Langue française

  • EN 1994, Maud Mannoni demandait à des psychanalystes engagés dans la pratique de témoigner clans un livre de leur passage à l'analyste (Devenir psychanalyste, les formations de l'inconscient, Denoël, Paris).
    Aujourd'hui, plus de quinze années après, les réductions statistiques d'une société néolibérale qui commercialise la vérité à l'aune de ce qui peut se mesurer, se peser, se compter, nous poussent à témoigner d'une autre manière de transmettre. Transmettre l'énigme de cc qui est unique, qui ne peut pas s'additionner à d'autres valeurs, qui ne peut pas se réduire à une vérité close. 'transmettre, comme une poétique, les effets d'une rencontre qui transforme la souffrance en créativité, qui rend compte de ce qui a une valeur sans pour autant être évaluable.
    /> Jacques Lacan et Maud Mannoni nous ont transmis la nécessité d'écouter les jeunes pour garder vivante en nous la passion pour la psychanalyse, de continuer d'apprendre des patients qui savent débusquer, dans leurs propres souffrances subjectives, les sources des inventions à venir. Cinq psychanalystes s'y risquent, chacun dans son style. Ils y affirment leur passion pour l'inconscient, les prises et reprises de leur expérience, devenue récit, littérature, et qu'ils lisent en position d'analysant pour tenter de dire ou de repérer dans leur récit la présence du psychanalyste.
    Ils y affirment qu'il n'y a pas de psychanalyste en dehors de l'expérience même d'une cure, en dehors de la relation d'amour qu'instaure le transfert, dans la dissymétrie même de la rencontre. Ces cinq psychanalystes s'autorisent à devenir auteurs du récit de leur acte, pour continuer de transmettre sa consistance. Ils montrent que celui-ci ne se conclut jamais, ne ferme pas la dimension de la rencontre à venir ; il demeure vivant et nous invite à inaugurer une ouverture : affirmer toujours qu'il y a de l'autre et l'écouter sans relâche, en nous, en lui, dans la certitude de ce qui est encore en devenir dans les mots et leurs intervalles.

  • Depuis quelques années, les colloques se multiplient - y compris ceux consacrés à Henri Maldiney. Il arrive, là comme ailleurs, qu'ils se suivent et ne se ressemblent pas.
    En 1990, s'est tenu à Lyon le premier colloque explicitement consacré à H.Maldiney. L'idée était de lui donner la parole, mais après seulement avoir entendu quelques-uns de ses anciens étudiants et de ses plus proches amis (Jacques Schotte, André du Bouchet, Roland Kuhn), réunis autour de questions centrales pour chacun d'eux. Encre Marine a publié les meilleures pages provenant de ces journées, Existence :
    Crise et création.
    En 2010, l'Association Internationale Henri Maldiney (= AIHM) a réuni un colloque, en l'absence d'Henri Maldiney) où ceux qui ont été directement ou indirectement formés par lui tenaient à dire, chacun à sa façon, leur dette.
    Les actes du colloque (accompagnés de textes devenus introuvables de H.Maldiney) ont été publiés par les Éditions de la Transparence sous le titre : Henri Maldiney : penser plus avant.
    En 2012, Henri Maldiney a eu cent ans. L'AIHM a réuni un colloque d'une journée à Lyon organisé avec la Faculté de Philosophie de l'Université Jean-Moulin (là où H.Maldiney a longtemps enseigné) et un autre de deux journées à Paris, rue d'Ulm (là où H.Maldiney a été étudiant), co-organisé avec les Archives Husserl. Jocelyn Benoist, alors directeur des Archives Husserl, présente le recueil de contributions variées qui montrent comment désormais l'oeuvre de Maldiney est lue à la fois par quelques-uns qui accompagnent son travail depuis longtemps déjà et par de tout nouveaux lecteurs - ce qui témoigne du mouvement de diffusion de sa pensée. À tel point que certains ont pu dire que ces colloques avaient été l'occasion de lire H.Maldiney « comme un classique ».
    La reprise par la collection Encre Marine du texte de l'intervention de Maldiney datant du premier colloque - « Existence : crise et création » - montre que décidément, même dans le retrait lié à l'âge, Henri Maldiney continue, fûtce à travers son oeuvre, d'exercer une singulière présence.

  • Ce livre recueille le témoignage de plusieurs personnes qui ont vécu, et vivent toujours, l'expérience de la greffe de visage depuis des positions décisives - l'une des patientes greffées, le chirurgien, la psychiatre accompagnant les patients. A ces voix se mêlent celles de chercheurs en philosophie.
    Les quatre textes composant ce livre racontent la greffe de visage et tentent, chacun à leur manière, de porter cette expérience à l'expression de son sens. Ils s'entrelacent et se font écho. Dans la décantation, toujours inachevée, de ce que signifie l'expérience de la greffe de visage - entre « Face » et « Visage » - les questions usuellement formulées (du don, de l'identité personnelle, de la singularité du visage eu égard au reste du corps humain, de son importance pour le lien social, de la légitimité du geste nouveau dans la pratique médicale, etc.) se trouvent parfois annulées au profit d'autres jusqu'ici insoupçonnées, parfois déplacées, et ainsi éclairées d'une lumière nouvelle.

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