Le ventre de Paris

À propos

Zola a mauvaise presse : on le trouve trop lourd pour notre goût nouvelle-cuisine de la littérature. Ses personnages, trop soumis à leurs pulsions, violentes ou lubriques. On le remet en perspective après Flaubert le ciseleur, Maupassant le jongleur, et on voit les lourdes ombres du XIXe finissant, l'affaire Dreyfus, le capitalisme sauvage, nous promettre une lecture bien trop sérieuse et appliquée pour ce qu'on en voudrait.
Mais on est tous tombés dans Zola à l'adolescence. Et précisément pour les mêmes raisons, les mêmes ciels lourds d'orage, cette même sexualité à fleur de phrases et de visages, et la violence d'un monde si près du nôtre, qu'il l'enfante.
Alors, quand on rouvre la grande pyramide des Rougon-Maquart, on ne sait pas trop, parfois, par où l'aborder. La violence crue et sourde de Germinal, la figure hâve de l'artiste de L'Oeuvre, la boue partout dans La terre, ou les échappées mystiques ou presque érotiques du jardin de l'abbé Mouret ?
Zola, c'est tout cela à la fois, indissociable. Mort d'une asphyxie accidentelle à 62 ans, il n'a pas su produire lui-même la conclusion - y en avait-il une, ou bien : ne sommes nous pas nous-mêmes cette conclusion, parce que rien de ce que Zola décrit ne nous est épargné ?
Le commerce dans le Bonheur des dames, la Locomotive de la Bête humaine sont des autres versants de cette même grande bascule : l'invention de notre société moderne - Baudelaire en prenait les symptômes, Zola doit la charrier dans sa masse.
Voilà un livre de jouissance, de plaisir de la langue, un livre d'accumulation - et aucune grâce qui nous soit faire, lorsqu'on fabrique le boudin dans la charcuterie. Mais c'est le peuple, le grand peuple de Paris, le peuple avec son verbe. La métropole est née, elle a passé les deux millions d'habitants : il faut la logistique qui les nourrisse.
La force musculaire et le bonheur de Zola, c'est d'aller là, et d'en faire roman. Il faut y revenir, et une fois le livre démarré, accepter de ne plus s'arrêter.

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La série Zola de publie.net est numérisée, révisée et préparée par Daniel Bourrion.



Categories : Littérature générale > Romans & Nouvelles

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    9782814504219

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    618 Pages

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Emile Zola

Fils d'un ingénieur italien naturalisé, Emile Zola naît à Paris d'une mère originaire de la Beauce. La famille s'installe à Aix-en-Provence et connaît, à la mort du père, de graves difficultés financières. En 1862, Emile Zola échoue au bacchalauréat et entre chez Hachette comme commis. Vite remarqué, il écrit son premier ouvrage et collabore aux rubriques littéraires de plusieurs journaux. Dès 1866, il a pour amis Manet, Picasso et fait la connaissance des Goncourt. Il conçoit le projet des Rougon-Macquart qu'il termine en 1893. Entretemps, il s'est lié avec Flaubert et Daudet. Il a rencontré Céard, Huysmans, Alexis, Hennique et Maupassant qui deviendront les fidèles des soirées de Médan : c'est en 1878 qu'il les réunit dans sa petite maison de campagne, près de Poissy. Le volume collectif de ces Soirées paraîtra deux ans plus tard.
La publication de La Terre soulève de vives critiques :"le Manifeste des Cinq" se révolte contre l'esthétique naturaliste.
En 1898, Zola s'engage dans l'Affaire Dreyfus et publie dans l'Aurore sa fameuse Lettre au Président de la République, donnant ainsi une nouvelle dimension au processus de la révision. Un procès en diffamation le condamne à un an d'emprisonnement et il part en exil en Angleterre. De retour, il publie dans "La Vérité en marche" ses articles sur l'affaire. Le 29 septembre 1902, il meurt mystérieusement, chez lui. Et Dreyfus est réhabilité en 1906.
Ses cendres sont transférées au Panthéon le 4 juin 1908.
Zola connut auprès du grand public un immense succès dès L'Assommoir. A partir de 1880, son oeuvre est diffusée en Europe et on trouve des traductions en danois, grec, italien, suédois, etc. Même si les protestations s'élèvent contre le matérialisme de la nouvelle école, celle-ci suscite partout l'intérêt. Le naturalisme introduit surtout dans le roman des sujets nouveaux comme l'influence de l'environnement ou encore l'injustice sociale. Les meilleures pages de Zola restent pourtant celles où le théoricien cède la place à l'écrivain, comme il le souhaitait lui-même: "Le romancier intervient d'une façon directe pour placer son personnage dans des conditions dont il reste le maître".

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