Editions Verdier

  • « Car nous sommes dans un temps où les vents soulevés charrient de la poussière des confins du désert, car nous sommes dans des villes où nos pas hésitants arpentent nos faillites, détaillent nos abandons, où nos regards brouillés par le sable d'Afrique semé par les grands vents ne discernent plus rien du chemin à tracer, des directions à prendre, car nous sommes en passe de devenir fantômes, frères de déréliction de ceux à qui hier nous tendions des aumônes, fantômes vivants pourtant, tributaires de nos tripes, de nos muscles, de nos désirs éteints, nos regrets murmurés, suspendus aux rumeurs nous n'avons plus de lieux où poser nos fardeaux. » Mathieu Riboulet. « Compagnies de Mathieu Riboulet » accompagne la publication posthume du dernier livre de celui-ci, Les Portes de Thèbes, Éclats de l'année deux mille quinze, d'un ensemble de textes d'écrivains particulièrement sensibles à son oeuvre.

  • À ceux qui attendent une parole en existence, vérifiée par le noeud des actes et des pensées, par ce qui dure, insiste en chaque homme et fait l'épaisseur de son présent, se propose, modestement, ce livre, le Traité des Pères, écrit au IIe siècle par Rabbi Juda Hanassi. À ce court texte, se confrontèrent, génération après génération, les plus grands penseurs juifs, persuadés qu'en ce débat se décidait ce qu'il en était justement de leur grandeur. Recueil des sentences des sages d'Israël qui succédèrent aux prophètes de l'époque biblique, les Pirqé Avot ou Traité des Pères, furent en effet l'objet, au cours des siècles, du plus intense travail de commentaire que connut la tradition juive. Le premier d'entre eux, par son importance, est le commentaire de Rambam (Moïse Maïmonide) que l'on trouvera traduit intégralement dans ce livre. Nous lui avons joint les extraits les plus significatifs des principaux autres commentateurs : Rachi, Rabbénou Yona, le Maharal de Prague et Rabbi Hayim de Volozhyn. Ainsi, lorsqu'en présence du déploiement séculaire d'une parole qui a la vie dure, on scrutera le défilement de ces écrits et on étudiera ces textes, on saura alors comment se décident et se reproduisent les orientations cruciales de ce que l'on nomme éthique et sagesse. À chaque époque, l'éternel recommencement de l'homme, tel est l'envoi que nous adressons à notre tour au lecteur d'aujourd'hui, accompagné, à terme, d'une question pour lui, sur ce qu'il entend mettre dans cet aujourd'hui.

  • Cinquante ans. Se souvenir. Vanité des pèlerinages, pathétique dérisoire des protestations contre l'oubli. L'histoire, superbe, celle-là même qui laissa voir la barbarie au coeur de la plus splendide civilisation, l'histoire tourne la page. Pages d'histoire, révision des points de vue ; à quel titre, murmurent les ignobles, refuser à l'intelligence historienne le droit de renouveler les points de vue ? Il n'y a pas de mémoire dans l'histoire. La mémoire d'Israël retient-elle les horreurs des barbares civilisés dans le détail ? Retient-elle même les gestes héroïques des victimes insurgées ? Elle retient la sainteté qui s'écarte de l'histoire des vainqueurs. Dans ce petit livre sans âge, écoutez les histoires des bouts de chandelle, de lanières de phylactères. C'est la résistance juive, l'éternité d'Israël.

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