Ab Irato

  • C'était l'époque où les généraux parlaient : on voyait passer des bicyclettes traînant des chevelures et juste après l'armistice, il y eut le suicide en masse des orphelins du Soldat inconnu.
    Des choses apparaissaient et disparaissaient. De temps en temps apparaissait le garçon du trapèze volant, aux heures creuses, disparaissait entre les draps une grande guerre au corps-à-corps. Ce fut
    plus ou moins à ce moment-là que la découverte par les astronomes d'une chaussure sur l'aurore boréale provoqua dans le pays des discussions tout à fait savantes, que mirent à profit les
    fabricants de chaussures pour lancer sur le marché un nouveau modèle de patriote : le Patriote pneumatique. Il fonctionnait ainsi...

  • Ce livre est la réédition d'un classique de Flammarion publié en 1975 dans la collection « Question d'histoire » dirigée par l'historien Marc Ferro. Cette réédition est largement augmentée d'un importante postface (l'auteur revient sur les Révolutions du Mexique, il complète en l'enrichissant sa première approche de 1975), et d'une réactualisation de la bibliographie. Une carte contextuelle du Mexique est jointe à l'ouvrage.

  • Le spectacle du sécuritaire s'adresse en priorité aux « citoyens », cette construction sociale abstraite qui donne l'illusion aux « gens » qu'ils ne sont plus exploités comme salariés mais respectés comme individus. La peur est d'abord orchestrée à leur usage. Profondément ressentie par l'ensemble des citoyens, ce qu'on pourrait appeler le « syndrome de Godzilla » (en référence à ce film hollywoodien d'avant les attentats du 11-Septembre où un monstre ravageait New York), structure la vie sociale au son des sirènes hurlantes et des bruits policiers (la peur de l'Autre, du Barbare, du Fou, du Terroriste). Tous contre Godzilla ! tel est le mot d'ordre pour rappeler à chaque instant aux citoyens angoissés la direction de la vie normée. En revanche, la peur du « sans-abrisme », de la précarité, de la vie atrophiée par la perte du travail ou du logement, est à chaque fois rendue invisible par la peur citoyenne dans laquelle elle est amalgamée. L'ordre policier semble le bon remède, mais un remède qui ne permet que de vivre avec la peur.
    Pourtant, à chaque fois que des luttes collectives esquissent des perspectives de rupture sociale et dépassent un certain seuil de « dangerosité », le syndrome de Godzilla recule, la peur s'inverse. Une nouvelle force sociale apparaît, autrement plus intimidante : c'est désormais le « syndrome des classes dangereuses » qui bouscule le paysage social et l'imaginaire des classes dirigeantes. La peur ne terrorise plus les quartiers périphériques, mais les beaux quartiers et les centres de décision : sus aux classes dangereuses ! tel est le nouveau mot d'ordre.

  • La révolution Iranienne (1978-1979) est invariablement associé aux idées de fanatisme, de dogmatisme et d'intégrisme. C'est la vérité officieuse qui a toujours cours en Occident. D'autres ont décelé dans le projet de cette révolution et dans les penseurs politiques qui la façonnèrent (dont Khomeini est la figure majeure) une variante du populisme tiers-mondiste. En somme, un mouvement pragmatique des classes moyennes, lesquelles, cherchaient à moderniser l'Etat et à mieux intégrer l'Iran dans le marché mondial.
    En Iran, dans une société très marquée par les influences religieuses, la classe ouvrière a joué un rôle non négligeable dans ce qui est apparu comme un mouvement de rébellion populaire : elle a mené une grève générale de six mois, organisée hors la tutelle des syndicats et des partis de gauche. L'effondrement du pouvoir central allié à l'esprit révolutionnaire du moment, ont créé les conditions pour l'émergence d'organisations de base, comités et conseils.
    Malgré les objectifs limités des luttes, l'existence de ces organisations intègre l'expérience des travailleurs iraniens dans l'histoire générale du mouvement d'auto-émancipation sociale. L'institution du nouveau régime islamique passait donc, nécessairement, par la transformation de ces comités de base en organismes purement consultatifs. Il s'agissait de les conserver, en les vidant de leur substance.

  • J'avais quelques projets derrière la caboche. Un, corpo : où en est l'enseignement primaire en Cisjordanie ? Deux, affectif : visiter nos anciennes invitées et anciens invités. Trois, politique : rencontrer avant tout des gens ordinaires, seule façon sensée d'appréhender ce qu'est une vie quotidienne. « Ordinaires », id est comme vous et moi, ouvriers, employés, vendeurs, techniciens, étudiants, enseignants, petits artisans, petits agricoles, chômdu, et aussi au féminin s'il vous plaît, et si syndiqués de base sont, voilà qui améliorera le contact. Et j'éviterai bien soigneusement les responsables politiques et religieux ainsi que les bureaucrates et les militants nationalistes : tous-là ne m'inspirant a priori rien qui vaille, là-bas comme ici.

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