Georges Nivat

  • L'exposition aura lieu à l'Institut de France, dans le nouvel auditorium Bettencourt dont elle inaugurera les locaux. Environ 120 objets et manuscrits y seront exposés, depuis l'album de fa- mille de la mère de l'écrivain, les brouillons de l'adolescent (un poème sur le mathématicien fran- çais Évariste Gallois) jusqu'à l'extraordinaire manuscrit corrigé de L'Archipel du Goulag qui passa un quart de siècle enterré au fin fond de la campagne estonienne. Seront exposés le manuscrit, 800 feuillets d'une écriture microscopique (venu des archives de l'écrivain à Moscou), le tuyau de plomb où il fut caché (venu d'Estonie), et le coffre à caractères cyrilliques qui servit à composer secrètement le livre-bombe dans une ruelle de Paris en 1973.
    Un tiers des objets viendront de France : les archives de Nikita Struve (1934-2016), éditeur d'Ymca-Press, des traducteurs J. et G. Johannet, et de « l'agent de Soljenitsyne », Claude Durand (1938-2015), partition de l'opéra de Gilbert Amy, films et interview.
    Le commissaire de l'exposition et rédacteur du catalogue est le professeur Georges Nivat.
    Illustrations et texte donneront le cheminement hors norme de ce résistant pour qui l'homme, c'est « de l'espoir et de l'impatience ».
    « Depuis la parution d'Une journée d'Ivan Denissovitch, ma vie a été accompagnée par Alexandre Soljenitsyne. Je me rappelle ma première lecture du récit dans la revue Novy Mir, et depuis je n'ai cessé de le lire : toutes ses oeuvres sont venues après ce mois de décembre 1963, où le monde découvrit Ivan Denissovitch et son auteur. Je ne fus pas le seul : des millions de lecteurs ont eu leur vie accompagnée par cet écrivain, ont suivi avec passion sa lutte solitaire contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium, ont eu la révélation de L'Archipel du Goulag, puis, moins nombreux, mais encore des dizaines de millions, ont suivi l'aventure de La Roue rouge. Je considère que ce fut pour moi un bonheur, je l'ai lu et relu, traduit (en petite partie), j'écris sur lui depuis 1970. » Georges Nivat

  • Le phénomene Soljénitsyne

    Georges Nivat

    • Fayard
    • 16 November 2018

    Ce livre embrasse tous les aspects du "phénomène Soljénitsyne" : la naissance d'un athlète de la dissidence, le labeur d'un écrivain comparable à Balzac, l'érection de deux "cathédrales" d'écriture, L'Archipel du Goulag sur la fabrique d'inhumain en utopie, et La Roue rouge sur le "déraillement" de l'histoire russe, enfin, le poète philosophe des "Miettes en prose" , de La Maison de Matriona, des dialogues stoïciens du Premier Cercle.
    Alexandre Soljénitsyne lut attentivement la première version de ce livre en russe (publiée à 800 000 exemplaires à Moscou, en pleine perestroïka) et il porta ce jugement : "Une vision littéraire pleine d'acuité, une intuition morale très fine, et des conclusions générales qui visent juste". (Esquisses d'exil). Le nouvel ouvrage tient compte de plusieurs remarques envoyées par Soljénitsyne à l'auteur.
    L'ancien volume est totalement refondu et largement augmenté. Georges Nivat y conduit la réflexion littéraire et morale jusqu'au terme de la longue vie d'écrivain lutteur d'Alexandre Soljénitsyne.

  • Les trois âges russes

    Georges Nivat

    • Fayard
    • 11 February 2015

    De l'Âge d'or à l'Âge de fer, en passant par l'Âge d'argent, la Russie a parcouru à pas de géant, de Pouchkine à Soljénitsyne, les trois âges mythiques de l'humanité selon Hésiode. Elle s'est inventée dans l'oeuvre d'un poète aux cheveux crépus (hérités de son ancêtre africain), Alexandre Pouchkine. En lui elle a combiné soif de liberté et fierté de l'empire. Cet Âge d'or culmina avec Tolstoï, dont Guerre et paix donne une image idyllique de l'harmonie peuple-aristocratie.
    Mais Tolstoï devint le premier dissident européen et prépara la chute de l'empire. L'Âge d'argent, né avec Tchékhov et accompagné par le terrorisme naquit de la modernisation rapide de la Russie et cultiva le sombre pressentiment d'une apocalypse en gestation, la Russie du Châtiment d'Alexandre Blok, celle du « poème de la terreur », Pétersbourg, de Biély.
    Quand l'Utopie tant rêvée arrive au pouvoir, elle est accompagnée de gredins « au coeur de chien » selon la métaphore de Boulgakov, et il s'ensuit un terrible Âge de fer. Son nom sera « Goulag » et il donne naissance à une nouvelle dissidence, secrète avec Pasternak, frontale avec Soljénitsyne. Et à une magnifique littérature où, une fois de plus, le ressort littéraire est le primat éthique.

    Georges Nivat s'emploie ici à relire les textes et les mythes de cette Russie des trois Âges pour recomposer un parcours de l'immense culture russe.

  • Des millions de lecteurs ont eu leur vie accompagnée par Alexandre Soljenitsyne, ont suivi avec passion sa lutte solitaire contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium, ont eu la révélation de L'Archipel du Goulag, puis, moins nombreux, mais encore des centaines de milliers ont suivi l'aventure de La Roue rouge. On aurait pu croire que rien ne resterait de la première moitié de vie : que pouvait préserver une mère seule courbée sous la misère, marquée par la tare d'une origine sociale et d'une fidélité à la religion ? Que pouvait-il rester des années de guerre, de captivité, de bagne, des débuts littéraires dans une absolue clandestinité ? Eh bien non ! Outre l'énorme laboratoire de l'écrivain après son expulsion d'URSS quand enfin il trouve des conditions normales d'écriture, il nous reste, ô miracle !, des cahiers d'écolier, des écrits d'adolescent, des textes rédigés en secret à la prison-laboratoire. Plus quelques reliques de famille, deux albums de photos qu'il prit lui-même à Kok-Terek, pendant sa relégation au Kazakhstan. Ce livre rend compte des multiples facettes de ce géant de l'écriture : étude d'ensemble, articles ciblés sur quelques aspects (la réception de l'écrivain, les biographies qui lui ont été consacrées), des témoignages (ses deux principaux traducteurs, son éditeur en russe, son agent littéraire mondial, le compositeur Gilbert Amy, sa dernière biographe). Il compte également des inédits : plusieurs lettres dont l'émouvante lettre à Spiridon (le concierge de la charachka), une grande lettre à Lydia Tchoukovskaïa, des fragments du Journal R-17, trois textes qui sont des « lectures » faites par Soljenitsyne : « Mon L e r m o n tov », « Ivan Chmeliov et son Soleil des morts », « Le P é te r s b o u rg d'Andreï Biely ».

  • Voici une histoire de la civilisation russe non événementielle et non historiographique, qui n'est pas non plus un recueil d'essais sur des sujets sociologiques ou anthropologiques. Elle s'inscrit dans la suite des Lieux de mémoire en France conçus par Pierre Nora il y a vingt ans et qui ont passablement renouvelé l'approche des objets historiques, en particulier en examinant le fonctionnement des lieux et institutions commémoratifs et fondateurs des mémoires nationale, sociale, professionnelle. En Russie, où la réforme des recherches historiennes ne fait que commencer, l'historiographie russe reste encore dominée par les grandes problématiques de l'opposition Occident/Russie, ou encore slavophiles/occidentalistes, c'est-à-dire toujours idéologisée. L'ouvrage est conçu comme une reconstruction du fonctionnement de la mémoire russe par liens entre tous les éléments qui la constituent - cet usus de la vie russe que Roman Jakobson a défini comme la chose commune aux Russes, plus commune que le territoire, mouvant et immense, ou que les institutions, sujettes à effondrements. Le premier de ses trois tomes tente de répertorier la « géographie » de la mémoire russe : d'abord le paysage, mémorisé par tout Russe, canonisé par la peinture de la seconde moitié du XIXe siècle, les différents types de villes, bourgs, villages et hameaux qui hiérarchisent l'espace russe d'une façon beaucoup plus différenciée qu'en Occident, les musées et grands monastères, les jardins, les nécropoles, et leur rôle social encore bien vivant, les lieux d'enseignement séculier et religieux, le théâtre également, qui fut aux XIXe et XXe siècles une institution presque égale à la religion, et enfin les lieux «emportés» avec soi par l'émigration, en elle-même lieu de mémoire et moteur actuel du renouvellement de la mémoire russe depuis son « rapatriement ». Sans équivalent à ce jour, cet ouvrage devrait enrichir considérablement l'appréhension d'une grande civilisation qui n'en finit pas d'intriguer ses voisins immédiats ou lointains, ses amis comme ses ennemis, faute d'une connaissance approchée.

  • L'album retrace l'histoire littéraire du XXe siècle - le Siècle d'or russe - vu comme un cycle culturel. C'est avant tout le siècle de la renaissance - appelée « le miracle » de la littérature russe. Et, l'auteur de ce miracle est sans aucun doute Alexandre Pouchkine. Grâce à lui, la littérature russe a acquis une « universalité » et a pu rejoindre la culture européenne. C'est pourquoi, le Siècle d'or commence avec lui et se termine à la mort d'un autre géant, Léon Tolstoï: les deux pôles entre lesquels oscille l'âme russe. À eux deux, ils illustrent le pouvoir de la littérature qui changea le regard de l'Europe sur un pays capable non seulement de prendre chez les autres peuples, mais aussi de donner, d'offrir de nouveaux repères spirituels, idéologiques et esthétiques. Le livre reprend les éléments d'une exposition exceptionnelle organisée par la Fondation Martin Bodmer à Genève. Unique au monde, la fondation s'efforce de retracer l'histoire intellectuelle de l'humanité à partir des documents originaux. On trouve parmi ses trésors la Bible de Gutenberg, des manuscrits originaux de Dante, Goethe, Proust, Musil, etc. Trésors du siècle d'or russe est bien plus qu'un catalogue d'exposition. C'est une composition originale dans laquelle se côtoient des documents d'archive et des textes de présentation d'une qualité exceptionnelle. Écrits par Georges Nivat - spécialiste incontestable de la culture russe - ils sont accompagnés par des éléments historiques et documentaires fournis par les meilleurs spécialistes russes.

  • Dirigé par Georges Nivat et Michel Aucouturier.


    Ce cahier a été conçu avant tout comme un hommage collectif à celui qui n'était pas encore le quatrième « prix Nobel » de la littérature russe : hommage de lecteurs fervents, mais aussi d'historiens de la littérature conscients du fait que Soljénitsyne est de ces rares écrivains qui, de leur vivant déjà, font d'emblée partie de l'histoire et qu'il était par conséquent possible et même nécessaire d'aborder son oeuvre dans un esprit d'objectivité scientifique. Les études et témoignages réunis dans ce Cahier forment la troisième et plus volumineuse partie.

    Dans le même esprit, la deuxième partie de ce recueil réunit tous les documents connus ayant trait à ce qu'on appelle l'affaire Soljénitsyne. Ces documents éclairent non seulement la personnalité et l'oeuvre d'Alexandre Soljénitsyne mais aussi le problème plus général de la situation de l'écrivain dans la société soviétique d'aujourd'hui. Plusieurs des textes que comporte cette deuxième partie ont déjà été présentés au lecteur français. Nous en avons ajouté beaucoup d'autres et en particulier ce document extraordinaire que constitue le choix d'extraits de lettres reçues par l'écrivain à la suite de la parution d'Une journée d'Ivan Denissovitch. Il nous a semblé nécessaire de réunir tous ces documents connus ou inconnus, toujours dans une traduction nouvelle, afin de donner au lecteur d'aujourd'hui - en pensant à l'historien de demain - un dossier aussi complet, aussi clair et aussi sûr que possible.

    La première partie enfin voudrait compléter la liste des traductions françaises de Soljénitsyne. Ici nous avons réuni des oeuvres qui étaient déjà connues en russe et presque inconnues en français. Ces textes, sans avoir l'ampleur ni peut-être la richesse des grands romans, éclairent chacun un aspect un peu ignoré de l'écrivain Soljénitsyne : ses dons de poète (Etudes et Miniatures), de dramaturge (Flamme au vent), de nouvelliste (Zacharie l'Escarcelle, La main droite, La procession pascale) et même de polémiste (Lettre ouverte du 15 juin 1970). De tous ces textes, seul Zacharie l'Escarcelle a paru en URSS, en janvier 1966, dans la revue Novy Mir. C'était la dernière fois que Soljénitsyne avait accès aux éditions de son propre pays.




    Numérisation réalisée avec le soutien du CNL.

  • Vivre en russe

    Georges Nivat


    slaviste de renommée mondiale, georges nivat propose ici un chemin au travers des grandes problématiques de la culture russe, tout en indiquant quel a été son propre parcours.

    aussi cet ouvrage ressortit à l'autobiographie intellectuelle comme à l'histoire de la culture. les clés de la culture russe -orthodoxie, utopie, fuite hors du monde, complexe de l'échec -éclairent des relectures de pouchkine, dostoïevski, tolstoï, tchékhov, blok, biély, chalamov et soljénitsyne.
    le "menti-vrai" de l'idéologie communiste y est étudié, ainsi que la presque " indicibilité" du goulag en tant qu'image honteuse pour l'homme survivant.
    de brèves analyses des auteurs actuels voisinent avec de longues plongées dans l'univers des "grands visuels" russes comme le peintre et graveur alexéïeff, le cinéaste sokourov, ou le peintre music. des échappées vers la littérature française avec volkoff, ou serbe avec tchossitch, élargissent l'horizon de la "russitude". l'instabilité de la conscience nationale russe s'éclaire au fil du livre, ainsi que ce primat du spirituel qui pousse l'homme russe à la fuite hors du monde ou à la dissidence, et amena le poète pouchkine à s'inspirer du grand poète puritain anglais bunyan et de son voyage du pèlerin.

    l'incertitude sur la place de la russie dans l'europe, croisement contradictoire des axes nord-sud (des varègues aux grecs) et ouest-est (le mouvement eurasien) amènent l'auteur à une conclusion relativement pessimiste sur ce qu'est aujourd'hui la "traversée d'europe", le "désir d'europe" qui jadis poussa le poète suisse blaise cendrars vers le mirage de la "légende de novgorod".

  • L'Institut de France et la Sorbonne ont donné abri et prestige à la grande conférence internationale qui s'est tenue en novembre 2018 pour célébrer en France, à Paris, le centenaire de l'écrivain qui fut le quatrième Prix Nobel russe de littérature. En voici les interventions autour du thème "Soljénitsyne et la France" signées par de grands noms et qui mettent en lumière la figure et l'oeuvre de Soljénitsyne vu par le monde intellectuel russe et français.
    L'Institut de France et la Sorbonne ont donné abri et prestige à la grande conférence internationale qui s'est tenue en novembre 2018 pour célébrer en France, à Paris, le centenaire d'Alexandre Soljénitsyne qui fut le quatrième Prix Nobel russe de littérature.
    Certes il n'a pas élu domicile en France, mais lui et sa femme Natalia y séjournèrent plus que dans tout autre pays occidental, hormis la Suisse et l'Amérique. L'écrivain se déclara même surpris qu'elle soit devenue pour lui ''une deuxième patrie''.
    Les ors de la République comme les voix des lycéens et étudiants se sont unis pour questionner l'oeuvre d'Alexandre Soljénitsyne, ajoutant ainsi une page importante à l'histoire déjà riche de la « réception » de Soljénitsyne en France. Vingt-six personnalités : politiques, historiens, philosophes, romanciers ou psychanalystes - français, russes, américain, italien - ont évoqué, chacun à sa façon, la vie et l'esprit d'un lutteur, d'un bagnard devenu immense romancier, d'un captif de l'idéologie qui a brisé ses chaînes et retrouvé le Dieu que sa mère et son grand-père lui avaient inculqué. De ces journées comme de ce livre, il restera une impression d'avoir touché aux mains et à l'esprit d'un champion qui s'est libéré et qui peut encore nous apprendre à nous libérer, nous aussi.

  • De la création, au début du XIXe siècle, du « récit historique russe » aux soubresauts actuels de la mémoire russe, ce 2e tome embrasse l'histoire de la mémoire russe et de ses mythes.
    Ce second volume consacré aux Sites de la mémoire russe poursuit et complète un relevé de la civilisation russe qui s'inspire des Lieux de mémoire de Pierre Nora. Ni articles sociologiques ou anthropologiques, ni encyclopédie, c'est un choix des topoï de la mémoire russe. Lieux et institutions de cette mémoire dans le tome 1, consacré à sa géographie, grandes étapes de son fonctionnement et dysfonctionnement dans ce tome 2, consacré à son histoire.
    Le "récit historique russe" naquit au début du XIXe siècle, avec Nicolaï Karamzine. Il est étayé par "l'invention" des Antiquités russes, la série des Chroniques commencée sous Nicolas Ier et poursuivie aujourd'hui, les lettres écrittes sur écorce de bouleaux découvertes depuis 1951 dans les fouilles de Novgorod. Peinture et musique russes ont grandement contribué à ce récit et sont donc amplement traitées, tout comme l'histoire de l'Église et du sentiment religieux.
    Le mythe dominant est celui de Pierre le Grand, on verra combien le premier empereur prit soin de le forger lui-même. Mais il y en a bien d'autres : celui de la révolte russe (Stenka Razine, Pougatchov, les décembristes, Octobre 1917), ou "Moscou Troisième Rome". Le corps embaumé de Lénine, la silhouette de Staline réapparue aujourd'hui témoignent des soubresauts de cette mythologie.

    La richesse et la grandeur impressionnantes de cette mémoire se conjuguent avec les crises d'amnésie et d'hypermnésie. Autant de paradoxes plus actuels que jamais pour comprendre la Russie.

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