Editions B2

  • Quinze ans après leur concert mythique, sans aucun spectateur, dans les ruines de Pompéi (1971), Pink Floyd et ses membres formés en écoles d'architecture décident d'offrir à Venise un concert flottant gratuit devant la Place Saint-Marc, retransmis en world live. Le compositeur Samuel Lorrain ainsi que les chercheuses Sara Marini et Léa-Catherine Szacka reviennent sur cette expérience unique : une grand-messe de la pop culture qui met en tension l'histoire des Walking Cities selon Archigram pour les concerts rocks avec le patrimoine respectable de la Sérénissime.

  • Un an avant le Summer of Love, la revue Progressive Architecture publie un dossier brûlant : le " LSD : un outil de conception ? " Mais comment le LSD pourrait-il le devenir, et surtout : pourquoi ? Auteure de Architecture or Techno-Utopia : Politics after Modernism (MIT Press, 2007), Felicity Scott y répond d'abord à travers la figure tutélaire de Buckminster Fuller, de sa " découverte " de l'acide lysergique et de l'adaptation de ses dômes géodésiques en zomes psychédéliques. Or, comme Drop City, les road trips des Merry Pranksters et d'USCO ajoutent à la prairie et à la forêt cybernétiques chères à Richard Brautigan une " vision acide ", intermédia et stroboscopiquement amplifiée. Mais, s'agissait-il vraiment d'un Grand Pas pour le Village Global ou le Vaisseau spatial Terre ?

  • Buckminster Fuller (1895-1983) n'est pas qu'un ingénieur de talent. Il est également cet inventeur un peu fou qui a imaginé aussi bien les dômes héliportables pour l'US Army que ceux bricolés par les hippies de Drop City. Du premier Pas sur la Lune à la Chute de Saigon (en passant par la " bombe P ", le Rapport Meadows et le Premier Choc pétrolier), Fuller organisa des universités d'été se proposant de modéliser la crise énergétique mondiale à venir. Surnommé E3 par Stewart Brand (le fondateur du Whole Earth Catalog), Energy, Earth, and Everyone est le titre judicieusement retenu par Medard Gabel en 1975. Accompagné d'une contribution de Gene Youngblood, un disciple de la première heure, prend alors forme une passionnante archéologie des politiques énergétiques contemporaines...

  • Peu après la fondation de la Brasilia progressiste rêvée par le président Kubitschek, le Brésil allait connaître vingt ans de dictature militaire (1964-1985). Car l'activisme du Che et de Castro, la destitution du général Batista (1959), l'échec du débarquement dans la Baie des Cochons (1961), la crise des missiles cubains (1962) ou l'assassinat de Kennedy (1963) mettent en alerte la Maison Blanche. En Amérique du Sud, quelques dictateurs sont parachutés. Pourtant, cinquante ans plus tard, le Brésil ne parvient toujours pas à faire le deuil de ce que Carlos Marighella n'eut de cesse de vouloir combattre entre Rio, São Paulo et Belo Horizonte. Assassiné six mois après sa rédaction, son Mini-manuel (1969) en constitue un leg inattendu.

  • Rarement les ritournelles d'un grand architecte n'auront autant marqué une génération - la nôtre. Le maestro hollandais a certes su conjuguer à la perfection propositions formelles et jalons bibliographiques ; mais c'est par le luxe que le Citizen K vient d'atteindre la consécration auprès d'un public cultivé et mondialisé. Manipulateur décomplexé des signes et des univers culturels, il a eu le don d'exercer sur beaucoup, j'en suis, une espèce de fascination coupable. Il fallait dépeindre un portrait de " Monsieur K " - avec ses moments-clés et ses revirements. Car rappelons-nous ce que Pierre Bourdieu avait dit de Manet : " Qu'est-ce que c'est que ces personnages qui, tout en étant tout à fait in, sont tout à fait out ? C'est cela un révolutionnaire symbolique ".

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