Albert Ogien

  • Le livre propose de substituer à la notion de "société civile" celle de "pratiques politiques autonomes", qui permet de saisir les caractéristiques particulières de chacune des initiatives prises par des associations ou des collectifs pour s'occuper d'un aspect de la vie collective ou politique d'une société. Il montre d'abord comment ces pratiques remplissent une fonction de socialisation politique que les institutions sociales ne parviennent plus à assurer.
    Il s'intéresse ensuite à un type particulier de ces pratiques : celles qui investissent le champ de la politique pour jouer un rôle dans l'activité de gouvernement. Ces pratiques composent ce qu'on nomme ici l'activisme sauvage. A partir des expériences d'exercice du pouvoir par des citoyens ordinaires, le livre analyse la légitimité de cet activisme, dégage ce qui le différencie du militantisme partisan traditionnel et montre comment il est en train de façonner une politique, en favorisant la vigilance des citoyens sur les conduites des pouvoirs en place ou en concourant aux élections locales ou nationales pour contribuer, si peu que ce soit, à changer de monde.

  • Face à une pluralité d'ordres normatifs légitimes, quel type de règles un individu choisit-il de suivre pour ordonner son action ?
    Ne peut-on pas envisager les conduites déviantes comme un mode de vie plutôt que comme des formes de délinquance ou comme le reflet d'une « crise des valeurs » ?
    L'essentiel des théories sociologiques de la déviance est retracé dans ce manuel, qu'il s'agisse des théories causales, fondées sur les explications de la criminalité produites par l'analyse quantitative à partir de variables sociales ou psychosociologiques, ou des théories compréhensives, qui envisagent l'infraction à partir de la réaction sociale qu'elle provoque, et le déviant comme un individu normal.

  • la sociologie est, dit-on une science particulière parce que son objet, le social, posséderait des caractéristiques défiant toute tentative d'explication...
    ce livre envisage les choses tout autrement. il considère que la particularité de la sociologie tient surtout à ce que la grande majorité de ceux qui la pratiquent a le plus grand mal à prendre au sérieux le fait qu'elle puisse être une science. il existe un remède à ce mal : reconnaître que la sociologie est une activité de nature scientifique définie par une série d'instructions qu'il convient simplement de mettre en application.
    il ne s'agit donc pas de répondre à la question : comment faire de la sociologie en suivant les règles d'une méthode ? (il existe déjà trop de réponses à cette question), mais à cette autre : qu'est-ce que faire de la sociologie veut dire, c'est-à-dire comment s'accorder sur les règles d'une pratique ? les études qui composent l'ouvrage confrontent quelques thèses classiques de la sociologie (celles de garfinkel et de bourdieu, de dewey et de goffman, de durkheim et de mead) en les examinant à la lumière des problèmes de description et d'explication que pose leur utilisation dans l'enquête.
    cette façon d'envisager le théorique à partir de l'empirique reflète bien le principe que l'auteur défend : le travail sur la méthode ne doit être, en sociologie, ni délégué à des épistémologues, ni conçu comme un sous-secteur de la discipline, mais résolument et méthodiquement conduit de l'intérieur même de l'enquête et de l'analyse telles qu'elles se mènent dans le quotidien de la recherche. en respectant ce principe (qui vaut pour les deux versants, quantitatif et qualitatif, de la discipline), on peut se donner les règles d'une pratique de la sociologie affichant les attributs de la visée scientifique : autonomie, réalisme, rigueur et inventivité.

  • Comment le chiffre est-il devenu depuis 2001, date d'entrée en vigueur de la Loi organique sur les lois de finances (LOLF), la pièce maîtresse d'une manière de gouverner dans laquelle la décision politique est soumise à une logique du résultat ?

    Les procédures d'évaluation des administrations d'État servent à quantifier l'action publique.

    Albert Ogien propose de les appréhender en remontant au phénomène qui les organise : la mathématisation du monde social. L'auteur décrit la transformation radicale du modèle d'exercice du pouvoir depuis 25 ans. Il lève la confusion sur les usages du terme et distingue l'évaluation en tant que jugement pratique et en tant que technique de gestion. L'évaluation gestionnaire, qui consiste à produire une mesure de l'efficacité d'une activité de production à partir d'une valorisation financière de chaque élément qui la compose, est aujourd'hui la forme dominante.

    L'auteur interroge l'emprise actuelle de la valorisation financière sur la définition de l'activité de gouvernement. Il montre comment elle affadit, voire vide de leur contenu les pratiques démocratiques. Il met en exergue les formes de résistance que les agents de la fonction publique et les citoyens peuvent opposer à cette érosion de la démocratie.

  • Cet ouvrage rend compte de l'intérêt manifesté par les sociologues contemporains pour Wittgenstein, et propose une réflexion innovante sur les conditions d'avènement d'une sociologie plus en phase avec la réalité fondamentale des processus sociaux. Le détour wittgensteinien, utile pour s'émanciper d'une certaine tradition "bourdivine", prend tout son sens avec la promotion d'une approche du social inspirée par une théorie de la connaissance. Ce livre répond de manière lucide et engagée à la question lancinante de la scientificité et de la fécondité réelles de la sociologie.

  • Après le succès et le grand écho rencontrés par Pourquoi désobéir en démocratie ? (2010), les auteurs scrutent l'extension du domaine de la désobéissance en examinant les mouvements de protestation dans les pays développés, les révoltes contre les dictatures, les mobilisations globales et les luttes pour l'autonomie à travers la revendication de « démocratie réelle » qui s'y exprime souvent.

  • Les raisons de se révolter ne manquent pas.
    Mais, en démocratie, s'engager dans un combat contre l'injustice, l'inégalité ou la domination est un geste qui doit s'exprimer sous une forme d'action politique acceptable. Parmi ces formes se trouve la désobéissance civile : elle consiste, pour le citoyen, à refuser, de façon non violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire parce qu'il la juge indigne ou illégitime, et parce qu'il ne s'y reconnaît pas.
    Cette forme d'action est souvent considérée avec méfiance : pour certains, elle ne serait que la réaction d'une conscience froissée, puisqu'elle n'est pas articulée à un projet de changement politique ; pour d'autres, elle mettrait la démocratie en danger en rendant légitime un type d'action dont l'objet pourrait être d'en finir avec l'Etat de droit. Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui - à l'école, à l'hôpital, à l'université, dans des entreprises, etc.
    Il montre comment ces actes s'ancrent avant tout dans un refus de la logique du résultat et de la performance qui s'impose aujourd'hui comme un mode de gouvernement. A la dépossession qui le menace - de son métier, de sa langue, de sa voix -, le citoyen ne peut alors répondre que par la désobéissance, dont le sens politique doit être pensé.

  • L'usage extensif et indifférencié du terme « populisme » traduit aujourd'hui la prégnance de ce que Albert Ogien et Sandra Laugier appellent l'antidémocratie, c'est-à-dire le refus de reconnaître que les citoyen.ne.s ont la capacité de prendre collectivement des décisions respectueuses de l'égalité, de la justice et de la dignité de tou.te.s.
    Cette répugnance n'est pas l'apanage des ennemis déclarés de la démocratie. Elle se donne à entendre chaque fois qu'on hésite à accorder une liberté nouvelle aux individus, qu'on craint l'expression de leur jugement ou qu'on limite leur intervention dans la vie publique. Derrière cette méfiance, il y a le soupçon de l'incapacité du « peuple » à s'occuper des affaires publiques et le risque de chaos que la société courrait si on confiait la responsabilité de gouverner à ces « incompétents ».
    À partir de l'analyse d'événements récents (terrorisme, crise grecque, Nuit debout, élections), le livre plaide en faveur de l'accroissement du contrôle que les citoyen.ne.s exercent sur les institutions publiques, en s'appuyant sur leur intelligence collective et en écoutant la voix de chacun.e. Il rappelle également que l'usage de la langue pèse sur la manière dont on pense et pratique la politique. Il soutient enfin que dénoncer toutes les expressions de l'antidémocratie contribuerait à élaborer non pas une postdémocratie, mais une démocratie enfin réelle.

  • Les débats passionnels à propos de l'oeuvre de Pierre Bourdieu et de ses engagements publics ont longtemps limité l'expression d'une critique scrupuleuse de son travail. Alors que ces débats commencent à s'estomper, ce livre propose une analyse du coeur de son projet intellectuel : sa théorie de la pratique. Les textes qu'il réunit examinent l'usage des notions que Bourdieu a introduites dans le lexique de la sociologie et de l'anthropologie et qui en font désormais partie : champ, habitus, capital, réflexivité, familiarité, intérêt, désintéressement, critique, position scolastique. Sociologues, philosophes et linguistes s'attachent ainsi, chacun à leur manière, à rendre compte d'un aspect de la théorie de la pratique de Bourdieu, en ouvrant une réflexion sur sa pertinence et sur les lacunes et contradictions qui ont provoqué sa remise en cause ou son rejet. Ce livre n'est pas un plaidoyer pour ou contre Bourdieu. Il cherche plutôt à présenter une confrontation raisonnée de ses thèses avec celles qui ont été élaborées par les approches qui, depuis une vingtaine d'années maintenant, ont renouvelé l'enquête en sciences sociales, en l'orientant résolument vers l'analyse empirique de la pratique, dont la collection " Raisons pratiques " a été l'un des lieux de développement en France.

  • L'erreur humaine, inévitable, est souvent affectée d'une valeur négative ; elle présente pourtant un potentiel positif. L'enjeu de cet ouvrage est de mettre à l'épreuve cette valeur positive, à travers des études de cas diverses : dans la science, dans le diagnostic, médical, dans la vie courante, etc.
    Une nouvelle approche de l'usage de l'erreur L'étude de l'erreur se développe en grande partie aujourd'hui à partir de travaux de psychologie cognitive, qui traquent les erreurs de raisonnement, les biais cognitifs et la formation de croyances fausses et expliquent causalement ces phénomènes par des mécanismes inconscients ou des inclinations naturelles de l'esprit humain. Le problème est que, pour ce faire, ils doivent présupposer des normes absolues (de vérité ou de rationalité, de raisonnement déductif ou de raisonnement statistique) par rapport auxquelles les erreurs représentent des écarts mesurables.
    C'est une tout autre approche que propose le présent ouvrage : analyser l'erreur sous l'angle de sa socialité c'est-à-dire en l'envisageant dans les multiples contextes et dans les dynamiques plurielles où elle se produit.
    L'usage de l'erreur est examiné aussi bien dans la science que dans l'enseignement de la logique ; dans l'établissement des preuves au tribunal que dans la résolution de problèmes pratiques de la vie courante ; dans la délibération que dans la perception ; dans le diagnostic médical que dans la décision politique.

    SOMMAIRE Présentation Erreur et perception J. Dokic - Méprises de la reconnaissance perceptive d'autrui. Entre illusion et erreur M. De Fornel et M. Verdier - Le risque d'erreur de diagnostic médical C. Chauviré - Faillibilisme et fiabilisme chez Peirce A. Ogien - Le non-lieu de l'erreur L'erreur pratique S. Laugier - How not to be ? Austin et l'erreur pratique B. Olszewska et L. Quéré - Erreurs pratiques, fautes et incongruités P. Livet - Erreur et révision D. Rivaud-Danset - Deux critiques du modèle de l'utilité espérée : erreur dans les hypothèses ou erreur de jugement ?

    L'erreur en contexte M. Lynch - De la sociologie de l'erreur à la socialité de l'erreur C. Rosental - L'erreur en logique E. Picavet - L'acceptation de propositions jugées incorrectes dans les contextes institutionnels M.-O. Deplaude - De l'erreur en politique. Le cas de la régulation démographique du corps médical en France

  • La confiance est, dit-on, un phénomène social sans lequel nous ne pourrions ni agir ni interagir.
    Pour Simmel, elle est " de toute évidence l'une des forces de synthèse les plus importantes au sein de la société " : celle-ci se désintégrerait s'il n'y avait pas une confiance généralisée entre ses membres. Ce jugement n'a pas été démenti par les sciences sociales contemporaines, qui, à la suite de Luhmann ou de Giddens, considèrent la confiance comme un mécanisme de réduction du risque et de la complexité, qui instille un sentiment de sécurité propice au développement de la sociabilité.
    Les sciences politiques reprennent également cette définition: la confiance y est à la fois considérée comme une des conditions d'émergence de la démocratie et comme un facteur crucial à son fonctionnement, même si certains nient que la confiance soit un élément d'explication pertinent en politique. Et pour ceux des économistes qui ont introduit la notion dans leur discipline, la confiance est un mécanisme qui présente un tout autre avantage: celui de réduire les " coûts de transaction " liés à la recherche d'informations et aux contrôles réciproques que devrait provoquer l'incomplétude des contrats, quand ce n'est la crainte de la tromperie.
    La confiance apparaît ainsi comme un rouage essentiel aux sociétés modernes, dont certains pensent même qu'il est devenu indispensable à une époque où se multiplient les modes formels de régulation des transactions sociales (lois, codes, règlements, protocoles, normes, classements, etc.). Mais la permanence même de ce phénomène provoque l'étonnement: les sociétés contemporaines ne sont-elles pas des sociétés dans lesquelles prédominent les relations entre anonymes ? Comment la confiance est-elle encore possible entre des personnes qui ne savent rien les unes des autres: sur quoi pourrait-elle reposer et qu'est-ce qui pourrait encore l'engendrer ? Et si l'action est si étroitement encadrée par des dispositifs techniques de mesure et de contrôle, comment laisserait-elle encore place à l'ambiguïté et à l'incertain ?

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