Sébastien Chailleux

  • Comment l'État fonctionne-t-il quand il est sous pression? Lorsqu'il est pris en étau entre les intérêts économiques, les mobilisations de citoyens, les conflits internes et les luttes politiques, le tout dans un contexte de connaissances incertaines et d'emballement médiatique? Pourquoi les décisions qu'il prend dans ce type de situation donnent-elles souvent une impression d'incohérence, voire d'instabilité? Y aurait-il un décalage entre les discussions qui se mènent dans les coulisses et les déclarations officielles, ou est-ce plus complexe?Les auteurs s'attaquent à cette boîte noire - la fabrique des politiques publiques - à partir d'un exemple très frappant pour lequel ils ont mené une vaste enquête: l'interdiction du gaz de schiste, votée en 2011 malgré les ambitions des groupes pétroliers et l'opinion des experts, contre l'avis de l'administration, du chef de l'État et même de l'Union européenne.S'appuyant sur des entretiens avec les principaux protagonistes et sur la consultation exclusive des archives gouvernementales, ils décrivent les multiples espaces politico-bureaucratiques, publics et discrets, où a pris place le débat et se sont déployées les batailles argumentaires, toujours indissociables des luttes de pouvoir, sur le sujet. Leur approche pragmatique éclaire d'un jour nouveau la politique en train de se faire.

  • Afin de placer les contributions à ce numéro dans un contexte théorique plus large, nous montrons comment les problèmes écologiques peuvent être approchés à partir des perspectives qu'offre la sociologie de l'environnement. Les problèmes écologiques sont des constructions sociales résultant d'un processus complexe de définition, d'appropriation et de diffusion sociale. Ils donnent lieu à des débats et des controverses publiques, dévoilant des conflits et des alliances entre acteurs sociaux. Ils peuvent conduire à des décisions collectives s'institutionnalisant en politiques et pratiques publiques et privées. Quatre approches des enjeux environnementaux, accentuant des aspects différents des relations sociales à l'environnement, sont passées en revue : l'écologie politique, l'écologie humaine, la modernisation écologique, et l'analyse des controverses socio-écologiques. Les articles rassemblés dans ce numéro s'inscrivent dans l'une ou l'autre de ces approches, à l'exception de l'écologie humaine.

  • L'article considère les rapports officiels comme des instruments d'action publique déterminant certaines représentations d'un problème public. En comparant la production de rapports en France et au Québec sur le gaz de schiste, il y est démontré que le processus rédactionnel est d'abord contraint par des choix initiaux en termes de mandat et d'organisation, puis que les pratiques consultatives et référentielles des commissions contribuent à définir les significations de la controverse. Ces rapports diffusent ensuite certaines représentations du problème public qui suivent des trajectoires variées en fonction des acteurs susceptibles de porter ces arguments dans le débat public. Le rapport est un instrument de l'action publique grâce à sa capacité à légitimer certaines significations, mais il possède aussi des effets non maîtrisés, telle sa réutilisation hors du cadre du mandat.

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