Bertrand Rothe

  • « Quand mon père était insupportable, j'ai suggéré plusieurs fois à ma mère de le quitter, de divorcer. Dans ces moments de tension, elle ne répondait pas. Il m'a fallu très longtemps pour connaître le fin mot de l'histoire. Je devais avoir passé la quarantaine. Pendant une accalmie, une de ces phases où mon père était agréable, bienveillant, généreux comme il peut l'être aussi à certains moments, je lui ai reposé la question. Elle m'a répondu simplement : "Avec un autre homme, j'aurais eu peur de m'ennuyer." »

  • On se souvient peut-être de l'anecdote: Alors en campagne, François Mitterrand allait à la rencontre d'ouvriers qui demandaient à le tutoyer. Imperturbable, le futur président socialiste répondait à chacun: "Si vous voulez." La messe était-elle déjà dite? Pas sûr.
    Bertrand Rothé tient la chronique de ce long divorce, dont aucun des deux conjoints n'est exempt de responsabilité. Son livre s'ouvre sur la victoire de la gauche en 1981, à laquelle 70% des ouvriers avaient contribué, pour se terminer aujourd'hui, où le FN se targue d'être devenu le premier "parti ouvrier de France", ce qui est un mensonge, un de plus.
    Entre ces deux dates, le vieux couple se sera fâché, rabiboché, séparé encore... au fil de la désindustrialisation du pays, de l'effondrement du monde communiste, de l'arrivée de la "deuxième gauche", de la montée du chômage et de la conversion des socialistes à l'Europe et au libéralisme. La nomination de Pierre Bérégovoy au poste de Premier ministre constitue un autre temps forts de cette tumultueuse alliance, car cet ancien ouvrier (le seul à avoir jamais occupé Matignon) fut aussi le plus libéral des socialistes. L'affaire se terminera comme on sait. Quant à Lionel Jospin, qui expliquait aux ouvriers que l'Etat ne pouvait pas tout, il marque sans doute le passage de l'abandon au mépris. Un mépris aujourd'hui bien réciproque.

  • Un siècle après La Guerre des boutons, que deviendraient Lebrac, Camus, La Crique, Grangibus et les autres? Comment mèneraient-ils leur guerre contre les Velrans? C'est à cet étonnant exercice que s'est livré l'auteur de cet ouvrage.
    Au-delà de la curiosité littéraire, son roman documentaire dresse le sombre constat de la façon dont notre société répond désormais au "problème" de la jeunesse. Bertrand Rothé a en effet demandé à des policiers, des juges, des éducateurs, des médecins, qui tous travaillent avec des mineurs, de lire ou de relire La Guerre des boutons, le fameux roman de Louis Pergaud publié en 1912 et porté à l'écran par Yves Robert en 1961.
    Avec eux, il a travaillé plus d'un an pour comprendre comment ils réagiraient aujourd'hui face à de tels comportements. Tout en proposant une " suite " des aventures de Lebrac et ses amis, le livre que voici est leur quotidien. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il est édifiant. En postface, Laurent Bonelli, spécialiste des politiques sécuritaires, montre qu'en un siècle ce n'est pas la violence des jeunes qui s'est accrue; c'est notre incapacité d'y faire face autrement que par le recours à des institutions toujours plus répressives.

  • L'économie sidère. Pour le citoyen ou la citoyenne, elle est réputée si dangereuse qu'on n'ose l'affronter. Seuls des experts auto-désignés prétendent pouvoir le faire. Ils tiennent le public à distance en créant une infranchissable barrière de sécurité derrière un jargon compris d'eux seuls.

    C'est pourquoi trop souvent l'économie ne se discute pas, elle s'impose à nous. C'est ce que veulent nous faire croire la plupart des « voix » dans les médias et chez les responsables politiques. Mettant en lumière les concepts fondamentaux de l'économie : le travail, l'emploi, le salaire, le capital, le profi t, le marché, Les Lois du capital prouve que l'on peut parfaitement débattre de ce sujet qui gouverne nos existences quotidiennes.

    Serait-il temps de tout changer ? Le système néolibéral qui régit notre société arriverait-il à son terme ? Serions-nous à un moment critique où, comme l'écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître » ?

  • Fin des années 1970 : après 30 années de prospérité, le modèle keynésien s'essouffle et la crise économique s'installe. Les élites libérales - patrons, cadres dirigeants, gros actionnaires - contraintes au silence depuis l'après-guerre par les succès de l'Etat-providence et la peur du communisme voient venu le moment de reprendre l'offensive. C'est le début d'une revanche qui s'enracine d'emblée dans un slogan en forme de contrainte : " Il n'y a pas d'alternative ! " Dès 1983, François Mitterrand fait prendre à la France le tournant du libéralisme, Margaret Thatcher et Ronald Reagan sont au pouvoir, l'économie mondiale entre dans l'ère néolibérale.Sur une idée originale du spécialiste de l'économie Philippe Labarde, cet ouvrage démonte et analyse les stratégies de la conquête : quels acteurs au sein de quels réseaux ? Quels moyens servis par quelles méthodes ? Car la nouvelle coalition fait preuve d'une audace incontestable : plutôt que d'imposer ses valeurs, elle s'approprie celles de ses adversaires. Le conservatisme est décrié ? Elle démontre que les progressistes sont des conservateurs. La révolution est à la mode ? Elle se dit révolutionnaire. Mais au-delà de la dénonciation d'un discours, les auteurs retracent ici les étapes d'une prise de pouvoir, les choix politiques et économiques puis leur mise en oeuvre, nationale et internationale.

    Bertrand Rothé, professeur agrégé d'économie à l'Universté de Cergy-Pontoise. Il est également l'auteur de Lebrac, trois mois de prison, paru au Seuil en 2009.Gérard Mordillat, romancier, essayiste et documentariste reconnu.

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