Bernard Duterme

  • L'essor de la Chine ne date pas d'hier. Les inquiétudes qu'il soulève non plus, surtout dans le camp occidental.
    Mais l'histoire s'accélère depuis une dizaine d'années.
    Aujourd'hui, les États-Unis n'hésitent plus à faire de la Chine leur principal adversaire stratégique.
    Ailleurs, et en particulier dans les pays du Sud, les réactions sont plus contrastées. En effet, la Chine a beau être devenue une puissance capitaliste de premier plan, elle joue selon des règles qui diffèrent de celles que suivent les Occidentaux. Pour le meilleur...
    Comme pour le pire.
    Analyser l'essor international de la Chine sous le seul angle de la « menace » se révèle donc doublement trompeur.
    D'abord, parce que celle-ci porte sur un ordre mondial dont les bénéfices historiques sont loin d'avoir été équitablement répartis.
    Ensuite parce que ce faisant, on sous-estime la pluralité des intérêts et des contradictions qui existe entre la Chine et les autres régions du monde, mais aussi au sein même de la société chinoise.

  • L'ampleur du désastre écologique, chiffrée à l'envi, sidère. Scientifiques et acteurs de la société civile auront mis cinquante ans à agiter les consciences, avant que l'évidence s'impose.
    Ses causes sont connues, enfin admises. Ou presque.
    Principaux responsables du gâchis environnemental, le productivisme et le consumérisme des grands producteurs et des gros consommateurs. Un mode d'exploitation séculaire de la nature, irresponsable, sans limites, mû par l'appât du gain et la logique de l'accumulation.
    Et dont les effets délétères s'accélèrent et réactualisent la sentence de Victor Hugo - « c'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches » -, la vulnérabilité des premiers étant sans commune mesure avec celle des seconds.
    Les pollueurs majeurs tardent à passer à la caisse, tandis que les secteurs populaires et les pays non industrialisés en font les frais.
    Comment les États du Sud, « émergents » ou « moins avancés », se positionnent-ils dans les négociations climatiques internationales ?
    Quelles politiques mener en vertu du principe des « responsabilités communes mais différenciées » ? Green Deal velléitaire ou System Change assumé ?
    Les concepts d'éco-impérialisme, de justice verte, d'écologie décoloniale convoqués par les mouvements qui, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, à rebours des opinions publiques, se mobilisent sur des enjeux environnementaux, apportent des réponses.
    Au carrefour des luttes sociales, des combats indigènes, du féminisme et des luttes multiples des peuples du Sud, la question écologique est devenue un prisme indispensable pour qui veut comprendre l'avenir et les possibles de l'humanité.

  • « Fait social total », le marché touristique interna- tional s'apparente aussi à un rapport de domination.
    Il met en présence - asymétrique - opérateurs, visiteurs et visités. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s'imitent ou se dis- tinguent, les derniers se précipitent ou se retirent.
    Si la croissance continue du secteur repose sur sa massification et sa diversification, le droit à la mobi- lité récréative - 1,4 milliard de séjours à l'étranger en 2018 - reste un privilège, dont la démocratisation réelle déborderait les capacités d'absorption écolo- gique du globe.
    Pour l'heure, moins d'un humain sur quinze est en position politique, culturelle et économique de visiter les quatorze restants.
    Migrations d'agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices.
    La mise en tourisme d'une destination induit des recompositions socio-économiques, culturelles et ter- ritoriales.
    Participent-elles d'une amélioration ou d'une dé- gradation des conditions de vie des populations lo- cales ?
    Le bilan est problématique : les coûts et bénéfices engendrés par les flux de vacanciers se répartissent injustement. Et tendent à creuser les écarts.
    L'Organisation mondiale du tourisme et quan- tité d'acteurs conscients des dégâts plaident pour l'adoption de pratiques éthiques et durables. Laissant indemnes toutefois les mécanismes mêmes de l'intru- sion : dérégulation, libéralisation et marchandisation des lieux et des comportements, au service de la « tou- ristification » du monde.
    Cet ouvrage propose une critique transversale de la domination touristique (tourisme de masse, éco- tourisme, tourisme solidaire, tourisme et droits des femmes...), ainsi que des focus régionaux (Inde, Maroc, Népal , Mexique, Indonésie, Haïti...) par des analystes du Sud (économistes, sociologues, anthropologues, « touristologues » d'Asie, d'Afrique et d'Amérique la- tine).

  • Toujours rebelle, l'Amérique latine ?
    L'analyse pays par pays donne des clés pour ré- pondre à cette question.
    Pour comprendre aussi, avec une distance critique, les ressorts de la contestation, les logiques des mobili- sations, le renouvellement des revendications.
    Leurs formes oscillent entre singularités nationales et tendances continentales.
    La couleur des pouvoirs - conservateurs ou pro- gressistes - et l'orientation des politiques - libérales ou souverainistes - surdéterminent le ton des mou- vements sociaux.
    Face à la poussée « extractiviste » qui a boosté les économies nationales, de droite comme de gauche, en période d'enchérissement des matières premières, la protestation ne s'est pas unifiée.
    Elle s'est manifestée tantôt pour la redistribution des gains, contre la pauvreté et les écarts sociaux ; tan- tôt pour le buen vivir (vivre bien) et le respect de l'en- vironnement, contre l'accaparement des territoires et des ressources.
    L'enjeu qui s'impose est de surmonter les princi- paux facteurs de division des « gauches sociales » lati- no-américaines, sur fond de crise du « socialisme du 21 e siècle » et de retour des oligarchies à la tête de plusieurs États. Luttes contre l'ordre établi, mises en cause syndicales du néolibéralisme, voire du capita- lisme, résistances indigènes au saccage des forêts, ex- pressions citoyennes antiracistes, alternatives pratiques au modèle de développement dominant, affirmations féministes, dynamiques sociales et politiques émanci- patrices, actions en faveur de la démocratisation des institutions et des sociétés...
    L'agitation rebelle n'a pas fini de hanter le conti- nent des inégalités extrêmes.

  • « Green Economy » ! Nouveau paradigme de développement à même de répondre aux crises que le monde traverse ? Modèle de prospérité écologique, alternatif au capitalisme globalisé ? Sortie par le haut des impasses environnementales du productivisme et du consumérisme ?
    Au mieux, la nouvelle panacée verte apparaît bien en deçà de cette perspective.
    Pire : dans les mesures préconisées - par le PNUE, l'OCDE, la Banque mondiale, etc. -, elle s'impose résolument à rebours de tout renversement de logique. Le « développement durable » reste l'objectif annoncé, c'est l'« économie verte » qui va y mener.
    Par la mise sur le marché du « capital naturel », la « valorisation » des « services écosystémiques », la privatisation des ressources, le brevetage du vivant, le « libreéchange » des sols, de l'eau, de l'air, des forêts, de la biodiversité. et la prétendue « gestion efficace » induite, cette démarche entend réguler durablement notre rapport à l'environnement, en dynamisant une « croissance créatrice d'emplois », assurant ainsi « un avenir viable au capitalisme ».
    Le simple greenwashing (éco-blanchiment vert) de l'économie de ces dernières années sera-t-il supplanté par la légitimation du capitalisme vert de demain ? Ou comment adouber pour les temps à venir les fondamentaux d'un modèle de production et de consommation à l'origine même de l'aggravation des déséquilibres sociaux et environnementaux.
    Pour autant, les réticences de grands pays du Sud à adopter l'« économie verte » constituent-elles une alternative salvatrice ?
    Rien n'est moins sûr.

  • Continent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d'inégalités extrêmes, l'Amérique latine est aussi traversée d'une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées.
    Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd'hui pour continuer à exister, à peser sur le politique. Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du « consensus de Washington » ; menacée d'instrumentalisation, de cooptation ou d'institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et à redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel.
    Un double clivage prévaut d'ailleurs au sein de la « gauche sociale » latino-américaine. Celui - de fond - qui divise tenants et opposants du neodesarrollismo, nationalisme populaire d'un côté, écosocialisme de l'autre.
    Et celui - plus stratégique - qui oppose les partisans d'un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social.
    Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l'Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l'Amérique latine, les mouvements sociaux - paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. - influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique.

  • Quel est l'État des résistances dans le monde arabe ?

    Face à l'autoritarisme et au militarisme des États de la région - monarchies et républiques confondues -, la possibilité de mouvements sociaux contestataires, de sociétés civiles dynamiques, d'acteurs autonomes mobilisés pour la reconnaissance de leurs droits sociaux, politiques et culturels existe-t-elle vraiment ?

    Que penser des organisations islamistes qui, dans toute leur diversité, semblent dominer le panorama : mouvements réactionnaires ou progressistes ? A quelles conditions participent-ils à la démocratisation des sociétés arabes et à l'émancipation des peuples ? C'est à ces questions denses et complexes que cet ouvrage collectif apporte des réponses précises et concrètes, pays par pays d'abord, à l'échelle du Maghreb et du Moyen-Orient ensuite.
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    Les résistances à l'ordre établi et aux inégalités sociales n'y naissent pas de nulle part. L'échec des politiques « nationalistes » des États post-coloniaux et les crises laissées ouvertes par la libéralisation économique, la mondialisation et la géopolitique du pétrole ont nourri le mécontentement social et ouvert la voie aux poussées protestataires. Les réactions des pouvoirs contestés oscillent entre répression, cooptation et ouvertures en trompe-l'oeil.

  • Démocratique, indianiste et socialiste ?

    Habituellement épinglé comme l'un des pays les plus pauvres de l'hémisphère occidental en dépit de ses importantes richesses naturelles, la Bolivie affiche aujourd'hui l'image d'un Etat engagé dans une dynamique historique de refondation de ses structures économiques, sociales et institutionnelles. Priorités du gouvernement d'Evo Morales : la récupération de la souveraineté nationale, la redistribution sociale des revenus, la reconnaissance de la diversité culturelle et la revalorisation de la démocratie. Elu président de la Bolivie à la majorité absolue en 2005, plébiscité par 67 % de ses concitoyens lors du référendum révocatoire d'août 2008 et peut-être en route pour un deuxième mandat de chef d'Etat, l'ancien militant syndicaliste cocalero, l'indigène aymara Morales incarne d'abord l'aboutissement politique d'un long processus d'organisation populaire généré dans la contestation sociale des années néolibérales. Il révèle aussi toute la fragilité, la difficulté et les aléas d'une entreprise ambitieuse de décolonisation des institutions et des pratiques. Trop conciliant ou pragmatique pour les uns, centralisateur ou inefficace pour d'autres, son nationalisme de gauche, son idéal socialiste aux accents indianistes effraie avant tout l'élite blanche des riches régions orientales de la Bolivie, ainsi qu'une certaine communauté internationale. Renégociation des contrats avec les multinationales d'exploitation des hydrocarbures, refonte complète de la Constitution nationale, nouvelle répartitions agraires... la liste des acquis s'allonge. Mais un projet aussi « populaire » peut-il s'inscrire dans la durée ?

  • - La pauvreté baisse dans le monde mais de fortes inégalités persistent entre territoires.
    - La concentration extrême des richesses « menace de priver des centaines de millions de personnes des fruits de leur talent et de leur travail ».
    Les néolibéraux répètent, qu'une « marée montante soulève tous les bateaux, mais c'est davantage aux yachts qu'aux barques de pêche qu'ils destinaient la montée des flots », rappelle Serge Halimi, le directeur du Monde diplomatique.

  • À l'heure des polémiques sur le réchauffement climatique, la production d'agrocarburants est souvent présentée comme une solution d'avenir et un nouveau moyen de développement des pays du Sud.
    Cependant, en Asie, en Amérique latine et en Afrique, elle prend le plus souvent la forme de vastes monocultures - de canne, de palme, de soja. - aux mains de l'agro-industrie.
    Les impacts fonciers, sociaux et environnementaux observés au Sud tendent à aggraver les déséquilibres, quand ils ne mettent pas en péril l'alimentation même des populations locales, par le changement d'affectation des terres.
    Déforestation, appropriation privative des ressources, accaparement des propriétés agraires, concentration des bénéfices, pollution des sols et de l'eau, appauvrissement de la biodiversité, exploitation de main-d'oeuvre vulnérables, déplacement de populations, violation de droits humains.
    À quelles conditions une réappropriation équitable et un développement durable de la production et de la consommation d'agrocarburants sont-ils envisageables ?
    Les solutions passent par une refonte des politiques économiques et agricoles.
    L'ouvrage rassemble les témoignages et analyses de spécialistes qui sur place dans les pays concernés évaluent les conséquences de ces choix énergétiques.

  • Problématique complexe aux causes et aux effets multiples, la déforestation est d'abord une tendance mondiale alarmante. Environ 130 000 km² sont déboisés chaque année, plus de quatre fois la superficie de la Belgique. Perte nette annuelle, après régénération et nouvelles plantations: 80 000 km². Particulièrement concernés, les trois principaux bassins forestiers du Sud : l'Amazonie, l'Afrique centrale et la zone Malaisie/Indonésie. Si les conceptions conservationnistes stigmatisent d'abord la pression démographique et les populations en quête de bois de feu ou de nouvelles terres. les mouvements paysans dénoncent quant à eux les usages industriels axés sur l'exportation et l'accumulation de profits, responsables d'une utilisation non durable des forêts et des terres défrichées. Exploitation abusive des bois et des minerais tropicaux, plantations de monocultures d'arbres à croissance rapide. montée en puissance des agrocarburants, production intensive de cellulose, de soja, d'huile de palme..., les modèles de développement et de consommation dominants hypothèquent la survie des populations agroforestières, érodent la biodiversité et dopent les émissions de CO² liées au déboisement. La plupart des Etats dispose aujourd'hui de plans d'affectation des sols qui devraient limiter la tendance, mais la volonté ou les moyens de les appliquer manquent. Les compensations financières pour " déforestation évitée " prévues dans la future politique climatique mondiale y changeront-elles quelque chose? Ou les solutions passent-elles nécessairement par une mise en cause profonde des logiques productivistes ?

  • L'approche Nord-Sud des relations internationales, du développement et de la mondialisation serait-elle désormais « caduque » ?
    Ressassée par les secteurs conservateurs depuis le début des années 1980, cette idée gagne aujourd'hui du terrain parmi les altermondialistes et militants de la solidarité internationale.
    En cause, le « déclin » économique et diplomatique du camp occidental, le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale vers l'Asie, la différenciation des trajectoires des pays du Sud et la montée en puissance d'une série de « défis globaux » - environnementaux, financiers, sanitaires, sécuritaires - qui menacent les sociétés du Nord comme celles du Sud et exigent l'adoption de démarches « constructives » et « coopératives ».
    Bref, la lecture Nord-Sud serait dépassée et contre-productive, car trop « clivante » quand la priorité est à la promotion de biens publics mondiaux.
    À y regarder de plus près, les architectes de cette évolution idéologique sont à chercher. au Nord bien davantage qu'au Sud.
    À l'heure où le leadership de l'Occident est effectivement mis à mal, cette quête de normes globales ne reflète- t-elle pas aussi la capacité de celui-ci à marier stratégie de puissance et narration des intérêts supérieurs de l'humanité - de la bonne gouvernance au développement durable ?
    À produire des lectures à portée universaliste qui préservent ses intérêts et renforcent ses positions ?
    La nécessité, indiscutable, de construire de nouveaux partenariats globaux ne dilue pas les rapports de force internationaux, notamment Nord-Sud. Elle leur offre un nouveau cadre.
    Une fois encore, on lira des « points de vue du sud » qui décryptent la novlangue des idéologues de la mondialisation et témoignent, à travers l'étude de cas précis, de la vivacité de la domination occidentale et de l'impérialisme qui s'accompagne d'une rhétorique de leur disparition supposée.

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