Nos coups de coeur en littérature

  • La servante écarlate

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Une oeuvre intemporelle d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes religieux, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.
    Brillante entrée que celle de la canadienne Margaret Atwood dans le domaine de la science-fiction ! Situé dans un futur proche, écrit sous la forme d’une contre-utopie, ce récit est une dénonciation glaçante des régimes totalitaires.
    Dans la République de Gilead – autrefois les États-Unis– sévit un régime fondamentaliste où les libertés individuelles ont été supprimées par le gouvernement monothéocratique. Faisant écho à Orwell, ce roman met l’accent sur le cauchemar que doivent endurer les femmes. Strictement contrôlées, on leur supprime la possibilité de gagner leur vie. Pire, elles sont compartimentées en classes sociales rigides. Dans les catégories acceptées: les « Épouses » (chastes, elles sont au sommet de l’échelle sociale); les « Marthas » (domestiques, elles sont stériles), les « Servantes » (elles peuvent se reproduire) ; les catégories réprouvées se composent quant à elles des « Non-femmes » et des « Jezebels », qui réunissent toutes les formes de déviance (intellectuelles, prostituées, lesbiennes etc.)
    La narratrice Offred (lisez : ‘Fred’), est une servante qui se souvient de son passé, et qui n’arrive pas à se conformer au rôle qui lui est assigné. La résistance des bas-fonds s’organise...

    Stéphane

  • Laëtitia

    Une enquête exceptionnelle et une remarquable leçon de sociologie et... d'humanité

    Sociologie politique du fait divers : Partant du « fait divers » – le meurtre en 2011 de Laetitia Perrais et l’emballement médiatique qui le suivit – l’historien Ivan Jablonka construit le "fait social et politique" et montre comment « le criminopulisme des "années Laëtitia" trahit la recherche de la division, l’instillation de la méfiance et de la haine dans le corps social ».
    À travers cette enquête très minutieuse, Jablonka donne place et fait entendre la voix de tous les acteurs familiaux, sociaux, institutionnels de cette affaire, y compris celle de l’assassin. Il dit la brutalité qui est faite aux femmes ; il s’attache à restituer à Laëtitia sa vie d’avant, son histoire, ses blessures et ses rêves, sa beauté, son indépendance. Il le fait avec admiration et tendresse, sans oublier le parcours terrible et courageux de sa sœur jumelle.
    Faire du réel une littérature ? Vous sortirez ému, admiratif...sonné par cette lecture. Roman ? Essai de sciences sociales ? Télérama qualifie cette nouvelle littérature du « fait réel incrusté de sociologie » de non-fiction littéraire ou de narrative non fiction et cite parmi ses représentants Angot, Carrère, Houellebecq, Despentes, Reinhart… Alors que nous sommes submergés par l'abondance de fictions et de séries, mais aussi par la production d’informations en boucle, cette littérature pourrait-elle avoir pour fonction de remettre de l’ordre dans ce chaos et d’éclairer notre temps ?
    Prix Roman littéraire du Monde et prix Médicis du roman 2016

     

     

    marie

  • Le tort du soldat

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis  :
    « J’ai appris la langue yiddish, parlée par onze millions de Juifs d’Europe de l’Est et rendue muette par leur destruction (…) On l’a fusillé à Moscou (Isaac Babel) le 27 janvier 1940, sans lieu de sépulture. Il avait 45 ans, ce qu’il a écrit me suffit pour le considérer comme le meilleur écrivain russe du 20e siècle. Ce qu’il n’a pu écrire ne me manque pas. En revanche, je suis peiné par le désespoir d’un homme doté d’un puits d’encre où tremper sa plume qui lui fut scellé d’un bout de plomb dans le cerveau. »

    Deux récits juxtaposés, deux personnages que tout oppose mais qui ont pourtant en commun la langue yiddish, passion pour l’un, obsession pour l’autre.
    Le premier, l’auteur, vit et partage (avec nous) sa passion littéraire et lexicale entre regret et fascination.
    Le second, ancien criminel nazi, obsédé par la défaite et persuadé que « le terme de sa vie aura la forme d’une vengeance », cherche les raisons de l’effondrement du Reich en disséquant les prophéties de la Kabbale.

    En un mot :
    Tout Erri de Luca dans un court et intense roman : engagement et langue épurée sur 90 pages et pour 11 euros… Une merveille !

    Stéphane

  • En attendant les barbares

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    « C’est avec ce mépris pour les barbares, affiché par le moindre valet d’écurie, le moindre paysan, que j’ai dû, en tant que magistrat, me colleter depuis vingt ans. Comment déracine-t-on le mépris, surtout quand ce mépris n’est fondé sur rien de plus substantiel que des façons différentes de se tenir à table, des variations dans la structure de la paupière ? »
    Dans En attendant les barbares, J.M Coetzee raconte l’histoire d’un Empire imaginaire aux prises avec la crainte tout aussi irréelle d’une offensive ennemie. Ces barbares, qualifiés comme tels par le pouvoir central, ne sont en réalité que de simples nomades vivant de pêche et d’artisanat sommaire. Leur tort n’est rien moins que d’être « différents » de la population réputée « civilisée ». Seul un homme de loi, administrateur d’un fort frontalier s’insurge contre cette politique orchestrée par l’armée. Dès lors coupable d’un acte séditieux – s’éprenant de surcroît d’une jeune barbare –, ce « résistant » devra être brisé. L’État s’affranchissant des lois se muera peu à peu en tortionnaire déchaîné.
    J.M Coetzee nous livre ici, dans une écriture féroce et saisissante la métaphore violente des déviances coloniales et despotiques des grandes puissances. On ne pourra évidemment s’empêcher, à la lecture de ce roman, de songer à la politique ségrégationniste qui connut son paroxysme en Afrique du sud de 1950 à 1991.

    Les œuvres de J.M Coetzee ont été récompensées par de nombreux prix littéraires dont le Nobel de littérature en 2003 ; ajoutons que Disgrâce, un de ses précédents romans, vient d’être adapté au cinéma. Autant d’occasions pour (re)découvrir cet auteur majeur du continent africain.

    Stéphane

  • La steppe rouge

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Ecrit en 1922, Steppe rouge est le tout premier livre de Joseph Kessel.  Ce recueil de nouvelles dépeint magistralement la violence et la terreur dans la Russie bolchéviste au travers de sept personnages au destin tragique, bourreaux d’un jour ou victimes traquées par la Tcheka (futur KGB).
    Un ouvrage tout simplement inoubliable. 

    Stéphane

  • Les soldats de l'aube

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    On ne saurait trop vous recommander Deon Meyer, écrivain de langue afrikaans, ancien journaliste, et auteur de plusieurs romans policiers dont celui-ci qui a reçu le Grand prix de littérature policière 2003, mais aussi , dans cette même collection, de Jusqu’au dernier et de L’Âme du chasseur.
    On ne vous en dira pas plus puisque c’est un polar ; mais voilà une autre manière, terriblement efficace, de pénétrer l’histoire récente de l’Afrique du Sud, y compris son rôle lors des guerres de libération africaines (Namibie, Angola devenu le Mozambique) à ses frontières.
     

    Stéphane

  • Racleurs d'océans

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    En 1952, Anita Conti,  océanologue et photographe française pionnière de l'écologie,  s’est embarquée pendant 6 mois sur un chalutier pour partager le quotidien de pêcheurs de morue à Terre-neuve.
    De cette immersion en huit clos dans un univers masculin aux conditions de travail extrêmement rudes, elle rapporte un récit sociologique passionnant... et plein d’humour que nous vous recommandons vivement. 

    Stéphane

  • La perle et la coquille

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Nous sommes à Kaboul, alors que les Talibans font la loi dans les rues. La jeune Rahima et ses sœurs ne peuvent quitter la maison. Aussi, Rahima décide de se travestir en «basha posh», c’est-à-dire en garçon, jusqu'à ce qu'elle soit en âge de se marier. Comment ne pas comprendre sa colère devant la condition des femmes dans l’Afghanistan contemporain ? Et comment ne pas partager avec elle l’espoir d’une évolution prochaine ? Car c'est bien ce combat des femmes afghanes pour un rôle politique que met en lumière "La perle et la coquille".

    Sylvie

  • Pluie noire

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :

    Cinq ans après l’explosion de la bombe de Hiroshima, la jeune Yasuko ne parvient toujours pas à se marier, le voisinage colporte la rumeur qu’elle a été touchée par une averse radioactive issue du nuage atomique.
    Pour convaincre un nouveau prétendant qu’elle est en bonne santé, la jeune femme, son oncle puis sa tante, décident tour à tour de raconter par écrit le plus fidèlement possible leur parcours pendant le drame.
    Séparés, mais ayant tous trois échappé au souffle de l’explosion, ils se retrouvent et entreprennent alors un cauchemardesque périple à travers, les cadavres et les décombres d’une ville en flammes.
    Les narrateurs, bienveillants et attachants, ont remarquablement consigné chaque détail. Le lecteur découvre ainsi, outre l’atrocité de la situation, tout un pan de la société japonaise :l’état d’esprit et l’alimentation en ce temps de guerre, ainsi que les traditions japonaises…

    En un mot :

    Un roman riche et émouvant à découvrir d’urgence.

    Stéphane

  • Dans la dèche à Paris et à Londres

    le récit des années de jeunesse du célèbre inventeur du concept de « Big Brother »

    Notre avis : 
    Avant qu'il ne vive de ses écrits, l’écrivain et journaliste anglais George Orwell (1903 - 1950), célèbre auteur de 1984 et du concept de « Big Brother », a connu la misère.
    Il a partagé la vie des précaires, des mal logés et à la rue, « rongés par la faim et l'alcool », qui enchaînent sans broncher des petits boulots harassants.
    Écrit en 1933, Dans la dèche à Paris et à Londres est une curiosité littéraire et un intéressant portrait de la France et de l'Angleterre précaires des années 20, bien avant la naissance des politiques de protection sociale. 
    Extrait : 
    « Cinq heures quarante-cinq : on se réveille en sursaut, on saute dans ses hardes poissées, le corps encore tout raide, sans même prendre le temps de passer un peu d'eau sur le museau. »

    Stéphane

  • Quinze jours dans le désert

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Avant d’écrire De la démocratie en Amérique, son "best-seller", Tocqueville s’est essayé au récit de voyage. Il raconte dans ce petit volume la traversée des États-Unis qu'il entreprit à l’été 1831. Jeune juge de 26 ans, il y décrit la naissance de la grande nation américaine, tout en se montrant préoccupé par le sort réservé aux amérindiens par les nouveaux américains venus d’Europe? ainsi que par le saccage de la nature par les hommes.

    Coralie

  • La fille que j'ai abandonnée

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :

    « Sans même lui dire au revoir, ni lui faire un signe de la main, je montai dans le wagon. J’entendis sa voix crier quelque chose dans mon dos - « Quand se revoit-on ? » - mais les portes se refermèrent avant qu’elle ait pu terminer sa phrase. Alors que le train s’ébranlait lentement, j’éprouvai une joie cruelle en me retournant vers la fenêtre : Mitsu, la bouche ouverte, incrédule, trottait le long du quai, une main à moitié levée en l’air…»
    Après avoir abusé de Mitsu, jeune femme naïve et un peu paumée, Yoshiova l’abandonne sans scrupule. Oubliant sur le champ cette aventure sans lendemain, il est prêt à tout pour réussir sa carrière. Bien des années plus tard, le remords l’obsède, il la recherche et découvre alors son funeste destin.
    Shûsaku Endô déroule ici son sujet favori : les trajectoires contraires de deux personnes que tout oppose. Quand l’une résolument moderne et arriviste réussit, l’autre, ancrée dans les traditions et les valeurs humaines, reste sur la touche. Cette situation résumant le ressenti de l’auteur vis à vis du Japon actuel.

    En un mot :

    Un ouvrage tout simplement magnifique.

    Stéphane

  • La fille automate

    Librairie des Sciences-Politiques vous conseille

    Notre avis :
    Évasion et aventure sont au rendez-vous avec la geisha hightech Emiko qui fuit un bouge de Bangkok, même si l’univers post-apocalyptique, décrit au fil des pages, oppresse…tant il semble proche de nous ! Les énergies fossiles sont épuisées, deux multinationales « AgriGen » et « Total Nutrient » contrôlent totalement le marché de semences génétiquement modifiées tandis que la « rouille vésiculeuse » et la « cibiscose » déciment plantes et populations…
    En bref :
    Si vous avez, comme nous, aimé la série suédoise d’Arte « Real Humans », vous aimerez aussi ce roman d’anticipation dans lequel humains et robots « Le Nouveau Peuple » coexistent. Un roman de science-fiction, comme souvent engagé et critique. Comment, en effet, ne pas penser aux pratiques du groupe Monsanto ?

    Stéphane

  • La Rose Dans Le Bus Jaune

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Le 1er décembre 1955 en Alabama, une couturière noire de 42 ans refuse de céder sa place à un blanc dans un bus de Montgomery.
    Redécouvrez le combat de Rosa Parks, pilier de la cause noire américaine. Un roman fort, un combat fondateur.

    Coralie

  • La Supplication

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    « Dans les écoles, les masques à gaz dataient d’avant guerre et les tailles ne convenaient pas aux enfants. Les aiguilles des appareils enregistreurs restaient bloquées au maximum, mais personne ne comprenait rien. La situation était dantesque. Alors ils ont simplement débranché les compteurs. »
    « Nous contrôlions le lait. Dès les premiers tests, il est devenu clair que l’on nous apportait non pas des aliments, mais des déchets radioactifs. (…) Nous nous sommes longtemps servis du lait en poudre et des boîtes de lait concentré de l’usine de Rogatchev comme exemples de produits irradiés. Mais pendant ce temps, ces produits étaient en vente dans les magasins. Lorsque les gens ont cessé d’acheter le lait de Rogatchev et qu’il restait des excédents, l’usine s’est lancée dans la production de boîtes sans étiquettes. Je ne pense pas que c’était à cause du manque de papier : on trompait simplement les gens. L’État trompait les gens.»
    « L’année 1986… qui étions-nous ? Comment nous sommes-nous comportés face à cette version High-tech de la fin du monde ? Moi. Nous. L’intelligentsia locale ? »

    Dans ce document, Svetlana Alexievitch écrivain et journaliste dissidente biélorusse, a recueilli 10 ans après, les témoignages de ceux qui ont vécu dans l’ombre de Tchernobyl, et qui ont survécu à cette catastrophe : les évacués, ceux que l’on a déplacés trop tard, ceux qui sont restés ou revenus dans la zone contaminée, les liquidateurs désormais moribonds que l’on a utilisés pour « nettoyer » le territoire, leurs familles mais aussi les scientifiques des instituts de l’énergie nucléaire biélorusses qui se sont tus ou que l’on a muselés.
    En un mot :
    Un recueil important et bouleversant, entre souffrance humaine et résignation.

    Stéphane

  • Passer par le nord ; la nouvelle route maritime

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Isabelle Autissier et Erik Orsenna racontent leur traversée de l'Arctique et retraçent l'histoire de ces contrées austères et fragiles, tout en pointant du doigt leurs enjeux écologiques et géostratégiques. Un récit de voyage atypique pour frissonner avant l'été.

    Maxime

  • Ce qu'aimer veut dire

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :

    « Le véritable choc, en vérité, fut la mort de Michel. A force de vieillir, la mort entre dans l’ordre des choses mais je n’avais pas alors suffisamment vieilli. Et le temps passé depuis m’agite autant qu’il m’apaise car, si Michel me manque, j’estime qu’il manque à des millions de gens, qu’ils le sachent ou non, que sa voix et son intelligence auraient été efficaces contre mille dégradations du monde. »
    Mathieu Lindon livre ici un récit intimiste, hommage à Michel Foucault pour qui il a conservé, chevillés au corps, un amour et une reconnaissance infinie.
    Le temps d’un roman il fait revivre ce lieu hors du monde qu’était l’appartement de la rue Vaugirard ; lieu festif d’initiations et de fourmillement intellectuel, synonyme de sa propre jeunesse aussi. Un témoignage d’une beauté rare, on referme l’ouvrage avec des idées de lectures plein la tête…

    En un mot : 

    L’élégance et la bienveillance du Philosophe nous laissent une furieuse envie de découvrir ou redécouvrir son œuvre unique.

    Stéphane

  • Maria Republica

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :

    1939, Maria Republica se retrouve à 13 ans, seule et dans le plus grand dénuement après l’exécution de ses parents communistes et incendiaires d’églises. Sa tante Dona Eloïsa, riche bourgeoise « cul béni » ne lui porte aucun secours alors qu’elle récupère son petit frère pour en faire un curé.
    1960, on ferme les bordels en Espagne. Maria, devenue la « putain rouge », accepte d’entrer au couvent, et de se mettre au service de « Sa Révérente » qui règne sur l’ordre des « Sœurs récupérées de la Très Sainte Droite ». C’est en ce lieu d’oubli, de renoncement et de prières que Maria l’anarchique entamera, non sa rédemption, mais bien une sourde vengeance.

    On adore :

    Certaines de ses pièces ayant été interdites, Gomez Arcos a quitté l’Espagne en 1966. Comme L’Agneau Carnivore, magnifique premier roman, Maria Républica est un roman violent, politique et poétique, une peinture au vitriol de l’Espagne franquiste. 

    Stéphane

  • Sur la route

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Sur la route retrace la folle virée de Sal et Dean à travers les Etats-Unis. Roman culte de la « beat génération », fabuleuse ode à la liberté, cette œuvre ravira votre été.
    Alors, roulez jeunesse !

    Coralie

  • Aventures en Guyane ; journal d'un explorateur disparu

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    « Dimanche 1er janvier 1950
    Lèvres sèches, langue enflée, violentes douleurs d’estomac, besoin immense de mastiquer quelque chose (…) Me levant du hamac, j’ai des vertiges. (…) Pas la force. Si demain je ne mange pas, ce sera la fin car je ne pourrai même plus chasser.

    Mardi 3 janvier
    (…) Le soir j’ai tué Boby (son chien). J’ai eu la force de le dépecer, de faire du feu. J’ai mangé et puis j’ai été malade, car mon estomac resserré me cause une digestion douloureuse. Soudain, je me suis senti si seul que j’ai réalisé ce que je venais de faire et je me suis mis à pleurer, plein de rage et de dégoût. »

    Décembre 1949, Raymond Maufrais, 23 ans, traverse seul, à pied, la jungle amazonienne. Il rêve de relier la Guyane française et le Brésil pour être le premier à traverser les monts Tumuc-Humac. Malheureusement, personne ne le revit jamais et son père passa 12 années à le chercher, en vain.
    Les notes du jeune explorateur, retrouvées par un indien au bord d’une rivière, ont été publiées à l’état brut en 1952 et paraissent en poche ce mois-ci.
    Goût de l’effort, ivresse de l’aventure chevillés au corps malgré la fièvre, les blessures, l'épuisement : un périple courageux et tragique, relaté dans un journal intime et poignant.

    Stéphane

  • Le wagon plombé ; le voyage en Russie

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    « Aucun passage n’est plus dur, plus rigoureux, plus militaire que le franchissement d’une autre frontière ; on se retrouve soudain, sans transition, dans un nouveau monde. »
    C’est ainsi que Stefan Zweig introduit le récit de son voyage en Russie en 1928. Découvrez sous sa plume, ce gigantesque empire de 140 millions d’habitants , mélange étonnant de Byzance et d’Ispahan... sans vous priver du récit du fameux retour de Lénine en Russie par le train en 1917.
     

    Stéphane

  • Le questionnaire de Proust

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Une curiosité littéraire :
    Rendu célèbre par Marcel Proust, ce questionnaire anglais datant des années 1860 a été de nombreuses fois complété.
    Divers écrivains se sont prêtés à l’exercice, ce livre en fait la compilation.
    Eugène Ionesco, Louis Aragon ou encore Raymond Queneau s’y sont dévoilés avec humour, esprit et poésie,  tel Romain Gary qui à la question « L’oiseau que je préfère ? » répond « La femme ! ».


    On adore :
    On redécouvre avec plaisir les aspirations et les goûts de nos auteurs fétiches dans cet ouvrage au graphisme charmant. Et à la fin du livre... vient votre tour : c’est maintenant à vous de remplir le fameux questionnaire !

    Coralie

  • Laëtitia ou la fin des hommes

    Une enquête exceptionnelle et une remarquable leçon de sociologie et... d'humanité

    Sociologie politique du fait divers : Partant du « fait divers » – le meurtre en 2011 de Laetitia Perrais et l’emballement médiatique qui le suivit – l’historien Ivan Jablonka construit le "fait social et politique" et montre comment « le criminopulisme des "années Laëtitia" trahit la recherche de la division, l’instillation de la méfiance et de la haine dans le corps social ».
    À travers cette enquête très minutieuse, Jablonka donne place et fait entendre la voix de tous les acteurs familiaux, sociaux, institutionnels de cette affaire, y compris celle de l’assassin. Il dit la brutalité qui est faite aux femmes ; il s’attache à restituer à Laëtitia sa vie d’avant, son histoire, ses blessures et ses rêves, sa beauté, son indépendance. Il le fait avec admiration et tendresse, sans oublier le parcours terrible et courageux de sa sœur jumelle.
    Faire du réel une littérature ? Vous sortirez ému, admiratif...sonné par cette lecture. Roman ? Essai de sciences sociales ? Télérama qualifie cette nouvelle littérature du « fait réel incrusté de sociologie » de non-fiction littéraire ou de narrative non fiction et cite parmi ses représentants Angot, Carrère, Houellebecq, Despentes, Reinhart… Alors que nous sommes submergés par l'abondance de fictions et de séries, mais aussi par la production d’informations en boucle, cette littérature pourrait-elle avoir pour fonction de remettre de l’ordre dans ce chaos et d’éclairer notre temps ?
    Prix Roman littéraire du Monde et prix Médicis du roman 2016

     

    Marie

  • Possédées

    L'équipe de la Librairie des Sciences-Politiques vous conseille

    Les romans historiques sont palpitants…
    On est vite happé par ce roman historique. Les rivalités et les intrigues locales, les volontés de puissance, l’ombre de Richelieu et de Louis XIII, les rumeurs et les désirs de vengeance ; des religieuses prises de folie salace, des croix brandies par des exorcistes devant des foules hystériques ; tout cela combiné mènera au bûcher en 1634 le brillant prêtre Urbain Grandier, libertin et trop sûr de lui.
    …et peuvent éclairer le présent
    Si vous ne savez même pas où se trouve Loudun ni de quoi relève cette histoire de possédées ; si vous ignorez tout de la Contre-Réforme, de sa volonté de renouveler la foi catholique et de lutter contre le protestantisme, des courants et ordres mystiques auxquels elle donna naissance, et du parti qu’en tirèrent rois et politiques, lisez ce livre ! Ajoutons enfin que Frédéric Gros, est chercheur au Cevipof, et enseignant à Sciences Po.
    Un seul reproche, la concordance des temps est parfois hasardeuse...

    #roman historique #Contre-Réforme #religion et politique #possession #exorcisme #inquisition

    Marie

  • Petit pays

    L'équipe de la Librairie des Sciences-Politiques vous conseille

    En quelques mots :
    « Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur.»

    Ce roman d’apprentissage traverse les années d’enfance faites de confiance en ses parents et dans la vie, de mangues mûres et de petits bonheurs entre copains, pour s’enfoncer peu à peu dans la tristesse, la violence et la peur au quotidien et l’horreur du génocide.
    La fraîcheur et la simplicité du style ne soulignent que davantage la terrible banalité du mal, le chagrin qui jamais ne quittera les survivants, la folie qui ne lâchera plus ceux qu’on aimait.


    Notre avis:
    Prix Goncourt des lycéens après le Prix du roman Fnac, Gaël Faye, jusqu'ici " slameur », confirme son entrée en littérature.
    Littérature à laquelle le narrateur déclare son amour : « Bien sûr un livre peut te changer ! Comme un coup de foudre […] Il faut se méfier des livres, ce sont des géants endormis ».
    Et si ce roman pouvait aider à mieux regarder les exilés d’aujourd’hui ? Et si c’était ça le pouvoir de la fiction ?

     

    Marie

  • Limonov

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Dans ce roman, prix Renaudot 2011, Emmanuel Carrère dresse le portrait d'Edouard Limonov, héros russe aussi romantique qu’odieux, et à la vie stupéfiante.
    Né en 1943, tailleur de jeans à Kharkov, avant de devenir poète à Moscou dans les années 70, puis domestique d’un milliardaire à New York ; écrivain branché à Paris, voyou en Ukraine, soldat lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine, Limonov est aussi le violent opposant à Poutine qui a fondé le sulfureux parti national bolchévique en 1992.
    À travers ce héros, souvent fort peu recommandable, c’est l’histoire de la Russie depuis cinquante ans que raconte Carrère. La violence des sentiments de Limonov permet de comprendre ce que les Russes ont ressenti (et continuent de ressentir) vis-à-vis du pouvoir lors de la chute du communisme, mais aussi face aux sociétés américaine ou parisienne.
    Captivant, ce texte l’est bien sûr par le talent narratif que l’on connaît, mais aussi par les confessions parallèles d' Emmanuel Carrère, notamment sur sa jeunesse qui lui parait bien fade comparée à celle du fascinant Limonov. Formidable : à lire sans faute !

    Marie-Geneviève

  • Remèdes littéraires ; se soigner par les livres

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Une petite cure de littérature ?  
    C’est la déprime ? Vous souffrez d’insomnie, de stress ou de harcèlement ? Vous perdez votre temps dans une relation toxique et en plus vous êtes coincé(e) à la maison avec une cheville tordue ?
    Oubliez votre armoire à pharmacie et essayez plutôt ce recueil de « Remèdes littéraires » et ses conseils de lectures apaisants, adaptés à chaque cas.
    En lisant par exemple « une odeur de gingembre » d’Oswald Wynd vous trouverez sans doute, au contact de Mary, l’énergie, l’inspiration ou l’encouragement nécessaire pour aller de l’avant.

    On aime : 
    Plus de 600 pages de conseils biblio-thérapeutiques affectifs ou physiques pour moins de 10 €, médication de surcroît garantie sans effets secondaires !

    Stéphane

  • La servante écarlate

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Une oeuvre intemporelle d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes religieux, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.
    Brillante entrée que celle de la canadienne Margaret Atwood dans le domaine de la science-fiction ! Situé dans un futur proche, écrit sous la forme d’une contre-utopie, ce récit est une dénonciation glaçante des régimes totalitaires.
    Dans la République de Gilead – autrefois les États-Unis– sévit un régime fondamentaliste où les libertés individuelles ont été supprimées par le gouvernement monothéocratique. Faisant écho à Orwell, ce roman met l’accent sur le cauchemar que doivent endurer les femmes. Strictement contrôlées, on leur supprime la possibilité de gagner leur vie. Pire, elles sont compartimentées en classes sociales rigides. Dans les catégories acceptées: les « Épouses » (chastes, elles sont au sommet de l’échelle sociale); les « Marthas » (domestiques, elles sont stériles), les « Servantes » (elles peuvent se reproduire) ; les catégories réprouvées se composent quant à elles des « Non-femmes » et des « Jezebels », qui réunissent toutes les formes de déviance (intellectuelles, prostituées, lesbiennes etc.)
    La narratrice Offred (lisez : ‘Fred’), est une servante qui se souvient de son passé, et qui n’arrive pas à se conformer au rôle qui lui est assigné. La résistance des bas-fonds s’organise...

    Stéphane

  • Un barrage contre le Pacifique

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Née dans l’Indochine coloniale, Marguerite Duras a nourri ce roman de nombreux éléments de son enfance.
    La lutte contre le Pacifique, c’est l’histoire d’une française seule avec ses enfants qui a tout misé sur l’achat d’une parcelle sur un terrain qui va se révéler incultivable parce qu’inondable.
    Ses deux enfants, Joseph, 20ans, colérique et séducteur et Suzanne 16 ans, sont livrés à eux même. Pendant que leur mère, s’acharne et projette de reconstruire « un barrage contre le Pacifique » ceux-ci rêvent de quitter définitivement le bungalow vétuste, par tous les moyens, même les plus immoraux...
    En un mot :
    Un roman fort, sensuel et nostalgique, nourri d’espoir et de déchéance : une porte d’entrée dans l’œuvre de Marguerite Duras, à lire et à relire !

    Coralie

  • Les lectures des otages

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Des touristes japonais enlevés par un groupe de rebelles armés trouvent la mort quelques mois plus tard lors d’une tentative de libération.
    On trouve dans les décombres un minuscule dictaphone dans lequel les touristes ont raconté chacun un moment clé de leur vie, marquant, insolite ou tout à fait banal, mais dont ils aiment à se souvenir…
    Grâce à Yoko Ogawa, figure majeure de la littérature japonaise contemporaine, la vie de chacun des otages palpitera encore en vous le temps d’une nouvelle, mais, prenez garde à son style mélancolique, sensuel, épuré et doux ; à chaque instant, ce qui insidieusement, en filigrane, inquiétait, peut basculer dans le fantasque, la cruauté, ou l’irrationnel.

    Un extrait :
    « Dans le sillage de mon mari ne m’ont quittée que des personnes pour lesquelles on pouvait dire, qu’il s’agisse de l’âge ou des circonstances, que c’était inévitable (…) Comme de l’eau qui aurait coulé entre mes mains, je me contentais de les regarder en silence s’éloigner tous ainsi. Les yeux baissés sur mes paumes je ne trouvais là qu’une modeste cavité : il ne restait rien de ce que j’aurais dû y recueillir. »

    Stéphane

  • Les bébés de la consigne automatique

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Deux bébés sont découverts in extremis par des passants dans une consigne automatique de gare, leur salut n’est dû qu’aux cris effrénés de l’un, et à l’insoutenable odeur de vomi de l’autre. Kiku et Hashi connaîtront un destin hors du commun, une vie menée à cent à l’heure mue par le traumatisme de l’abandon et la terreur de l’enfermement.
    « Rien n’a changé depuis l’époque où on hurlait enfermés dans nos casiers de consigne, maintenant c’est une consigne de luxe, avec piscine, plantes vertes, animaux de compagnie, beautés nues, musique, et même musées, cinémas et hôpitaux psychiatriques, mais c’est toujours une boîte même si elle est énorme, et on finit toujours par se heurter à un mur, même en écartant les obstacles et en suivant ses propres désirs, et si on essaie de grimper ce mur pour sauter de l’autre côté, il y a des types en train de ricaner tout en haut quinous renvoient en bas à coups de pieds ».
    On adore :
    Tout comme dans son autre roman « Bleu presque transparent », un portrait trash de punks junkies, Murakami Ryu dépeint un Japon contemporain violent et désabusé ; pourtant au sein de son univers apocalyptique, surgit une poésie et un surréalisme qui font écho à « L’écume des jours » de Boris Vian.
    Lecture traumatisante pour certains, véritable bonheur pour les autres… Qu’en sera-t-il pour vous ?

    Stéphane

  • Les justes

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Moscou, début du XXè siècle, un groupe de socialistes révolutionnaires échafaude un attentat contre le Grand Duc Serge, gouverneur despotique de la ville.
    Inspiré de faits historiques, cette pièce de théâtre, écrite en réponse aux "Mains sales" de Sartre, décrit subtilement le cas de conscience de cinq personnages. Sont-ils finalement prêts à assassiner des innocents pour atteindre leurs idéaux ?

    Coralie

  • L'évènement

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Annie Ernaux se remémore l' avortement clandestin qui a failli mal tourner lorsqu’elle était étudiante.
    Ce court roman évoque l'hiver 1964 : découverte de la grossesse, honte et solitude ; douleur physique et détresse psychologique.
    Un récit poignant dont on se souvient longtemps.

    Coralie

  • Histoire d'une femme libre

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Eté 1960, Françoise Giroud, journaliste, écrivaine et femme politique engagée, vient de rater son suicide.
    Seule et anéantie, il lui reste l’écriture pour se relever. Elle se confie dans ce texte brut et passionnant, resté longtemps inédit.

    Coralie

  • L'emprise t.1

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Premier volet d’une trilogie, ce roman, construit comme un thriller, dépeint les sphères du pouvoir français.
    Une analyse acerbe de la classe politique, entre alliances et coups bas permanents.

    Coralie

  • Voyage au Congo ; le retour du Tchad ; carnets de route

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    La publication en 1927 du journal de voyage en Afrique équatoriale d'André Gide, provoqua une vive polémique car il y décrivait sans filtre les mauvais traitements dans les colonies.
    Un superbe voyage, foisonnant de souvenirs zoologiques, botaniques et ethnographiques mais aussi une analyse critique du colonialisme : un témoignage important.

    Stéphane

  • La douleur

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    « On n’existe plus à côté de cette attente. Il passe plus d’images dans notre tête qu’il y en a sur les routes d’Allemagne. Des rafales de mitraillette à chaque minute à l’intérieur de la tête. Et on dure, elles ne tuent pas. »
    Publié en 1985, La Douleur retrace l’enfer des années 44 et 45 pour Marguerite Duras et pour son mari, Robert L., dans le roman, qui a été arrêté par la gestapo et déporté dans un camp. Elle-même s’en est sortie in extremis, grâce à François Morland alias François Mitterand.
    Écrit à partir de ses journaux Duras (qui sera accusée d’avoir arrangé la vérité en sa faveur), raconte l’attente insupportable d’une preuve de vie ou de mort puis le retour des camps de son mari.
    En résumé :
    Un roman saisissant dans lequel Marguerite Duras, de sa plume si particulière, réveille la douleur de la guerre.

    Coralie

  • Autour de ton cou

    L'équipe de la Librairie des Sciences-Politiques vous conseille

    Notre avis :
    Qu’elle parle du déclassement ou de l’exil solitaire d'un migrant aux États-Unis, des maris volages ou de la rencontre involontaire de deux femmes que tout sépare (ethnie, religion, éducation, condition sociale) pendant une violente émeute raciale; ou qu’elle fasse surgir l’ombre de la guerre du Biafra, il règne dans cette très belle série de nouvelles de la jeune romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, un ton juste et une vraie tristesse : celle des femmes humiliées, oubliées, violée;  celle des enfants morts et des vies brisées dans le silence des dictatures.
    Une grande romancière :
    Un très beau livre d'une romancière déjà primée aux États-Unis pour ses précédents romans L'Hibiscus pourpre et L'Autre moitié du soleil, ou plus récemment Americanah, tous publiés chez Gallimard.

    Marie

  • L'écume des jours

    Librairie des Sciences-Politiques vous conseille

    Notre avis :
    Ce roman, dont le surréalisme, l'inventivité et la poésie n'ont pas pris une ride, vous surprendra. De l'amour, du jazz, de la fantaisie, des personnages attachants, une critique acerbe de la société de consommation... une lecture inoubliable !
    On adore !
    Avez-vous vu le film ? Quoi qu'il en soit, lisez ou relisez L'Écume des jours.

  • Veuf

    L'équipe libraire de Sciences Po vous conseille :

    « Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles. On discutait de la couleur du bec d’un oiseau qui traversait la rivière. On était pas d’accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n’as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m’a répondu, je vois très bien de loin, et elle s’est tue, définitivement. Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie »

    On aime !
    Une déclaration d’amour, tout en finesse, pétrie d'humour et d'impertinence.
    De la poésie des petits moments partagés au cynisme de la vie qui continue sans elle, on passe du rire aux larmes, remué par tant de justesse. Un petit livre magnifique, tout sauf déprimant : à faire circuler.

  • Fukushima ; récit d'un désastre

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    11 mars 2011, le séisme de magnitude 9 qui vient de frapper le Japon engendre un tsunami gigantesque qui détruit des dizaines de villages et 16 grandes villes, emportant avec lui plus de 20 000 personnes. Tandis qu’à Fukushima, les centrales explosent une à une, l’auteur, qui réside et enseigne la littérature à Tokyo, quitte la mégapole plongée dans la pénombre.

    Au volant d’une camionnette de location chargée de vivres et de médicaments, il part, avec sa compagne, à la rencontre des réfugiés. En route c’est l’hallucination absolue, un spectacle de dévastation sans précédent, le paysage totalement arasé n’est composé que de déchets, de débris d’objets, de carcasses noyées dans le "hedoro", une boue infecte qui empeste : "Elle garde en elle tous les effluves des éléments qu’elle a charriés, voitures, bidons, avions, bateaux, maisons, chair humaine, poissons ». Ce printemps, tandis que les cerisiers en fleurs livrent au vent leurs parfums et pétales, une mort invisible bien plus préoccupante se répand.

    Faisant l’analogie avec Tchernobyl, l’auteur remarque très justement l’extraordinaire décalage entre les discours officiels rassurants, mettant en avant la fiabilité des installations, la haute technicité de l’industrie nucléaire, et finalement le bricolage et l’amateurisme des moyens utilisés en catastrophe lorsque tout se dérègle !
    " Quelle maîtrise ! On est obligé de recourir à de la résine, de la sciure de bois et du papier journal déchiqueté pour colmater les fuites. A la brouette et au râteau pour déblayer les décombres. (…) Qu’on recouvre tout ça et qu’on en parle plus… Sous ses grands airs, toute la camelote navrante du nucléaire ".

    En un mot :

    Un récit engagé et humain qui reste longtemps en mémoire, à lire et faire passer !

    Stéphane

  • La petite communiste qui ne souriait jamais

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    "Pour sa tournée pré-olympique, (…) Nadia, dès 1975, est-elle une simple citoyenne roumaine ou est-elle déjà devenue une parcelle de drapeau, une histoire en cours d’écriture, une arme nationale ?"
    1976, jeux olympiques de Montréal, première gymnaste de l’histoire olympique à obtenir la note parfaite de 10.0*, Nadia Comaneci est propulsée sur le devant de la scène pour sa performance aux barres asymétriques. (*Elle réitéra cet exploit à six reprises).

    On recommande cet entretien-biographie fictif mais extrêmement bien documenté, pour ses qualités narratives…mais aussi pour ce qu’il nous dit, à la veille du mondial de football, de la géopolitique du sport comme vecteur de rayonnement des États en général et à l’époque de la guerre froide en particulier.

    Stéphane

  • La fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Le « règne des vieillards du Kremlin », puis Tchernobyl et l’implosion de l’Union soviétique ont succédé à la terreur stalinienne. Mais après tant de désillusion(s), que reste-t-il de l’Homo Sovieticus ?
    « Nous avions passé toute notre histoire à survivre et non à vivre … On nous avait inculqué depuis l’enfance que les capitalistes étaient des gros porcs terrifiants …On a vu apparaître des vêtements complétement différents. Pas des grosses bottes mastocs ni des robes de mémés, mais ce dont nous avions toujours rêvés : des jeans, des manteaux fourrés… de la lingerie féminine et de la jolie vaisselle. Tout était coloré et magnifique ».

    À travers ces interviews de « soviétiques ordinaires » la journaliste Svetlana Alexievitch prend le pouls d’un monde en pleine transformation. Passés sans transition du totalitarisme au mirage coloré du capitalisme et à son lot d’inégalités, ces témoins anonymes racontent leur enfance, leur quotidien, leurs rêves brisés, leur désespoir ou leur enthousiasme face à cette nouvelle réalité.

    En un mot :
    Entre sidération, nostalgie, colère et émotion, une histoire poignante « vue d’en bas » de la chute du peuple de l’Empire soviétique. Car là où les médias occidentaux ont vu liberté, les russes ont vécu misère, espoirs et désespoirs.

    Stéphane

  • En Syrie

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Bien sûr, près d’un siècle s’est écoulé depuis ce reportage de Joseph Kessel découvrant une Syrie où chrétiens, musulmans, druzes, tcherkesses et bédouins coexistaient. Une autre façon de saisir l'histoire et la complexité de ce pays, comme de pressentir les soulèvements à venir.

    Stéphane

  • Joseph Kessel

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    "A Vingt-cinq ans, Joseph Kessel avait déjà connu la guerre, la gloire, l'amour et l'opium. Il avait même bouclé un tour du monde."
    Cet écrivain engagé, infatigable voyageur écrivit plus de quatre vingt-dix ouvrages et son parcours fut un roman d'aventures à lui seul.

    Il survola le Sahara sur l'une des premières lignes de l'Aéropostale, termina la première guerre mondiale par une mission en Sibérie, reçu le premier visa de l'Etat d'Israël, suivit la piste des trafiquants d'esclaves de l'Abyssinie au Yemen, fut reporter en Palestine, en Afrique, en Birmanie, en Afghanistan...

    En un mot :
    Une biographie passionnante et très documentée, enrichie de nombreuses photographies en noir et blanc.

    Stéphane

  • Technique du coup d'Etat

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :

    En 1931, Malaparte a déjà vécu plusieurs vies : héros dans les rangs de l'armée française en 14-18, attaché diplomatique, c’est un proche de Mussolini lors de la prise de pouvoir de ce dernier en 1922. Alors pourquoi écrire ce brulot qui le fâchera sans retour avec le Duce et lui coûtera cinq ans de déportation aux îles Lipari ?
    L’objectif de Malaparte est d'alerter les démocraties qu’elles ont davantage à craindre de bandes d'activistes déterminés et organisés, que de foules insurrectionnelles. Selon lui, le coup d’état moderne est une technique perfectionnée par le 18 Brumaire de Bonaparte, la révolution d’Octobre et Trotski, ou par Kapp, Primo de Rivera, Pilsudski….et Mussolini.
    L’ouvrage se termine par l’annonce, ô combien prémonitoire, du péril hitlérien!

    Pascal

  • Millenium people

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Un roman de science fiction (en réalité, pas si éloigné de nous) sur l’Angleterre contemporaine et sur la société de consommation, dont on ne ressort pas indemne. Les questions que posent Millenium People sont toutes dérangeantes avec, en ouverture, un attentat à la bombe à l’aéroport de Heathrow qui fait trois victimes. Qui l’a commis? Pourquoi?
    Les habitants de Chelsea Marina – une gated community –, ulcérés par le montant des taxes, par le coût exorbitant des polices d’assurance privées et autres frais de parking, décident de s’affranchir de fardeaux « auto-imposés » par solidarité ou civisme, et générés par la société de consommation.
    Le narrateur David Markham, psychologue de son état, se retrouve embarqué dans ce mouvement activiste, participant même aux attaques contre certains symboles de la classe moyenne et-ou de la métropole anglaise : National Film Theatre, BBC, Tate Modern Gallery etc., pour finalement s’en prendre aux banlieues. De la désobéissance civile surgit une autre forme de violence, militante et politique….
    Pour en finir avec la vacuité de la surconsommation ou d’un mode de vie non durable, la fin justifie-t-elle tous les moyens ? Ballard est ici à son meilleur dans cette satire apocalyptique.

    Coralie

  • Le garçon

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Le Garçon décrit la quête initiatique, en 1908, d’un adolescent sauvage qui n’a pas de nom, qui ne parle pas, et qui ne connait rien des hommes ni de leur société. A travers son regard pur et candide, nous découvrons les atrocités de cette première partie du XXe siècle.

    On aime :
    Les rencontres du Garçon sont mémorables, souvent émouvantes, parfois terrifiantes. L’auteur change de ton au fil des personnages rencontrés et la lecture de ce roman est particulièrement fluide. Une excellente surprise !

    Maxime

  • Oxymore, mon amour ! dictionnaire inattendu de la langue française

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Vous cherchez un petit cadeau amusant et savant pour Noël ou pour un dîner ? Offrez sans hésiter ce petit dictionnaire de Jean-Loup Chiflet , trublion grammairien, passionné d’expressions idiomatiques, de nuances et autres difficultés grammaticales ou aberrations de la langue française !
    Promenade savante et festive garantie, de A comme Allitération à Z comme Zeugme en passant par H comme Hypocorisme ou P comme Palindrome ; avec en annexe un petit quiz qui propose de choisir entre trois définitions celle qui s'accorde à un mot donné. Et Jean-Loup Chiflet de conclure malicieusement : « Si vous vous trompez, vous aurez de toute façon découvert deux autres mots que ne connaissiez peut-être pas. Bonne chance ! »
    Euphémisme : « Dire que l’euphémisme est à la mode… en serait justement un, puisqu’il est omniprésent pour exprimer le politiquement correct. Un analphabète devient un illettré ; une augmentation d’impôts, un élargissement du taux de base ; un balayeur, un agent de propreté ; une caissière, une hôtesse de caisse ; un chômeur, un demandeur d’emploi… Autant d’appellations atténuées, pour adoucir leur côté brutal. »

    Coralie

  • Colere En Louisiane

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Ce livre est un plongeon dans la Louisiane d’après la ségrégation où, dans la chaleur des bayous, aucune plaie ne s’est refermée.
    Un crime a lieu. Le mort est un Cajun, blanc, l’accusé, un noir : histoire connue. Les habitants de Marshall relatent chacun leur tour leur version des faits. Les consciences s’affirment à mesure que la parole remplace les non-dits. Les regards ne fuient plus. Un nouveau personnage entre en scène : le passé. Il porte avec lui les injustices et les douleurs. Il est comme l’ombre du crime qui peut absoudre ou trahir le criminel. En examinant le crime, la société s’examine elle-même.
    Un roman haletant sur la malédiction qui semble frapper le bassin du Mississipi, dont la langue et le procédé narratif rappellent le meilleur Faulkner.

    Marie

  • La violence et la dérision

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Petit frère loufoque et désabusé d’Albert Camus – qui a grandi, comme lui, au soleil de l’Orient –, Albert Cossery raconte l’histoire de Karim, constructeur de cerfs-volants, décidé à lutter d’une façon inédite, par la dérision, contre la domination d’un tyran grotesque.
    Comme souvent chez Cossery, il n’y a aucune précision de lieux ni de dates en sorte que ce flou confère au récit un caractère universel. Fable aisément transposable ici et maintenant, l’auteur fait l’apologie d’une nouvelle forme de révolution en réaction contre l’absurdité universelle : le monde est fou, dirigé par des despotes et rien ne sert de vouloir le changer par la violence.

    En un mot :
    Hommage soit rendu à Albert Cossery, à son style délectable et à son ironie mordante. Lisons-le car son rire nous sauvera.

    Rodolphe

  • Les enfants terribles

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    "Les êtres singuliers et leurs actes associaux sont le charme d'un monde pluriel qui les expulse. On s'angoisse de la vitesse acquise par le cyclone où respirent ces âmes tragiques et légères. Cela débute par des enfantillages; on n'y voit d'abord que des jeux."
    A la sortie du lycée, Paul un adolescent fragile, est renversé par une boule de neige jetée par son idole prénommé Dargelos. Suite à cet évènement, il ne sera plus apte à aller à l'école. Sa mère étant mourante c'est sa soeur Elizabeth qui s'occupera de lui. Ce complice tandem crée alors dans la chambre de Paul un monde imaginaire, un repère, un sanctuaire sacré dont eux seuls sont les maîtres « déraisonnés ». Ces deux êtres aussi méchants que malheureux résistent à la fatalité de grandir préférant se briser.

    En un mot :
    Un récit poétique fort, où la violence des sentiments emporte tout.

    Coralie

  • Bartleby Le Scribe

    L'équipe de la librairie vous conseille

    Notre avis :
    Autre forme de révolte, celle de Bartleby est inclassable, d’une infinie compassion. C’est un roman que chacun se doit de lire.
    Le narrateur est un avocat à Wall Street, qui engage dans son étude un dénommé Bartleby pour un travail de « scribe » : il est chargé de recopier des textes.
    Au fil du temps cet être qui s'est d'abord montré travailleur, consciencieux, lisse, ne parlant à personne, révèle une autre part de sa personnalité : il refuse certains travaux que lui demande son patron. Il ne les refuse pas ouvertement, il dit simplement qu'il « préférerait ne pas » les faire, et ne les fait pas. Et cette phrase revient alors systématiquement dans sa bouche : « I would prefer not to ». Peu à peu, Bartleby cesse complètement de travailler, mais aussi de sortir de l'étude où il dort. Il ne mange rien d'autre que des biscuits au gingembre, et refuse même son renvoi par son employeur.
    Le refrain de Bartleby : « I would prefer not to » finit par revêtir l’aspect d’une philosophie de vie, voire d’un programme existentiel. C’est ainsi que l’on peut le ressentir en tout cas.

    En un mot :
    Bartleby est un petit conte de la vie moderne, et son héros une figure du refus de la soumission, mais aussi de la non-violence.

    Rodolphe

empty