Georges-Henri Morin

  • Sous le porche d'entrée se profile la silhouette d'un civil. Après quelques instants d'hésitation, il se précipite vers nous et nous apostrophe en espagnol. Notre embarras l'incite à s'exprimer dans un anglais primaire, très accentué. Mathématicien, il affirme avoir découvert une méthode d'analyse des nombres qui permet de dresser un index raisonné de chacun d'eux et surtout de positionner le zéro à sa vraie place. Très vite, au fil de ses explications bégayantes, il apparaît qu'il cherche un moyen de faire connaître ses découvertes à l'étranger. Les trois sbires en uniforme se sont rapprochés. Après force approbations de la tête, ils sont pris d'un fou-rire contagieux. La surveillance des hauts-lieux se relâche à moins que le mathématicien soit, à ses dépens, le fou de l'endroit.

  • Alain Joubert a découvert le surréalisme en 1952 et participera dès lors à toutes les activités du groupe jusqu'à son autodissolution en 1969. Il avait été frappé au sein du groupe du fait que les jeunes surréalistes se croyaient tenus de brandir un ou deux poèmes pour tout viatique. Pour pallier une véritable inflation poétique, il décidait de ne pas montrer au groupe ses poèmes.

    L'essentiel de son activité consistant dès lors en réflexions théorique et politique, courts pamphlets, essais portant sur la nature du théâtre et du cinéma?; mais pas de poèmes... L'Autre côté des nuages réunit pour la première fois l'ensemble de son oeuvre poétique, inédite pour l'essentiel.

  • Les dessins contenus dans Le Trèfle incarnat sous-titré Une Journée de Nô furent offerts à Anne-Marie Beeckman, il y a quelques années, par Georges-Henri Morin. Leur composition a inspiré le poète, elle a écrit des poèmes sur ces derniers à la manière du Nô (drame lyrique) et du Kyôgen (scène comique) issus du théâtre japonais. Neuf poèmes, chacun accompagné d'un dessin, alternent donc Nô et Kyôgen : la puissance et le pouvoir du premier dans la poésie d'Anne-Marie Beeckman, font vibrer le désir, l'appellent voire le supplient à sortir de sa petite mort ; tandis que le second, sous ses masques de bêtes insolites, se joue de nous : preuve supplémentaire qu'il nous faut tordre le cou à la vie. Et comme le note, si justement, Jacques Josse : « Il y a chez Anne-Marie Beeckman une grande capacité à s'émouvoir et à s'émerveiller en assumant pleinement ces morceaux d'irréalité qui font briller sa rétine. Son écriture est inventive. Et son imaginaire sous tension. »

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