Fayard

  • En Inde comme dans bien d'autres pays, la nation ne se définit pas seulement sur le mode ouvert de la citoyenneté, mais aussi sur celui, fermé, de l'ethnicité. Le premier a longtemps été représenté par le parti du Congrès de Gandhi puis de Nehru, et le second par les nationalistes hindous, pour lesquels la communauté majoritaire, faite de fils du sol, incarne l'Inde éternelle, tandis que les chrétiens et les musulmans sont des pièces rapportées devant prêter allégeance aux symboles hindous pour être reconnus comme des Indiens à part entière.
    Né dans les années 1920, le nationalisme hindou n'a pris son essor que dans les années 1990 avant de conquérir le pouvoir en 2014. Ce tournant doit beaucoup au populisme de son leader, Narendra Modi, une personnalité atypique qui a d'abord gouverné la province du Gujarat   où il s'est imposé, suite au pogrom antimusulman de 2002, grâce à ses succès économiques et au soutien des milieux d'affaires  , avant de conduire son parti, le BJP, à la victoire.
    En cinq ans, les nationalistes hindous ont changé la face de l'Inde. Non seulement ils ont mis au pas les tenants du sécularisme (universitaires, ONG...), mais ils se sont aussi attaqués aux chrétiens et aux musulmans au point de les marginaliser dans les assemblées nationales et régionales, et, surtout, de mettre en place une police culturelle. Ce dispositif, s'il ne s'est pas traduit par des réformes constitutionnelles, donne aujourd'hui naissance à une démocratie ethnique de fait.
      Christophe Jaffrelot, ancien directeur du CERI, est directeur de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po. Il est le grand spécialiste de l'Asie du Sud et s'intéresse plus particulièrement à sa politique, au carrefour des dynamiques sociales et religieuses.

  • Un pays figé dans le temps, voué à la misère et à l'instabilité politiqueoe L'Inde, de toute évidence, a déjoué les sombres pronostics dressés au lendemain de la Partition. Au terme d'un demi-siècle d'indépendance, dont ce livre retrace l'histoire, le bilan de la voie indienne force le respect. Les progrès ne sont certes pas visibles dans tous les domaines, mais ils n'en sont pas moins réels. L'Inde, qui comptera bientôt un milliard d'habitants, est parvenue à l'autosuffisance alimentaire. Elle n'est plus menacée d'éclatement, bien que la question du Cachemire et les conflits entre communautés religieuses soient loin d'être réglés.
    A l'image des antennes paraboliques qui couvrent depuis peu les grandes villes, l'Inde entrerait-elle dans la modernitéoe Depuis 1991, prenant ses distances avec le modèle nehruiste, elle a opté pour la libéralisation économique. Face au " miracle " de l'Asie orientale, elle cherche à imiter celle-ci; sans rompre avec ses alliés russes, elle continue de se réclamer du non-alignement. Les changements atteignent aussi les villages où la révolution verte est toujours en cours. Le tout-puissant parti du Congrès, longtemps dominé par la famille Nehru Gandhi, n'est plus souverain, ce qui favorise le pluralisme politique. Les basses castes commencent à s'émanciper. Mais la plus grande démocratie du monde a encore du chemin à faire: la réforme agraire n'a pas été menée à terme; les tribus et les intouchables sont victimes d'exactions.
    L'Inde change, mais à son rythme, et reste une terre de contrastes. L'attachement aux traditions, la force des coutumes demeurent forts, ce dont témoignent écrivains et cinéastes souvent révoltés par la société et le système des castes. La musique en est une autre illustration, tout comme le culte des images que nombre d'hommes politiques exploitent volontiers. Sans aucun doute le rayonnement de la culture, et en particulier d'une littérature et d'un cinéma plurilinguistiques, a contribué à l'émergence d'un sentiment d'unité nationale.

    Cet ouvrage, qui présente les grands faits politiques et économiques de l'Inde contemporaine ainsi qu'un tableau complet de la société et de la culture, a été écrit par des spécialistes de chacun de ces domaines.

  • L'Inde fait aujourd'hui irruption sur la scène internationale à la faveur de la globalisation économique, forte de son nouveau statut de puissance nucléaire et en vertu d'une formidable dyna­mique culturelle dont la littérature et le cinéma sont les meilleurs symboles.


    Cette montée en puissance est le fruit de ce qu'elle a semé au lendemain de l'indépendance de 1947, point de départ de cet ouvrage qui décrit la trajectoire singulière de l'Inde contemporaine, tant au plan Politique que diplomatique, économique, social et artistique. Le non-alignement des années 1950 a ainsi fait place à un rapprochement avec l'URSS avant de céder le pas à la convergence indo-américaine des années 2000 ; l'intervention de l'Etat dans l'économie a été remise en cause dans les années 1990, la libérali­sation donnant naissance à une nouvelle classe moyenne et creusant les écarts entre les régions ; l'urbanisation s'est poursuivie au rythme de la croissance démographique sans que l'exode rural ne vide pour autant les campagnes, toujours majoritaires ; les castes ne s'agencent plus suivant un ordre aussi hiérarchique que dans le passé, mais si elles s'organisent en groupes d'intérêt en compé­tition pour le pouvoir et l'obtention d'une meilleure part du gâteau, leur rôle dans la société ne faiblit pas.


    La dimension culturelle informe également tout l'ouvrage, non seulement parce qu'on ne comprend pas l'Inde en dehors de ses catégories propres, mais aussi parce que ce pays, riche en arts, est porteur d'une grande civilisation. Celle-ci souffre toutefois de tensions religieuses qui opposent notamment les hindous aux musulmans, un phénomène indissociable du contentieux indo­pakistanais à l'origine de trois guerres en cinquante ans.



    Cette nouvelle édition, augmentée de sept nouveaux chapitres et entièrement mise à jour, permet d'appréhender pleinement l'Inde dans sa complexité.



    Ont collaboré à cet ouvrage Jackie Assayag, Pierre Audinet, France Bhattachary~, Gilles Boquérat, Marine Carrin, Catherine Clémentin-Ojha, Françoise Delvoye, Gilbert Etienne, Joél Farges, Marc Gaborieau, Violette Graff, Marguerite Gricourt, Emmanuel Grimaud, Christophe Z. Guilmoto, Olivier Herren­schmidt, Gérard Heuzé, Christiane Hurtig, Christophe Jaffrelot, Loraine Kennedy, Florence Martin-Kessler Isabelle Milbert, Annie Montaut, Vaiju Naravane, Guy Poitevin(t), Jacques Pouchepadass, Jean-Luc Racine, Michel Renouard, Isabelle Saint-Mézard, Elisabeth Sethupathy, Gilles Tarabout, Anne Vaugier-Chatterjee Denis Vidai, Marc-Jean Zins.

  • Le syndrome pakistanais

    Christophe Jaffrelot

    • Fayard
    • 25 September 2013

    Depuis sa naissance en 1947, le Pakistan est travaillé par des forces contraires. Ses fondateurs ont voulu construire un État-nation centralisé alors que les régions, attachées à leur culture et à leur langue, souhaitaient gérer leurs propres affaires. Faute de les avoir entendues, le pouvoir central n'a pu empêcher la création du Bangladesh en 1971, et il se trouve aujourd'hui confronté à divers mouvements séparatistes - des Baloutches à la mobilisation des Mohajirs pour contrôler Karachi. À la question de l'État s'ajoute celle du régime. L'armée et la classe politique alternent en effet au pouvoir tous les dix ans avec une grande régularité. Auteurs de trois coups d'État, les militaires jouent de la menace indienne pour justifier leur emprise sur le pays et leur budget, colossal. Les partis leur résistent et obtiennent à intervalles réguliers le retour à une certaine démocratie. Mais tous les dirigeants civils ne sont pas forcément démocrates, et leur népotisme, voire leur corruption, que l'armée imite de mieux en mieux, nuisent à leur crédibilité. Enfin, la question religieuse pèse sur le destin du pays telle une épée de Damoclès. Créé sur des bases « sécularistes », le Pakistan a connu un processus d'islamisation qui, ajouté au jihad en Afghanistan, a favorisé l'essor de l'islamisme. Sunnites et chi'ites s'affrontent, soutenus respectivement par l'Arabie Saoudite et l'Iran. La talibanisation gagne, et les mouvements islamistes, parfois proches d'Al Qaeda, défient à coups d'attentats de plus en plus audacieux un État désorganisé, sinon failli, bien que nucléaire. Ni jacobin ni fédéral, ni démocrate ni autocrate, ni laïque ni théocratique, le Pakistan contemporain est soumis à des pressions contradictoires. De l'issue de cette épreuve de force dépend l'avenir d'une région clé pour la stabilité de la planète.

  • La démocratie indienne n'a pas d'équivalent dans les pays du Sud, car elle s'enracine dans une longue histoire. Dès les années 1920, les Britanniques ont introduit une forme de parlementarisme et le Congrès, qui incarnait le mouvement d'indépendance, s'est construit comme un véritable parlement. Ses leaders adhéraient au modèle anglais tout en considérant la démocratie comme un titre de gloire de l'Inde ancienne; même Gandhi, bien que plus réservé envers le système parlementaire, militait contre un pouvoir fort pour que les villages soient le coeur du système politique. En outre, les factions et les baronnies excluaient la création d'un Etat centralisé. Avant même l'indépendance, le Congrès dut prendre ainsi l'habitude de rechercher des compromis dans la quête d'un consensus.

    /> La démocratie conservatrice à laquelle l' " Etat Congrès " a donné naissance reposait sur un vaste réseau de clientèles, les milieux paysans et ouvriers demeurant largement inorganisés. Paradoxalement, la démocratie indienne a franchi une nouvelle étape dans les années 1990, quand la politisation des castes a favorisé le pluralisme politique et permis aux castes inférieures de faire valoir leur principal atout, le nombre. Mais bien des menaces pèsent sur elle aujourd'hui: l'essor de la corruption, la criminalisation du politique et la montée en puissance du nationalisme hindou.

    Christophe Jaffrelot est chercheur au CNRS (Ceri). Il a dirigé l'Inde contemporaine (Fayard, 1996).

  • Le pakistan

    Christophe Jaffrelot

    • Fayard
    • 15 November 2000

    Né il y a à peine un demi-siècle dans la tourmente, le Pakistan - ou " pays des purs "- semble toujours en quête de son identité. L'histoire de cet Etat, dont les racines remonteraient à la civilisation de l'Indus, a été marquée par quatre coups d'Etat militaires. Ses fondements islamiques ont très vite suscité des mouvements séparatistes, d'où est sorti notamment le Bangladesh. Depuis, les tensions entre groupes ethniques et communautés religieuses n'ont pas cessé. La politique d'islamisation, le déséquilibre entre le Pendjab et les autres régions, les économies parallèles ont tour à tour exacerbé les antagonismes. Les problèmes géopolitiques auxquels le Pakistan doit faire face ne sont pas moindres. Dès sa naissance, il a cherché à s'affirmer, au besoin par les armes, face à son puissant voisin indien. A la charnière stratégique du Moyen-Orient, de l'Asie centrale et de la Chine, il est plus que jamais un maillon essentiel, dans le système mondial, comme en témoigne son rôle décisif en Afghanistan. Seule puissance nucléaire gouvernée par des militaires, le Pakistan, avec ses 160 millions d'habitants, est aujourd'hui le sixième Etat du monde par sa population.
    Cet ouvrage a été dirigé par Christophe Jaffrelot, diorecteur du CERI. France Bhattacharya, Gilbert Etienne, Marc Gaborieau, Pierre Lafrance, Aminah Mohammad, Jean-Luc Racine, Tariq Rahman et Olivier Roy y ont également participé.

  • Enquête vivante et savante sur les formidables mutations que connaît - sans que cela se voie - l'Inde, géant de demain !

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