Don Quichotte

  • Patients

    Grand Corps Malade

    Il y a une quinzaine d'années, en chahutant avec des amis, le jeune Fabien, pas encore vingt ans, fait un plongeon dans une piscine. Il heurte le fond du bassin, dont l'eau n'est pas assez profonde, et se déplace les vertèbres. Bien qu'on lui annonce qu'il restera probablement paralysé à vie, il retrouve peu à peu l'usage de ses jambes après une année de rééducation. Quand il se lance dans une carrière d'auteur-chanteur-slameur, en 2003, c'est en référence aux séquelles de cet accident - mais aussi à sa grande taille (1,94 m) - qu'il prend le nom de scène de Grand Corps Malade.
    On connaît l'immense succès qui suit : trois albums plébiscités par le public et la critique, une distinction de Chevalier des Arts et des Lettres, qui récompense la qualité de sa plume, toujours subtile et surprenante. Dans ses chansons pleines de justesse, telles " À l'école de la vie ", " Roméo kiffe Juliette ", " Éducation nationale ", ou encore " Rachid Taxi ", l'artiste soulève le voile d'une réalité sociale et politique singulière. Chaque année, certains de ses textes sont proposés au baccalauréat de français.
    Dans son livre, où il se fait pour la première fois auteur d'un récit en prose, il raconte, avec humour, dérision et beaucoup d'émotion, les douze mois passés en centre de rééducation et relate les aventures tragiques mais aussi cocasses vécues par lui et ses colocataires d'infortune.

  • Les échoués

    Pascal Manoukian

    « Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d'épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d'autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s'était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu'à l'odeur. ».


    1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d'assaut les routes qu'ils sont en train d'ouvrir.
    Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

  • Ariane

    Myriam Leroy

    « Quand j'ai eu douze ans, mes parents m'ont inscrite dans une école de riches. J'y suis restée deux années. C'est là que j'ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d'elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s'affiche lorsqu'on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n'apparaît nulle part. Quand j'ai voulu en parler, l'autre jour, rien ne m'est venu. J'avais souhaité sa mort et je l'avais accueillie avec soulagement. Elle ne m'avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C'est fini. C'est tout ».

    Elles sont collégiennes et s'aiment d'amour dur. L'une vient d'un milieu modeste et collectionne les complexes. L'autre est d'une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L'autre, c'est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu'elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.

    Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort.

  • Retiens la vie

    Charles Aznavour

    « Si j'aime me repasser le film de ma vie, je ne me complais pas dans mon passé. Je préfère m'intéresser à celui des autres, que j'essaie de faire revivre sous ma plume. Dans mes chansons ou dans la prose, j'aime raviver les souvenirs enfouis que parfois ils me confient au détour d'une rencontre ou même d'un autographe. Dans ces moments d'intimité inattendus, l'émotion est au rebord de mon regard et, là, je dois leur paraître tout à coup un peu perdu, peut-être un peu bête. On est comme on est. C'est que chaque récit de vie m'émeut : le rideau se lève, on entre en scène, un rêve s'éveille, le rideau tombe, un être s'évanouit.

    Entre ces deux événements, il y a une vie, plus ou moins réussie, plus ou moins banale ou flamboyante, avec son lot de joies et de peines, avant de retrouver la grande inconnue... »

  • Si ce soir-là Charlotte n'était pas sortie dîner entre filles, elle promènerait Isis dans les allées d'un square. Il lui achèterait des livres qu'elle laisserait traîner sur la table de nuit. Chaque jour, elle serait plus belle. Chaque jour, il serait plus amoureux. Ils boiraient du Sancerre au bonheur de leurs 30 ans, danseraient sur Christine and the Queens. La vie ne tient parfois qu'à un bas filé...

    Attablée à la terrasse d'un café parisien, Charlotte fête entre amis sa grossesse bien avancée. Karim, son compagnon, doit la rejoindre. Il ne la reverra pas. Car ce soir-là l'ont devancé Aurélien, sa kalachnikov et sa ceinture d'explosifs.
    Le Kamikaze est un Français converti. Karim ne comprend pas comment ce dernier a pu transformer à ce point une religion qui ne lui a enseigné que paix et tolérance.
    Cédant alors à ses envies de vengeance, Karim décide de rejoindre Daesh et de remonter jusqu'au recruteur des kamikazes étrangers. Il veut frapper l'État Islamique à la tête.
    Il va tout connaître : le deep web, les rendez-vous secrets, l'extrême violence qui ravage la Syrie, le coeur du système de propagande de Daesh, en faire partie même, douter, parfois au contact d'autres engagés, des monstres mais aussi des jeunes gens qui ont fait le mauvais choix, pour de mauvaises raisons.
    Beaucoup d'événements viendront ébranler son désir de vengeance. Le mènera-t-il jusqu'au bout ?

  • « La jeune et brève histoire de Mediapart fait partie de ces nombreuses volontés citoyennes résistant à la régression qui donne la main aux plus forts et aux plus riches, c'est-à-dire aux États qui surveillent et aux financiers qui spéculent. Si novatrice soit-elle, ce n'est sans doute qu'une contribution parmi d'autres. Mais j'ai voulu en tirer quelques enseignements utiles à celles et ceux qui cherchent les voies d'une refondation démocratique de l'écosystème médiatique en inventant des réponses nouvelles à la crise d'indépendance et de qualité de l'information.

    Je me propose d'expliquer ce chemin de résistance, en m'attachant à toutes les dimensions du mot «valeur» qu'entraîne ce choix exigeant : valeur de la démocratie, valeur d'un métier, valeur du participatif, valeur d'un public, valeur d'une entreprise, etc. C'est en défendant la valeur de l'information que nous apporterons, face au choc de la révolution numérique, des solutions durables qui soient au service de l'intérêt général.

    Mon seul souci est que nous soyons à la hauteur du défi que doivent affronter nos démocraties, qui, à force de se laisser dépérir, prennent le risque de se renier. Car la défaite du journalisme annonce toujours le recul de la liberté ».

    Edwy Plenel.

  • « Je suis venu au Liban, voir ce qu'il en était de ces hordes de crevards qui prenaient d'assaut nos frontières, pour nous voler nos emplois et cramer nos allocs. J'ai décollé mon cul de mon divan, éteint ma télé après 59 mois passés à regarder le peuple syrien se faire écraser dans un silence vertigineux. J'ai vu la lumière au milieu de cette misère... ».

    Un jour d'été 2015, après le choc éprouvé à la diffusion d'un documentaire sur les enfants d'Alep assiégée, Bernie décide de se rendre au Liban, avec une équipe de tournage, et d'aller à la rencontre des jeunes Syriennes et Syriens réfugiés au pays du Cèdre.
    Dans les camps et les squats de fortunes où les exilés forcés survivent dans un dénuement extrême, le long de la frontière, il veut recueillir les mots d'une enfance volée par la guerre et le terrorisme, dont l'innocence anéantit tous les discours politiques. Là, il rencontre une génération sacrifiée à la maturité spectaculaire, le futur de la Syrie.

    Marwan, 13 ans, réfugié dans un camp, ramasse des pommes de terre pour deux euros par jour, et nourrit sa famille dans un pays qui interdit aux adultes étrangers de travailler.
    Sally, 12 ans, est sûre qu'une fois la guerre finie, elle deviendra la prochaine Rihanna ; ses pas de danse, d'une grâce irréelle, émeuvent Bernie aux larmes.
    Chayma, du haut de ses 11 ans, écrit au secrétaire général de l'ONU : dans sa lettre, elle raconte comment on a détruit sa maison, tué ses amis, brûlé son école. Qu'elle a dû s'enfuir et tout laisser, comme tant d'autres êtres de chair, de sang, et non de simples chiffres au bas des rapports des puissances occidentales. Si on lui rend sa terre, assure-t-elle, elle nous laissera nos chiffres...

  • Avec la publication de Diam's autobiographie, en 2012, et sa première apparition à la télévision après une longue absence, Mélanie Georgiades, dont la conversion à l'islam avait fait grand bruit, a acté sa renaissance. Depuis, elle s'est consacrée à sa vie de femme et de jeune maman, laquelle lui a réservé de grandes joies, mais aussi des épreuves. Car la route vers le bonheur est parfois longue et semée d'embûches. Mélanie le sait bien.
    Elle revient ainsi sur les jours d'après la sortie de son premier livre, et les réactions, violentes ou bienveillantes, souvent étonnantes, des médias, de l'opinion publique mais aussi de son public et de son entourage. Elle renoue notamment avec des proches que sa conversion avait éloignés d'elle ; elle se rapproche de sa mère, et surtout retrouve son père, le grand absent de sa jeunesse.
    Pendant ce temps, Mélanie suit toujours son chemin spirituel, apprend la tolérance et s'applique, du mieux qu'elle peut, « à se lever tous les matins en essayant d'être meilleure que la veille » et, dit-elle, dans un éclat de rire : « C'est un programme complet pour une journée ».
    Elle accomplit son premier pèlerinage à La Mecque.
    Cependant celle qui vit sa foi comme un témoignage de paix et de sérénité veut aussi rétablir des vérités concernant le terrorisme qu'on attribue à l'Islam et qui - selon ses mots - n'est le fait que d'égarés en perdition et d'ignorants.
    Elle veut raconter comment la foi l'a au contraire adoucie, apaisée, soignée et guérie de ses blessures.
    Elle veut tendre une main à ceux qui ont peur de l'Islam, une main chaleureuse et pacifique. Loin du bruit et de la colère, Mélanie prône le respect, l'ouverture et l'apaisement dans une France désormais multiculturelle aux couleurs et croyances variées.

  • Mélanie Georgiades, plus connue sous le nom de Diam's, est née à Chypre, en 1980. Après le divorce de ses parents, la fillette débarque en France avec sa mère, et s'installe en banlieue parisienne. Bercée par les chansons de Brassens, Ferré et Cabrel, elle découvre le rap à l'adolescence en écoutant Dr Dre et NTM. Très vite, le hip-hop devient sa passion, son exutoire. De quartiers en banlieues, de petits groupes en petits concerts, Diam's aiguise son flow et finira par sortir un album, Premier mandat, en 1999.
    Par la suite, elle n'aura de cesse de marquer le rap français en raflant tous les succès, dans un registre habituellement très masculin. En 2003, l'artiste explose les ondes avec son tube « DJ ». Le single devance la parution de l'album Brut de femme, rapidement certifié disque d'or. Dans la foulée, la petite banlieusarde se fait repérer par Jamel Debbouze qui l'entraîne à Los Angeles, au coeur du rap américain. Mais la plus grande réussite de Diam's, c'est Dans ma bulle, publié en 2006, vendu à plus de 1 million d'exemplaires, Le Figaro la consacre chanteuse qui a vendu le plus de disques, et sur lequel figurent « La boulette », « Ma France à moi » et « Marine ».
    Elle enchaîne les concerts, remplit les Zéniths, enflamme les salles archibondées. Dans le même temps, Diam's s'engage pour Amnesty international et Emmaüs, milite contre la violence faite aux femmes, soutient les sans-logis de Cachan et, lors d'élections, prend position. Or, en 2008, au sommet de sa gloire, et alors que toute la profession la consacre lors des Victoires de la musique, Diam's s'effondre.
    Elle disparaît pendant de longs mois, victime des revers du succès et de la célébrité. Sa forte personnalité ne constituait en fait qu'une armure derrière laquelle sourdait ce que Mélanie n'avait jamais révélé : dépression, tristesse et solitude. En 2009, peu avant la sortie de son dernier album SOS, qui sera récompensé d'un double disque de platine, une photo volée de la jeune femme, sortant d'une mosquée et vêtue d'un long voile, est publiée en une d'un magazine.
    Des mois durant, polémiques et réactions de tous bords affluent. À ce jour, Mélanie est bien la seule à ne pas s'être exprimée sur le sujet. Ce livre en est l'occasion.

  • " Ce matin, j'ai trouvé papa dans le lave-vaisselle.En entrant dans la cuisine, j'ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d'hier soir.J'ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans.Il m'a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout replié sur lui-même. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. "Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien. En fait, le couple n'en est plus un depuis longtemps, la faute au métier de Carole, qui l'accapare. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole est une femme d'affaires, elle passe sa vie en Australie, loin d'un mari qu'elle n'admire plus et d'un enfant qu'elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, Simon voit son quotidien bouleversé.L'enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque et jamais mariée, adepte des séances de spiritisme avec ses amies " les sorcières ", et prête à tout pour le protéger. Mais il rencontre aussi l'évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets, que les couloirs trop blancs de l'hôpital font paraître irréelle et qui semble pourtant résolue à lui offrir son aide.Porté par l'amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu'il s'invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu'à toucher du doigt une vérité que l'on croyait indicible.

  • Dans ce livre de réflexions et de souvenirs intimes, l'artiste que l'on connaît, l'homme plus secret et l'Arménien de coeur viennent tour à tour chuchoter à notre oreille sur le ton de la confidence, dessinant du grand Charles un bel autoportrait. "On est souvent venu me demander si les chansons que j'écrivais étaient autobiographiques, ce à quoi des années durant, et invariablement, j'ai répondu non en toute sincérité. Mais les années passant, je m'aperçois que peu à peu elles le sont étrangement devenues, autobiographiques. Et pourtant, à l'époque, je n'ai pas écrit ce que j'avais vécu, mais les situations que j'ai décrites ont fini par m'arriver comme si ma plume avait rêvé mon futur. Chaque jour qui passe me rapproche de mes anciennes chansons ; elles me ressemblent et, je le crois, m'habillent parfaitement. Elles témoignent des grands moments de ma vie et. oui, je le confesse, elles témoignent aussi des grands moments de la vôtre. Pourquoi le nier, cher public, je vous ai atrocement pillé ! Sans remords et sans honte et, au contraire, avec une grande amitié, j'ai puisé dans vos amours, dans vos joies, dans vos espoirs, je me suis imprégné de vos tristesses, de vos problèmes et de vos déceptions. Ce qui fait de moi le premier pirate du monde, et cela bien avant l'arrivée d'Internet ! Il y a de chacun d'entre vous dans mes oeuvrettes. Il faut dire que, depuis tant d'années, nous partageons une belle et longue histoire d'amour, vous et moi.".

  • Révélé par Un prophète de Jacques Audiard et Rengaine de Rachid Djaïdani, Slimane Dazi est devenu une « gueule » du cinéma français. Une forte gueule de titi parisien, une gueule de « métèque » aussi, comme il le dit lui-même. Sa fiche cinéma a beau le présenter comme un acteur français, né dans les Hauts-de-Seine en 1960, Slimane doit encore se battre pour être reconnu comme français.

    En 2016, quand il tenait le haut de l'affiche avec Reda Kateb pour Les Derniers Parisiens, il passait des examens pour tenter d'obtenir l'intégration dans la nationalité française, une situation propre aux Algériens nés en France avant l'indépendance de leur pays en 1963. Toujours titulaire, à près de 60 ans, d'une carte de séjour et d'un passeport algérien, il vit une galère peu commune dès qu'il s'agit d'aller récolter un prix ou de tourner un film à l'étranger. Le chemin de l'intégration est pour lui, l'histoire d'une « désintégration » qu'il vit avec rage et douleur.

    Indigène de la nation raconte les étapes de cette quête d'appartenance tourmentée en suivant le fil conducteur de l'examen qu'il lui a fallu passer pour prouver qu'il était français, les humiliations endurées quand on est un comédien aimé et reconnu, et qu'il faut prendre le métro que son père aida à bâtir, pour aller prouver qu'on maîtrise la langue et les usages de son pays. Pour quêter le droit d'être considéré comme Français.

    Indigène de la nation raconte la vie hors du commun de cet enfant de la banlieue parisienne, né à Nanterre, du côté des bidonvilles et élevé à Arcueil quand les nouvelles cités portaient encore le rêve d'une vie meilleure. Dans le rôle de « grand frère », Slimane Dazi a vécu l'évolution des cités de l'intérieur, fréquenté les gangsters à l'ancienne, les « monte-en-l'air » avec lesquels il s'est rompu à l'art du cambriolage. Il a vu monter la violence et changer les drogues. Il a vu se cloisonner les communautés et disparaître les amis. Entre la tentation du retour en Algérie et la survie à Paris, il a multiplié les boulots et les aventures. Camelot, livreur, ventouseur, chauffeur de maître, il a sillonné en tous sens le Paris de la débrouille, le Paris de la nuit, un Paris bien à lui, noircissant des dizaines de carnets de notes qui font la matière de ce livre.

  • Dire nous, c'est inventer tous ensemble le " oui " qui nous manque, celui d'un peuple réuni dans sa diversité et sa pluralité autour de l'urgence de l'essentiel : la dignité de l'homme, le souci du monde, la survie de la terre. Le " nous " de l'égalité, sans distinction d'origine, de condition, d'apparence, d'appartenance ou de croyance. Le " nous " des causes communes où s'invente concrètement l'espérance, là où nous vivons, là où nous travaillons, dans tous ces lieux où nous faisons déjà route ensemble.
    Le " nous " des audaces démocratiques, sociales et écologiques sans lesquelles il n'est pas de confiance retrouvée dans un avenir partagé. Ce " nous ", seul capable d'enrayer la machine infernale qui met la France en guerre contre elle-même, en inventant des boucs émissaires. Ce " nous " qui fera enfin barrière aux divisions où, par la haine, le rejet et la peur, se perpétue la domination d'une minorité et la dépossession de la majorité.
    Ce " nous " où s'inventera un espoir commun, dans la délibération collective, plutôt qu'une aventure personnelle, avec son cortège de déceptions et d'amertumes, tant le " je " présidentiel ruine la confiance démocratique en confisquant la volonté du peuple. Dire nous fait suite à Dire non, paru en 2014. L'alarme qui l'animait alors est, hélas, encore plus justifiée aujourd'hui. Les tenants du repli identitaire, du racisme banalisé, de la xénophobie assumée tiennent le haut du pavé médiatique tandis que nos gouvernants leur cèdent du terrain en nourrissant le terreau des peurs et des haines.
    Leurs renoncements sociaux et leurs régressions démocratiques, leur manque de hauteur et leur absence de vision, leur soumission aux intérêts minoritaires de l'oligarchie financière sèment le désespoir et la colère. Prisonniers du court terme et obsédés par leur survie, ils ne mènent pas la bataille des idées. Pis, par frilosité, conformisme ou aveuglement, ils ne cessent de reculer face aux idéologies renaissantes de l'inégalité et de l'identité, destructrices de la promesse concrète d'une République démocratique et sociale.
    Eux-mêmes gagnés par la peur devant l'inconnu et l'incertain, ils s'avèrent incapables de proposer un imaginaire rassembleur, réduisant la politique à l'économisme, sa vitalité à une statistique, son ambition à la gestion. Il est temps de dire " nous ", et de tracer une autre route, celle d'une civilisation du partage et de l'échange, de la délibération et de la relation, de l'égalité et de la solidarité.

  • à voix basse

    Charles Aznavour

    Les souvenirs devraient couler d'une source parfumée, jaillie des lézardes de la mémoire, allant jusqu'au bras pour transiter du bras aux doigts et, au travers de la plume, venir sagement s'inscrire sur la feuille blanche. Hélas, ils ne se présentent pas chronologiquement mais nous assaillent en désordre, du temps présent à la naissance, de la naissance au temps présent. Mon Dieu, que de faits oubliés nous reviennent à l'esprit après avoir emprunté les labyrinthes du je me souviens... " Dans ce récit intime, l'artiste que l'on connaît, l'homme, plus secret, et l'Arménien de coeur viennent tour à tour chuchoter à notre oreille sur le ton de la confidence, dessinant du grand Charles un autoportrait magnifique.

  • Surgi au coeur de l'Afrique, Ebola a mis les hommes et le monde face au danger de l'extinction. Dans le silence après la tourmente, trois voix s'élèvent : Baobab, confident et mémoire essentielle des êtres, Ebola, qui n'est pas le mal mais un organisme luttant pour sa survie, et Chauve-souris, porteur sain du virus et initiatrice du dialogue. Témoins ou acteurs de la tragédie, ils devisent sur la place de l'Homme, son rôle et ses responsabilités à l'égard du Monde dont il est le gardien. Sur le prix de sa vie aussi.

    Le palabre est ouvert....

    Baobab, arbre-premier, arbre éternel, arbre symbole. Ses racines plongent loin au coeur du monde, pour le protéger de la fureur du soleil et des intempéries. Il va chercher la lumière douce, porteuse de vie, afin qu'elle éclaire l'humanité, illumine la pénombre et apaise les coeurs. Par la voix de l'arbre s'expriment tous ceux qui ont lutté contre les ravages d'Ebola. Hommes, femmes, enfants pris dans la tourmente mais combattants farouches pour la survie des autres et pour leur propre survie : le docteur en combinaison d'astronaute qui, jour après jour, soignait les malades sous une tente ; l'infirmière sage-femme dont les gestes et l'attention ramenaient un peu d'humanité, les creuseurs de tombes qui, face à l'hécatombe, enterraient les corps dans le sol rouge ; les villageois renonçant à leurs coutumes ancestrales pour ne pas favoriser la propagation de l'épidémie...

    Cependant, la voix d'Ebola claque de dureté dans le matin naissant. Il défend sa cause avec sévérité : il n'est pas une force du Mal, juste un organisme qui ne peut subsister sans un hôte. Il ne cherche que sa survie, et n'est coupable d'aucune mauvaise intention. L'Homme peut-il en dire autant, lui qui massacre et détruit même chez son prochain, qui anéantit parfois massivement les autres occupants de la Terre dont le seul tort est d'exister ?

    Entre les deux, la chauve-souris sert de médiateur, elle qui fut le porteur sain du virus avant que les hommes ne viennent déranger le cycle de la forêt. Messagère d'Ebola, elle se veut l'initiatrice d'une réconciliation entre les choses et les êtres.

  • Des Misérables aux Frères Karamazov, réflexion sur la générosité, l'amour et le bien dans la littérature, un bien bouleversant les êtres, qu'il les rende meilleurs ou qu'il les détruise.

    Les traces qu'impriment en nous le prince Mychkine ou Aliocha Karamazov sont inoubliables, et la rédemption de Raskolnikov par quoi s'achève Crime et châtiment est une de ces expériences qui vous marquent pour longtemps.

    De même, Jean Valjean, incrédule face au don insensé des chandeliers par l'évêque de Digne, est soudain arraché à la haine et se trouve, malgré lui, consacré à une vie de bonté et d'intégrité qui ne reculera pas devant les exigences de l'ultime sacrifice. Aucun roman ne révèle mieux que Les Misérables à quel point le bien peut faire « mal à l'âme », soit pour transfigurer un être soit pour le détruire. On le voit avec Javert que la générosité de Jean Valjean conduit au suicide.

    Que la manifestation du bien puisse être insupportable, on le voit encore à l'envie destructrice qui anime John Claggart envers Billy Budd, le beau matelot, incarnation parfaite de l'innocence dans le roman de Melville.

    Face au bien que ces personnages figurent, nul ne reste indifférent : ni les interlocuteurs auxquels ils s'adressent, ni le lecteur qui se trouve, à son tour, sommé de répondre à une expérience existentielle radicale. Telle est la puissance du bien que le nouvel ouvrage de Michel Terestchenko explore dans des exercices de lecture qui, loin de tout angélisme, nous invitent à nous tourner vers ce qui appelle l'humanité de l'homme à l'expérience la plus noble, la plus exigeante et parfois la plus impitoyable.

  • La face B

    Akhenaton

    * AKHENATON a contribué à donner au rap français ses lettres de noblesse.
    Rappeur agile, auteur exigeant, compositeur inspiré, il concilie depuis ses débuts succès populaire et fidélité à l'éthique du hip-hop : dépassement de soi, tolérance, engagement, dénonciation sociale, mais aussi esprit festif et humour méditerranéen. Le créateur de la chanson Je danse le Mia, ce tube hexagonal qui a popularisé le rap auprès d'un large public, peut se targuer d'une constance jamais démentie en vingt ans de carrière.Et si le rappeur s'est beaucoup livré à l'exercice de l'introspection dans ses chansons - plus que n'importe quel autre rappeur - peu de gens connaissent le cheminement personnel de cet homme introverti et peu enclin à se livrer aux médias.Pour la première fois, le petit-fils d'immigrés napolitains, né en 1968 et élevé dans un village sur les hauteurs de Marseille, accepte de se raconter. Il nous entraîne tour à tour dans la campagne de son enfance, le Marseille interlope des années 1980, et le New York de tous les possibles, berceau du hip-hop, où il fit ses classes de rappeur à l'âge de 16 ans.L'histoire d'Akhenaton est celle d'un homme de passions, avec ses périodes fastes et ses années noires, celle d'un homme de foi érudit et d'un père de famille épanoui.Mais l'histoire d'Akhenaton, c'est aussi celle d'IAM, une aventure collective sans équivalent dans le rap français, qui dure depuis vingt ans. * Akhenaton est auteur-compositeur et chanteur de rap français. Il est également producteur de nombreux rappeurs et réalisateur de film (Comme un aimant).Son livre est écrit en collaboration avec Eric Mandel, journaliste musical au Journal du dimanche et collaborateur de Paris Match et RFI musique.

  • Irak, Iran, Vietnam, Cambodge, Guatemala, Turquie, Afghanistan... L'auteur a suivi le flux des conflits qui ont agité la planète des années 1970 à nos jours. Passant d'une situation de crise à une autre, souvent au risque de sa vie, ce petit-fils de victimes du génocide arménien a cherché, en partageant le sort des victimes et des bourreaux, en capturant l'histoire en marche, à faire la paix avec la sienne et celle de son peuple.
    C'est un livre d'aventures et un témoignage émaillé de portraits vivants, de destins tragiques ou dramatiques, héroïques ou pathétiques d'hommes et de femmes nés au mauvais endroit, au mauvais moment - Mickey, la petite pute rencontrée dans la jungle guatémaltèque ; Patrice, l'ami journaliste qui rejoindra la guérilla afghane ; Sead, un adolescent de Sarajevo aux joues rouges, messager pour l'armée bosniaque, tué à 16 ans par deux balles d'un sniper, alors qu'il lui montrait son quotidien -, mais aussi de jalons historiques plongeant le lecteur au coeur des soubresauts du monde.
    La force de ce récit tient encore dans l'empathie que l'auteur manifeste envers les personnes rencontrées, et dans sa quête des traces d'humanité partout où elle subsiste. Pascal Manoukian a accompagné la violence, la terreur, l'injustice et la misère là où elles avaient élues domicile. On ne ressort pas indemne de ces expériences-là, et il a dû apprendre à décharger le trop-plein d'émotions. Ce livre est fait aussi pour cela.

  • Il est temps que la honte change de camp, que les victimes de viol puissent parler sans risquer les représailles ou la stigmatisation. Cet ouvrage, coordonné par Clémentine Autain et rassemblant une centaine de témoignages, est un manifeste contre le silence.


    « On peut raconter dans un dîner que l'on a été victime d'un attentat, que l'on a perdu un proche ou subi un cambriolage. Avec le viol, silence radio. Cet acte touche à la sexualité et la suspicion n'est jamais loin. Le viol est un crime dans lequel la victime se sent coupable, honteuse. Ne pas pouvoir dire ce que l'on a vécu rajoute à la violence subie et contribue à l'impunité des violeurs. » Clémentine Autain Une personne est violée toutes les huit minutes et souvent une chape de plomb pèse sur les victimes. En nov. 2012, à l'occasion de la journée contre les violences faites aux femmes, France TV a diffusé deux documentaires (Viol, double peine et Viol, elles se manifestent) dont les audiences ont été importantes. Parallèlement, le groupe a mis en place une plateforme web pour permettre aux victimes de viol de témoigner - celles-là mêmes qui trop souvent se taisent. Rapidement, des centaines de témoignages ont afflué. À ce jour, plus d'un millier de personnes sont venues dire leur souffrance, leur colère ou leur peur. Elles ont dans le même temps montré leur courage, leur résolution au combat contre le silence, et une volonté à reconstruire leur vie et leur honneur après ce double traumatisme : le viol et l'impossibilité d'en parler.

    Ces maux, leurs mots, expriment tous une grande émotion, née du silence enfin brisé. Au-delà du seul témoignage, ces victimes reconquièrent une parole qui leur a souvent échappée et tentent par-là même de sortir de la honte où notre société semble l'accabler. Cette parole veut aller contre la condamnation tacite qui pèse sur elles, elle est un plaidoyer, un exercice de la justice.

    L'ouvrage débute par une longue introduction de Clémentine Autain. S'ensuit une centaine de témoignages organisés par thèmes (faits, sidération, parcours judiciaire, somatisation, reconstruction). Des données repères sont régulièrement proposées pour ponctuer les récits : chiffres, informations brèves, citations. Un épilogue conclue l'ouvrage, invitant à aller plus loin.

  • Alors que le Conseil national de la résistance espérait, à la Libération, que la France se dote d'une presse indépendante des "puissances financières", celles-ci contrôlent désormais presque tous les médias. Et la normalisation économique se double fréquemment d'une normalisation éditoriale, quand il ne s'agit pas d'une censure pure et simple. De Canal+ à France Télévisions, en passant par M6 ; de Libération au Monde, en passant par Le Parisien, Laurent Mauduit mène l'enquête sur la reprise en main dont toute la presse, ou presque, a fait l'objet ces dernières années.
    Pour comprendre la gravité de cette mise sous tutelle, il nous invite aussi à nous replonger dans les combats démocratiques en faveur d'une presse libre et indépendante qui, de 1789 à nos jours, ont secoué la France. Une plongée dans le passé, celui de la presse asservie du Second empire ou celui de la presse corrompue de l'entre-deux-guerres, qui permet de prendre la mesure de la régression que nous vivons actuellement.
    Etablissant une description méticuleuse du naufrage des médias français, l'enquête est aussi un plaidoyer en faveur d'une refondation de la presse, dans le cadre d'une révolution démocratique. Tant il est vrai qu'il n'y a pas de démocratie véritable sans citoyens éclairés...

  • Jamais avant Spike Lee un cinéaste n'avait filmé le ghetto du point de vue d'un accro au crack se vantant d'avoir « fumé la télé Sony de sa mère » ou d'un sneaker addict entrant dans une rage folle lorsqu'un cycliste caucasien (on ne disait pas encore hipster à l'époque) a roulé sur sa paire de Jordan immaculée. En inventant la « street culture », creuset d'une nouvelle mythologie urbaine au fil des décennies, l'auteur de Do The Right Thing est aussi devenu le père-fondateur du film « hip hop » en intégrant le rap à son espace narratif. Ce gamin de Brooklyn, trop petit et trop frêle pour s'illustrer sur les terrains de basket, aura ainsi esthétisé dans sa représentation cinématographique la pratique du basket de rue, à travers la figure de Michaël Jordan et de ses défis quotidiens aux lois de la gravité. Celui qui dit « emmerder John Wayne » et a menacé Wim Wenders avec une batte de baseball au festival de Cannes a influencé, dans le monde entier, la mode, le langage, les codes, l'esthétique, l'attitude, voire le folklore, de plusieurs générations.
    Ce livre n'est pas une biographie exhaustive mais bien une ballade gonzo et « rap'n'roll » nourrie d'une approche journalistique dans la lignée des écrits de Nick Cohn, Nick Kent ou encore Jeff Wang. À travers la vie et l'ouvre de Spike Lee, c'est une certaine histoire de l'Amérique que nous sommes amenés à raconter, d'une Amérique noire pas encore totalement remise de l'épidémie de crack des 90's, ni des drames nationaux provoqués par les attentats du 11 septembre 2001 et les dévastations de l'ouragan Katrina en août 2005, sans compter les bavures policières de 2014.

    Né à Paris dans les années 1970, journaliste free-lance pour de nombreuses revues spécialisées dans les cultures urbaines et la musique afro-américaine, Karim Madani est l'auteur de Fragment de cauchemar américain (2005), Hip-Hop connexion (2007), Les damnés du bitume (2008), Cauchemar périphérique (2010), Le Jour du fléau (2011), Casher Nostra (2013), Drôle de parcours (2013) et Blood Sample (2014).

  • Pour Aung San Suu Kyi et Stéphane Hessel, la démocratie, patrimoine universel, ne s´arrête pas aux frontières du monde occidental.
    La Birmanie, dictature militaire depuis le coup d'Etat de 1962, est-elle mûre pour la démocratie ? Pour certains analystes convaincus que les notions de démocratie et de droits de l´homme ne s´appliquent pas facilement à l´Asie, l´évolution de la Birmanie vers la démocratie n´a rien d´évident. Ce n´est pas l´avis d´Aung San Suu Kyi ni celui de Stéphane Hessel, pour qui les principes contenus dans la Déclaration des droits de l´homme ont valeur universelle.
    Loin d´un apprentissage de la démocratie, c´est d´un soutien résolu du monde extérieur dont ont besoin celles et ceux qui n´ont attendu personne pour appeler à une autre Birmanie. Aux yeux de Stéphane Hessel, la Dame de Rangoon joue « un rôle extrêmement important (...) à un moment où, dans le monde entier, la question des résistances au despotisme prend une place privilégiée ». Le respect quasi unanime manifesté à l´endroit d´Aung San Suu Kyi n´a pourtant pas empêché différents observateurs de lui prêter leurs propres vues.
    Journalistes, universitaires et autres consultants, convaincus qu´une levée des sanctions visant le régime militaire ne pouvait que favoriser son ouverture, ont ainsi affirmé à tort qu´Aung San Suu Kyi, favorable au maintien des mesures existantes, partageait leurs conceptions. Aung San Suu Kyi, surnommée la Dame de Rangoon, est une femme politique birmane, connue dans le monde entier. Elle incarne, depuis plus de trente années, la résistance non-violente à la dictature de son pays.
    Elle a reçu en 1991 le prix Nobel de la paix.

  • BB, c'est un mythe. À travers elle, Et Dieu créa la femme. Elle fut au coeur de tant de passions, de haines, de controverses, de désirs, de tensions, d'enjeux et de fantasmes. « Elle tenterait même un saint », écrivait Simone de Beauvoir. À une époque où c'est inhabituel, elle porte des chemises d'homme ou des vêtements sexy qui laissent voir sa chair. Change d'amant comme de chemise. Et devient l'objet d'un fétichisme inédit. Son style est ce mélange irréfutable de plastique et de tempérament, de simplicité érigée en art. En combinant les rôles d'ingénue et de femme fatale, Brigitte, symbole sexuel ultime des années pop, incarne l'éternel féminin dans toutes ses facettes. Elle est la déesse, fondamentale, primordiale. Immortelle.
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    Pareil phénomène n'échappe pas aux artistes. Elvis, Dylan, les Beatles, Nougaro, Gainsbourg, Elton John, AC/DC ou Jay Z la célèbrent. Les peintres aussi, de Picasso à Warhol. Et les écrivains, Françoise Sagan, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar, Edgar Morin, Barjavel, et Cocteau, qui dira : « Le destin l'a mise à la place exacte où le rêve et la réalité se confondent. Sa beauté, son talent sont incontestables, mais elle possède autre chose d'inconnu qui attire les idolâtres d'un âge privé des dieux. » Par elle, le Deuxième Sexe nié, caché, soumis, va rétablir son pouvoir initial, irréfutable, celui de la Maternité - laquelle, ironiquement, fut tragique pour la star - et de la Vie, triomphant, croira-t-on tout au long des années 60 et 70, des forces noires de l'humanité, et en tout cas du patriarcat.

    Les politiques ne l'impressionnent guère, et elle ne se gênera jamais pour les interpeller, avec un aplomb, une conscience de sa propre place dans la société et dans son histoire tout à fait admirables. Mais BB appartient à une ère précédente, cet univers amidonné, coincé et strict de l'après-guerre, et les conventions du Vieux Monde belliqueux dont est pétrie la star - parfois brutale, conservatrice souvent, intolérante certainement - l'empêcheront d'aller au bout des rêves immenses qu'elle avait pourtant initiés.

  • Dans la Ghouta orientale où Majd est né et a grandi, sa famille est tout entière accaparée par sa survie. La Syrie défavorisée où il voit le jour supporte, depuis le coup d'Etat de 1970, la politique autoritaire, faite de marginalisation sociale, de répression et de terreur, que mène la dynastie Assad contre sa population. Participant aux protestations dès le premier jour en mars 2011, Majd raconte les marches pacifiques avec ses compagnons de lutte, et leurs aspirations démocratiques, qui se heurtent vite à la violence inouïe du régime.
    C'est à sa sortie de prison, à l'automne 2011, que Majd est témoin des débuts de la lutte armée, et qu'il s'engage dans les aides médicales. En 2013, sa Ghouta natale délivrée par les forces révolutionnaires subit un terrible siège : bombardements quotidiens, malnutrition, situation médicale dramatique, essor du commerce de guerre... Il se lance néanmoins dans l'action civile en créant des centres d'enseignement alternatif pour la petite enfance et en documentant les crimes du régime, notamment l'attaque chimique du 21 août 2013.
    Alors que les rapports entre les différentes factions d'opposition se modifient et que de plus en plus de combattants rejoignent les formations religieuses, financées par l'extérieur, qui disposent d'armes, l'Armée libre s'affaiblit. Pourtant, la société civile (médecins, enseignants, humanitaires, citoyens journalistes) continue à assurer de son mieux la permanence de la vie.

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