouvelle de la technologie, non assimilable à la technique classique et apportée par la révolution informationnelle. On tente même une analyse des diverses formes de la pratique humaine contemporaine, et examinant dans quelle mesure elles peuvent correspondre aux formes de la technique traditionnelle, et, respectivement, de la nouvelle technologie.
    Finalement, on propose un épilogue, qui avance l'idée que la mutation du computationnel est typiquement nôtre, manifeste un trait essentiel de l'humanité. Ce qui ne veut pas dire que cette "révolution" ne puisse pas avoir ses dangers.

  • Nous avons appris récemment qu'une large partie de la spécificité de la physique quantique réside dans la manière dont elle décrit, non un objet isolé, mais deux, trois ou plusieurs objets, ainsi que la règle de leur composition. Autrement dit, que signifie prendre deux entités et les traiter comme une seule? Au travers de récits anciens et de métaphores contemporaines, ce livre relate trois moments clefs de la réflexion sur cette question. Car, depuis l'Antiquité, le geste de composer deux systèmes en un système unique intrigue: il exige une explication, incite à réviser des dogmes et produit un bouleversement théorique. La philosophie grecque s'y intéresse; la théologie chrétienne élève cette question au rang de problème doctrinal; enfin, la mécanique quantique étudie la composition dans un cadre différent, rigoureux et mathématique. Pour la première fois, ce cadre permet de soumettre la réponse à un test empirique. Toutefois, les vieilles disputes qu'on croyait dépassées s'avèrent étonnamment proches des préoccupations modernes. Dans ce livre, elles sont mises en scène à travers des rencontres avec quelques personnages mythiques: dieux, physiciens d'autrefois, héros de la culture contemporaine.

  • Ce petit livre poursuit un but modeste : donner envie de lire ou de relire les écrits originaux de Saussure, pour mesurer la singularité de sa pensée. La découverte en 1996 de manuscrits inédits a favorisé un courant international de réflexion qui permet de réévaluer le statut et les perspectives de la linguistique, notamment dans ses rapports avec la sémiotique et les sciences de la culture.
    Les recherches de Saussure éclairent d'un jour nouveau les rapports entre le langage et la pensée, les signes et les objets culturels. Ainsi, elles revêtent une portée générale, qui intéresse la conception de la scientificité elle-même.
    Après la crise d'identité des sciences de la culture, elles aident à concevoir un projet refondateur. Ce livre entend prendre la mesure de cette situation nouvelle pour engager la réflexion à venir.

  • Ce livre pose un diagnostic sur notre époque - présentée comme celle du crépuscule du théorique. À ce titre, il ose une grande fresque décrivant la situation actuelle des activités liées au « théorique » dans le contexte politique, social et d'abord économique qui est le nôtre aujourd'hui, en particulier en France. Il évoque des faits et des événements concrets (la réforme de l'Université, l'évolution des choix de filière des étudiants, les changements d'orientation des programmes de l'enseignement secondaire, etc.) tout en dégageant du même mouvement la signification profonde du théorique comme valeur (en mathématiques, en philosophie, en littérature, etc.) grâce, précisément, aux outils forgés dans les oeuvres antérieures de l'auteur. Une telle démarche porte celui-ci à plaider, après Lyotard et Levinas, pour la prise en compte de la dette et de l'obligation « envers quelque chose d'immémorial et de plus grand que nous » et à examiner du même mouvement la tension entre une telle dette et une politique de l'émancipation des individus.
    Au bout du compte, l'hypothèse de départ est « que nous pourrions avoir une inquiétude radicale, ne portant pas sur le sort des lettres et sciences humaines, ou sur celui de la poésie, mais sur celui de l'attitude théorique elle-même, dans sa pureté et sa généralité ».
    L'auteur veut, pour ainsi dire une dernière fois, « faire entendre que la cause du théorique est, à sa manière propre, la cause de l'humanité, une des manières de vouloir pour les humains la vie la plus humaine ».

  • Est-ce que des miracles se produisent encore ? S'en est-il jamais produit, à strictement parler ? Qu'est-ce qui dans le passé les a rendus possibles, sinon nécessaires, et qu'en estil maintenant ? La notion de miracle et les multiples manières dont la croyance au miracle a été conceptualisée peuvent nous aider à mieux comprendre deux phénomènes contemporains. Premièrement, elles aident à comprendre les rapports de plus en plus complexes entre, d'une part, les véritables événements de la vie quotidienne - qu'elle soit privée, publique ou politique - et, d'autre part, ceux qui relèvent du domaine de l'artificiel et du calculé, technologique et médiatique. Deuxièmement, elles permettent de saisir le lien structural entre les irruptions de la religion dans l'espace public mondialisé et les nouvelles technologies de la communication.

  • La technique est au coeur des préoccupations contemporaines. Mais elle est aussi rune des questions les plus anciennes puisque l'on n'a jamais rencontré une culture humaine sans technique. La technique est donc au coeur de notre humanité même, le produit de notre invention mais aussi le cadre dans lequel nous évoluons. Au-delà de ce constat, quel rôle joue exactement la technique ? Que faisons-nous de notre technique, et que nous fait la technique ? La technique apparaît habitée dans son principe même d'une ambivalence fondamentale où elle est à la fois une émancipation et une aliénation. Émancipation, car elle permet à la conscience de s'ancrer dans son environnement, d'hériter de son passé (mémoire des contenus) et d'anticiper son avenir (les projets techniques). La technique invente de nouveaux possibles et ouvre des horizons inédits à la pensée et à l'action. Mais aussi aliénation car, dans son développement même, elle tend à réduire l'acteur humain à un simple composant et exécutant, supprimant sa liberté et ravalant sa responsabilité. Le numérique, étape décisive dans révolution de notre technique contemporaine, ne fait qu'exacerber cette tension. Dégageant le principe même de la technique, le numérique est un passage à la limite qui permet de reposer de manière encore plus nette la confrontation de la promesse et de la menace.

  • Se doper, dans le sport, c'est avoir recours à des produits dont l'usage est interdit par un règlement. Mais en deçà de ces règlements, existet- il des principes ou des valeurs en vertu desquels l'usage de ces produits constituerait nécessairement un crime moral, une forme de tricherie, ou un danger sanitaire ? Cet essai développe une réponse négative à cette question, et propose ainsi une déconstruction des principes hygiénistes, égalitaristes et naturalistes qui sont presque toujours invoqués pour justifier le caractère nécessaire de la lutte contre le dopage. Rien ne nous empêche alors d'imaginer l'émergence de nouveaux types de sports professionnels, fonctionnant à partir d'une législation anti-dopage minimale, voire inexistante. Plus généralement, la question du dopage sportif permet de concevoir et de problématiser à nouveaux frais les rapports que nous entretenons avec les techniques d'augmentation de la performance.

  • 1) Une analyse inédite de l'ingénieur contemporain Ce livre forge une image de l'ingénieur contemporain bien éloignée de celles traditionnellement rattachées à l'ingénieur. Loin d'être un scientifique appliqué, cherchant à maîtriser ses projets techniques, l'ingénieur apparaît en effet emporté dans l'agitation et le désordre des organisations contemporaines. C'est pour comprendre la teneur de cette agitation - ici diagnostiquée à travers l'étude de plusieurs cas concrets d'ingénieurs -, que nous proposons de requérir des concepts philosophiques spécifiques, issus de la philosophie française du mouvement (Bergson, Deleuze, Badiou). Ainsi proposons-nous de mettre au premier plan les « épreuves », de type philosophique, subies par l'ingénieur ainsi que les collectifs d'innovation inédits qui, aussi fragiles soient-ils, peuvent lui permettre de les surmonter.

    /> 2) Une recherche ouverte Ce travail repose sur la combinaison - dans une recherche dite ouverte - de certains des apports les plus récents de la sociologie du travail, de l'épistémologie des sciences et de la technique et de la philosophie française. Cette combinaison se cristallise dans la définition et le déploiement d'un mode spécifique de pensée - et peut-être d'action - : la « figure du mouvement ».

    3) Un lectorat pluriel Cet ouvrage s'adresse à la fois :

    - à des ingénieurs en activité et des sociologues cherchant à appréhender la turbulence des organisations contemporaines aujourd'hui en « crise » ;

    - à des acteurs des formations d'ingénieur, soucieux de renouveler l'approche et le contenu de ces formations ;

    - à des épistémologues et des philosophes intéressés par la manière dont le thème de l'ingénieur peut conduire à renouveler nos manières de penser et certains de nos concepts.

  • Ce livre recueille le témoignage de plusieurs personnes qui ont vécu, et vivent toujours, l'expérience de la greffe de visage depuis des positions décisives - l'une des patientes greffées, le chirurgien, la psychiatre accompagnant les patients. A ces voix se mêlent celles de chercheurs en philosophie.
    Les quatre textes composant ce livre racontent la greffe de visage et tentent, chacun à leur manière, de porter cette expérience à l'expression de son sens. Ils s'entrelacent et se font écho. Dans la décantation, toujours inachevée, de ce que signifie l'expérience de la greffe de visage - entre « Face » et « Visage » - les questions usuellement formulées (du don, de l'identité personnelle, de la singularité du visage eu égard au reste du corps humain, de son importance pour le lien social, de la légitimité du geste nouveau dans la pratique médicale, etc.) se trouvent parfois annulées au profit d'autres jusqu'ici insoupçonnées, parfois déplacées, et ainsi éclairées d'une lumière nouvelle.

  • Prométhée inventeur du génie génétique ? Prométhée héros fondateur des biotechnologies ? Prométhée champion des manipulations du génome humain ? Dans la tragédie d'Eschyle, Prométhée se vante d'avoir transmis aux hommes des techniques civilisatrices.
    Systèmes de signes à déchiffrer, ces tékhnai requièrent une habileté interprétative. Dès lors, pas de surprise à voir la biologie moléculaire contemporaine penser les processus de la génétique humaine en termes de code à déchiffrer, de texte à lire, de bibliothèque à consulter. Mais, malgré la prise en compte des facteurs épigénétiques et de l'environnement extérieur, ces métaphores sont utilisées dans un sens déterministe.
    La perspective décentrée de l'anthropologue helléniste, doublée du regard critique du linguiste, ne permettrait-elle pas d'aller plus loin ? De même que les arts pratiques offerts aux mortels par Prométhée, les métaphores du code et du déchiffrement renvoient en fait à des procédures d'ordre interprétatif, en prise sur les ambiguïtés propres aux processus de signification. Au paradigme du déterminisme scientiste on préférera donc l'idée d'un multidéterminisme conjectural.
    Relevant d'une herméneutique, ce paradigme respecterait la part de hasard propre à tout processus de fabrication de l'homme. Pratiques de culture, les sciences du vivant sont, de fait, des sciences humaines.

empty