Sophie Mendelsohn

  • S'il n'est plus cautionné par la biologie ou l'anthropologie, comme il l'était à l'apogée de la période coloniale, le racisme est loin d'avoir disparu. Son énigmatique persistance puise ses ruses et ses raisons dans l'inconscient et dans les effets de croyance qui l'accompagnent. Ce livre part à la recherche des traces d'une vie psychique collective héritière d'une histoire largement tributaire des grands partages coloniaux, rendue illisible dans notre actualité postcoloniale.
    Pour s'orienter dans ces voies parfois tortueuses, il a fallu miser sur l'apport sous-estimé d'Octave Mannoni. Philosophe venu tardivement à la psychanalyse, il a évolué pendant un quart de siècle dans les colonies avant d'entamer un processus de « décolonisation de soi » coïncidant avec une tentative de décrire l'envers inconscient de la scène coloniale : sa cruauté mais aussi ses fragilités intimes, donnant à penser leurs effets de longue durée tant chez les anciens colonisés que chez les anciens colonisateurs.
    En redonnant une visibilité à ce trajet, ses échos, ses critiques et ses reprises, les auteurs explorent à partir de la mécanique du démenti les ressorts inconscients du racisme. Se dessine ainsi une histoire mineure de la psychanalyse française, qui avait affaire à la question raciale avant même que Fanon s'en saisisse ouvertement, et que Lacan annonce, une fois le cycle des décolonisations achevé, que « le racisme a bien de l'aveni

  • On ne sait rien de l'histoire de la prise en charge des fi lles «délinquantes», contrairement à celle des garçons (connue par Jean Genet et Michel Foucault, entre autres). Vagabondes révèle une partie de cette histoire, celle des trois « écoles de préservation pour les jeunes fi lles » créées par l'État - et donc laïques - au début du XXe siècle. À partir d'un ensemble de photographies de propagande, prises par le studio d'Henri Manuel au début des années 1930 sur commande du ministère de la Justice et de documents conservés dans les Archives départementales, et dans une perspective délibérément « féministe », Vagabondes montre ce que furent les conditions de détention réservées aux fi lles dont le principal délit était celui de vagabondage, interprété par l'administration comme « prostitution ».

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