Decrescenzo

  • Six auteurs, six nouvelles. Pour la plupart nés dans les années 70, les auteurs de ce recueil dessinent les nouvelles lignes de force de la littérature coréenne (érotisme, libération des moeurs, affirmation de soi, désirs..), sans se départir des enjeux d'une société jugée encore très conservatrice. Sur un mode à la fois divertissant et poétique, ils témoignent d'une fine connaissance des phénomènes de l'inconscient et des pouvoirs de la littérature. Les aiguilles nous plonge dans le quotidien d'une jeune femme tatoueuse. L'insertion d'aiguille dans l'épiderme de ses clients, et dans l'intimité de son appartement, crée une atmosphère puissamment sensuelle faite de désirs refoulés et de fantasmes inavoués. Dans La tombe de crabes, l'odeur de soja réveille le souvenir érotique d'une femme mangeant nue dans le noir. Tandis que La nouvelle Ta métamorphose continue l'exploration du corps en réfléchissant sur le dépassement des limites de l'être humain. L'homme transformé par la chirurgie esthétique et les biotechnologies s'inscrit dans une réalité qui rattrape déjà la fiction... Avec Dangereuses lectures, un thérapeute qui soigne les troubles psychiques en faisant lire à ses patients des romans dont le contenu évoque le problème qui les met à la torture, tombe amoureux de l'une de ses patientes. Une méditation sur les pouvoirs de la lecture poursuivie avec L'ongle du chef, qui voit sa narratrice, absorbée dans ses livres, se perdre dans le métro. De son côté, La chambre dansante d'Ivan Menchikov transporte le lecteur dans un univers aux frontières incertaines, celui d'un écrivain qui voit les êtres et les choses danser et se déplacer dans son appartement.

  • La lenteur comme elle va.

    On voyage jusqu'à Séoul en à peine plus de dix heures d'avion. On peut aller encore plus vite : la brièveté d'un clic sur un clavier d'ordinateur, et nous voilà transportés à l'autre bout du monde. Nous n'avons jamais été aussi « proches » les uns des autres et la vitesse toujours grandissante des moyens de transport et des connexions Internet nous rend toujours plus de choses et de lieux immédiatement accessibles. Enivrés de notre modernité, nous avons sans arrêt quelque chose à faire, à voir ou à penser.

    Pourtant, dans la pratique, on ne nous voit point contents. Alors que l'accroissement du confort physique et le progrès technologique devraient nous rendre satisfaits, nous aspirons à toujours plus de découvertes. Il est même étonnant de constater que, alors que les livres de développement personnel font florès et que l'on revendique haut notre désir de retour à un mode de vie sain et naturel, nous prenons le plus grand soin à n'être jamais seul avec soi-même mais un soi encombré de multiples expériences. Il paraît à peu près sûr que la vitesse - ou la précipitation - à laquelle nous fonçons sous une avalanche de distractions nous détourne de ce qu'une pause confortable, un mouvement traversé par la lenteur nous amèneraient à repenser : notre rapport au monde.

    En 1999 naissait le label Città Slow. Il s'agit là d'un mouvement de décélération propice à envisager un autre mode d'existence, une vie urbaine plus paisible. S'agissant de gastronomie, d'aménagement et de gestion de la ville, la lenteur porte en elle-même le gage de l'authenticité et renvoie à l'adéquation entre les facultés de l'homme et les capacités de la nature (« Éloge des villes lentes en Corée »).

    Une proximité retrouvée avec la nature et l'une de ses plus belles expressions : la marche à pied. Tandis qu'il disparaît lentement dans le paysage qu'il traverse, le flâneur a toute latitude de se laisser aller au rêve et de mobiliser tous ses sens. Il découvrira au détour d'un sentier des bonheurs d'ordre gustatif, s'il sait se montrer patient pour apprécier la saveur des fruits qui lentement mûrissent (« La culture assimilée à la nature »). Et, dans le calme que procure l'impression de la beauté sauvage, le temps de sa promenade rencontrera le temps d'un poème (« Lenteur et Poésie »).

    Cheminer lentement pour habiter le présent, voilà ce que nous propose Haemin, moine bouddhiste coréen, dans son livre intitulé Ce que l'on voit en s'arrêtant. Stoppons notre course-poursuite (toujours plus vite, toujours plus de quelque chose.). Faisons une pause. Nous aurons enfin une chance de saisir tout ce que la vitesse a fait miroiter à nos yeux tout en nous ôtant le temps de regarder.

    Si les arts martiaux sont souvent considérés pour leur utilité en self-defense, nous serons surpris de découvrir que la lenteur est malgré tout une condition de leur apprentissage, tout autant que la philosophie dont ils se réclament (« Le long apprentissage des Arts martiaux »).

    Qui oserait penser qu'un rite puisse être exécuté rapidement ? Et tout particulièrement un rite adressé aux ancêtres. Il puiserait alors dans la vitesse sa condition de l'oubli (« Les rites confucéens pour les ancêtres »). Tout comme pour ce chant si propre à la Corée, le pansori, héritier du chamanisme et du confucianisme, qui se jouait autrefois sur les places de marché et que la Corée réhabilite aujourd'hui (« La complainte du chanteur de pansori »). Rites et chants ont parties liées dans leur exécution, dans la façon dont ils se proposent, pour des raisons différentes, à une même aspiration universelle.

  • A l'occasion de l'année France-Corée et du prochain Salon du Livre de Paris, la revue Keulmadang consacrée à la littérature coréenne publie un numéro spécial " Ecrivains coréens d'aujourd'hui ". Dans ce numéro exceptionnel de 200 pages, nous réaliserons un portrait de 7 auteurs majeurs en Corée accompagnés de leur interview. Il y aura également 50 notices de présentations d'écrivains contemporains, des interviews de traducteurs, des articles de critiques littéraires coréens, et des notes de lecture.

  • Six écrivains, six nouvelles.

    La ville brille, mais blesse. Elle représente toutes les illusions, les aspirations sociales de la jeunesse, mais aussi les rêves brisés, les amertumes. Dans Les Poncires, une grand-mère rompt avec la morosité de son appartement citadin pour faire un dernier voyage : les somptueux paysages de l'île de Jeju, au large de la Corée.
    Un homme entre deux âges retourne dans son village natal s'occuper de ses vieux parents et redécouvre la vie à la campagne dans La Lumière du printemps, tandis que le père d'une famille habitant un immeuble résidentiel considère l'éventualité d'échanger son épouse pour sa jeune voisine dans La Femme d'à côté. Chez PARK Min-kyu, l'auteur de Norme coréenne, l'écologie est un refuge utopique, vite rattrapé par la dure réalité du monde rural, la restructuration industrielle et l'évolution des mentalités. Dans La Boulangerie de New-York, le narrateur se rappelle avec tendresse la boulangerie familiale et le quartier de son enfance. Quant à KIM Mi-wol, elle nous propose une exploration inattendue de la capitale coréenne dans Le Guide des grottes de Séoul.

    Ce recueil présente les ouvres d'auteurs nés dans les années 60-70. Tous décrivent à leur manière le rapide développement économique et industriel de la Corée. Qu'ils soient citadins convaincus ou habitants de la campagne, la vie quotidienne éprouve nos héros, tous à la recherche d'un lieu de chaleur sentimentale.
    Traducteurs : KIM Jeong-yeon et Suzanne SALINAS

  • Cinq écrivains, cinq nouvelles.

    Une jeune femme qui se rappelle son premier émoi amoureux, deux anciens amis d'université qui n'osent pas s'avouer qu'ils s'aiment, un couple contrarié par la nouvelle voisine, ou encore un homme qui fantasme sur sa collègue de bureau : les protagonistes de ces récits agités de désir, de jalousie, et de fantasmes, nous prouvent, si nous en avions encore besoin, que l'amour est loin d'être un fleuve tranquille. Pourtant, dans ces nouvelles résonne sur tous les tons la vocation universelle de l'amour : qu'il soit sentimental, imaginaire, compassionnel. Des passions qui alimentent la vie et lui donnent chaque jour l'envie de se régénérer.

    Nouvelles traduites par Kim Jeong-yeon et Suzanne Salinas.

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