Editions Du Sonneur

  • Ce récit autobiographique est celui de l'enfance et de la jeunesse de Louis Arsmtrong dans lequel il évoque avec une bonhommie souvent ironique des moments parfois tragiques de son existence et de celle de ses proches - l'humour n'est-il pas la politesse du désespoir ? On y apprend qu'il naquit dans un milieu extrêmement modeste à La Nouvelle-Orléans, que sa mère, Mayann, qu'il évoque toujours de façon drôle et émouvante, était probablement une prostituée, qu'il passa de longs mois dans une maison de correction où il s'initia au cornet à pistons. Son don exceptionnel fit rapidement de lui une célébrité locale. Il était encore un adolescent quand il commença à jouer dans les fanfares et les bastringues de la ville, tout en pelletant du charbon pour arrondir ses fins de mois. Fasciné par les musiciens des honky tonks, ces pionniers du jazz, il s'attacha à étudier leur style et ce fut l'un d'eux, le légendaire King Oliver, qui lui mit le pied à l'étrier. Texte capital pour comprendre le parcours de l'un des plus grands musiciens du siècle dernier, Satchmo est également un témoignage inestimable qui nous éclaire sans idéologie sur les conséquences de la ségrégation raciale à La Nouvelle-Orléans dans le premier tiers du XXe siècle. Toute ressemblance avec les problèmes rencontrés de nos jours par les Noirs américains dans les États de la Bible Belt n'est évidemment pas fortuite.

  • Alors qu'elle vient d'enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d'une guerre qui, cinquante plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d'un monde que traversent les plus curieuses légendes.
    Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d'une nature souveraine et le merveilleux d'une vie qu'illumine le côtoiement permanent de la mort et de l'amour.

  • « Elle est incroyablement belle », écrit l'historienne de l'art américaine Patricia Dolan au début de son journal, qui constitue le roman. La femme qu'elle observe est le sujet d'un tableau de Vermeer baptisé Jeune femme au luth qui a été volé. Au fil des pages, la narratrice nous raconte comment elle s'est retrouvée seule dans un cottage irlandais, au bord de la mer, gardienne de la précieuse peinture subtilisée à la collection royale britannique par un groupe de l'IRA. Entraînée à son insu dans ce complot politique par son cousin qui devient son amant et lui fait découvrir la sensualité, Patricia Dolan évoque ce qui a fait sa vie jusqu'alors : son père qui l'a éduquée dans la foi d'une Irlande unifiée, la mort de sa fille, l'art... Katharine Weber entremêle dans ce roman l'histoire mouvementée de l'Irlande et le rapport complexe des Américains d'origine irlandaise avec leur pays de souche, à sa fascination pour le génie de la peinture hollandaise du dix-septième siècle et particulièrement pour celui de Vermeer

  • « La péninsule de Ducos a été choisie comme « lieu de déportation des communards condamnés à la détention en enceinte fortifiée » (donc moi, entre autres). Sauf qu'il n'y a aucune fortification. Et pas d'enceinte non plus. Le site n'en est pas moins jugé très sûr. Interrogé à l'Assemblée nationale sur les possibilités d'évasion, un ancien commandant de la colonie avait répondu qu'en cas de tentative, les condamnés seraient mangés d'un côté par les naturels, de l'autre par les requins. J'ai conservé l'article reprenant ces propos. Sur le moment, il m'avait fait davantage sourire qu'il ne m'avait effrayé. Tout cela restait tellement irréel, emprisonné dans les entrailles de la forteresse d'Oléron ! ».

    La Danaé accoste en Nouvelle-Calédonie le 28 septembre 1872 avec à son bord des communards envoyés expier de l'autre côté de la Terre leur désir d'une société plus juste. De cette prison à ciel ouvert, Etienne Delandre entouré de ses camarades déportés - dont Louise Michel et Henri Rochefort -, tente d'apaiser ses doutes sur ce qu'il s'est véritablement passé sur les barricades parisiennes, tout en s'efforçant de s'acclimater à cette terre rouge, habitée par un peuple canaque aux moeurs inconnues, au milieu d'une nature qui le subjugue.
    En but à une administration pénitentiaire intraitable, à une bien piètre société coloniale et aux remous qui rythment la vie politique de la métropole, Étienne Delandre n'a de cesse au gré des mois d'espérer non pas une grâce, mais bien une amnistie de la part du gouvernement français.

  • Une famille a trouvé refuge en pleine montagne, où elle tue les oiseaux et les brûle au lance-flammes : ils seraient à l'origine d'un mal ayant conduit l'humanité à son extinction. Tandis que la mère pleure et chante son existence passée, le père seul s'aventure aux confins de leur « sanctuaire », d'où il rapporte tout ce qu'il trouve pour assurer la survie des siens. Mais le monde est-il vraiment devenu ce qu'il en dit ? Est-il jonché de cadavres qui pourrissent le long des chemins ? Comment être certain des motifs qui le conduisent à cloîtrer sa famille, à dispenser à ses filles un entraînement quasi militaire et à se montrer chaque jour plus imprévisible et brutal ?
    Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du « sanctuaire » - et avec elles, la loi de ce père qu'elle admire plus que tout. Ce sera pour tomber entre d'autres griffes: celles d'un vieil homme sauvage, menaçant et lubrique qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l'enfant...
    Écrit en 2019, bien avant qu'une pandémie de coronavirus conduise au confinement de la moitié de l'humanité, Le Sanctuaire déploie et sublime ce qui faisait déjà la puissance d'Une immense sensation de calme : une ode à la souveraineté de la nature et une compassion pour nous autres, humains, qui devons sans cesse lutter pour notre survie. À mi-chemin entre David Vann et Antoine Volodine, le deuxième roman de Laurine Roux confirme la singularité et l'universalité de sa voix.

  • « Instruire en divertissant, divertir en instruisant », telle était la devise de la Maison Hetzel à la glorieuse époque de la collection des Voyages extraordinaires de Jules Verne, et telle pourrait être celle du malicieux écrivain Mark Forsyth, qui nous propose un périple érudit à travers les âges et les civilisations sous l'angle de notre relation à l'alcool et à l'ivresse.
    Les raisons et les manifestations de l'ébriété se sont manifestées différemment au gré des âges et des lieux. Elle peut avoir une origine religieuse tout autant que sexuelle, elle peut asseoir le pouvoir des rois comme apporter un soulagement aux paysans, elle peut être une offrande aux ancêtres ou bien marquer la fin d'une journée de travail, elle peut mener au sommeil aussi bien que déclencher une guerre. Une brève histoire de l'ivresse retrace ainsi l'histoire d'amour qui lie l'humanité à l'alcool, depuis nos aïeuls jusqu'à la Prohibition, en répondant à toutes les questions possibles et imaginables : qu'a bu l'humanité au gré des siècles ? Dans quelles quantités ? Qui buvait au sein d'une société ? Et pourquoi ? En quoi l'alcool a-t-il joué un rôle décisif dans l'évolution de l'espèce humaine ?
    Ce drôle de livre nous amène à nous interroger sur les différences de consommation d'alcool d'une civilisation à l'autre et brosse ainsi une sorte d'histoire de l'humanité - tout cela sans jamais manquer une occasion de nous faire rire.

  • « Martha Gellhorn est incapable d'écrire une seule ligne insipide. » The Times Avec une qualité littéraire indéniable et une immense liberté de ton, Martha Gellhorn raconte, dans Mes saisons en enfers, ses pires épopées.
    Premier voyage : en 1941, Martha Gellhorn est missionnée sur le front chinois entre Hong Kong et Canton par le magazine Collier's pour couvrir la guerre sino-japonaise. Elle est accompagnée par un « compagnon réticent », qui n'est autre qu'Ernest Hemingway, avec qui elle était alors mariée. Ballottée de conférences en cérémonies officielles, dans un pays hostile et détrempé, elle rencontre aussi bien Tchang Kaï-Chek que Zhou Enlai.
    Deuxième voyage : Martha Gellhorn se lance à la poursuite des U-Boots nazis dans les Caraïbes, passant d'île en île, dans une quête incessante du sous-marin ennemi.
    Troisième voyage : il relate le lent naufrage d'un grand rêve - la traversée d'ouest en est de l'Afrique, le long de l'équateur. Périple tant espéré et tant idéalisé, qui sombre dans une terrible confrontation avec la dure réalité du terrain.
    Quatrième voyage : Martha Gellhorn se rend à Moscou, dans la Russie soviétique, pour rencontrer Nadejda Mandelstam, la veuve du poète Ossip Mandelstam.
    Cinquième voyage : Martha Gellhorn raconte l'un de ses nombreux séjours en Israël, et y disserte, avec esprit, sur la notion d'ennui - l'ennui chez soi, comme moteur au voyage, l'ennui en voyage, comme moteur pour rentrer chez soi.
    Dans chacun de ces récits, Martha Gellhorn déploie, avec une joyeuse fureur et une écriture des plus toniques en même temps qu'élégante, toute l'ampleur de son humour noir, de son ironie désabusée, sans concession pour elle-même, ni pour la marche du monde.
    Cet ouvrage est comme un flamboyant résumé d'une vie faite d'écriture, de voyages et de reportages. Pour le lecteur français, il sera une idéale introduction au travail d'un des plus éminents écrivains et reporters de guerre du xxe siècle.



    Née en 1908 aux États-Unis, Martha Gellhorn se destine très tôt à l'écriture. En 1936, elle part pour l'Europe, accréditée par le magazine Collier's pour couvrir la Guerre d'Espagne - où elle retrouve Ernest Hemingway, son futur époux. Elle devient alors au fil des années l'une des plus éminentes reporters de guerre du xxe siècle : Seconde Guerre mondiale (elle pénètre dans le camp de Dachau peu de jours après sa libération), guerre du Viet Nam, guerre des Six-Jours, intervention américaine au Panamá. Et si à plus de 80 ans, elle se résigne à ne pas couvrir la guerre en Bosnie, elle se rend tout de même au Brésil pour enquêter sur des meurtres d'enfants des rues. Femme entière, d'une grande exigence morale, elle refuse le déclin de la maladie et décide l'année de ses 90 ans de se donner la mort. Depuis 1999, un prestigieux prix de journalisme porte son nom.

  • Cette brève " autobiographie ", parue en 1906, est l'un des textes politiques de Jack London les plus marquants. Dans ce récit personnel, il retrace le chemin qui le mena à devenir socialiste. Crieur de journaux, pilleurs d'huîtres, ouvrier dans une conserverie, employé d'une teinturerie, électricien, vagabond... il nous livre ici les voies qui firent de lui l'auteur engagé si longtemps méconnu. Une plongée au coeur du destin d'un des écrivains américains les plus ambigus.

  • «?Hollywood?! On y fabrique, à destination de la terre entière, des songes et du rire, de la passion, de l'effroi et des larmes. On y construit des visages et des sentiments qui servent de mesure, d'idéal ou de drogue à des millions d'êtres humains. Et de nouveaux héros s'y forment chaque année pour l'illusion des foules et des peuples.?» Hollywood, ville mirage est le récit du voyage que Joseph Kessel entreprit en 1936 au sein de l'industrie - en plein essor - du cinéma. Studios, acteurs, scénaristes, producteurs... il pose un regard cru et impitoyable sur les coulisses de cette «?usine à mirages?».

  • Que se passe-t-il lorsqu'un chauffeur de taxi amnésique tombe sur l'adresse d'un personnage du roman qu'il vient de lire ? Que se passe-t-il lorsque, après lui avoir écrit à tout hasard, ledit personnage, un ancien policier, lui répond qu'il est bel et bien vivant, qu'il n'a rien d'un être de papier et qu'il n'a même jamais entendu parler de l'auteur, un certain. Roberto Bolaño ? Ce lecteur (Pierre-Jean Kaufmann) et cet homme dont on a « volé » la vie (Abel Romero) entament alors une correspondance afin de cerner les liens qui unissent Romero et Bolaño. Mais au fil de leurs échanges, les voilà conduits à examiner aussi le passé de Kauffmann, dont l'amnésie semble cacher un lourd secret.
    Articulé autour de l'oeuvre du grand écrivain chilien, Le Roman de Bolaño croise l'enquête littéraire et le thriller latino. Naviguant entre Paris, Barcelone et Ciudad Juárez, le lecteur se retrouve plongé au coeur d'une histoire où le vrai n'est jamais sûr et le faux toujours possible, et où rôdent en permanence la folie, le feu, la vie et la littérature.
    Éric Bonnargent et Gilles Marchand ont joué à la lettre le jeu du roman épistolaire, correspondant à plus de neuf cents kilomètres de distance sans jamais rien savoir de ce que l'autre avait à l'esprit. Pendant plus d'un an, ils se sont écrit, créant ainsi au gré de leurs échanges la trame narrative de ce qui allait devenir Le Roman de Bolaño. Là réside en partie l'originalité profonde de ce texte : Pierre-Jean Kaufmann et Abel Romero prennent corps, se répondent, s'écoutent et s'invectivent : on en oublierait presque qu'ils n'ont jamais existé - si tant est qu'ils n'aient jamais existé.

  • Seattle, début 1946. Ichiro Yamada, jeune Américain d'origine japonaise rentre enfin chez lui. Après avoir passé deux ans dans l'un des camps créés à la suite de l'attaque de Pearl Harbor pour interner les 100 000 membres de la communauté japonaise-américaine, il a écopé de deux ans de prison pour avoir refusé d'être incorporé dans l'armée américaine.

    Seattle, début 1946. Ichiro Yamada, jeune Américain d'origine japonaise (un nisei, " deuxième génération " en japonais) rentre enfin chez lui. Après avoir passé deux ans dans l'un des camps créés à la suite de l'attaque de Pearl Harbor pour interner les 100 000 membres de la communauté japonaise-américaine, il a écopé de deux ans de prison pour avoir refusé d'être incorporé dans l'armée américaine.

    Dans les semaines qui suivent son retour, et malgré l'accueil chaleureux de ses parents (notamment de sa mère qui, dérivant lentement vers la folie, s'imagine que le Japon a gagné la guerre), Ichiro prend la mesure de son statut spécifique. Il tente de redéfinir son identité et de retrouver sa place dans un pays qui, pense-t-il, l'a trahi – et qu'il a trahi.

    Méprisé par ses camarades nisei et par son frère cadet qui ont fait le choix de s'enrôler dans l'armée, il est pourtant son plus féroce contempteur. Au cours d'une longue errance entre Seattle et Portland et au fil de diverses rencontres, il tente de faire la paix avec lui-même et avec le choix qui l'a mené en prison.

    Alternance de monologues intérieurs incantatoires et rageurs et de dialogues laconiques dignes d'un film noir, évocation lucide d'une Amérique d'après-guerre où les tensions raciales ne s'apaisent jamais,
    No no boy met en lumière un aspect historique encore méconnu : le difficile retour à la liberté des citoyens américains d'origine japonaise après la guerre.

    À propos du titre : le double " non " fait référence au questionnaire que le ministère de la Guerre fit remplir en 1942-1943 aux jeunes Japonais-Américains de deuxième génération internés. Les questions n° 27 et 28 étaient destinées à tester leur loyauté envers les États-Unis.

    N°27 : Êtes-vous prêt à rejoindre les forces armées des États-Unis et à participer aux combats lorsque cela vous sera demandé ?

    N°28 : Êtes-vous disposé à prêter allégeance aux États-Unis d'Amérique et à les défendre en toute loyauté contre toute attaque par des forces étrangères ou nationales, et à renoncer à toute autre forme de soumission ou d'obéissance à l'empereur du Japon ou à d'autres gouvernements, puissances ou organisations étrangères ?

    Répondre non à ces deux questions était synonyme d'incarcération.

  • En 1936, tandis que la Seconde Guerre mondiale menace, l'écrivain tchèque Karel Capek (1890-1938) entreprend un voyage dans le Nord de l'Europe. Forêts à perte de vue, fjords échancrés, vaches noir et blanc, fermes rouges, myriade d'îles ponctuent sa traversée du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Au fil du récit, derrière une naïveté feinte et un lyrisme tempéré, où affleurent une tendre ironie et un humour mordant, se profile le portrait troublant, éblouissant de nature et de lumière, d'un continent en sursis. Car, en route vers le cap Nord, Capek pressent la fin d'une époque et dessine une Europe qui, bientôt, sombrera dans le chaos.

  • Raphaël Schächter, pianiste et chef d'orchestre tchécoslovaque, arrive au camp de Terezin en juin 1942. Il le quitte pour Auschwitz en octobre 1944. Entre ces deux dates, il réussit à répéter et à faire jouer par les détenus - cent cinquante choristes, deux pianistes qui remplacent l'orchestre et quatre solistes - le Requiem de Verdi. Dix-huit mois d'efforts pour donner une représentation de cette messe catholique des morts devant des officiers nazis, dont Eichmann. Un véritable défi, et surtout une représentation des souffrances des juifs ainsi qu'un message de courage dans un face-à-face terrible avec leurs bourreaux.

    Traduit du tchèque par Zdenka et Raymond Datheil.

  • L'énigmatique homme en gris qui harcelait Mozart serait-il son assassin ? Quel rite étrange se cache derrière la décapitation du cadavre de Haydn ? Paganini est-il le diable incarné que nombre de ses contemporains voyaient en lui ? Qui a sauvé Berlioz de la ruine et assuré sa postérité ? Est-ce réellement une gorgée d'eau de la Neva qui a causé la mort de Tchaïkovski ? Écrivain berlinois né en 1940, E. W. Heine tente de résoudre ces mystères et lève le voile sur les zones d'ombre qui bâtissent, aux côtés de leurs oeuvres, la légende des grands artistes.

  • Salué par la critique littéraire, la presse sportive et les pugilistes eux-mêmes, Le Boxeur (The Bruiser en anglais), publié en 1936, est l'une des oeuvres de fiction les plus informées de la littérature consacrée au « noble art ». On y retrouve le rythme trépidant, les phrases courtes et suggestives, les dialogues authentiques et la rude humanité de l'auteur de Vagabonds de la vie, Circus Parade et Les Assoiffés.
    Jim Tully combattit en professionnel entre 1908 et 1912 et noua des amitiés avec des champions comme Johnny Kilbane et Jack Dempsey (un autre « gamin du rail »). Il est à ce titre le premier écrivain à poser les problématiques du boxeur professionnel. Comment se nourrir, se loger, s'entraîner, se soigner et, d'une manière générale, vivre de ses poings quand votre destin peut basculer en une seconde ? Car le monde de la boxe repose sur une logique de marché où les sentiments ne survivent que très rarement aux déconvenues. Jim Tully nous permet donc de comprendre l'économie de ce sport, le système des bourses et des paris, la hiérarchie d'un milieu complexe où l'honnêteté est admirée sur le ring mais méprisée en dehors. Dans Le Boxeur, on découvre ainsi l'immense popularité de ce sport qui, au début du XXe siècle, attirait les foules aussi bien aux États-Unis qu'en Europe.
    Enfin, il faut souligner - une fois de plus - la lucidité et la délicatesse avec laquelle Jim Tully évoque la condition de ces laissés-pour-comptes qui souvent risquaient leur vie sur un ring pour quelques dollars.

  • Martha Gellhorn publia de son vivant deux recueils d'articles : La Guerre de face (Éditions Belles Lettres, 2015, traduction Pierre Guglielmina) et Le Monde sur le vif, qui réunit des textes écrits « en temps de paix » pour reprendre ses propres termes, soit vingt-neuf articles rédigés entre 1934 et 1985, répartis en six chapitres qui s'achèvent par un texte générique sur chaque décennie abordée. L'ouvrage apparaît comme une sorte d'autobiographie indirecte : Gellhorn y exprime sa vision personnelle de l'histoire du XXe siècle, la sienne propre mêlée à celle des événements dont elle a été le brillant témoin, toujours aux premières loges.
    Une scène de lynchage dans le sud ségrégationniste des États-Unis, l'Amérique au temps de la Grande Dépression, l'Angleterre se préparant à la Seconde Guerre mondiale, la mort de la Tchécoslovaquie, la visite des orphelinats dans l'Italie de l'après-guerre, un week-end dans la toute jeune Israël, le sort des Arabes en Palestine, le procès d'Eichmann, une villégiature au Kenya, le portrait d'une Vietcong, l'Espagne après la disparition de Franco, un Noël avec les chômeurs de Londres, un plaidoyer contre la torture au Salvador, un séjour à Cuba après quarante ans d'absence... Les sujets abordés par Martha Gellhorn, avec une grande exigence littéraire, sont aussi vastes et divers que le furent sa curiosité et sa carrière de journaliste. Ces textes, publiés dans les plus grands journaux des époques concernées - Collier's, The Sunday Times, The Atlantic Monthly, Harper's, The Times, The Observer, The Guardian, Granta, etc. -, sont tous marqués par son intelligence, son inébranlable foi en la justice, sa perspicacité.
    Le Monde sur le vif dresse ainsi un panorama de l'histoire du XXe siècle, décrite sur le vif. C'est un remarquable témoignage sur l'effervescence politique et sociale du monde.

  • L'envie de Maïakovski de se rendre en Amérique tient à l'attrait profond que ce pays exerce sur lui - pays qu'il considère comme celui du futur et de la technologie, un véritable modèle pour le développement de la jeune Russie soviétique -, et ce malgré le fait que les États-Unis soient à ses yeux la terre du capitalisme. Sa séparation, en 1924, d'avec sa maîtresse Lily Brik, lui donne l'occasion de ce voyage. Profondément bouleversé par cette rupture, Maïakovski envisage pour commencer un tour du monde. Contraint par des raisons financières (il se fait voler son argent à Paris où il fait escale pour rejoindre le port de Saint-Nazaire), il se contente d'un séjour sur le continent américain. Après une traversée qui le mène à La Havane, il entre aux États-Unis par le Mexique, en se faisant passer pour peintre - sa position de poète officiel donnant souvent à ses voyages un caractère de propagande, son visa lui est plusieurs fois refusé. New York, Cleveland, Detroit, Chicago, Philadelphie, Pittsburgh?: durant son séjour, il donne de nombreuses conférences, lors desquelles il déclame ses poèmes, évoque l'Union soviétique et parle de ses impressions sur les États-Unis. Et ce devant un auditoire nombreux et enthousiaste.
    Ma découverte de l'Amérique est le récit de ce voyage sur le continent américain. Maïakovski y déploie un large spec-tre stylistique, qui va de la gouaille à la solennité, pour louer cette Amérique industrialisée des années 1920, sa modernité et sa créativité, chères au futurisme. Il n'en décrie pas moins les injustices sociales engendrées par un capitalisme insensible. Le lecteur découvrira ici le talent de prosateur de l'un des plus grands poètes russes du xxe siècle.
    Publié en 1926 en Russie, ce texte n'avait jamais été édité dans son intégralité en français.

  • Des empreintes qui s'arrêtent soudainement dans la neige, un homme qui a pour seul tort de paraître suspect, un voleur de cactus qui disparaît à l'autre bout du monde, un poète qui se transforme en détective, Dieu qui apparaît comme témoin de la justice humaine, une cellule de prison dont les occupants se repentissent, un cadavre retrouvé dans une valise déposée à la consigne d'une gare... Dans ces quarante-huit nouvelles, dont plus de la moitié était inédite en français jusqu'à présent, Karel Capek mêle comme à son habitude l'ordinaire et l'extraordinaire, l'humour à la satire.
    Crimes, disparitions, énigmes, mystères, enquêtes, ces récits, qui relèvent du genre policier avant l'heure, dissèquent la vérité et jouent avec notre capacité à juger. Ces textes en forme de paraboles, qui continuent de nous hanter longtemps après leur lecture, prouvent encore une fois l'importance de Capek dans l'histoire littéraire.

    Traduit du tchèque par Barbora Faure et Maryse Poulette.

  • Premier écrivain à donner une voix aux immigrés irlandais dans l'Amérique du début du XXe siècle, loin des stéréotypes et des caricatures, Jim Tully dresse dans Les Assoiffés le portrait plein d'humour et de poésie des membres de sa famille aux personnalités remarquables et aux destins mouvementés?: son grand-père, inénarrable conteur de bistrot?; son père terrassier, taillé comme un gorille et lecteur avide malgré sa myopie?; sa mère au grand coeur et à la foi imprégnée de folklore celtique?; son oncle, gibier de potence qui deviendra riche banquier... Tous assoiffés de vie - et d'alcool?!
    Témoignage émouvant sur une minorité à la dérive, Les Assoiffés, publié en 1928, est l'un des piliers du grand oeuvre de Jim Tully?: écrire la «?comédie humaine?» des bas-fonds de l'Amérique.

  • L'Amérique de 1934 est plongée dans la Grande Dépression. Souhaitant réunir un autre type d'informations que celles récoltées par les fonctionnaires de l'administration, Harry Hopkins, proche de Roosevelt et directeur de la FERA (Federal Emergency Relief Administration) constitue une équipe de seize « enquêteurs », composée pour l'essentiel d'écrivains et de journalistes, et confie à chacun d'entre eux une région du pays particulièrement touchée par la crise. Martha Gellhorn, la plus jeune du groupe, est envoyée en Caroline du Nord, dans les villes ruinées par la fermeture des usines textiles. Des semai­nes durant, confrontée à la misère et au désespoir de la population, elle accumule des dizaines d'interviews, visite villes et bidonvilles, enregistre tout ce qu'elle voit et tout ce qu'on lui raconte.
    La matière de ses rapports pour la FERA nourrit quatre novellas réunies sous le titre anglais de The Trouble I've Seen, emprunté au célèbre negro-spiritual éponyme. Martha y suit le destin de cinq personnages, à l'existence brisée par la crise : Mme Maddison, admiratrice du président Roosevelt, prend part à un programme de réhabilitation rurale contre l'avis de ses enfants ; Joe et Pete, ouvriers et syndicalistes, perdent leur emploi après avoir participé à une grève visant à améliorer les conditions de travail ; Jim, jeune homme ayant fini par trouver un poste, en vient à voler son employeur afin que la femme qu'il aime et lui puissent être convenablement vêtus lors de leur mariage ; Ruby, une petite fille de onze ans, rejoint un groupe de jeunes prostituées dans le seul but de s'acheter des bonbons et des patins à roulettes.
    Le livre appartient au rayon de la fiction, mais son contenu, tout ce qui en fait la chair, relève du reportage. Il parut en 1936 aux États-Unis et en Angleterre, et fut salué par une critique élogieuse. « Je tiens Martha Gellhorn pour un écrivain véritablement remarquable », écrit H. G. Wells dans la préface.

  • Dans le premier volume de ses « souvenirs des enfers », Vagabonds de la vie, paru en 1924, Jim Tully évoquait ses mésaventures de hobo à bord de trains de marchandises. Trois ans plus tard, dans Circus Parade, il aborde un nouveau chapitre de son adolescence tumultueuse, celui de son passage dans un cirque nommé Cameron's World Greatest Combined Shows. Le livre se présente comme une galerie de portraits de personnages hauts en couleur que Tully côtoya pour le meilleur parfois, et souvent pour le pire. Le cirque de Cameron et ses dix wagons étaient peuplés d'acrobates, de dompteurs, de monstres de foire, de rabatteurs, d'aboyeurs, d'embobineurs et de manoeuvres dont l'existence nomade était rythmée par les représentations de ville en ville.
    Circus Parade rencontra un succès immédiat, aussi bien auprès du public - il fut réimprimé à plusieurs milliers d'exemplaires quelques semaines après sa parution - que de la critique. Le jeune romancier James Agee y alla de son commentaire : « Circus Parade se distingue par son style dépouillé et sa description d'une brutalité effroyable dont je n'aurais jamais imaginé qu'elle puisse exister. » Bref, tout aurait été pour le mieux si Jim Tully n'avait pas essuyé les tirs croisés des censeurs et des défenseurs du cirque, notamment la Circus Fans' Association, qui réussirent à faire échouer le projet d'adaptation cinématographique en 1929. Tout au long de sa carrière littéraire, Jim Tully souleva ainsi l'indignation des ligues de vertus et des gardiens de la morale. Or son oeuvre nous offre un éclairage précieux sur le monde des nomades et des va-nupieds de l'Amérique du début du XXe siècle et permet de mieux comprendre les origines du roman noir américain.

  • Un roman alliant enthousiasme et connaissances, de manière ludique et documentée.

    Le roman biographique d'Arne Ulbricht offre une perspective originale sur la vie et l'oeuvre de Maupassant (1850-1893). En une vingtaine de chapitres, il dépeint les moments clés de la jeunesse de Maupassant sous la forme de saynètes très vivantes : l'enfance à Étretat, l'internat religieux à Yvetot, les premières amours, les premiers poèmes, le lycée à Rouen, les mentors Gustave Flaubert et Louis Bouilhet, la guerre de 1870, les parties de canotage sur la Seine, les prostituées, la déprimante vie de bureau du jeune fonctionnaire au ministère de la Marine, la représentation privée dans un atelier d'artiste de la farce pornographique
    À la feuille de rose, les premiers symptômes de la syphilis, jusqu'au premier succès littéraire que lui vaut la nouvelle " Boule de suif ", parue en 1880.

    Le roman d'Ulbricht présente de manière pittoresque le monde littéraire parisien de ces années-là, en particulier le cercle naturaliste regroupé autour de Zola (Céard, Hennique, Huysmans, Alexis), mais aussi Tourgueniev, Edmond de Goncourt, Catulle Mendès ou encore Alphonse Daudet, sans oublier l'omniprésente figure tutélaire de Gustave Flaubert. Il dresse aussi le portrait d'un Maupassant plein de vitalité, amoureux de la nature et des femmes (son insatiable appétit sexuel donne lieu à des épisodes savoureux), ami fidèle et boute-en-train infatigable.

    Voici donc, en bref, un roman instructif et distrayant, rendu très vivant par ses nombreux dialogues, souvent inspirés de citations (tirées de diverses correspondances, notamment avec Flaubert, du
    Journal d'Edmond de Goncourt, etc.).

  • Gravement malade, Palabaud décide de quitter Tahiti pour rentrer dans sa ville natale de Lyon. Il y retrouve Jean, le narrateur, un ami médecin qui a jadis séjourné avec lui en Océanie. Ce dernier l'accompagne tout au long de sa lente agonie - ponctuée de leurs souvenirs polynésiens - et lui permet de franchir cet inéluctable passage qui mène de la vie à la mort. Roman de la finitude, histoire d'amitié sur fond d'embruns et d'ailleurs, récit du lent voyage vers l'ultime sérénité, Le Passage met en scène le détachement progressif qui précède l'approche de la mort annoncée.

  • « En Schumann, la musique avait trouvé l'une de ces proies de choix qui, promptes à céder aux sirènes esthétiques, leur aliènent bientôt toute leur existence, quitte à nuire à leurs proches et à les emporter avec elles dans leur chute. Tel fut le lot des enfants Schumann ».
    Nicolas Cavaillès retrace dans cet ouvrage le destin du compositeur et de la pianiste Robert et Clara Schumann, et de leurs huit enfants, tous frappés - de près ou de loin - par l'impératif absolu de l'art. Il sonde ainsi les notions d'héritage et de transmission familiale, et offre une réflexion subtile sur l'enfance, l'individualité et l'infinie solitude de l'homme.

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