Jacques Ferrier

  • L'épreuve pandémique que nous traversons a révélé l'incapacité des villes à prendre soin de leurs habitants. À partir de ce constat, cet essai interroge le rôle prépondérant qu'a pris la technique dans nos vies métropolitaines, et envisage la crise sanitaire comme une occasion de remettre l'humain au centre du projet urbain. Des transports de masse à la climatisation, des appareils ménagers aux outils informatiques, des réseaux d'énergie à ceux de communication, rien ne semble plus possible sans la technique. En accompagnant l'urbanisation planétaire, de servante, elle est devenue maîtresse. La ville a fini par se confondre avec une gigantesque infrastructure. On aurait pu attendre d'elle, en contrepartie, qu'elle soit protectrice. Or, il n'en est rien. Il faut remettre en jeu le corps dans la ville, prendre la question des sens - des cinq sens - au sérieux et placer le vécu de l'habitant au coeur du design urbain. La crise a montré que la relation est la valeur fondamentale de la ville résiliente. Cet essai souligne l'urgence de concevoir la ville autrement, de créer une architecture de la résonance ; résonance avec la planète, avec le contexte, avec l'habitant.

  • Un architecte n'est pas un artiste, mais l'architecture, elle, peut s'apparenter à un travail d'auteur ; un travail qui doit formaliser dans une vision singulière les attentes et les aspirations d'une époque. L'architecte doit construire une oeuvre en prise avec le réel et celui-ci est devenu d'une extraordinaire complexité au cours du xxe siècle, entraînant l'architecture loin des bases auxquelles elle a pu se rattacher pendant des siècles.
    Ce réel est aujourd'hui en crise : nous vivons un profond changement dans le mode de vie urbain, un changement qui concerne donc la majeure partie de la population et la planète toute entière. Ce changement appelle de nouvelles façons de penser la ville et l'architecture ; mais, contrairement aux apparences, rien ne bouge vraiment : occupés à concevoir des bâtiments de plus en plus spectaculaires, quelques stars occupent le devant de la scène et occultent le malaise profond de l'architecture.
    Dans un même temps nous nous sommes condamnés à une architecture générique, prise dans l'engrenage d'une production effrénée ou les critères financiers priment sur les valeurs humaines, créant partout des mondes urbains sans qualités. L'urbanisme de géométrie, séparant le territoire urbain en cases fonctionnelles, s'est imposé comme correspondant le mieux à la rentabilité foncière, détruisant toute possibilité de créer une vie urbaine et collective pour des métropoles où doivent pourtant coexister plusieurs dizaines de millions d'habitants.

  • L'architecture pour une "société durable" est une formidable opportunité de renouvellement de l'architecture et de sa place dans la société, l'occasion de mettre à contribution des technologies et des matériaux nouveaux, de s'inscrire dans des enjeux économiques et planétaires, et d'explorer, en ce début de siècle, une esthétique inédite.

  • L'école primaire a changé de nature. Amputée de sa fonction certificative, elle n'opère plus de sélection. C'est une chance mais aussi une responsabilité complexe à exercer. Changeant de fonctions, l'école primaire a changé de registre d'exigences. Elle enseigne aujourd'hui des disciplines scolaires définies pour être en continuité avec le modèle du second degré.
    On doit avoir à l'esprit ce déplacement d'exigences quand on juge de l'efficacité de l'école aujourd'hui. L'élève quittant l'école primaire doit avoir effectué les acquisitions fondamentales dans les domaines instrumentaux et en matière de méthodes de travail ; il doit avoir pu, par ailleurs, épanouir toutes les facettes de sa personnalité et avoir découvert les éléments de la connaissance du monde humain, social, naturel et technique. Exigence minimale, chaque enfant doit entrer au collège en possession d'un bagage qui lui permette de s'adapter à ce nouveau milieu et à ses exigences intrinsèques : il doit avoir construit un statut d'élève et élaboré les outils adéquats. Il doit avoir fait l'expérience d'un mode de socialisation qui a développé la conscience de ses droits et de ses obligations, c'est-à-dire avoir acquis une première conscience citoyenne.

  • Chacun a en tête une image particulière de la ville méditerranéenne. C'est, avant tout, une série de sensations : le bleu intense du ciel, le scintillement de la mer, le balancement d'un pin, les linges qui sèchent aux fenêtres, mais aussi la tonalité particulière du vent, le claquement des boules de pétanque, les deux-roues trop bruyants, les conversations qui meurent tard dans la nuit, les odeurs qui envahissent la rue... Toutes ces impressions trouvent difficilement leur place dans un manuel d'urbanisme. Elles sont pourtant ce qui fait la singularité et la beauté de la ville méditerranéenne.
    Bien au-delà des découpages territoriaux et administratifs, les villes de l'arc méditerranéen partagent, peu ou prou, une culture et des expériences communes. De Gênes à Barcelone en passant par Nice, Marseille et Montpellier, ces 10 millions d'habitants vivent dans un même paysage, face à la mer et le plus souvent adossé aux reliefs marqués de l'arrière-pays. Ils sont baignés par le même climat qui crée des similarités dans les rythmes et les occupations journalières.
    Sensual City Studio propose d'examiner cet ensemble urbain à travers les usages, les sensations, les atmosphères et souligne la nécessité de réintroduire ces critères dits subjectifs dans l'élaboration de la stratégie urbaine, économique et sociale de ce territoire.
    Il est urgent de donner une réalité à l'arc méditerranéen, cette métropole vivante et innovante à la pointe d'une économie urbaine durable, idéalement située entre Europe et Afrique.
    Enrichi d'une contribution du géographe Michel Lussault, le livre Belle Méditerranée, la métropole sensible dessine les outils pour une façon radicalement nouvelle d'aménager la ville au XXIe siècle.
    Cette étude a été réalisée avec la collaboration et le soutien d'EDF.

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