Arno Bertina

  • Sur les terres agricoles qui se trouvaient au sud de Rennes est née dans les années 60 une « ville nouvelle » : le quartier du Blosne. D'abord promesse de confort ou d'ascension sociale, l'ensemble a vieilli au fil des décennies, et les espérances se sont érodées. Au tournant des années 2010, un grand projet de rénovation est initié. Mais contrairement à ce qui se fait ailleurs, celui-ci va donner lieu à une vaste consultation appelant les habitants à associer leurs voix aux décisions de la mairie. Mieux : ils seront écoutés sincèrement.
    Youcef Bouras dirige une agence d'urbanisme impliquée dans le chantier. Pour lui aussi ce processus de concertation est une nouveauté, qui lui fait vite l'effet d'un caillou dans sa chaussure. Doit-il accepter de remballer une partie de l'expertise dont il est fier, lui qui a grandi dans une autre cité ? Les pratiques des usagers contredisent-elles les principes qu'il a mis en oeuvre dans d'autres circonstances ? L'intelligence qu'ils démontrent va-t-elle l'empêcher d'être le démiurge de ce chantier ?
    Pendant quatre ans, sur de longues périodes, les trois auteurs de ce roman ont résidé au Blosne. S'écartant des représentations habituelles de la « banlieue », ils racontent ici un quartier pluriel, où se cristallisent les transformations récentes de la société française. Dans la tension entre l'idéal et le réel, entre les volontés de domestication et la créativité concrète des habitants, c'est toute notre vie démocratique qui trouve à s'incarner.

  • Sur les terres agricoles qui se trouvaient au sud de Rennes est née dans les années 60 une « ville nouvelle » : le quartier du Blosne. D'abord promesse de confort ou d'ascension sociale, l'ensemble a vieilli au fil des décennies, et les espérances se sont érodées. Au tournant des années 2010, un grand projet de rénovation est initié. Mais contrairement à ce qui se fait ailleurs, celui-ci va donner lieu à une vaste consultation appelant les habitants à associer leurs voix aux décisions de la mairie. Mieux : ils seront écoutés sincèrement. Youcef Bouras dirige une agence d'urbanisme impliquée dans le chantier. Pour lui aussi ce processus de concertation est une nouveauté, qui lui fait vite l'effet d'un caillou dans sa chaussure. Doit-il accepter de remballer une partie de l'expertise dont il est fier, lui qui a grandi dans une autre cité ? Les pratiques des usagers contredisent-elles les principes qu'il a mis en oeuvre dans d'autres circonstances ? L'intelligence qu'ils démontrent va-t-elle l'empêcher d'être le démiurge de ce chantier ? Pendant quatre ans, sur de longues périodes, les trois auteurs de ce roman ont résidé au Blosne. S'écartant des représentations habituelles de la « banlieue », ils racontent ici un quartier pluriel, où se cristallisent les transformations récentes de la société française. Dans la tension entre l'idéal et le réel, entre les volontés de domestication et la créativité concrète des habitants, c'est toute notre vie démocratique qui trouve à s'incarner.

  • Un secrétaire d'État est séquestré par les salariés d'un abattoir en liquidation judiciaire. Une fois les portes de l'établissement cadenassées, l'ordre routinier du labeur se métamorphose en démocratie chaotique. À tour de rôle, chacun va prendre la parole avec ferveur ou maladresse. Arno Bertina fait résonner ces bribes d'existences ouvrières tout en nous plongeant dans la conscience perturbée du secrétaire d'État dont les discours idéalistes se heurtent à la réalité du terrain. Dans l'usine désormais cernée par les forces de l'ordre et les journalistes, la lutte collective hisse haut les étendards de la colère et de la joie, préparant en secret un baroud d'honneur revendicatif et festif... Avec ce roman polyphonique, Arno Bertina prend à bras le corps un sujet brûlant d'actualité pour faire entendre la parole de toutes les forces en présence, leurs utopies en germe et leurs inconsolables rancoeurs. Alliant suspense haletant, comique de situation et virtuosité du montage, Des châteaux qui brûlent parvient à donner à la mort annoncée d'une usine une ampleur littéraire inédite.

  • Avec L'Âge de la première passe, Arno Bertina quitte provisoirement le roman pour s'atteler à un récit documentaire en République du Congo, qui apparaît d'abord comme un reportage au long cours. En effet, l'auteur a effectué cinq séjours de trois semaines chacun au Congo entre 2014 et 2018, en lien avec l'ASI, une ONG franco-congolaise s'occupant de la réinsertion de filles des rues, prostituées mineures et déjà mères pour la plupart. Outre un travail d'atelier avec une cinquantaine d'adolescentes, d'autres investigations à Pointe-Noire et à Brazzaville ont nourri cette enquête de terrain.Pour éviter les écueils d'un journal de bord dépaysant ou caritatif, l'auteur a préféré une remémoration réflexive, brassant les époques et les lieux au gré de sa progressive appréhension du terrain, entre les journées au « Foyer des filles vulnérables », les maraudes nocturnes et quelques virées dans les bars du cru. Au premier plan, il dresse de poignants portraits de jeunes femmes : Cloé, Diane des Nations, Juliana, Fanette, Dieuveuille, Taliane, etc., mais aussi de Maman Vivienne et Maman Gertrude, deux infatigables militantes de l'ASI, investies dans une action de prévention au plus près de la misère physique et psychique de leurs protégées. Tous les aspects socio-culturels de ce cas-limite du rapport de domination sexuelle sont très largement documentés, mais une autre question cruciale affleure, celle de la forme d'écriture capable de rendre justice et justesse à une si violente réalité.Arno Bertina use ici d'un regard personnel impliqué, assumé comme tel. L'Âge de la première passe est un livre aventureux, âpre et méditatif qui déplace nos certitudes. Il sonde le sentiment d'abandon ou de soumission qui menace, au-delà de la prostitution, n'importe quelle relation.

  • Lorsqu'il choisit en 2015 de traiter le thème de la restitution des oeuvres d'art spoliées durant la colonisation, Arno Bertina n'imaginait certes pas que cette fi ction deviendrait une question d'actualité en 2018 lors de la parution du rapport Savoy Sarr intitulé Restituer le patrimoine africain, en date du 23 novembre 2018.
    On avait beau jeu d' a rmer qu' elles avaient été achetées, car certains explorateurs ou certains représentants de l' Etat français (...) avaient sans doute troqué ces oeuvres contre peu d' argent, ou des babioles, ou des menaces. Aucune transaction inattaquable, certainement. Certes il était possible d' a rmer qu' en les volant on les avait sauvées mais c' était tout de même tordu.
    POSTFACE « Qui connaît la diffi culté qu'il y a, aujourd'hui et à l'avenir, pour les musées du monde entier, à penser et exposer les oeuvres de façon de historiquement fondée, éthiquement viable et politiquement praticable, éprouvera l'intelligence et le caractère subversif de la fable d'Arno Bertina comme un moment de libération. » Bénédicte Savoy La postface propose un résumé et condensé des discussion et des problématiques autour de la question des restitutions d'oeuvres. Elle met en lumière ce qui dans la fable d'Arno Bertina fait écho au réel.
    Cette postface accompagne initialement l'édition allemande Des lions comme des danseuses, parue en 2016.

  • Kateb, marocain, subit les événements de Paris de 1961, sa femme en perd la raison et leurs deux filles sont envoyées à l'Assistance publique. Malo, un Français qui vivait en Algérie, se voit contraint de regagner la France au moment de l'indépendance. Les deux hommes se lient d'amitié. Kateb meurt, Malo part à la recherche d'une de ses filles pour lui léguer le souvenir de son père.

  • On avait beau jeu d'affirmer qu'elles avaient été achetées, car certains explorateurs ou certains représentants de l'Etat français (.) avaient sans doute troqué ces oeuvres contre peu d'argent, ou des babioles, ou des menaces. Aucune transaction inattaquable, certainement. Certes il était possible d'affirmer qu'en les volant on les avait sauvées mais c'était tout de même tordu.

    La spoliation des biens culturels africains pratiqués par les pays fondateurs de l'Union européenne, comme la France et Italie, durant les années de colonisation.
    En trouvant l'audace d'intenter une procédure contre le Musée du quai Branly, à Paris, le roi de Bangoulap - un village du pays bamiléké, dans l'Est du Cameroun -, ne pouvait pas deviner que c'était en fait l'Europe libérale et carnassière qu'il allait complètement déshabiller.

    Arno Bertina inverse la vapeur avec un plaisir communicatif.
    Les pays africains réclament la gratuité du musée pour leur ressortissants arguant que les oeuvres exposées leur appartiennent. Sans réponse, ils interpellent l'Union européenne qui finit par admettre la propriété africaine de ces oeuvres à la surprise générale, bien qu'elles participent de l'identité européenne.
    Cette première demande accordée fait effet tache d'huile car les Africains décident de ne pas s'arrêter là.

    De la fiction à la science-fiction.
    On assiste au désenchantement de l'Union européenne se voyant obligée de céder à toutes les requêtes successives, qui aboutissent à la libre-circulation des ressortissants africains avec l'ouverture des frontières, où la notion de gratuité prime.

  • Trois personnages - un vendeur de bibles, un shérif, un producteur de Rap, relatent leur rencontre avec Johnny Cash, dessinant en creux le portrait d'un américain type, étranger radicalement et fascinant - Johnny Cash comme un microclimat ou un idiotisme : se droguant pour d'autres raisons que nos raisons à nous ; priant d'une autre façon que nous ; chantons comme nous ne chantons pas ; habité par une mélancolie que nous ne pouvons pas comprendre - sauf à tenter avec tout ça un court roman sur lequel plane l'ombre de Faulkner.

  • Une petite fille assiste à l'enterrement de son père. Son chagrin est si énorme qu'il lui coupe l'appétit, elle a l'impression de devoir avaler une baleine. Petit à petit cette baleine dans la gorge l'empêche de bouger, de manger. Pour continuer à vivre, à sourire, et à rire, il faut dompter la baleine.
    Cette fable poétique et tendre aborde la sensation de chagrin que même les enfants jeunes ressentent si bien, mais aussi les ressources pour le surmonter.

  • "Au moment où je devins adolescent, c'est-à-dire sérieux, lui, à soixante-dix ans, devenait excentrique, ou inconséquent, et papillonnant. Nous nous sommes manqués." Dans ce récit conçu comme une hypothèse biographique, La rencontre entre l'auteur et son aïeul se fera de manière posthume. Ce personnage discret ayant traversé le XXe siècle sur le fit, et légèrement à la tangente de sa famille, nourrit le texte de sa propre liberté, laissant à la fiction Le soin de restituer le désordre invisible qui fut au coeur de son existence.

  • Faire la vie

    Arno Bertina

    Elles ont treize, quinze ou dix-huit ans, et leur histoire est déjà chargée en malheurs de toutes sortes, en blessures, en failles que la honte utilise pour aspirer les âmes. Elles vivent dans les quartiers périphériques de Pointe Noire, au bord de l'océan, et à Brazzaville, sur la rive nord du Congo, à la merci de la violence des hommes, piétinées par une misère qui fait la fortune des autres. Mais dès qu'on leur laisse un peu de répit, elles relèvent la tête, parfois surprises de se découvrir belles ou dignes, capables d'imaginer une autre vie.

    Au cours des séjours qu'il a racontés dans L'Âge de la première passe (Verticales 2020), le romancier Arno Bertina a souvent photographié, à leur demande, les très jeunes femmes qu'une petite ONG essaie de sortir de la rue. Voici leurs portraits.

  • La borne SOS 77

    Arno Bertina

    • Lansman
    • 25 March 2010

    Deux voix qui se succèdent sans se répondre : celle de Ghetto, s.d.f. vivant au bord du périphérique, et celle d'un agent de la préfecture de police affecté à la vidéosurveillance de ce même périphérique. Un jour, ce dernier aperçoit une forme noire sur l'un des écrans, qui semble s'être installée sur une langue de béton, à la hauteur des voitures. En cherchant à entrer en contact avec ce s.d.f., l'agent découvrira l'enfer que c'est de vivre là...

  • Je suis une aventure

    Arno Bertina

    Un journaliste sportif - le narrateur et personnage central du roman - est censé obtenir un entretien avec Rodgeur Fédérère (dont seule l'orthographe diffère avec l'identité du vrai champion).
    Or cette interview arrive au mauvais moment, en 2008. Le tennisman, qui jusque-là a raflé tous les trophées, vient de commencer à perdre plusieurs matchs d'affilée. Panique à bord, effondrement intérieur. S'il avait la grâce, est-il possible qu'il ne l'ait plus ? et s'il l'a perdue, peut-il la recouvrer ? A l'aune de ces défaites surprenantes, le champion refuse tout contact avec la presse. Et c'est justement cette crise que le narrateur veut sonder, mesurer à quel point le statut de numéro 1 mondial a moulé, corseté, inhibé ce joueur qui semblait intouchable, « écrivant l'Histoire en direct ».
    Après quelques rendez-vous manqués, les deux hommes finissent par se rencontrer, échanger à mots couverts, puis rentrer dans le vif du sujet, jusqu'à devenir presque inséparables. Leur complicité les conduira bientôt à rejoindre Londres en moto pour y opérer un rocambolesque cambriolage, puis à perdre littéralement la tête à Bamako. Au cours de cette équipée éthylique qui fera se lever bien des fantômes, ils vont poursuivre dans des lieux très improbables - le toit du musée Tussaud, un ferry ralliant Douvres à Calais, un restaurant en forme de sanglier, un bordel slave au bord du fleuve Niger - un dialogue qui s'évertue à mieux nommer et conjurer une certaine morbidité.
    Entre doutes et certitudes vacillantes, les deux motards ont l'esprit de plus en plus libéré par le voyage qui les conduit aux frontières de leur identité, de leur croyance, de leur désir. A mi-parcours, l'invitation inopinée du fantasque Benigno Ramos - Philippin fan absolu de Fédérère montant un club de tennis en son honneur à Bamako - aura d'ailleurs permis une ultime sortie de route, au Mali. Perte des repères aidant, c'est le livre entier qui entre alors en transe verbale, laissant, après le retour du champion à ses tournois, le journaliste poursuivre seul sa nuit africaine, de carnaval en bordélisation (au sens propre) de son Eros.
    Dans cette réjouissante odyssée qui porte bien son titre, Arno Bertina a fait le pari d'emprunter un personnage public pour le transfigurer dans une pure fiction. Et plus le récit prend des tours comiques, incongrus, délirants, plus le lecteur a l'impression de découvrir les dilemmes du vrai champion. Même si, pour l'auteur comme pour son alter ego journaliste, l'enjeu est ailleurs : retrouver l'accord du coeur et de l'âme, de la tête et des jambes, là où le tennis joue comme un terrain d'expérimentation de la légèreté, une métaphore sur la grâce du jeu, enfin délestée du regard des autres et des pesanteurs de l'être.

  • Pour ce qui représente peut-être la scène finale de sa carrière, Myrtle Gordon tient la vedette d'un procès en cour d'assises. Accusée de crime, elle proclame et déclame sur tous les registres son innocence, sa colère, son mépris. Dans la salle - disgracié et comme en exil de lui-même -, Jean, qui fut son amant, son mari, son compagnon, assiste aux débats et témoigne, ressassant les épisodes qui ont conduit au tribunal la cantatrice déchue, et ruminant les "aveux" que, chaque soir, livrée à la solitude de sa cellule, elle glisse dans les cassettes d'un magnétophone.

    Ainsi prend forme le contradictoire portrait d'une chanteuse en rupture avec son milieu professionnel, d'une artiste qui vit dans la défiance de sa propre voix, d'une interprète qui oppose aux bienséances esthétiques toutes les frasques de son tempérament tumultueux. Mais, par-delà les accusations et l'affaire pour laquelle on la juge, quel fut le motif de cette fugue, soudaine et inexplicable, en Italieoe C'est autour de cette énigme que se noue le roman d'Arno Bertina. Et c'est sur l'opéra que prend appui (appoggio) son inspiration. Non pour imiter ou romancier l'art lyrique, mais pour en saisir et en restituer - du grotesque au sublime, du plus artificiel au plus émouvant - la singulière tradition et l'irremplaçable énergie.

  • Anima motrix

    Arno Bertina

    Je suis le cocu magnifique auquel il pousse des cornes, je suis pourchassé, soupçonné d'appartenir à une cellule d'Al-Qaeda démantelée près de la frontière italienne. Je suis le chasseur Actéon puni par Diane et transformé en cerf, bientôt déchiré par les mâchoires de ses chiens qui ne le reconnaissent pas, et je suis l'ancien ministre macédonien Ljube Boskovski, qui fuit parce qu'il aurait assassiné des réfugiés. Je suis Bobby Fischer, Curzio Thomsen et Slavo Smith, une prostituée romaine et une duchesse un peu cinglée, et un jeune adolescent pakistanais aussi. Je suis Balakh et Ghulam, je suis suspendu au pied d'un Béninois caché dans le train d'atterrissage d'un avion qui survole l'Adriatique, je suis en route pour nulle part et tenté de tout lâcher.

  • " deux hommes détruits par la guerre - savoir ou dire quelle guerre, la nommer, c'est à la fois important et sans conséquences - deux hommes à la porte d'eux-mêmes, deux hommes auxquels on a enlevé jusqu'à la possibilité de fuir.
    " il y a d'abord kateb, l'immigré kabyle, arrivé en france dans les années cinquante, marié à une française et pris avec elle dans les événements d'octobre 1961 à paris. et il y a malo, le médecin français émigré et marié en algérie, contraint de fuir ce pays lorsque survient l'indépendance - et qui ne parvient plus à trouver son centre de gravité. deux trajectoires dans le dehors, le vide immense des apatrides.
    Deux expériences de l'étrangeté absolue, aux surimpressions indécises mais obsédantes, qui entrelacent jusqu'en mai 1968 les figures mimétiques de la violence insurrectionnelle. le dehors ou la migration des truites est un premier roman intense, exigeant, qui explore les confins de l'isolement, de la stupeur vécue à hauteur d'homme quand le souffle de l'histoire a fait exploser les raisons de vivre, battre et claquer des portes qui jamais plus ne se rouvriront.
    Devant soi. derrière soi.

  • Ceux qui trop supportent Nouv.

  • Pietro di Vaglio aurait existé entre 1795 et 1836.
    Il a vingt ans quand il découvre tout à la fois la politique et la littérature. Dans une Rome révolutionnaire, il intègre un cénacle romantique dont il est chargé de tenir le journal. Mais c'est peu à peu vers d'autres amitiés qu'il va se tourner, après avoir découvert, au hasard d'une nuit d'ivrognerie, une auberge «gargantuesque» peuplée de personnages à la langue débraillée, affreuse et magnifique.
    Récit d'une «conversion», La Déconfite gigantale du sérieux célèbre les passions et fait l'éloge d'une littérature jubilante, qui saura mettre en scène un corps copieusement vivant. À la fois jeu de piste, jeu de rôle, pseudo-traduction ou travail érudit, le livre proposé par Arno Bertina suggère que le geste d'écrire est étranger à tout esprit de sérieux, à tout sens du sacré.

  • Idriss, un sans-papier malien, raconte son amitié avec Ahmed, un Algérien. Leurs promenades en banlieue parisienne sont l'occasion de rendre palpables leurs solitudes.
    Tous deux clandestins, dans l'impossibilité de retourner chez eux, ils sont enfermés dehors et les émotions qu'ils taisent tournent en boucle jusqu'à ce qu'Ahmed déraille. Incarcéré après une plainte pour viol, il va se suicider en prison.
    Anissa Michalon photographie la communauté malienne de Montreuil, à mi-chemin entre un travail documentaire et esthétique. Après qu'un jeune Malien se soit donné la mort en prison, elle s'est rendue dans son village africain d'origine pour apprendre la nouvelle à sa famille. Arno Bertina transpose cette histoire vraie dans un récit fictionnel qui fait contrepoint aux photographies.

  • Peuples et les cultures. Au moment où l'Europe s'interroge sur ses frontières, le photographe Sébastien Sindeu explore cet entre-deux, de l'infatigable activité maritime au rêve statique de ceux qui veulent atteindre l'autre rive. Ses images saisissent au plus près la vie dans les quatre détroits - Bosphore en Turquie, Gibraltar entre l'Espagne et le Maroc, Oresund entre le Danemark et la Suède et pas de Calais entre la France et l'Angleterre - et montrent les subtiles correspondances qui relient les portes maritimes de l'Europe.
    Un texte littéraire d'Arno Bertina arpente en parallèle ces territoires, à la recherche d'une identité européenne recomposée au fil des errances.

  • La Borne SOS 77 est un court roman composé de deux voix qui se succèdent en alternance : celle de Ghetto, un sans domicile fixe vivant au bord du périphérique parisien, et celle d'un agent de la Préfecture de police affecté à la vidéosurveillance de ce même périphérique. Ce dernier, habitué à voir le monde à travers des écrans et des caméras fixes, découvre un jour - à la limite du hors-champ - une forme noire qui semble s'être installée sur une langue de béton, à la hauteur des voitures. Obsédé par le désir de réduire toutes les fractures, il va se rendre sur place et tenter de se rapprocher de ce SDF qui fouille les poubelles.
    La Borne SOS 77 est née à partir du travail photographique de Ludovic Michaux sur les dispositifs mis en place pour empêcher les sans-abris de s'installer sur les trottoirs ou sous les porches des immeubles (pics, grillages, plots.). Les deux écritures, photographiques et littéraires, soulignent une réalité sociale glaçante, bien que peu perceptible.

  • À partir d'un atelier initié par le LEC*, qui s'est tenu durant l'automne 2017 à Angers, C'est quoi ce pays est composé de textes d'Arno Bertina et d'une série d'écrits réalisés par les participants d'origine étrangère, totalement novices en écriture. Des témoignages à l'épreuve d'une mise en mots.

  • Mai 2005 : non au référendum sur la constitution européenne.
    Novembre 2005 : embrasement des banlieues.
    Mars 2006 : mouvement anti-cpe.
    Une année, trois séquences politiques et autant de refus.
    Circulant parmi ces trois non, interrogeant leur cohérence autant que leurs contradictions, s'épargnant les imprécations du pamphlet ou le surplomb essayiste, ce texte à six jambes propose une cartographie littéraire de ce moment de la vie politique française.

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