Bord De L'eau

  • La revue Germinal rassemble des intellectuels, chercheurs et acteurs publics soucieux de faire vivre, par leurs travaux et leurs engagement, l'ambition émancipatrice du socialisme face à l'augmentation des inégalités et à la crise écologique.

  • Un ouvrage de plus sur une personnalité politique ? Un nouveau témoignage, écrit souvent par un autre, publié par un élu ? Des « mémoires » édités en pleine activité ? Une biographie autorisée (ou pas) destinée à tout nous dire sur tel ou tel acteur de la chose publique ? Ce livre n'est rien de tout cela. C'est un exercice unique en son genre. Un recueil d'une vingtaine de contributions décryptant, sous de nombreuses facettes, la trajectoire et l'action politique de celui qui préside aux destinées de la plus grande région de France depuis janvier 2016 : la Nouvelle-Aquitaine. Il s'appelle Alain Rousset. « Provincial » mais diplômé de Sciences Po Paris, dix ans parlementaire tout en ayant été successivement maire, président d'une communauté urbaine, premier vice-président d'un département et président de région depuis 1998, Alain Rousset aurait pu être un de ces innombrables grands commis d'un État triomphant, plus jacobin que jamais mais colosse aux pieds d'argile. Les circonstances en ont décidé autrement. Les textes qui composent ce livre et qui donnent à voir une personnalité contrastée, originale et passionnée par le fait régional, ne tiennent pas de l'hagiographie béate d'admiration. Ils sont autant de points de vue différents puisque vus d'une pluralité de points : amicaux ; institutionnels, médiatiques ; universitaires ; sociaux ; économiques ; culturels et, même pour l'un d'eux, situé sur « l'autre rive » (politique). Ils éclairent, chacun à leur manière, le long entretien qui clôt cet ouvrage entre Alain Rousset, véritable décentralisateur de la République, et Jean Petaux. Un échange final en trois temps : celui d'apprendre, celui d'entreprendre et celui de comprendre.

    Avec les contributions de : Alain ANZIANI ; Joël AUBERT ; Naïma CHARAÏ ; Anne-Marie COCULA ; Emilie COUTANCEAU ; François DUBET ; Michel GARICOIX ; Guillaume GONIN ; Laurence HARRIBEY ; Jean-Noël JEANNENEY ; Alain JUPPÉ ; Jean PETAUX ; Marc PRIKAZSKY ; Jacques RIPOCHE ; Pierre SADRAN ; Gilles SAVARY ; Jean VIARD.

  • Elles témoignent de leur expérience de mai 1968.
    Anne Feig. En 68, j'ai 25 ans et je finis ma licence d'allemand.
    L'année 68-69, je pars enseigner le français dans un lycée allemand.
    C'est donc à Francfort que je peux apprécier, dans les manifs, l'intelligence et les qualités d'orateur d'un certain Cohn-Bendit...
    Chantal Cambronne-Desvignes. En 68, j'ai 32 ans, et je suis enceinte de mon quatrième enfant. Enseignante, je suis durement chahutée au collège, et l'échec de mon couple me plonge dans le plus profond désespoir. Ce qui se passe en mai est pour moi le début d'une re-naissance.
    Florence Herlin. En 68, je viens d'avoir 25 ans. Je suis depuis un an professeur d'histoire dans un lycée du nord de la France.
    Année riche en expériences : mon premier poste, l'indépendance, la vie de province, enfin l'irruption de mai.
    Françoise Bonnot-Jörgens. En 68, j'ai 24 ans, je fais des études de lettres modernes à la Sorbonne, je finis ma licence et depuis la rentrée 67 je milite au GLM (Groupe de Lettres modernes) de l'UNEF.
    Gisèle Moyroud. En 68, j'ai 30 ans, deux filles, ma carte au SNI. J'enseigne aux Abrets (Isère) à 500 m de mon domicile, dans un collège rural en préfabriqué, le français, l'histoire-géo, et accessoirement le dessin, la cuisine, l'instruction civique...
    Luce Haccard-Perrin. En 68, j'émerge tout juste d'une interminable et douloureuse adolescence, d'un long séjour dans les couloirs d'une mort programmée et jamais achevée. Bref, je suis mûre pour NAÎTRE, vraiment, cette fois. Pour les autres, j'ai 27 ans, je suis documentaliste à l'Educ Naze, et viscéralement rebelle à toute autorité. Mûre, donc, pour le gauchisme...
    Marie Manet. J'ai 25 ans le 2 mai 1968. Je suis infirmière de nuit dans une clinique d'Aix-en-Provence. J'élève seule ma fille de trois ans.
    Marion Page. Je sors de l'Ecole normale de Nantes en 1960.
    En 68, j'ai 30 ans tout juste, et j'ignore tout du monde ouvrier, et aussi du monde des étudiants... Mariée à un cadre technique travaillant dans les arts graphiques, j'ai deux filles, de 5 ans et 14 mois...
    Salima Fanton. En 68, j'ai 17 ans. Lycéenne à Paris. J'habite en proche banlieue et je prends le bus et le métro tous les jours, et DONC, je commence à faire l'expérience d'une «certaine» LIBERTE. J'ai un petit ami qui m'aime et que j'aime. J'ai une bonne copine de lycée. Elle est catho de gauche et s'appelle Marie-Jeanne. Ma vie amoureuse est très secrète. Je me retrouve enceinte. J'avorte dans une grande SOLITUDE...
    Sylvette Dupuy. En 68, j'habite New York où j'ai suivi mon mari, j'ai un bébé, des nattes dans le dos et encore mes joues d'adolescente, je porte de longues jupes, je suis heureuse et néanmoins en quête. Sous les pavés, la plage bruisse. Et je suis convaincue que « les marges, c'est ce qui fait tenir la page » (Jean-Luc Godard).

  • D'Amour et Antiracisme à Vérité et Vie, les 100 mots de ce petit dictionnaire visent par de brèves définitions à aider jeunes et moins jeunes à ajuster leur vocabulaire au monde contemporain. Trop souvent des mots sont lancés sans que celui qui les prononce n'en maîtrise toujours les tenants et les aboutissants ; les mots qui composent ce petit dictionnaire sont ceux qui désignent religions et ethnies, violence et différence mais aussi identités et combats antiracistes. Les définitions sont l'oeuvre d'une trentaine d'auteurs parmi lesquels Vincent Peillon et Aurélie Filipetti ministres de la république mais aussi certains de nos plus grands intellectuels : Henri Atlan ou Boris Cyrulnik, Mireille Delmas Marty ou Jacqueline Costa Lascoux. Ils ont tous tenu à forger ce petit outil conçu dans l'esprit de la réflexion d'Albert Camus : Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde.
    Ce livre a été conçu par un collectif de militants de la Licra sous la responsabilité d'Antoine Spire et Mano Siri avec la collaboration de Salima Aït-Mohamed

  • En prenant acte du recours croissant à la notion de santé environnementale dans les politiques publiques depuis une quinzaine d'années, il s'agit d'interroger la plasticité de cette notion à travers son histoire et à travers les forces sociales qui participent à la façonner. Un regard distancié sur cette notion est nécessaire, la santé dite environnementale pouvant ne constituer que le dernier avatar d'une préoccupation ancienne : celle de la relation entre la santé des êtres humains et les écosystèmes qu'ils habitent. L'émergence de cette notion, au tournant du XXIe siècle, s'inscrit dans un contexte d'incertitudes et de crise de la biomédecine :
    Après l'ère des « victoires spectaculaires » sur les maladies infectieuses, les dernières décennies voient naître des incertitudes quant aux effets sanitaires de certains choix de développement (agriculture intensive fondée sur le recours aux pesticides, usage du diesel, nanoparticules, etc.). Pour mieux caractériser ce moment de structuration de politiques publiques autour de la santé environnementale, en l'inscrivant dans une perspective historique, les regards d'historiens et de sociologues spécialistes des questions de santé, ainsi que ceux de géographes et de membres des professions médicales, permettent d'éclairer la manière dont l'action publique et les pratiques de santé peuvent être transformées lorsqu'une attention plus soutenue est portée à l'altération des écosystèmes dans lesquels évoluent les sociétés humaines.
    Ils révèlent aussi comment la notion de santé environnementale peut être utilisée pour renforcer les frontières socialement construites entre la santé publique et la santé au travail, en ignorant la question des risques industriels.

  • On attend des sciences sociales qu'elles nous aident à comprendre la marche du monde. Or elles en semblent toujours plus incapables. Non seulement elles apparaissent le plus souvent en retard sur l'événement mais, noyées dans l'hyper spécialisation, perdues dans la guerre entre disciplines, elles voient toujours mieux certains détails mais de moins en moins bien l'ensemble. À côté des spécialistes, il est urgent de former des généralistes qui sachent faire dialoguer les différents champs de la science sociale. Parler de la science sociale, évoquer son unité, au moins à titre d'idéal régulateur, peut sembler un combat perdu d'avance, tant elle est fragmentée. Mais il existe déjà une certaine forme de science sociale généraliste, qui n'est autre que la science économique généralisée, inspirée par la théorie des choix rationnels, sous toutes ses formes, et par l'utilitarisme et ses dérivés (cognitivistes, constructivistes, etc. ) C'est cette science sociale générale qui modèle la conception du monde dominante, hégémonique même à l'échelle planétaire, et qui inspire et légitime les politiques menées dans tous les pays. Avec des résultats discutables, tant aux plans théorique, qu'éthique ou politique.
    Il nous faut donc retrouver l'idéal et la réalité d'une science sociale généraliste (qu'a pu en son temps incarner la sociologie classique) mais la faire reposer sur d'autres fondements que l'utilitarisme. Par ailleurs, la globalisation du monde modifie en permanence l'échelle et la définition même des sociétés. Symétriquement, la globalisation des sciences sociales et la contestation de l'hégémonie conceptuelle occidentale imposent elles aussi de repenser le passé de nos disciplines pour les projeter vers l'avenir. C'est dans cette perspective que se sont réunis à Cerisy-la-Salle, en 2015, une quarantaine de chercheurs de renommée internationale, anthropologues, économistes, géographes, historiens, philosophes et sociologues. L'accord qu'ils ont su trouver est prometteur.

  • Dans ce numéro, le cOllectif illusiO invite les auteurs à penser les transformations contemporaines du statut et du temps de l'enfance. Ce premier volume (il y en aura deux) est composé de textes d'horizons disciplinaires et théoriques multiples. Il s'organise en trois parties :
    Émancipation - Éducation - Aliénation.

  • Tout le montre : le divorce entre les Française(s) et la classe politique est désormais consommé. Jamais on n'a eu autant le sentiment que le discours politique professionnel tourne à vide, incapable d'analyser le présent et de montrer l'avenir. Partout, en revanche, des milliers d'initiatives citoyennes essaient de réinventer la politique, l'économie, le rapport à la nature, la socialité, etc. Mais sont-elles cohérentes ? Dessinent-elles effectivement les contours d'une autre politique et d'une autre société à la fois possible et désirable ? C'est pour en avoir le coeur net que les intellectuels engagés réunis autour du convivialisme, et qui forment un échantillon représentatif de ces porteurs d'initiative, ont décidé de confronter les pistes et les solutions qu'ils proposent.

  • À quoi bon s'indigner si ce n'est pas pour reconquérir la dignité d'une citoyenneté active ? Se « redigner ». Une citoyenneté confi squée par le système de l'argent, des bureaucraties et des médias. De cette confi scation le sport est un parfait révélateur.
    On ne donne plus à voir que des superchampions trop souvent dopés, - un pour mille, dix mille ou cent mille sportifs -, et des instances dirigeantes trop souvent corrompues.
    Pourtant, un peu partout, les valeurs du sport restent celles qui suscitent le plus de passion et qui créent le plus de lien social.
    Dans les « quartiers », là où l'École et les institutions défaillent, seul le sport éduque encore à la citoyenneté. Mais ce qui est vrai du sport l'est de tous les autres domaines. Partout, dans tous les champs, c'est une citoyenneté active et digne, convivialiste, qu'il est plus urgent que jamais de (re)construire.

  • La dynamique des technosciences, qui participe de la mondialisation du capital et du néocolonialisme, en est venue, dans sa guerre d'extermination de la nature vivante, au projet de lui substituer une nature artifi cielle (biologie de synthèse, géoingénierie), préparant la construction de technocosmes et la colonisation de l'Univers. À ce dessein d'artifi cialiser la nature correspond celui d'artifi cialiser l'humain, découlant des progrès médicaux, génétiques et informatiques : cyborgisation du corps, extension illimitée des capacités physiques et corporelles, prise en charge technoscientifi que de la reproduction, eugénisme, allongement indéfi ni de l'existence. Soutenue par le mouvement transhumaniste aussi bien que par l'imaginaire propagé par les médias de masse, qui portent la religiosité du Progrès à son paroxysme, disposant de puissants soutiens politiques et fi nanciers, cette résolution de s'extirper de la condition humaine est-elle désirable et vraisemblable ? Ne va-t-elle pas conduire, plutôt qu'à l'avènement d'un « paradis artifi ciel », à la généralisation de conditions inhumaines, voire infrahumaines ? N'est-elle pas la tentative désespérée et suicidaire de maintenir intacts les invariants de la domination industrielle

  • Dix-huit femmes, mères de familles d'origines diverses, ont été invitées à témoigner sur leur vie, leur trajectoire migratoire et professionnelle, leur socialisation, celle de leurs enfants dans la cité.
    Pendant trois ans, elles ont réfl échi ensemble à ces parcours. Cette expérience d'échange d'histoires dit les mille et une façons de faire communauté, à rebours des communautarismes et des discours des origines dans lesquels certaines ont pu se sentir enfermées Dans leurs paroles, c'est l'histoire d'une communauté urbaine qui prend forme, mise à mal par les tendances au repli et à la ségrégation ; et au terme de l'analyse, des recommandations qui s'imposent comme des évidences pour réactualiser notre contrat social.

  • Totem et Tabou est l'un des ouvrages capitaux de l'oeuvre Freud, son texte préféré, en même temps qu'un texte maudit... Dès sa publication (1912-1913), il a été marqué par la polémique. Théâtre de la lutte et de la rupture avec Carl Gustav Jung, dans la volonté de Freud d'inscrire la psychanalyse du côté des Lumières, il a aussi suscité de vives réactions chez les anthropologues et entretenus bien des malentendus, qui persistent encore aujourd'hui.
    Il est aussi le premier pas consistant de Freud pour nouer indéfectiblement la découverte de l'inconscient à ce qui fait tenir une société humaine. C'est, sans doute, la vive impression, si ce n'est le choc, provoqué par le récit du meurtre du père de la horde primitive, qui constitue la principale source des critiques les plus sévères. Tel est le mythe scientifique et le scandale que la psychanalyse a ainsi introduit dans le savoir moderne.
    La lecture que réalisa Jacques Lacan renouvellera de manière radicale cette discussion. Totem et Tabou sera considéré comme texte symptôme et témoignage de vérité, donnant les coordonnées de la structure du névrosé.
    Depuis un siècle - cette année est l'année du centenaire de sa publication - , les multiples lectures, réflexions, interprétations de ce texte manifestent combien Totem et Tabou est une oeuvre vivante Ce présent ouvrage réunit, pour la première fois, de nombreuses lettres échangées entre Freud et ses principaux interlocuteurs (Fliess, Jung, Ferenczi, Abraham, Pfister et Jones) avant, pendant et après sa publication Autre originalité, il est le produit d'une aventure transatlantique où dialoguent des spécialistes de l'oeoeuvre de Freud venus du Brésil, du Mexique, de France et des Etats-Unis. Les langues portugaises, espagnoles et françaises se sont ainsi données rendez-vous afin de revisiter ce livre qui, cent ans après, n'a cessé de nous parler et nous questionner.

  • ANDRÉ GORZ Né en 1923 à Vienne (Autriche) d'un père juif et d'une mère catholique, naturalisé français en 1954 sous le nom de Gérard Horst, André Gorz fut placé dans une pension en Suisse au moment de l'envahissement de l'Autriche par l'Allemagne nazie. Il rencontra Jean-Paul Sartre en 1946 venu faire une conférence à Genève. Ce fut le début d'une longue proximité au point que Gorz devint l'un des principaux animateurs de la revue Les Temps Modernes au début des années 60. En 1958, il fit paraître Le Traître, autobiographie existentielle préfacée par Sartre.
    André Gorz devint ensuite un intellectuel très écouté dans les milieux syndicaux, parfois davantage en Allemagne et en Scandinavie qu'en France. Journaliste sous le pseudonyme de Michel Bosquet à L'Express, puis au Nouvel Observateur, dont il fut l'un des fondateurs, il développa, sous la double influence d'Ivan Illich, de Herbert Marcuse, et des approches théoriques de l'École de Francfort, les premières bases de l'Écologie Politique. Sa dernière oeuvre publiée de son vivant, Lettre à D., retrace son histoire et dit publiquement tout son amour à sa femme Dorine - avec qui il avait conclu un pacte de fidélité qui les mena jusqu'à leur suicide commun en septembre 2007.
    Avec deux textes de Gorz sur le journalisme et la recension du livre Le Traitre paru en 1958 signée par Maurice Blanchot

  • Un autre monde est non seulement possible, il est absolument nécessaire. Et urgent. Mais selon quels principes et quels contours l'organiser ? Ce ne sont pas tant les propositions et les solutions qui manquent - techniques, économiques, écologiques etc. -, que le pavillon commun sous lequel toutes les initiatives, toutes les inventivités qui se déploient à travers le monde, pourront trouver et penser leur unité relative, et que l'explicitation de la philosophie politique minimale commune qui les inspire . Une philosophie politique qui aura pour tâche de dire comment les hommes peuvent vivre ensemble en s'opposant sans se massacrer, et de faire reposer l'adhésion à la démocratie sur autre chose que la perspective d'une croissance indéfinie, désormais à la fois économiquement introuvable et écologiquement insoutenable. Une philosophie politique du vivre ensemble (con-vivialiste, donc). C'est pour aller dans le sens de cette explicitation qu'une cinquantaine d'intellectuels et militants, auteurs de nombreux ouvrages qui dessinent des alternatives possibles, ont décidé de confronter leurs analyses en mettant au second plan leurs divergences.
    Ce manifeste, qui est le résultat de près de deux ans de discussions entre eux, fixe les principes généraux sur lesquels ils se sont accordés, et qui leur paraissent appropriables et enrichissables par tous.

  • « Témoigner » pose la question de la médiation vers autrui de ce qui a été vu, entendu, vécu, donc nécessairement passé au crible de la parole, de l'image ou du texte.
    Les transformations, les écarts, même infimes, que suppose toute adaptation au médium choisi semblent faire de l'erreur et du mensonge des données consubstantielles à l'acte de témoigner. Autant qu'à celui qui témoigne, on pourra s'intéresser à la valeur de l'acte, perçu et jaugé à l'aune des preuves avancées et de leur mise en forme. Entre ce qui relèverait du devoir de mémoire institutionnalisé et d'un voyeurisme garantissant les petits succès d'audience, s'ouvre un large spectre où l'indécence et la vertu ne sont pas forcément là où on les attend.
    Le témoin, c'est aussi l'objet que l'on se passe de main en main pour écrire l'histoire. Si le documentaire a toujours soigné ses effets de véracité, la fiction n'a pas manqué de les exploiter dans une esthétique du témoignage qui vise la mise en place d'un régime de croyance. Cependant, ce sont aujourd'hui certaines images « low tech » qui semblent investies d'une nouvelle crédibilité. À l'instar de ces « pocket-films » tournés sur téléphone portable dans les rues du Caire ou de Benghazi, de nouveaux médias privilégient le témoignage comme relation directe, « im-médiate », entre la source de l'information et son public.
    Ces clichés, films et textes circulant sur la toile nourrissent l'illusion d'une mondialisation du vrai, d'une image enfin « juste », libérée des grands groupes de presse et des États, mais aussi de toute mise en forme. La vérité des caméras de surveillance en somme. Mais qui est le témoin ? Celui qui est filmé, ou celui qui filme ? Celui qui raconte ou celui qui est raconté ? Comment les récits et les oeuvres issus d'un matériau brut transformé, peuvent-ils encore nous dire quelque chose du monde alors que ce même monde entre déjà dans nos maisons sans filtre ?

  • Découvrez Tête-à-tête N° 03, Printemps 201. Images du pouvoir, le livre de Anna Guilló

  • S'il y a bien un auteur qui a su lire les crises du capitalisme et en comprendre la nature profonde, il s'agit certainement de Marx. Pour ce dernier, les crises synthétisent les contradictions sociales inhérentes à la production capitaliste et les conditions de dépassement de ce mode de production. De crises en crises, selon Marx, le capitalisme allait tendre vers la crise finale, poussant les prolétaires à s'organiser de plus en plus collectivement face aux injustices provoquées par ce système. La crise de 2007, la plus grave depuis 1929, a eu beau avoir des effets catastrophiques, force est de constater que le capitalisme est toujours là, bien que des forces sociales essayent de s'organiser pour y résister ou le renverser.
    /> Il est donc important de s'interroger sur les sources du pouvoir en particulier celui du capital sur les classes dominées, qui lui permet de maintenir son ordre malgré ses désordres internes.
    La lecture de Marx, toujours utile, peut-elle être revisitée à cette fin ? En quoi Marx nous permet-il aujourd'hui de penser à la fois la crise, le pouvoir et ainsi les conditions de transformations de la société ? Comment ses concepts peuvent-ils être réactualisés et retravaillés pour penser la crise récente et les mouvements de résistance ici ou là ?
    C'est dans ce but qu'Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde organise depuis 2008, chaque année en décembre, les journées « Actualité de la pensée de Marx et des pensées critiques », à l'IEP de Bordeaux. Cet ouvrage rassemble un certain nombre de contributions de participants à ces rencontres qui ont tenté d'analyser les crises, les transformations et le pouvoir du capital à partir des concepts marxiens.

  • La France, toute imbue de ses valeurs républicaines, ne mesure pas toujours à quel point elle a choisit pourtant d'être, dans les faits, un modèle d'accroissement des inégalités : inégalités de revenus, inégalités de territoires, inégalités de générations. A faire le diagnostic juste de l'état des inégalités, de leur évolution, on pourrait à juste titre en tirer la conclusion qu'il existe une préférence française pour les inégalités. C'est dans ce grand écart entre les discours et les actes que se glisse pour bonne partie le désaveu du politique. Dés lors, dans le même temps où chacun utilise jusqu'à l'épuisement et l'insignifiance des notions jamais précisées ni clarifiées, justice sociale, équité, solidarité, égalité des chances, discrimination positive, l'Institut Edgar Quinet a souhaité mieux définir les différentes approches des concepts en jeu, des politiques induites, faire un état des lieux précis des difficultés propres au modèle français et indiquer, sur la base d'analyses conduites par des spécialistes reconnus, des pistes d'action pour une gauche moderne qui, tout en acceptant de voir le monde tel qu'il est et de rompre avec nombre des tabous et des conservatismes qui l'ont empêché de réduire véritablement les inégalités, continuerait de se fixer pour tâche historique la réalisation de l'idéal de liberté, d'égalité et de fraternité qui définit le meilleur de la tradition du socialisme républicain.
    Les rencontres de l'Institut consacrées aux inégalités et à la justice sociale se sont tenues les 17, 18 et 19 janvier à Paris.

  • Le libéralisme n'a jamais eu l'évidence qu'on lui prête.
    Son invention, à la fin du XVIIIe siècle, engage des catégories morales, politiques, économiques qui contribuent à façonner un individu libéral autonome dont l'indépendance est depuis largement remise en question. L'enjeu de cet ouvrage collectif est de procéder à une déconstruction des évidences libérales en soulignant la pluralité des libéralismes dont, aujourd'hui le néolibéralisme tend à valoir comme nouveau discours de l'orthodoxie libérale.
    Poser quelques questions aux libéralismes c'est alors contribuer à proposer une critique de notre présent et de certaines évidences qui le supportent.

  • Elles témoignent de leur expéreince de mai 1968. En voici quelques exemples...

    Anne Feig. En 68, j'ai 25 ans et je finis ma licence d'allemand. L'année 68-69, je pars enseigner le français dans un lycée allemand. C'est donc à Francfort que je peux apprécier, dans les manifs, l'intelligence et les qualités d'orateur d'un certain Cohn-Bendit...
    Chantal Cambronne-Desvignes. En 68, j'ai 32 ans, et je suis enceinte de mon quatrième enfant. Enseignante, je suis durement chahutée au collège, et l'échec de mon couple me plonge dans le plus profond désespoir. Ce qui se passe en mai est pour moi le début d'une re-naissance.
    Florence Herlin. En 68, je viens d'avoir 25 ans. Je suis depuis un an professeur d'histoire dans un lycée du nord de la France. Année riche en expériences : mon premier poste, l'indépendance, la vie de province, enfin l'irruption de mai.
    Françoise Bonnot-Jörgens. En 68, j'ai 24 ans, je fais des études de lettres modernes à la Sorbonne, je finis ma licence et depuis la rentrée 67 je milite au GLM (Groupe de Lettres modernes) de l'UNEF.
    Gisèle Moyroud. En 68, j'ai 30 ans, deux filles, ma carte au SNI. J'enseigne aux Abrets (Isère) à 500 m de mon domicile, dans un collège rural en préfabriqué, le français, l'histoire-géo, et accessoirement le dessin, la cuisine, l'instruction civique...
    Luce Haccard-Perrin. En 68, j'émerge tout juste d'une interminable et douloureuse adolescence, d'un long séjour dans les couloirs d'une mort programmée et jamais achevée. Bref, je suis mûre pour NAITRE, vraiment, cette fois. Pour les autres, j'ai 27 ans, je suis documentaliste à l'Educ Naze, et viscéralement rebelle à toute autorité. Mûre, donc, pour le gauchisme...
    Marie Manet. J'ai 25 ans le 2 mai 1968. Je suis infirmière de nuit dans une clinique d'Aix-en-Provence. J'élève seule ma fille de trois ans.
    Marion Page. Je sors de l'Ecole normale de Nantes en 1960. En 68, j'ai 30 ans tout juste, et j'ignore tout du monde ouvrier, et aussi du monde des étudiants... Mariée à un cadre technique travaillant dans les arts graphiques, j'ai deux filles, de 5 ans et 14 mois. J'habite la banlieue sud où nous venons de faire construire grâce au Crédit Foncier. Je travaille à Paris 14e, dans une école maternelle près du boulevard Brune, et j'y emmène ma fille. Je songe vaguement à un troisième enfant (qui naîtra en 70), mais pas encore au divorce, je quitterai le domicile conjugal en 1983 seulement !
    Salima Fanton. En 68, j'ai 17 ans. Lycéenne à Paris. J'habite en proche banlieue et je prends le bus et le métro tous les jours, et DONC, je commence à faire l'expérience d'une "certaine" LIBERTE. J'ai un petit ami qui m'aime et que j'aime. J'ai une bonne copine de lycée. Elle est catho de gauche et s'appelle Marie-Jeanne. Ma vie amoureuse est très secrète. Je me retrouve enceinte. J'avorte dans une grande SOLITUDE...
    Simone Gipouloux. En 68, j'ai 54 ans et je suis professeur de psychopédagogie à l'Ecole normale d'institutrices de Bordeaux. Je vis les événements sur deux plans en même temps : mon fils, en terminale, est très engagé, et je suis témoin de ce qu'il vit ; moi-même, dans ma profession, je m'implique complètement dans ce qui se passe.
    Sylvette Dupuy. En 68, j'habite New York où j'ai suivi mon mari, j'ai un bébé, des nattes dans le dos et encore mes joues d'adolescente, je porte de longues jupes, je suis heureuse et néanmoins en quête. Sous les pavés, la plage bruisse. Et je suis convaincue que « les marges, c'est ce qui fait tenir la page » (Jean-Luc Godard).

    Un Livre fort, émouvant... qui rappelle ce que fut aussi mai 68 : une renaissance pour les femmes.
    Un livre tout public.

  • Les études confirment la prévalence du cancer chez les personnes âgées.
    Plus l'âge augmente, plus le pourcentage de cancers dans une génération croît. En France, 5% des personnes âgées de 50 ans et plus déclarent être atteints par un cancer. Si le cancer du sein, le cancer du côlon, etc. sont des maladies qui touchent d'abord les personnes âgées, c'est parce qu'un ensemble de mutations et d'événements concourt à leur formation. Et comme l'espérance de vie de millions d'individus s'accroît grâce aux progrès scientifiques et sociaux, la fréquence des cancers augmente.
    Quelles conséquences existentielles et donc médicales faut-il tirer de ces évolutions épidémiologiques ? Et si l'expérience du grand âge est une expérience du temps, quelle est l'approche du temps de vie qui doit être mise en oeuvre ? " La vieillesse n'est pas seulement un fait biologique, médical et social, elle est aussi un fait vécu. C'est le sujet humain lui même qui est concerné au premier chef.
    Son "grand âge", sa "vieillesse" sont d'abord des manières de vivre son intériorité et sa vie concrète, et ces manières de vivre sont les sentiments et les actions d'un sujet. Ce sont ces sentiments et ces actions, c'est-à-dire les contenus vécus par un sujet, qui doivent être interrogés pour éclairer la nature, ou plutôt la signification du grand âge. " Robert Misrahi, philosophe Un livre bilan qui n'évite pas les questions essentielles que nous devrons affronter demain collectivement...

  • En ce début de XXIe siècle, de nombreux acteurs politiques et économiques, y compris des ONG environnementalistes, promeuvent une politique de préservation de l'environnement qui soit compatible avec les logiques de croissance économique, voire qui s'appuie sur des stratégies de marché. Dans ce cadre, depuis une trentaine d'années, nous assistons à une fl oraison d'instruments économiques et de tentatives de construction de marchés spécifi ques à l'environnement comme les permis de pollution, les banques de compensation ou les services écosystémiques. Ces politiques, dénoncées par de nombreux militants altermondialistes comme une marchandisation de la nature, sont souvent présentées comme le résultat du tournant néolibéral de la fi n des années 1980.
    Il s'agit de proposer ici une analyse originale des diff érentes tentatives d'intégration de l'environnement dans l'économie en mettant l'accent sur diff érents aspects peu développés dans les réfl exions contemporaines. En partant d'une analyse de longue durée qui montre que la volonté de mettre en économie l'environnement précède largement le tournant néolibéral des années 1980, c'est la pluralité des formes de mises en économie de l'environnement qui est donnée à voir. Cette pluralité répond à des logiques diff érentes qu'il est essentiel de distinguer dans un souci d'analyse ou d'action. Par ailleurs, il s'agit de ne pas prendre pour acquis l'existence eff ective d'un marché de l'environnement comme le proclament les tenants du marché de la biodiversité et parfois leurs adversaires. Il semble au contraire nécessaire de pointer les nombreux tâtonnements et diffi cultés de l'évaluation monétaire, malgré les eff orts répétés ainsi que les échecs déjà perceptibles de la construction de ce type de marchés comme celui des services écosystémiques. Finalement, les instruments et politiques de mise en économie de l'environnement sont, dans bien des cas, des opérations incantatoires, destinées à modeler les signifi cations et les représentations pour faire du marché le seul horizon politique possible. Comment, dans ce contexte, construire une politique critique qui ne prenne pas pour acquis ce projet idéologique ?

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